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L’entreprise contributive, pour mieux vivre ensemble

PRESENTATION

par Camille Frament ( Triple Degree Master Student looking to serve a positive business impact ) :

Valeurs, profits, bien-être : passons du plus au mieux !

Voici un article que j’ai trouvé intéressant pour Metahodos:  « Il est grand temps de changer notre lecture du système et d’agir différemment pour créer le monde harmonieux de demain. » « 2020, l’année des Vérités ? » Ecrit par : Laurent Babikian est Responsable de l’Engagement avec les Investisseurs chez CDP Europe.

L’objectif du mieux vivre ensemble

L’auteur indique , en conclusion: « Par la révélation de certaines vérités que les peuples n’accepteront plus, l’année 2020 est une année charnière du XXI siècle. La remise en cause de certaines théories profondément ancrées dans nos sociétés est l’occasion de réinventer collectivement le monde d’après qui devra être plus juste et respectueux de nos libertés individuelles. L’éveil des consciences sur les enjeux sociétaux ainsi que l’émergence d’une nouvelle vision d’un monde connecté vont accélérer les changements structurels nécessaires au mieux vivre ensemble et à un partage plus équitable de la richesse créée par un capitalisme plus responsable. »

La solution est dans le problème: changer notre façon de penser pour la trouver

Il reprend une citation du prix Nobel de physique Niels Bohr, « Chaque grande difficulté porte en elle sa propre solution. Elle nous oblige à changer notre façon de penser afin de la trouver ».

C.F.

ARTICLE

2020, l’année des Vérités ? Par Laurent Babikian, CDP Europe

L’année 2020 marquera l’histoire. Une déferlante sans précédent a provoqué une crise sanitaire et économique qui a paralysé le monde entier et ébranlé certains systèmes établis. Au moment où la bourse américaine est proche de son plus haut historique de février 2020 et tandis que la FED prévoyait en mai un taux de chômage record touchant 25% de la population active, des émeutes d’origine raciale ont éclaté aux Etats-Unis et semblent avoir tous les ingrédients pour se transformer en une révolte sociale remettant en cause le fonctionnement du capitalisme libéral.

Dans le même temps, le président Emmanuel Macron vient de créer une commission d’économistes internationaux de renom, présidée par le prix Nobel Jean Tirole et l’ancien chef économiste du FMI Olivier Blanchard. Cette initiative très prometteuse a pour objectif de repenser l’économie mondiale en planchant sur les trois défis majeurs que sont le climat, les inégalités et la démographie.

Alors que les évènements s’accélèrent, il est de plus en plus difficile d’être capable de donner un sens à la masse incessante d’informations souvent contradictoires que nous recevons quotidiennement et qui ne sont malheureusement ni filtrées, ni correctement interprétées. Il faut donc investiguer pour comprendre la logique d’une séquence d’évènements donnée. Cet article représente une interprétation personnelle du contexte actuel en espérant qu’elle se rapproche de la vérité.

Le COVID-19, un laboratoire expérimental à ciel ouvert ?

Comment se fait-il que l’infiniment petit, invisible à l’œil nu, puisse paralyser l’infiniment grand pendant plusieurs mois ?

C’est exactement ce que nous expérimentons en ce moment : une crise sans précédent causée par un virus transforme le monde en un véritable laboratoire à ciel ouvert pour procéder à de nouvelles expérimentations sociétales.

Les GAFAMs sont les grandes gagnantes de la crise

Il est surprenant de voir que le gouverneur de l’état de New York Andrew Cuomo ait nommé un chantre de l’intelligence artificielle, ex-PDG de Google, le transhumaniste Eric Schmidt, pour organiser le déconfinement de Big Apple.

Eric Schmidt vante officiellement aux new-yorkais les bienfaits du online : santé online, école et université online, travail online… Bref, la distanciation sociale n’a pas de meilleures alliées que les technologies offertes par les GAFAMs (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) dont les performances boursières actuelles démontrent qu’elles sont les principales bénéficiaires de cette crise. Le 11 mai 2020, les GAFAMs étaient toutes proches de leurs plus hauts historiques et représentaient 20% de la capitalisation totale du principal indice boursier américain, le S&P 500. Ce jour-là, la valorisation de Microsoft équivalait à elle seule à 95% de la valorisation totale du CAC 40. Traduction : les investisseurs anticipent que les profits futurs de Microsoft équivaudront à 95% du total des profits futurs des 40 plus grandes entreprises françaises !

