
NOTRE DOSSIER SUR TRAPPES
AU-DELÀ DU DRAME RACISTE, NE RIEN MASQUER,
NI LA RECUPERATION / PROVOCATION ,
NI L’AMNÉSIE / REFUS DES RÉALITÉS
NI LE NON DROIT / NÉGATION DES VALEURS RÉPUBLICAINES
1. ARTICLE – Attentat raciste de Trappes : Sébastien Lecornu dénonce « des gens qui portent des discours qui finissent par armer d’autres qui, eux, passent à l’acte »
2. ARTICLE – Après l’attentat de Trappes, le maire Ali Rabeh déclare la guerre aux médias
3. ARTICLE – ATTAQUE TERRORISTE DANS LES YVELINES : LE MAIRE PS DE PARIS EMMANUEL GRÉGOIRE HUÉ LORS DE L’HOMMAGE AUX VICTIMES
4. ARTICLE – Trappes, de « République islamique » à symbole de l’antiracisme
5. ARTICLE – «Une république islamiste en miniature» : le RN se défend après les propos passés de Jordan Bardella sur Trappes
6. L’HÉRITAGE D’UN DOCIALISTE BIBERONNÉ A L’IDÉOLOGIE DE TERRA NOVA
1. ARTICLE – Attentat raciste de Trappes : Sébastien Lecornu dénonce « des gens qui portent des discours qui finissent par armer d’autres qui, eux, passent à l’acte »
TITRE LE MONDE QUI POURSUIT : Le premier ministre a par ailleurs accusé, mardi, la gauche de « faire le jeu du Rassemblement national » après que les députés socialistes et écologistes ont quitté l’Hémicycle lors des questions au gouvernement.
Le premier ministre, Sébastien Lecornu, a dénoncé, mardi 27 octobre, devant l’Assemblée nationale, « des mots qui finissent par armer », après l’attentat raciste de Trappes et de La Verrière (Yvelines) survenu vendredi, qui a fait un mort et cinq blessés.
« Il y a des gens qui portent des discours et des mots qui finissent par armer d’autres qui, eux, passent à l’acte. Je fais mienne complètement cette phrase [du maire de Trappes Ali Rabeh, présent dans l’enceinte de l’Assemblée nationale] et ça nous rappelle donc aussi qu’il faut lutter de la manière la plus claire qui soit devant toute forme de recours à la violence, devant toute forme de racisme, devant toute forme d’antisémitisme, devant toute forme de discrimination, d’homophobie », a affirmé le chef du gouvernement.
Sébastien Lecornu était interrogé, lors de la séance de questions au gouvernement, par la présidente du groupe écologiste, Cyrielle Chatelain, qui a demandé qu’un hommage national soit rendu aux victimes de cet attentat, une requête à laquelle il n’a pas répondu.
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« Le racisme tue, la haine de l’autre tue »
« Dans la République, le combat pour ses valeurs, il ne se fait pas à la carte. Et c’est le message que j’essaie de déployer depuis que je suis premier ministre, y compris dans cette Assemblée, lorsque l’on était tous bouleversés par cet affrontement entre ultragauche et ultradroite avec la mort de Quentin [Deranque] », militant d’extrême droite tué à Lyon en février, a ajouté le chef du gouvernement, sous les réprobations des députés « insoumis ».
Il a en outre accusé la gauche de « recel politicien », après que les députés socialistes et écologistes ont quitté l’Hémicycle mardi. Les élus de ces deux groupes sont sortis en bloc au moment où le nouveau président du groupe Rassemblement national (RN), Sébastien Chenu, interrogeait le premier ministre. « En croyant combattre le racisme, précisément, vous êtes en train de faire le jeu de l’extrême droite, du RN », a ensuite réagi le chef du gouvernement, dénonçant un « spectacle dans lequel tout sent la campagne présidentielle ».
Les députés ont observé mardi une minute de silence en hommage aux victimes de l’attentat. « Le racisme tue, la haine de l’autre tue », a déclaré la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, appelant à retrouver « le chemin de l’unité, du dialogue et de l’apaisement ». Elle a rendu hommage au jeune homme de 26 ans qui a été tué, Pengo Bossio Wangi, espoir des arts martiaux mixtes, dont « la haine raciste lui a volé cet avenir ».
