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Jean-Pierre Chevènement appelle à un « ressourcement républicain », dans une « démocratie qui est à revoir »

Le " miraculé de la République " - Ép. 4/5 - Jean-Pierre ...

INTRODUCTION

« Notre démocratie est à revoir« 

Pour Jean-Pierre Chevènement, le mouvement des « gilets jaunes » symbolise une « crise de la démocratie« .

« Mais il y a un chantier : la rénovation de notre démocratie

… Il faut en finir avec le quinquennat et déconnecter les mandats du président de l’Assemblée nationale. Il faut revenir à un ‘parlementarisme raisonné‘ ».

Quelques citations de J. P. CHEVENEMENT sur France Culture en Janvier dernier:

Notre société est une société de défiance. On n’accorde plus de crédit à la parole de l’autre. On ne discute plus. On le voit dans le débat de la réforme des retraites.

La crise que nous vivons est une crise de contestation du pouvoir.

Le gouvernement a fait des concessions mais les racines de la colère, qui s’exprime, viennent de plus loin. Les citoyens se sentent délaissés et font face à des élites technocratiques, sûres d’elles-même qui ne débattent pas. L’argumentation est le fond de la démocratie. Nous avons un peu perdu le sens du débat et l’esprit critique

Notre démocratie est à revoir.

Il faut être ferme sur nos principes : les libertés. La liberté doit toujours primer, c’est le fondement d’une société.

Entretien publié par le Point

Incarnation vivante de l’autorité républicaine, Jean-Pierre Chevènement remet les pendules à l’heure dans les confusions du moment, dans l’entretien publié par le Point.

ARTICLE

« Nous sommes dans une société gravement fracturée, et de plus en plus violente »

Propos recueillis par Jérôme Cordelier 16/08/2020 Le Point

Jamais son nom n’a autant circulé dans les cercles du pouvoir. Le rebelle de la gauche voit ses intuitions politiques, souvent décriées par le passé, faire désormais mouche dans son camp comme dans les autres. L’octogénaire Jean-Pierre Chevènement est aujourd’hui salué pour sa cohérence politique. Incarnation vivante de l’autorité républicaine, l’ancien ministre – Recherche et Industrie, Éducation nationale, Défense, Intérieur – est régulièrement consulté par l’actuel président de la République. Et au cœur d’un été marqué par de multiples violences, dont des agressions répétées contre les dépositaires de l’ordre – policiers, mais aussi désormais maires –, une fermeté humaniste à la chevènement devient une référence nécessaire dans la gestion de l’ordre public.

L’actuel ministre de l’Intérieur, le sarkozyste Gérald Darmanin, parle d’« ensauvagement » de la société, et l’expression fait écho au mot « sauvageons » lâché par son prédécesseur Place Beauvau en 1999. Il y a plus de quinze ans… En attendant ses Mémoires qui paraîtront début septembre sous le titre Qui veut risquer sa vie la sauvera (Robert Laffont), Jean-Pierre Chevènement nous a accordé un entretien à bâtons rompus et, comme toujours chez lui, sans langue de bois.


Le Point : Emmanuel Macron est-il à la hauteur de la crise que nous traversons ?


Jean-Pierre Chevènement : 

Je suis beaucoup moins sévère que la plupart des commentateurs sur la gestion de la crise par Emmanuel Macron. À part la pénurie de masques que nous aurions pu éviter si on avait maintenu la politique de stocks stratégiques définie il y a dix ans, les mesures prises pour indemniser le chômage partiel ou pour accorder aux entreprises des prêts garantis par l’État ou encore pour reporter les charges sociales et fiscales ont permis jusqu’à présent de préserver notre tissu entrepreneurial. La crise a mis en lumière nos profondes dépendances, et pas seulement dans le domaine sanitaire. Indépendance est pour moi un maître mot. Il s’agit de retrouver des marges de manœuvre, une capacité à s’orienter par soi-même, ce qui est au fondement même de la République. Cette crise nous invite à prendre nos distances par rapport à la règle de l’approvisionnement au plus bas coût possible, qui a prévalu tout au long de trois décennies de mondialisation débridée. Nous avons ainsi laissé notre pays se désindustrialiser, au prix de fractures sociales de plus en plus insupportables. Il faut remonter la pente.