Soyez patient, la 5G arrive !

Alors même que les GAFAMs cherchent à créer de nouveaux usages et à nous gaver de contenus numériques nécessitant plus de bande passante, les Etats-Unis n’autorisent pas Huawei à déployer sur leur territoire son matériel qui propose pourtant la meilleure technologie 5G. Ils pensent que les antennes du géant chinois des télécoms ont des oreilles trop performantes qui pourraient les espionner et ainsi représenter un risque majeur pour la sécurité nationale.

Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls à le penser : la ville de Bruxelles refuse l’implantation de la 5G et la France la déploiera partout sauf dans les zones dites sensibles telles que l’arsenal de Brest, la région aéronautique de Toulouse et la ville de Paris.

Peu importe donc si le reste des français est écouté et surveillé ? Qu’advient-il de la loi RGPD, censée protéger les données personnelles, si nous pouvons être écoutés par les antennes chinoises ou encore surveillés par le Cloud Act, loi américaine de 2018 autorisant les services de sécurité à contraindre les plateformes numériques américaines à communiquer les données personnelles d’un individu où qu’il se trouve sans en informer quiconque auparavant ?

De plus, le gouvernement français a profité de l’état d’urgence sanitaire pour valider l’ordonnance n° 2020-320 du 25 mars 2020. En clair, pendant l’état d’urgence sanitaire, les antennes-relais des opérateurs de téléphonie mobile peuvent être installées sans prévenir les municipalités ni du nombre, ni du lieu et sans accord préalable de l’Agence Nationale des Fréquences pourtant en charge de la gestion de l’ensemble des fréquences radioélectriques. Ce sont donc les quatre opérateurs de téléphonie qui décident unilatéralement des installations et qui peuvent, par la même occasion, anticiper l’arrivée de la 5G.

Selon les estimations, cette technologie devrait consommer deux fois plus d’énergie que la 4G notamment à cause de la multiplication des antennes-relais de portée plus courte et de fréquence plus haute. Est-ce bien compatible avec le besoin de décarboner notre économie ? Et franchement, avons-nous vraiment besoin d’avoir plus de contenus vidéo et de nouveaux services sur nos portables pour mieux vivre ?

Les émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) vont diminuer en 2020

Cette crise permet pour la première fois d’expérimenter un monde quasiment sans production pendant plusieurs mois. Les évaluations du FMI estiment une baisse du PIB mondial de 3% pour 2020 qui se décompose en -6.1% pour les pays développés et -1% pour les pays émergents avec toutefois une croissance de 1.2% pour la Chine. Le monde n’a jamais connu cela.

Cette décroissance du PIB s’accompagne d’une décroissance des émissions de GES dans l’atmosphère. L’Agence Internationale de l’Energie anticipe une baisse totale des émissions de 8% en 2020 par rapport à 2019. C’est ce nous devrions faire collectivement chaque année jusqu’en 2050 pour réaliser l’Accord de Paris dans sa version 1.5°C.

Comme nous n’aurons pas un COVID tous les ans jusqu’en 2050, il va falloir être beaucoup plus ambitieux lors de la reprise économique à venir. C’est pourquoi il est fondamental que le « Green deal » européen soit encore plus green que ce qui était prévu initialement. Les mesures du plan européen révélées le 27 mai dernier vont dans le bon sens mais ne sont pas suffisantes.

Les succès rencontrés par des initiatives telles que celle de Pascal Canfin et celle des SBT (Science Base Targets) sont encourageants. Il est aussi rassurant de voir que de l’autre côté de l’Atlantique les PDGs s’organisent pour demander au Congrès de reconstruire une économie plus résiliente et plus durable. Au-delà de ces belles intentions, il faut maintenant passer en mode action décuplée.

A priori, nous pouvons conclure qu’une baisse du PIB s’accompagne automatiquement d’une baisse des émissions de GES. La question est de savoir si la décroissance est une condition sine qua non à la décarbonation de l’économie ou si un découplage est possible entre une hausse du PIB et une baisse des émissions.

Alors que les partisans de la décroissance affirment de façon péremptoire l’inéluctabilité du tandem PIB/émissions GES, de grandes multinationales comme L’Oréal et Unilever parviennent à augmenter leur chiffre d’affaires tout en diminuant leurs émissions.