2. ARTICLE – Après l’attentat de Trappes, le maire Ali Rabeh déclare la guerre aux médias
L’édile n’hésite pas à associer les élus d’extrême droite, les médias qui les interviewent, et les terroristes racistes dan une même chaîne de responsabilité
Publié le 26 octobre 2026 L’OPINION Antoine Oberdorff
Les faits –
Samedi soir, la garde à vue de l’auteur présumé de la fusillade à Trappes a été levée en raison de son état psychiatrique. Le profil schizophrène du suspect « ne change rien » au mobile « raciste », a affirmé le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, alors que l’avocat de la famille de la victime, Yassine Bouzrou, craignait que Kevin T. soit déclaré pénalement irresponsable.
Un peu plus et Ali Rabeh quittait le plateau. Vendredi soir, c’est un maire en colère qui débarque sur BFMTV. S’il a fait le déplacement depuis sa commune endeuillée, c’est pour régler ses comptes avec la puissance invitante. Car, selon lui, la chaîne d’info en continu « fabriquerait le discours idéologique » qui aurait motivé le terroriste présumé, Kevin T., à commettre un attentat raciste à Trappes.
A LIRE AUSSI :Trappes, de « République islamique » à symbole de l’antiracisme
Son réquisitoire contre « les éditorialistes qui déblatèrent » ne s’arrête pas là. L’édile Génération.s, ce micro-parti fondé par Benoît Hamon, en veut aux journalistes de tendre leur micro à Jordan Bardella lorsqu’il compare Trappes à Kaboul, ou de donner de la visibilité à Marion Maréchal quand elle désigne des « hordes arabo-musulmanes » comme étant à l’origine des pillages du 17 octobre. La normalisation de la parole raciste, la diffusion d’un climat de haine : tout ceci relèverait de la « responsabilité des médias », quand bien même ces derniers sont tenus de respecter les règles de l’Arcom.
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3. ARTICLE – ATTAQUE TERRORISTE DANS LES YVELINES : LE MAIRE PS DE PARIS EMMANUEL GRÉGOIRE HUÉ LORS DE L’HOMMAGE AUX VICTIMES
Par Khalil Rajehi. 27/10/2026 CNEWS
Alors qu’un rassemblement a eu lieu ce lundi soir Place Stalingrad, dans le 19earrondissement de Paris, pour rendre hommage aux victimes de l’attaque terroriste raciste dans les Yvelines, le maire de la capitale Emmanuel Grégoire a été hué alors qu’il prononçait son discours.
Un moment de tensions. Ce lundi soir, un rassemblement a eu lieu Place Stalingrad, dans le 19e arrondissement de la capitale, afin de rendre hommage aux victimes de l’attaque terroriste à caractère raciste perpétrée par Kévin T., vendredi dernier, à Trappes et à la Verrière (Yvelines). Un rassemblement auquel le maire PS de Paris Emmanuel Grégoire a assisté.
Lors d’un discours prononcé en hommage aux victimes du terrible drame, l’édile a été hué par une partie du public. «On a tous ici suffisamment d’expérience pour savoir qu’il arrive parfois à la gauche de préférer se huer elle-même plutôt que de parvenir à se réunir sur quelques combats essentiels. À l’aube de toutes les menaces qui pèsent sur le monde et sur la France, je ne suis pas sûr que le maire de Paris soit la première d’entre elles, ni que la gauche réunie à Stalingrad soit la plus ridicule. Ce n’est pas la première fois que je me fais huer par certains, que je ne donnerai pas l’honneur de les citer», a dit Emmanuel Grégoire durant son intervention.
Le maire PS de Paris, Emmanuel Grégoire, hué au début et à la fin de son intervention au rassemblement contre le racisme. Des personnes ont également lancé « tout le monde déteste le PS » lors de l’intervention d’une élue socialiste. https://t.co/mMvhpJsacj
— CLPRESS / Agence de presse (@CLPRESSFR) October 26, 2026
«J’ai l’habitude de me faire huer, ça ne me fait ni chaud, ni froid. Je vous le dit très sincèrement parce que, quoiqu’il arrive, en 2027, nous serons là», a-t-il ajouté alors qu’une partie du public scandait «tout le monde déteste le PS».
