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Pour une démocratie de la co-construction

PRÉSENTATION

Le Projet de METAHODOS est de:

  • revivifier notre Démocratie,
  • réformer l’Action Publique, en développant la liberté, la co-construction, l’efficience.

Nos réflexions portent sur la méthode, celle ci permettant – démocratiquement et avec efficience – de mettre en oeuvre le projet collectif.

Sur le thème de la co-construction, nous avons fait ne nombreuses publications sur la gouvernance, la prise en compte des parties prenantes ou encore la concertation et la participation. Dans le prolongement, nous posons la question suivante:

Quel rôle la société civile peut-elle jouer dans une économie de plus en plus dirigée par l’État et le pou­voir ad­mi­nis­tra­tif ?

Nous vous proposons la réponse de Didier DESTOUCHES, dan La Tribune. L’auteur est po­li­to­logue, his­to­rien des ins­ti­tu­tions et Maître de confé­rence à l’uni­ver­si­té des An­tilles et Cher­cheur au CREDDI.

P.A.

ARTICLE

POUR UNE SOCIETE CI­VILE CODECISIONNELLE

Didier DES­TOUCHES · 2 sept. 2020 La Tribune


L’évo­lu­tion des pro­ces­sus de dé­ci­sion a de­puis quelques dé­cen­nies fa­vo­ri­sé la nette do­mi­na­tion du pou­voir ad­mi­nis­tra­tif sous l’égide d’une in­fluence tech­no­cra­tique eu­ro­péenne et au dé­tri­ment du pou­voir po­li­tique des élus. Il en a ré­sul­té en France une franche hé­gé­mo­nie de l’exé­cu­tif (pré­sident et gou­ver­ne­ment) sur le pou­voir lé­gis­la­tif (le par­le­ment) ; et au ni­veau lo­cal une tu­telle de plus en plus forte mais sub­tile des ins­ti­tu­tions re­pré­sen­tantes de l’État sur les exé­cu­tifs des col­lec­ti­vi­tés lo­cales.


Ces mêmes élus lo­caux étant pris entre ce feu et ce­lui du clien­té­lisme d’une po­pu­la­tion tou­jours gour­mande de re­dis­tri­bu­tions de res­sources so­ciales. Dans le même temps on a ob­ser­vé une émer­gence par des prises de pa­roles po­li­tiques ai­guës et trans­ver­sales d’ac­teurs de la so­cié­té ci­vile, c’est-à-dire des forces vives non pu­bliques.


QU’EST-CE QUE LA SO­CIÉ­TÉ CI­VILE ?


C’est au XVIIIe siècle qu’elle com­mence à être dis­tin­guée de ou op­po­sée à la so­cié­té po­li­tique. L’usage très large du terme a fait qu’il a été uti­li­sé par des cou­rants po­li­tiques et idéo­lo­giques dif­fé­rents. Chez Jean-Jacques Rous­seau, le théo­ri­cien de la sou­ve­rai­ne­té po­pu­laire, le mot « so­cié­té ci­vile » dé­si­gnait la com­mu­nau­té po­li­tique es­sen­tiel­le­ment par op­po­si­tion au concept d’état de na­ture. À la fin du XIXe siècle, sous l’in­fluence no­tam­ment du phi­lo­sophe Locke et de l’idéo­lo­gie li­bé­rale an­glaise, le terme de so­cié­té ci­vile tend à évo­luer et à dé­si­gner un ordre ju­ri­dique in­for­mel ga­rant des droits in­di­vi­duels et de la pro­prié­té pri­vée, par op­po­si­tion à l’État consi­dé­ré comme op­pres­seur.
Par la suite la so­cié­té ci­vile se trouve ain­si dé­fi­nie par le pro­fes­seur John Keane comme « un en­semble com­plexe et dy­na­mique d’ins­ti­tu­tions non gou­ver­ne­men­tales, pro­té­gées par la loi qui tendent à être non vio­lentes, au­to-or­ga­ni­sées, au­to­con­trô­lées et qui sont en ten­sion per­ma­nente cha­cune avec les autres et avec les ins­ti­tu­tions gou­ver­ne­men­tales qui en­cadrent, re­streignent et rendent ca­pables leurs ac­ti­vi­tés ».