Le souverainisme redevient à la mode… Vous devez en être content ?


Je n’aime pas employer ce mot, qui est source de confusion avec certaines expressions que je ne fais pas miennes. Je me dis simplement républicain. Je me garde des amalgames. Je suis pour la souveraineté nationale, intitulé du titre premier de la Constitution de 1958, parce qu’elle est la condition de la République. Je considère que les étrangers venus sur notre sol ont vocation à s’intégrer à la République. Ils ne doivent pas être rejetés a priori ; en même temps, la politique d’immigration dépend de la capacité d’intégration du pays d’accueil. Il faut tenir les deux bouts de la chaîne.


Le nouveau cap fixé par Emmanuel Macron, et notamment le gouvernement Castex, a-t-il une coloration « chevènementiste » ?

La reconquête de l’indépendance ne se fera pas sans ressourcement républicain. Nous sommes dans une société gravement fracturée, et de plus en plus violente. Cette France éclatée est menacée par la montée des communautarismes. Je m’inquiète pour la République, elle ne tient que par la force des idéaux de citoyenneté et de laïcité. Je déplore l’évanescence du patriotisme français sans lequel il ne peut y avoir de civisme ni de sens de l’État.


Que pensez-vous des polémiques sur les violences policières ?


Je me refuse d’accoler ces deux termes, dont l’association signifierait que ces violences seraient le fait d’une institution de la République. Il existe des violences commises par des policiers, il y a des brebis galeuses partout, mais des « violences policières » propres à l’institution, non. La police est une institution républicaine faite pour la sûreté de tous, les policiers sont soumis à une stricte déontologie et, parmi tous les corps de fonctionnaires, ils sont les plus sanctionnés. Il faut s’interroger sur les violences dont sont de plus en plus victimes les policiers : verbales et physiques. Elles signalent la crise de l’autorité et de la citoyenneté.


Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, parle d’« ensauvagement » de la société, et tout le monde s’est alors souvenu du terme de « sauvageons » que vous aviez employé en 1999, à cette même place, et les polémiques qu’il avait suscitées…


L’expression « sauvageon » (en vieux français un arbre non greffé) pointait un défaut d’éducation. L’explosion de violences dans la société française dont parle monsieur Darmanin résulte de sa fracturation, d’autres diraient de son « archipélisation ». Y porter remède ne peut être de la seule responsabilité du ministre de l’Intérieur.

Avant la République, la France s’est construite avec des hommes d’État comme Colbert qui a créé la Compagnie des Indes, fondé la manufacture des Gobelins, contribué à l’industrialisation de la France.

Au départ, les socialistes pensaient que les écologistes leur apporteraient un appoint électoral. Finalement, ceux-ci se sont hissés sur leurs épaules. La sensibilité écologiste a grignoté de l’intérieur la gauche républicaine traditionnelle.

La laïcité est-elle encore une valeur de gauche ?


Ce n’est pas une valeur de gauche, c’est une valeur républicaine. La République est laïque comme il est mentionné dans la Constitution depuis 1946. L’actualité de la laïcité, c’est la réponse donnée à juste titre à des courants qui veulent rétablir le droit divin, qui, aujourd’hui, ne sont pas principalement des courants chrétiens, mais musulmans. Un vieux combat qui, en Europe, date de 1789 et reste moderne. À la gauche de porter cette lutte si elle veut rester fidèle à elle-même. Comme elle doit conserver l’héritage de la nation, cadre privilégié de la démocratie et de la solidarité. Pourquoi la gauche a-t-elle abandonné à Le Pen en 1984 la défense de la nation ? Pourquoi a-t-il fallu qu’en 1985 je rétablisse, en tant que ministre de l’Éducation, l’apprentissage de la Marseillaise sous les quolibets d’une partie de la gauche ? Nous sommes un pays pluriethnique, pluriconfessionnel, mais pas pluriculturel : il y a une culture française.


Regardez-vous la série Baron noir ?


Cela m’arrive. J’aime Kad Merad, sans doute la seule figure socialiste à laquelle, à l’ère de l’immédiateté, les Français s’identifient facilement aujourd’hui. Entre François Mitterrand et Kad Merad, il n’y a pas eu grand monde dans la mémoire collective. La génération qui a sucé le lait de SOS Racisme n’est pas allée loin en politique.

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