«VOUS ÊTES RIDICULES»
Cette séquence illustre vraisemblablement les divisions au sein de la foule, et plus largement d’une partie de la gauche, pourtant réunie autour de l’appel à un «large rassemblement citoyen». Ces agissements qui ont suscité la colère de plusieurs personnes présentes sur la place Stalingrad. «Vous êtes ridicules à faire de la politique dans un moment pareil», a indiqué un sexagénaire à l’adresse des fauteurs de troubles et dont les propos ont été cités par Le Figaro.
Au cours de ce rassemblement, une minute de silence a été observée à la mémoire de Pengo Bossio Wangi, un Français de 26 ans d’origine africaine tué par Kévin T. Dans ce dossier, le parquet national antiterroriste (PNAT) a ouvert une enquête pour «assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance que les faits ont été commis à raison de l’appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée».
Interrogé en garde à vue, le suspect a démenti avoir agi par racisme, selon le procureur national antiterroriste Olivier Christen.
4. ARTICLE – Trappes, de « République islamique » à symbole de l’antiracisme
La ville des Yvelines, endeuillée vendredi par un attentat raciste, se retrouve au centre de la bataille politique. Pour les uns, Trappes incarne le séparatisme islamiste ; pour les autres, elle est devenue un symbole de la lutte contre le racisme.
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Publié le 25 octobre 2026 L’OPINION. Rémi Barbet
Les faits –
La garde à vue de Kevin T., l’homme de 39 ans soupçonné d’avoir tué une personne et blessé cinq autres, dont une enfant de 12 ans, à l’arme automatique, à Trappes (Yvelines), vendredi, a été levée pour laisser place à une observation en soins psychiatriques pouvant durer quarante-huit heures. Cette pause dans les interrogatoires « doit permettre d’apprécier si son état de santé psychiatrique est compatible avec la possibilité de poursuivre ses auditions », a expliqué le Parquet national antiterroriste.
L’épicentre politique du week-end devait être à Orléans, pour le lancement officiel de la campagne présidentielle de Marine Le Pen lors du congrès du Rassemblement national, ou dans les cortèges ayant réuni au moins 450 000 manifestants en France. Pourtant, le séisme a finalement eu lieu dans les Yvelines, à Trappes et à La Verrière.
Le 23 octobre, un homme de 26 ans a été tué et cinq personnes, dont une enfant de 12 ans, ont été blessées lors d’une attaque à l’arme automatique. Finalement maîtrisé par les forces de l’ordre, le suspect, Kevin T., âgé de 39 ans, aurait prémédité son acte et piégé son appartement à l’aide de bouteilles de gaz reliées à un minuteur, selon le Parquet national antiterroriste (PNAT). Une enquête est ouverte pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste avec la circonstance que les faits ont été commis à raison de l’appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée ».
Trappes, symbole des fractures françaises
Sur place le soir même, le président de la République a dénoncé un « attentat terroriste raciste » constituant « un tournant parce que c’est la première fois qu’il y a un acte terroriste planifié pour tuer nos compatriotes, nos enfants, en raison de leur couleur de peau ou de la religion qu’on leur donne ». Ces propos ont fait réagir pour leur inexactitude. De Jordan Bardella au socialiste Jérôme Guedj, en passant par François-Xavier Bellamy, tous ont expliqué que l’assignation identitaire avait déjà servi de motif à des actes terroristes (tuerie à l’école juive Ozar-Hatorah, à Toulouse, en 2012, et attentat contre le père Hamel dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, en Seine-Maritime, en 2016).
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5. ARTICLE – «Une république islamiste en miniature» : le RN se défend après les propos passés de Jordan Bardella sur Trappes
Après l’attentat raciste qui a frappé la ville des Yvelines, une partie de la classe politique a accusé le parti nationaliste d’avoir créé les conditions de «la haine». Le député du Loiret, Thomas Ménagé, martèle que le RN porte un projet «qui ne fait pas de différence».
Après l’attentat terroriste raciste qui s’est produit à Trappes (Yvelines), vendredi, causant la mort d’un homme et faisant 5 blessés, les responsables politiques de gauche ont pointé la responsabilité des discours du Rassemblement national (RN). Et le maire de la commune endeuillée, Ali Rabeh (Génération.s), le premier. Thomas Ménagé, député RN du Loiret, accuse la gauche de «saute[r]» «sur un fait aussi abject», et assure défendre «un projet républicain qui ne fait pas de différence».
