Aller au contenu principal

LE CANADA SE RAPPROCHE DE L’UNION EUROPÉENNE

Le Canada, « membre associé » de l’Union européenne ? « Un accord qui s’organise dans le dos des États-Unis »

Tabarnak !

Par  Paul Rabeisen 17/09/2026 MARIANNE

Lors de son discours du mercredi 17 septembre au Parlement européen, la présidente de la Commission, Ursula Von der Leyen, a proposé au Canada de devenir « membre associé » de l’UE. Ce rapprochement intervient dans un climat de défiance envers les positions de Donald Trump.

La présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, lors de son traditionnel discours de rentrée, a proposé au Canada de devenir « membre associé » de l’Union. Ce nouveau statut, non prévu dans les accords de l’UE, laisse entrevoir un rapprochement entre Bruxelles et Ottawa, face aux menaces répétées de Donald Trump. S’il venait à voir le jour, ce statut pourrait permettre à d’autres États de graviter autour de l’UE, sans pour autant y rentrer. L’analyste Federico Santopinto, responsable du programme Europe de l’Iris, explique à Marianne la situation et les enjeux diplomatiques qui l’entourent.

Marianne : En quoi consiste ce nouveau statut ?

Federico Santopinto : On ne sait pas encore. C’est une annonce importante, mais pour l’instant, aucun pays n’a le statut de membre associé à l’UE. Il y a des accords, dit « accords d’association », prévus dans les traités européens et que l’UE a signé avec des pays voisins, dans les Balkans ou en Europe orientale. Mais ce statut d’associé n’est pas prévu dans les traités. Cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas exister, mais on ne sait pas encore quelle forme il pourrait prendre, si c’est un effet d’annonce un peu vide ou s’il y aura plus de substance.

Sommes-nous sur un accord commercial classique ou est-ce qu’on parle vraiment d’un statut de coopération ?

Normalement, l’UE signe des partenariats qui comprennent plusieurs volets de coopération, qu’ils soient commerciaux, économiques, culturels ou politiques. Nous pouvons supposer que ce statut de partenaire associé qu’aurait le Canada comprendrait un ensemble d’initiatives. D’un point de vue commercial, le CETA est déjà appliqué de manière transitoire, mais n’est pas encore ratifié par tous les pays l’UE.

À LIRE AUSSI : Nouvelle crise à l’Otan : des fusées éclairantes russes visent un hélicoptère du Danemark, sous parapluie nucléaire français

Ce qui est intéressant politiquement derrière les technicités et les annonces, c’est que l’UE et le Canada sont en train de mettre en place une relation stratégique, politique et géopolitique. Cela est relativement nouveau. L’UE avait déjà signé un accord permettant au Canada de participer au programme SAFE, pour acquérir conjointement des équipements militaires. Il est intéressant d’observer que la relation UE-Canada se politise. Auparavant, c’était une relation principalement commerciale, pendant que les questions politiques et de sécurité étaient déléguées à l’Otan. Aujourd’hui, en voulant établir un véritable partenariat géopolitique, l’UE et le Canada vont bien au-delà.

Ce type d’accord a-t-il pour but de trouver de nouveaux alliés face aux États-Unis, devenu un pays moins rassurant qu’avant pour les Européens ? 

Cette alliance une réponse aux politiques que Trump mène vis-à-vis du Canada et de l’Europe. C’est un accord qui s’insère dans un contexte plus général où les États-Unis ne sont plus la garantie sécuritaire qu’ils étaient par le passé. Ils ne le sont pas plus pour l’Europe et le Canada, que pour les monarchies du Golfe, le Japon ou la Corée du Sud. Les Américains sont devenus un partenaire peu fiable sur la scène internationale. En conséquence, tous les alliés historiques des États-Unis commencent à établir des relations entre eux pour essayer de compenser ce manque de fiabilité. Il ne s’agit pas que des Européens ou des Canadiens ; l’accord de défense entre l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan s’inscrit lui aussi dans cette lignée.

À LIRE AUSSI : Avant les élections, de mi-mandat, Trump promet 5 000 dollars pour tous : coup de génie ou signe de panique ?

L’accord qui s’organise entre l’Union européenne et le Canada se fait un peu dans le dos des États-Unis. Avant, nous avions un système où les États-Unis étaient au centre de tous leurs alliés, mais aujourd’hui on voit émerger plusieurs resserrements des relations entre des pays alliés des Américains, qui se relient entre eux en contournant Washington.

Ce nouveau statut pour le Canada pourrait-il être une forme de test, avant de potentiellement l’ouvrir à d’autres pays historiquement alliés de l’UE ? 

Oui, l’UE pourrait ouvrir ce statut à d’autres pays, parce qu’il y a plusieurs candidats qui veulent entrer dans l’UE, comme l’Ukraine ou la Géorgie, alors que les Européens hésitent beaucoup. On a souvent évoqué à Bruxelles, l’hypothèse de créer un nouveau statut qui puisse rapprocher ces pays de l’Union, mais sans les faire vraiment entrer. Comme le Canada ne rentrera pas dans l’UE, l’idée de créer un statut particulier pourrait aussi être utilisée pour contenter des pays européens qui voudraient entrer dans l’UE. Mais pour l’instant, plusieurs pays s’opposent à ce statut.

À LIRE AUSSI : Jean Quatremer : « Face à la Russie, la faiblesse européenne, même en habits diplomatiques, conduira à l’effondrement »

Ce type d’alliance peut-il faire perdre du pouvoir aux États-Unis ou resteront-ils quand centre du jeu mondial ? 

Il va y avoir, sur le long terme, un affaiblissement de l’influence américaine, même après le départ de Donald Trump. La crédibilité est entamée, et même si quelqu’un de plus raisonnable prenait le pouvoir, tous les alliés de Washington ont compris qu’aux États-Unis, les choses peuvent vite déraper. Les USA vont rester un pays très puissant et influent, mais qui sera moins central pour ses alliés.

Il y aura un multi-alignement, qui en contournant les États-Unis, réduira fortement la capacité d’influence des États-Unis. La politique du président améicain est suicidaire pour les intérêts américains à long terme. Nous le voyons déjà, les Européens seront plus autonomes, les Canadiens aussi, les Japonais, les Suisses et les Coréens également. Ça ne veut pas dire que les États-Unis vont devenir un pays faible et marginal, loin de là, mais ils seront beaucoup moins influents qu’ils ne l’étaient.

Votre commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.