
ENQUÊTE. Affaire Epstein-Brunel : le recruteur Daniel Siad avançait-il masqué avec trois identités ?
Dans des documents judiciaires consultés par Ouest-France, Daniel Siad apparaît comme l’un des hommes-clés du volet parisien de l’affaire Jeffrey Epstein. Selon ces pièces, il aurait utilisé plusieurs identités pour approcher de jeunes femmes au fil des années. L’une d’entre elles affirme être devenue « l’esclave » du financier américain et avoir vécu jusqu’en 2019 dans la chambre de bonne de son appartement parisien. Jamais poursuivi ni condamné dans ce dossier, il nie toute implication.
Ouest-FranceArnaud Wajdzik 15/06/2026 OUEST FRANCE
C’est une scène anodine, un jour de l’automne 2013, sur l’un de ces ponts parisiens où les amoureux accrochent des cadenas. Une étudiante en finance de 22 ans y travaille comme hôtesse pour une opération de promotion : elle fait sentir aux passants le nouveau parfum « Si » de Giorgio Armani. Un homme s’approche, prend un échantillon, la regarde. « Vous êtes très belle, vous devriez être modèle. J’ai une agence de mannequinat, prenez ma carte et recontactez-moi. » Selon son audition intégrale que nous avons pu consulter, elle le décrit comme « méditerranéen, la cinquantaine, brun grisonnant, des lunettes, à peine 1m70 et un rien bedonnant ». Il dit s’appeler Daniel Siad et raconte vivre « entre l’Espagne et Cuba ». La jeune femme, qui se souvient avoir « l’air d’avoir 16 ans » et « l’american dream » en tête, le rappellera quelques jours plus tard.
Ils se retrouvent dans un café cossu du XVIe arrondissement, le Flandrin. Daniel Siad joue la bienveillance : il cherche « de nouveaux modèles », elle aurait « le profil parfait ». Mais c’est elle qui, en confiance, parle de ses études, de son rêve de devenir « broker ». L’homme tend son hameçon. « Laisse-moi regarder, peut-être que je peux t’aider. » Une semaine plus tard : « J’ai un ami, il détient la Bourse de New-York. Je vais te mettre en relation avec son assistante. » Il lui transmet le contact d’une certaine Svetlana, dite « Lana », à joindre sur WhatsApp « de sa part ».
Svetlana, qui parle français, la reçoit près du drugstore Publicis, sur les Champs-Élysées. Elle évoque un homme « très important », qui « détenait toute la finance à New-York », une « belle opportunité ». L’identité du patron ? La jeune femme ne cherche pas à…
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