Samedi, l’édile de la commune des Yvelines s’est joint à la manifestation «contre l’extrême droite »en parallèle du congrès du parti nationaliste à Orléans (Loiret). Aux côtés du socialiste Olivier Faure, de l’Insoumis Bally Bagayoko et de Clémentine Autain, l’élu a tenu à rappeler les précédents propos du président du RN, réélu à la quasi-unanimité à la tête du parti (98,98% des voix). En 2021, après la réélection d’Ali Rabeh à la tête de sa commune, Jordan Bardella avait comparé Trappes à «une République islamiste en miniature, capitale européenne du jihad». Après une plainte du maire pour «diffamation», le nationaliste a été mis en examen, et «relaxé», écrit-il dans un post sur X.
«Je vous mets au défi de trouver un propos»
Pour le porte-parole du parti à l’Assemblée nationale, Thomas Ménagé, qui a ouvert le congrès samedi par un discours, le RN «a toujours dénoncé la violence, on a toujours appelé à la concorde nationale». «On ne peut pas être dans un pays où l’on se censure, on a le droit de dire des vérités, il y a un problème d’islam radical, d’islamisme dans certains quartiers et notamment à Trappes», réitère-t-il. Selon le quotidien L’Opinion, un rapport remis au Garde des Sceaux en 2017 dénombre une cinquantaine de départs vers la Syrie.
«On appelle au retour de l’État de droit, au retour des valeurs de la République dans certains secteurs pour éviter de tels drames», assure encore le parlementaire, Thomas Ménagé. Affirmant ne pas «comprendre» les accusations contre le RN, il argue : «Je vous mets au défi de trouver un propos qui fait une différence entre les Français en raison de leur couleur de peau, leur religion, leur orientation sexuelle».
6. L’HÉRITAGE D’UN DOCIALISTE BIBERONNÉ A L’IDÉOLOGIE DE TERRA NOVA
RELIRE
ARTICLE – Face à l’islamisme et au communautarisme, enquête à Trappes sur le vrai Benoît Hamon
Primaire à gauche
Par Étienne Girard. 25/01/2017 MARIANNE
Le candidat à la primaire de la gauche utilise son fief électoral des Yvelines comme un laboratoire politique. Ses adversaires l’accusent de mollesse à l’endroit de l’islam intégriste. Il s’en défend. Enquête.
Lorsqu’on se rend à Trappes, un samedi d’hiver, deux choses sautent immédiatement aux yeux. La première est que cette bourgade yvelinoise située à 25 km de Paris n’a pas grand-chose à voir avec le cliché parfois servi d’un ghetto aux mains des islamistes. Dans les jolies rues du quartier historique, l’ambiance paraît apaisée et le port de signes ostentatoires religieux demeure marginal. Quant au quartier populaire des Merisiers, plusieurs fois décrié dans les médias, il a été récemment rénové et ses rues quasi désertes évoquent plus une banlieue un rien ronronnante qu’une cité à problèmes.
Le second élément marquant tient à l’omniprésence du visage de Benoît Hamon : impossible de se balader plus de trois minutes dans la ville sans apercevoir les affiches de campagne du candidat à la primaire de la gauche, invariablement collées par deux. «Futur président !» lance d’ailleurs joyeusement un passant, quand on s’approche de ces affiches. Dans cette cité qui a vu grandir Jamel Debbouze, Nicolas Anelka ou Sophia Aram, le politique paraît en voie de devenir la nouvelle fierté locale. Et ce, même s’il a démissionné du conseil municipal en janvier 2016, après avoir été présent à moins de 40% des réunions depuis son élection.
TRAPPES, VITRINE DE HAMON
A mesure que le candidat à la primaire de la gauche poursuivait son ascension sur la scène politique nationale, Trappes est devenu sa vitrine politique. Même si les 31.000 habitants de la ville ne représentent qu’un peu plus d’un quart de la population de sa circonscription, qui compte sept communes, Benoît Hamon en a fait son fief : il s’est fait élire conseiller municipal sur la liste du PS en 2014, avec plusieurs proches qu’il a amenés dans ses bagages, notamment son chef de cabinet au gouvernement, Ali Rabeh, parachuté de Poissy (Yvelines), et la première fédérale du PS départemental, Sandrine Grandgambe, venue de Montigny-le-Bretonneux (Yvelines).