Les « collapsologues » anticipent un effondrement de la civilisation thermo-industrielle en basant leur raisonnement sur la finitude des ressources et les dégâts causés sur le vivant. Leurs convictions sont fondées sur un champ des possibles qui ne pourrait pas lui-même évoluer.

Il existe probablement une autre manière de produire de l’énergie qui ne consommerait pas de ressources naturelles et qui ne serait pas polluante.

Vers une nouvelle vision du monde

La vision d’un monde entièrement connecté de l’infiniment petit à l’infiniment grand

Deux visions du monde s’opposent.

La vision d’un monde déconnecté encore très répandue dans nos sociétés se base sur la philosophie du réductionnisme cartésien et du dualisme qui sépare le corps de l’esprit. Le réductionnisme considère, par exemple, que l’univers est composé d’objets matériels qui sont totalement déconnectés les uns des autres et qui peuvent être représentés par un modèle mathématique bidimensionnel alors que la nature comporte au moins trois dimensions ce qui conduit inévitablement à certaines limitations dans l’analyse théorique. Pourtant, il régit l’essentiel de la recherche de la physique moderne et bénéficie de la quasi-totalité des financements publics alloués à cette recherche.

A l’inverse, l’émergence récente de la physique unifiée offre une vision d’un monde entièrement connecté où tous les objets, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, sont interdépendants et participent à l’intégration du tout.

L’énergie libre

A la fin du XIX siècle, Nikola Tesla, père du courant alternatif, parlait pour la première fois d’énergie libre et d’électricité sans fil. Tesla a déposé plus de 300 brevets dont certains préfiguraient les innovations actuelles telles que la téléphonie mobile et la voiture électrique. Son génie n’était pas accepté par la science « mainstream » et son laboratoire de recherche fut incendié à deux reprises. Ses travaux ont depuis été repris par plusieurs scientifiques et notamment par Paramahamsa Tewari en Inde qui a créé la Space Vortex Theory capable de produire de l’énergie propre gratuitement.

Les scientifiques « alternatifs » qui ont une vision d’un monde connecté s’intéressent de plus en plus à la capacité de produire de l’énergie à partir de la résonance du vide. Le vide serait alors une source intarissable d’énergie propre.

La recherche liée à la vision d’un monde connecté ne bénéficie pas de financement public

Parce que la vision d’un monde connecté dérange le conformisme scientifique, la recherche fondamentale qui en découle doit être aujourd’hui entièrement financée par des fonds privés plus difficiles à trouver. C’est ce que le Professeur Luc Montagnier, prix Nobel de médecine en 2008, a expérimenté quand il s’est intéressé à la mémoire de l’eau, théorie révolutionnaire qui commence à être acceptée par la communauté scientifique. L’eau aurait une mémoire!

La crise actuelle éveille de plus en plus de consciences qui s’unissent pour réinventer le monde d’après. Des changements structurels profonds vont émerger rapidement, remettant en cause le système capitaliste libéral et la globalisation à outrance.

La théorie économique ne permet plus d’expliquer le réel

Il faut changer les indicateurs économiques qui sont devenus hors-sol

Les grands indicateurs économiques ne reflètent plus la réalité du monde. Un PIB qui ne prend en compte ni les externalités négatives liées à la production, ni la notion de bonheur ou de santé mentale d’une population ne veut objectivement plus rien dire.

Si nous changions la manière de le calculer, nous serions probablement déjà en décroissance avec des cours boursiers plus bas au contraire des sommets historiques atteints en février dernier aux Etats- Unis.

De même, l’inflation ne reflète pas du tout le réel puisqu’elle ne prend pas en compte, par exemple, le coût des loyers dans son calcul, en Europe.

Par ailleurs, la théorie économique classique ne peut expliquer les taux d’intérêt négatifs que nous connaissons aujourd’hui.

Pour être capable de décider en toute connaissance de cause, il est important d’avoir les indicateurs adéquats à disposition. Sans eux, il est difficile d’envisager une planification économique cohérente plus que jamais nécessaire aujourd’hui.

Les bourses sont totalement déconnectées du réel

De façon schématique, le but du capitalisme libéral est de maximiser la valorisation d’une entreprise à n’importe quel prix. Il est frappant de voir qu’à l’annonce d’un plan de licenciement consécutif à une restructuration, synonyme alors d’une augmentation du résultat net, le cours de cette même entreprise s’envole. Un drame humain se transforme alors en une très bonne nouvelle pour les actionnaires. Est-ce bien moral et éthique ?