Ce concept se­ra très uti­li­sé par les pen­seurs pro­gres­sistes amé­ri­cains mais sur­tout par les pen­seurs hé­ri­tiers du mar­xisme pen­dant le XXe siècle qui en fe­ront la force an­ta­go­niste de l’État li­bé­ral ca­pi­ta­liste. Une pé­ti­tion, une grève, une manifestation peuvent être pré­sen­tées comme des signes po­li­tiques et so­ciaux de l’exis­tence de la so­cié­té ci­vile. Des mou­ve­ments comme Black Lives Mat­ter ou Oc­cu­py Wall Street aux États-Unis, Ge­ra­ção à ras­ca, les in­di­gnés, Po­de­mos en Eu­rope, Nuit de­bout dans l’hexa­gone ou le LKP en Gua­de­loupe ont été des mo­ments forts et ré­cents de manifestation po­li­tique de la so­cié­té ci­vile.


En 2017, le can­di­dat néo-li­bé­ral Em­ma­nuel Ma­cron réus­sit le tour de force d’en­rô­ler et de conver­tir une ar­mée de ci­toyens is­sus de la so­cié­té ci­vile et d’en faire la nou­velle ma­jo­ri­té par­le­men­taire (La Ré­pu­blique En Marche) mais aus­si une par­tie du gou­ver­ne­ment. Mais ce re­nou­vel­le­ment sur fond de dé­ga­gisme de la classe po­li­tique a aus­si nour­ri les dy­na­miques élec­to­rales et or­ga­niques de la nou­velle gauche : France In­sou­mise et Place Pu­blique.


En France, la so­cié­té ci­vile re­groupe sur le plan ins­ti­tu­tion­nel, les or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales et patronales (les «par­te­naires so­ciaux»), les or­ga­ni­sa­tions non gou­ver­ne­men­tales, les as­so­cia­tions pro­fes­sion­nelles, les col­lec­tifs d’usa­gers, les in­tel­lec­tuels, les or­ga­ni­sa­tions ca­ri­ta­tives, les or­ga­ni­sa­tions de base, les or­ga­ni­sa­tions qui im­pliquent les ci­toyens dans la vie lo­cale et mu­ni­ci­pale, les com­mu­nau­tés re­li­gieuses. Elle est re­pré­sen­tée dans di­verses ins­ti­tu­tions dans un rôle non dé­ci­sion­nel, en par­ti­cu­lier dans le CESER (con­seil éco­no­mique et so­cial de la Ré­gion).


LE CAS DU CHAOS LI­BA­NAIS


Si quelques ob­ser­va­teurs dont je fais par­tie théo­risent et plaident sans re­lâche pour une plus grande par­ti­ci­pa­tion po­li­tique (élec­to­rale et a-élec­to­rale) de la so­cié­té ci­vile, c’est parce qu’elle est de fait la seule force so­ciale vé­ri­ta­ble­ment mo­trice dans des contextes de pé­nu­rie d’in­fra­struc­tures, de pau­pé­ri­sa­tion, de crises ou de ca­tas­trophes na­tu­relles. On le voit dans le chaos li­ba­nais ac­tuel dans le­quel la so­cié­té ci­vile ne peut que prendre les choses en main pour sub­ve­nir aux pre­miers be­soins (eau, ali­men­ta­tion, élec­tri­ci­té, etc.) face à l’in­com­men­su­rable faillite de l’État. C’est aus­si dans l’in­tel­li­gence col­lec­tive des or­ga­ni­sa­tions pro­fes­sion­nelles, dans les col­lec­tifs de ci­toyens que des so­lu­tions al­ter­na­tives et in­no­vantes peuvent émer­ger et nour­rir les dé­ci­sions des élus mais aus­si des dé­ci­deurs pu­blics et se­mi-pu­blics.


À l’in­verse du Li­ban, il ne faut pas at­tendre qu’il soit trop tard et que notre pays ne soit ra­va­gé par une cer­taine classe po­li­tique de plus en plus im­puis­sante qui confond dé­ve­lop­pe­ment et re­dis­tri­bu­tion, pro­grès et confort ma­té­riel, sou­tien dé­mo­cra­tique et clien­té­lisme. Il ne s’agit pas d’en­rô­ler mais de faire par­ti­ci­per la so­cié­té ci­vile di­rec­te­ment aux dé­ci­sions po­li­tiques, dans un es­prit d’ap­pro­fon­dis­se­ment de la dé­mo­cra­tie lo­cale.


La so­cié­té ci­vile doit quant à elle s’or­ga­ni­ser et s’im­pli­quer tou­jours plus. En par­ti­cu­lier dans la mise à dis­po­si­tion de son ex­per­tise, mais aus­si dans l’orien­ta­tion d’une plus grande for­ma­tion éco­no­mique de la jeu­nesse. Ce se­rait alors une vraie voie d’émer­gence de res­pon­sa­bi­li­té dé­mo­cra­tique, par l’ac­tion col­lec­tive et en toute lu­ci­di­té dans le contexte de crise ac­tuel.

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