De l’avis général, le député a su s’imposer sur le territoire. Si la droite l’accuse de venir seulement pour la photo dans les médias avant de repartir à Paris, où il réside, plusieurs acteurs locaux saluent son travail de proximité, dans une commune touchée par les difficultés sociales. Pour Rachid Benzine, chercheur en islamologie et résident de Trappes depuis plusieurs décennies, le député est aux petits soins pour ses électeurs. En plus de ses permanences parlementaires, il n’hésiterait pas aller au-devant de la population : «Il va sur le terrain, il se rend même chez les gens.»
«Pour moi, c’est un homme de terrain»renchérit Mustapha Benlahcen, 29 ans, responsable de l’association Trappes Action Solidaire, qui vient en aide aux familles en difficulté. Selon lui, Benoît Hamon «a pu débloquer beaucoup de situations, en faisant jouer ses relations» dans les quartiers socialement difficiles de Trappes. En activant ses réseaux, l’ex-ministre de l’Education nationale se bat pour faire accélérer les procédures de demande de papiers ou pour faire obtenir les subventions nécessaires à la survie des associations locales. Selon Rachid Benzine, très investi dans les questions de déradicalisation, cette action serait même essentielle pour lutter contre l’emprise de la religion dans la ville. «Si on ne se bat pas pour que les associations aient des subventions, pour qu’elles fassent le lien, ce sont les organisations religieuses qui le font», estime ce chercheur de 45 ans.
L’ISLAMISME, SUJET SENSIBLE
Car, à Trappes, l’intégrisme religieux est une question aussi sensible que majeure. En dépit de l’impression que peut laisser une visite rapide de la ville, les marqueurs de radicalisation ont de quoi préoccuper. Ces dernières années, entre 60 et 80 Trappistes sont partis faire le djihad en Syrie. Soit beaucoup plus que dans d’autres villes de même taille et touchées par les mêmes difficultés sociales. Un rapport confidentiel transmis courant 2016 par le procureur de la République de Versailles au ministre de la Justice ferait état d’une ville en proie à un «communautarisme rampant». Selon ce document, quelque 80 familles préféreraient l’enseignement à domicile à l’école de la République pour leurs enfants.
En juillet 2013, la ville est par ailleurs le théâtre d’une contestation religieuse, après le contrôle policier d’une femme portant un voile intégral. «J’ai vu passer en direction du commissariat un groupe d’une soixantaine de personnes se déplacer aux cris de « Allah Akbar »», se souvient Stéphane Dumouchy, ex-militant PS de Trappes, devenu conseiller municipal apparenté LR en 2014. Ce soir-là, entre 200 et 400 personnes jettent des pierres contre les forces de l’ordre et incendient des poubelles et des Abribus. Un événement qu’un acteur associatif local attribue à un «ras-le-bol général sur la situation» sociale et aux rapports difficiles avec la police, plus qu’à une revendication intégriste. Une enquête est alors diligentée par l’IGPN, sans suite.
Dans ce contexte, Benoît Hamon affirme chercher à apaiser les tensions. Quand on tente d’évoquer le sujet avec lui, la réaction est épidermique. Sollicité par Marianne pour livrer sa conception du vivre-ensemble, de la laïcité, et son approche de la menace communautariste à Trappes, le député des Yvelines, exaspéré qu’on ose lui poser des questions sur ce sujet, a sèchement décliné. Son entourage, en revanche, a apporté des précisions partielles.
«La matrice intellectuelle de Benoît Hamon, c’est Aristide Briand»
A rebours de Manuel Valls qui fait de la laïcité un «combat» à opposer à la montée des intégrismes, Benoît Hamon récuse toute approche offensive du sujet. «Il faut se méfier des métaphores guerrières», glisse à Marianne son directeur de campagne, Mathieu Hanotin. Ce proche du candidat assure que «la matrice intellectuelle de Benoît Hamon, c’est Aristide Briand», rédacteur de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat.