Un cours boursier se calcule de la manière suivante :

Où RN=Résultat net de l’entreprise et CMPC= Coût Moyen Pondéré du Capital

Le CMPC est une moyenne entre le coût des fonds propres et le coût de la dette. Aujourd’hui, les entreprises peu risquées comme Microsoft ont un CMPC très faible car les taux d’intérêt sont quasiment nuls.

Donc le cours boursier augmente quand les résultats nets futurs augmentent ou quand les taux baissent ou quand les résultats augmentent et les taux baissent.

La principale explication de la hausse continue des bourses depuis la précédente crise de 2008 jusqu’à leurs niveaux de février 2020 est la baisse entretenue des taux consécutive aux injections massives de liquidités sur le marché par les banques centrales. Le volume de création monétaire liée aux dettes publiques, privées et individuelles, est passée de 97 000 milliards USD en 2007 à 253 000 milliards USD en 2019 soit une augmentation de 260% en 12 ans quand le PIB augmentait de 66% sur la même période. En d’autres termes, il y a eu 4 fois plus de dettes pour produire une unité de PIB supplémentaire. La différence ne se retrouve pas dans l’inflation des prix des biens et services mais plutôt dans les cours boursiers survalorisés, les prix immobiliers, les produits structurés très risqués qui sont à l’origine de la crise financière de 2008 et très probablement dans la corruption. Dans ces cas-là, on parle d’enrichissement.

L’histoire semble se répéter de façon alarmante. Comment les autorités de contrôle et les banques centrales peuvent-elles laisser se renouveler un scénario dont nous connaissons déjà l’issue, celle d’une bulle spéculative qui va éclater ?

Etant donné qu’il va être difficile d’aller beaucoup plus bas sur les taux d’intérêt et comme les entreprises ont déjà massivement emprunté à bas coût pour racheter leurs actions (2500 milliards USD entre 2016 et 2019), il va falloir, pour maintenir une croissance des cours boursiers, que la perspective des profits futurs des entreprises (au numérateur de notre équation) s’améliore. C’est exactement ce qui se produit actuellement pour les GAFAMs qui jouissent de positions monopolistiques contraires au principe de concurrence pure et parfaite.

Il est intéressant de noter la très forte déconnexion entre la bourse américaine et le reste du monde depuis 2010. Par exemple, depuis le 14/6/2010, le S&P 500, principal indice boursier US, a progressé de 172% alors que dans le même temps le CAC 40 ne s’appréciait que de 27%. La bourse américaine a atteint son plus haut historique en février 2020 alors que le CAC 40 l’a atteint en août 2000. Mais pourquoi donc les investisseurs pensent-ils que les sociétés américaines seront plus profitables en moyenne que les sociétés françaises dans les prochaines années ?

Dans un monde toujours plus incertain et instable, il est étonnant que les bourses soient toujours aussi optimistes sur la capacité des entreprises à produire toujours plus de profit dans le futur. De plus si l’inflation était correctement calculée, elle aurait un impact négatif sur les cours d’environ 20%.

Par ailleurs, les récentes interventions de l’Etat Providence liées à la crise que nous traversons font exploser les déficits publics et donc les dettes publiques qui les financent à des niveaux jamais atteints. Bien que la dette souveraine soit très peu chère aujourd’hui, il est raisonnable de penser que tôt ou tard les taux remonteront ce qui accroîtra la charge de la dette d’une façon insoutenable pour certains états tels que l’Italie ou la France.

Or, jusqu’au début des années 70, l’Etat français finançait son déficit public auprès des circuits du Trésor à des taux avantageux administrés par lui-même. Ces circuits incluaient notamment la création monétaire par la Banque de France. Mais, sous la pression des lobbies bancaires et de certains grands serviteurs de l’Etat, il a dû commencer à « emprunter » son déficit public sur les marchés financiers à des taux d’intérêt beaucoup plus élevés.

Ne pourrions-nous pas revenir à un financement des déficits publics par la création monétaire pure ?

Qu’une entreprise fasse un emprunt obligataire afin d’investir pour créer des profits futurs et qu’elle paye un taux d’intérêt pour cela paraît relativement sain. En revanche, la question peut se poser pour un Etat qui emprunte sur les marchés pour investir dans des services publics afin d’améliorer le bien- être général de sa population.