QUAND HAMON TRÉBUCHE
Pour autant, quand il évoque la montée du radicalisme islamique, le candidat à la primaire de la gauche s’attache systématiquement à l’associer aux inégalités sociales, reprenant à son compte le slogan attribué à Tony Blair, selon lequel il faut être «dur avec le crime [et] dur avec les causes du crime». Au risque de trébucher, en donnant l’impression d’être plus sévère avec les causes du crime. Le 18 décembre dernier, sur le plateau de France 3, le candidat à la primaire de la gauche réagit ainsi avec maladresse à un reportage qui montrait l’interdiction faite aux femmes de se rendre dans les cafés de certaines banlieues françaises.
Plutôt que de condamner immédiatement la montée de l’intégrisme religieux dans certains quartiers, ce militant de toujours de l’égalité hommes-femmes s’inquiète d’abord de l’instrumentalisation qui pourrait être faite de ce reportage vis-à-vis de la communauté musulmane : «Historiquement, dans les cafés ouvriers, il n’y avait pas de femmes. Là, en l’occurrence, on parle de cafés à Sevran, parce qu’on estime que l’espace public est confisqué aux femmes parce qu’il serait à majorité musulmane», plaide Benoît Hamon qui demande de «remettre des questions sociales avant de mettre des questions religieuses sur ces sujets-là». Avant, sur la défensive, de finir par reconnaître l’existence d’un radicalisme religieux : «Ensuite, qu’il existe aujourd’hui une pression faite sur certaines femmes par un certain nombre de fondamentalistes religieux, ils existent, je ne le nie pas et la République, là, doit être forte.»
>> Des cafés interdits aux femmes en France ? Benoît Hamon relativise…
Depuis, il a rectifié le tir en martelant à plusieurs reprises son «intransigeance»absolue à l’égard du sexisme et proposé la mise en place d’une «police des discriminations». Mais Othman Nasrou, le patron de l’opposition LR à Trappes, l’accuse de faire preuve d’une mollesse calculée. «Benoît Hamon se préoccupe peu des questions relatives au radicalisme islamique, comme la situation des familles dont un enfant est parti faire le djihad. Je ne l’ai jamais entendu condamner l’intégrisme dans le département par des paroles claires et sans ambiguïté. Ce qui compte, c’est sa boutique», tonne l’élu auprès de Marianne.
HAMON N’HÉSITE PAS À CLIVER
Au sein de la ville, l’affrontement entre la gauche et la droite sur la question du vivre-ensemble est pour le moins tendu. Dans les moments clés, Benoît Hamon n’hésite pas à cliver. Quitte à caricaturer les positions de la droite locale, lui qui rappelle souvent sa vigilance à l’égard de toute «instrumentalisation» de la laïcité. Entre les deux tours des élections départementales de mars 2015, il se fend ainsi d’une vidéo de près de quatre minutes, diffusée sur Internet. Face caméra, cravate et mâchoire serrées, le député des Yvelines se fait grave : «Voilà deux visions de la solidarité et du monde. Une vision de droite, qui trie les familles, qui considère qu’au nom de sa vision dévoyée de la laïcité on pourra interdire les menus de substitution, et la gauche, qui refuse de trier les familles et qui a une vision constructive de la laïcité.»L’unique objet du spot ? Dissuader les habitants de voter pour une droite qui «voudrait imposer que ce soit du porc ou rien» à la cantine scolaire. Sauf que les candidats UMP locaux n’ont jamais proposé ni défendu cette mesure évoquée par Nicolas Sarkozy.
«Il traite la communauté musulmane comme une clientèle électorale»
Pour Othman Nasrou, la gauche trappiste s’emploie à faire de la religion une question politique pour gagner les élections : «Dans cette ville, le PS monte les gens les uns contre les autres, et plus précisément, parfois, les musulmans contre les autres. Benoît Hamon est dans une logique boutiquière. Il traite la communauté musulmane comme une clientèle électorale.» Même au sein de la gauche locale, le positionnement de l’ex-ministre de l’Education nationale ne fait pas l’unanimité. Son suppléant à l’Assemblée nationale, Jean-Philippe Mallé, député de 2012 à 2014, a récemment claqué la porte du PS, en désaccord avec ce discours. Stéphane Dubouchy, militant PS à Trappes pendant près de vingt ans, est lui aussi parti après l’arrivée de Benoît Hamon. «Il ne dit jamais clairement qu’il y a un problème avec la place de la religion à Trappes. Il se complaît dans une certaine désinvolture, aux relents électoralistes», reproche ce postier, transfuge de la liste municipale de LR en 2014, sur laquelle il a été élu.