En ramenant la masse monétaire à des niveaux compatibles avec l’économie réelle, les risques liés aux investissements seraient évalués de façon beaucoup plus rigoureuse et les bulles spéculatives inhérentes au système et ne profitant qu’au plus petit nombre seraient limitées par construction même. Une solution serait d’augmenter sensiblement le niveau des ratios prudentiels des banques qui devraient prendre en compte toutes leurs activités de hors bilan.

L’Europe est en danger et son futur se joue maintenant

La crise du COVID-19 a démontré l’incapacité de l’Europe à agir de façon solidaire et coordonnée ainsi que sa dépendance excessive aux pays tels que la Chine, l’Inde ou les Etats-Unis.

La solidarité européenne doit l’emporter sur le droit

Il est très encourageant de voir que la France et l’Allemagne ont pris l’initiative d’un emprunt européen de 750 milliards d’euros pour financer sous forme de subventions à hauteur de 500 milliards d’euros la relance verte des états qui ont le plus souffert de cette crise. La grande nouveauté de cet emprunt est qu’il sera lancé pour la première fois par la Commission Européenne elle-même.

Cependant, l’Autriche, les Pays Bas, le Danemark et la Suède ont déjà manifesté leur désapprobation arguant que les pays riches du nord de l’Europe ne devaient pas payer pour les déficits budgétaires du sud. La Commission Européenne a donc du pain sur la planche dans les semaines à venir.

Jusqu’alors, l’Allemagne était elle aussi frileuse à cette solidarité avec le sud comme l’atteste l’arrêt du 5 mai 2020 du Tribunal constitutionnel de Karlsruhe passé quasiment inaperçu mais pourtant lourd de conséquence. En effet, en réponse à une initiative de citoyens allemands craignant pour leur épargne, cet arrêt remet non seulement en cause l’indépendance de la BCE, mais aussi la primauté de la Cour de Justice de l’Union en déclarant que « la République fédérale d’Allemagne ne reconnaît pas une primauté absolue d’application du droit de l’Union » et que cette primauté s’arrête là où commence « l’identité constitutionnelle » des États.

Les juges allemands pensent que la BCE, indépendante du pouvoir politique, outrepasse sa mission de contenir l’inflation (objectif fixé à 2%) quand elle recourt au Quantitative Easing en achetant les dettes publiques d’une manière non conforme au « principe de proportionnalité » censé refléter le poids de chaque Etat membre dans son capital. Or, quand elle « monétise » les dettes publiques, la BCE permet à certains états de se financer à des taux inférieurs aux taux du marché. Par exemple, à fin 2019, la BCE avait acheté environ 30% du total de la dette publique française alors que la Banque de France ne détient que 17% de son capital. Certains pays seraient donc favorisés par le Quantitative Easing. Théoriquement, l’achat de dette publique devrait faire baisser les taux ce qui va à l’encontre des intérêts des épargnants allemands et à vrai dire de tous les épargnants européens.

La BCE a jusqu’au 5 août pour expliquer ce manque de proportionnalité. Si la réponse n’est pas satisfaisante, alors la Bundesbank pourra revendre les obligations d’Etat qu’elle détient afin de faire remonter les taux pour protéger les épargnants

Il faut suivre de très près cet épisode juridique pour voir si la solidarité politique affichée par l’Allemagne sera suivie des faits ou si le droit va l’emporter au risque de faire imploser le système européen en poussant vers la sortie des pays dont le ratio dette publique sur PIB atteint des niveaux vertigineux comme l’Italie où il devrait avoisiner les 160% en 2020 et où, comme nous le savons bien, le populisme anti-européen gagne du terrain.

La réindustrialisation de l’Europe est autant nécessaire qu’impérieuse

Il est à présent important de mettre en place un programme coordonné de réindustrialisation de l’Europe qui aura l’avantage de la rendre autonome dans les domaines stratégiques comme la santé, l’agriculture, l’énergie, le numérique ou encore les données, et bien entendu de raccourcir les chaînes d’approvisionnement. De plus, cette relocalisation aura un effet bénéfique sur les émissions de GES car l’énergie et les processus de production sont moins carbonés en Europe qu’en Asie.

Revenir à une production locale va permettre de réapprendre certains métiers oubliés et de développer l’emploi. Nonobstant le premier effet d’augmentation des coûts pour les entreprises, leurs risques s’en trouveront diminués. La quête de profit a trop longtemps justifié la priorité du prix le plus bas au détriment d’une approche holistique des risques. La crise actuelle offre un moment de vérité qui est l’opportunité d’inverser cette tendance.

La notion de juste prix est au cœur de la réussite. Pour y parvenir, la revalorisation des bas salaires est essentielle car les actifs aux « bas salaires » ont une propension marginale à consommer bien supérieure aux autres actifs et c’est exactement ce dont l’économie a besoin pour relancer la demande.

De plus, une fiscalité différenciée pourrait instaurer une TVA réduite sur les biens produits localement et ainsi atténuer l’impact de la hausse du coût du travail dans le prix final.

Il est temps de recouvrer la souveraineté européenne

Dans les années 1990, les Etats-Unis ont développé tout un arsenal juridique qui leur permet de sanctionner les entreprises contrevenantes à leurs lois nationales dès lors qu’elles utilisent le dollar comme moyen de paiement. De surcroît, ces lois les autorisent à lire les emails de quiconque dès lors que les adresses email sont enregistrées chez eux. Qui n’a pas un compte Facebook ou Linkedin ?

C’est à ce titre que des sociétés françaises telles que BNP Paribas, Total ou Technip ont dû payer des amendes colossales pour garder leurs droits d’opérer sur le sol américain car elles avaient enfreint l’embargo imposé à l’Iran par les Etats-Unis. C’est également en utilisant une de ces lois extraterritoriales relative au paiement de commissions occultes que le Department of Justice américain (DOJ) a fait pression sur les dirigeants d’Alstom en les menaçant d’emprisonnement s’ils n’acceptaient pas de revendre une partie de leur société à General Electric.

Cette toute puissance hégémonique américaine a pour effet de vassaliser, par le droit, leurs concurrents dans le monde. Autant dire qu’ils sont nombreux.

Le temps est donc venu de redevenir souverain à travers l’intelligence économique.

Aussi bien la proposition de loi visant à la création d’un fonds souverain destiné à soutenir les entreprises françaises des secteurs stratégiques, que l’Appel lancé récemment par un collectif d’entrepreneurs et de décideurs du numérique français « Pour une Liberté, une Souveraineté et une Sécurité Numérique immédiates » visant à s’affranchir de la dépendance aux plateformes globales promues par les GAFAMs sont révélateurs d’une prise de conscience et d’une nécessité économique si nous ne voulons pas que notre savoir-faire d’excellence disparaisse au profit de nos concurrents.

A ce titre, l’Ecole de Guerre Economique créée en 1997 forme les étudiants pour être en mesure de répondre aux pratiques du monde des affaires internationales qui manquent parfois d’éthique et de morale.

Par ailleurs, les BRICs (Brésil, Russie, Inde et Chine) ont déjà commencé à commercer entre eux dans leurs devises nationales afin de contourner la suprématie du dollar dans les échanges internationaux.

C’est ainsi que la Chine, principal importateur de pétrole au monde, a lancé en 2018 un contrat à terme de pétrole brut libellé en yuan et convertible en or. Ce contrat représente un bouleversement majeur qui impacte le commerce international. En effet, les pays exportateurs de pétrole sanctionnés par les différentes mesures extraterritoriales américaines tels que la Russie, le Vénézuela ou l’Iran peuvent dorénavant vendre leur pétrole à la Chine en yuans qui est lui-même convertible en or.

Par la révélation de certaines vérités que les peuples n’accepteront plus, l’année 2020 est une année charnière du XXI siècle. La remise en cause de certaines théories profondément ancrées dans nos sociétés est l’occasion de réinventer collectivement le monde d’après qui devra être plus juste et respectueux de nos libertés individuelles.

L’éveil des consciences sur les enjeux sociétaux ainsi que l’émergence d’une nouvelle vision d’un monde connecté vont accélérer les changements structurels nécessaires au mieux vivre ensemble et à un partage plus équitable de la richesse créée par un capitalisme plus responsable.

Comme l’a dit le prix Nobel de physique Niels Bohr, « Chaque grande difficulté porte en elle sa propre solution. Elle nous oblige à changer notre façon de penser afin de la trouver ».

Il est grand temps de changer notre lecture du système et d’agir différemment pour créer le monde harmonieux de demain.

Laurent Babikian est Responsable de l’Engagement avec les Investisseurs chez CDP Europe

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