L’accusation ne date pas d’hier : en 2014, le candidat à la primaire a déjà été taxé d’électoralisme, à la suite de propos qu’il aurait tenus à l’Assemblée nationale sur la résolution tendant à la reconnaissance par la France de l’indépendance de la Palestine. «Il s’agit du meilleur moyen pour récupérer notre électorat de banlieue et des quartiers, qui n’a pas compris la prise de position pro-israélienne de Hollande», aurait -il alors déclaré, selon le Canard enchaîné du 19 novembre 2014. Contacté, l’entourage de Benoît Hamon récuse fermement cette imputation, la qualifiant de «ragot». «Il n’y aura jamais la moindre preuve qu’il a dit ça», constate ce proche du candidat.
A Trappes, plusieurs témoignages font état des encouragements appuyés de Benoît Hamon à l’égard des jeunes qui réfléchissent à prendre un engagement militant. «Il a redonné aux jeunes l’envie de faire de la politique», s’enthousiasme ainsi Rachid Benzine. Et d’aller voter à la primaire de la gauche ?
7. ARTICLE – Trappes, reflet des crises sociales et des bouleversements de la France contemporaine
Par Ariane Chemin LE MONDE
RécitL’attentat terroriste raciste du 23 octobre a remis cette ville pauvre des Yvelines sous le feu des projecteurs. Berceau de la main-d’œuvre immigrée durant les « trente glorieuses », la commune de quelque 35 000 habitants raconte aussi trois quarts de siècle d’histoire contemporaine.
Une nouvelle fois, depuis quelques jours, la France n’a que « Trappes » à la bouche. Plusieurs habitants de cette ville des Yvelines y ont été ciblés en raison de leur couleur de peau, vendredi 23 octobre : Pengo Bossio Wangi, agent de sécurité qui occupait un emploi d’insertion à l’accueil du secteur d’action sociale de Trappes, un protestant évangélique de tout juste 26 ans, est mort ; quatre autres personnes sont grièvement blessées, dont une enfant de 11 ans criblée de balles. Trappes ne compte pas tout à fait 35 000 habitants mais fait de nouveau la une de l’actualité, comme si elle était maudite. N’est-ce pas plutôt qu’elle raconte, mieux que Versailles sur la même ligne de train depuis Paris-Montparnasse, l’histoire tourmentée de la France contemporaine ?
Tout commence par un nœud, celui d’une gare de triage, écheveau d’aiguillages et de rails en impasse, à moins de trente kilomètres de la capitale. Lourdement bombardée durant la seconde guerre mondiale en raison de cet emplacement stratégique, Trappes est dans les années 1950 une cité cheminote d’abord peuplée de Bretons venus chercher du travail et logés autour de la gare dans des cités-jardins aujourd’hui inscrites aux monuments historiques. Des photos sépia les montrent casquette sur les yeux dans les volutes de leurs Gitanes et les effluves d’un Ricard, accoudés au comptoir de L’Etoile d’or ou dans les murs d’une section du Parti communiste français (PCF), tout-puissant dans la ville. « Trappes sera un laboratoire », décrète dans les années 1950 le PCF, sans imaginer le poids de ces mots.
A la fin des années 1960, Trappes, noyée dans les champs de blé (le nom de la rue où vivra la famille de l’acteur Jamel Debbouze), compte moins de 10 000 âmes mais un millier de militants. Une « contre-société », écrivait l’historienne communiste Annie Kriegel (1926-1995) : le dimanche, pendant que certains immigrés italiens, espagnols ou portugais prient à la messe, d’autres vendent avec les « cocos » L’Humanité et Pif Gadget en frappant aux portes des cages d’escalier. Dans les réunions de cellule, on rappelle que la ville avait été parmi les premières de la « ceinture rouge » à s’éclairer à l’électricité et on établit à l’avance l’ordre du jour du conseil …
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