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Radicalisation et extrême droite : fossoyeuses de la démocratie aux Etats Unis

INTRODUCTION

Dans plusieurs pays, la démocratie est en déclin, sinon en crise. Ce qui est survenu aux États-Unis depuis 2016 en est une expression inattendue et troublante.

« La vie démocratique repose sur un minimum d’intégration et de solidarité dans une société », rappelle Gérard Bouchard.

TITRE

Radicalisation et extrême droite : fossoyeuses de la démocratie

GÉRARD BOUCHARD
HISTORIEN ET SOCIOLOGUE 27 septembre 2020 LA PRESSE

Les Américains, depuis longtemps, donnaient en modèle leur régime politique. Là comme ailleurs, de nombreuses causes sont invoquées, mais l’explication d’ensemble – s’il en existe une – se fait toujours attendre.

Les conditions de la démocratie

La vie démocratique repose sur un minimum d’intégration et de solidarité dans une société. Cette condition, à son tour, dépend de l’adhésion à un corpus d’idéaux et de valeurs chez la majorité des citoyens. À ces valeurs s’ajoutent des conventions diverses, élémentaires, notamment un accord sur les règles du débat public et les critères d’appréciation des faits. De là vient que les lois, les règles d’éthique et les usages de la vie quotidienne sont observés et que les institutions peuvent fonctionner.

Ce sont quelques-uns ou l’ensemble de ces éléments qui font présentement défaut dans plusieurs sociétés. Sur le plan des facteurs explicatifs, la radicalisation attire l’attention. C’est un phénomène qui semble toucher tous les pays concernés. Elle a certes toujours existé, mais elle a pris des proportions inusitées et une orientation particulière depuis une vingtaine d’années en se logeant à l’extrême droite. On le voit bien en Europe, on le voit aussi au Moyen-Orient et en Asie, étant bien entendu que d’une société à l’autre, le phénomène relève de contextes spécifiques.

La démocratie américaine en péril ?

Le cas des États-Unis se propose en priorité à la réflexion à cause de l’intensité du phénomène (des experts n’excluent pas la possibilité d’une nouvelle forme de guerre civile !) et à cause de ses dimensions. La radicalisation y fleurit dans le discours politique tout comme au sein des religions. Elle touche aussi toutes les catégories sociales (genres, générations, classes, urbains et ruraux). Et elle est d’autant plus complexe que divers enjeux et conflits s’y croisent : la place à accorder à l’État, les droits des Afro-Américains, les culture wars, l’avortement, les changements climatiques, les inégalités de toutes sortes, l’immigration et autres.

Des remèdes sont suggérés. Par exemple : restreindre le pouvoir dévolu à la présidence, réformer le système électoral, décentraliser la vie politique et créer des consensus autour de quelques urgences collectives. Ces mesures seraient sans doute utiles, mais aucune ne touche au cœur du problème. D’autres propositions vont plus en profondeur, mais elles supposent d’amples réformes à long terme auxquelles la polarisation de la vie politique et idéologique fait justement obstacle. Ce sont des mesures comme la réduction des inégalités sociales, la lutte contre le racisme ou la démocratisation du système d’enseignement. Plus généralement, on pense aussi à restaurer les conditions de l’American Dream, ce qui serait un chantier immense et très incertain.

Comprendre la radicalisation

Au-delà des États-Unis, on sait finalement peu de choses sur les sources du phénomène hormis quelques généralités : angoisses, frustrations, décrochage social ou culturel… mais bien des gens vivent dans ces conditions sans se radicaliser.

On ignore surtout ce qui a provoqué l’intensification observée récemment et on voudrait mieux comprendre les formes qu’elle a prises.

Au cours des dernières années, des sociétés touchées par le terrorisme islamiste ont financé d’importantes activités de recherche sur le sujet. Au Québec, depuis 2015, le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence été mis sur pied à Montréal, un observatoire sur le même sujet a été créé à l’Université de Sherbrooke et une chaire de l’UNESCO s’est ajoutée à ces deux organismes. Or, il me semble que les équipes scientifiques mobilisées se sont montrées bien discrètes depuis leur formation. Il serait utile qu’elles diffusent davantage leurs résultats dans les médias. On pourrait voir où elles en sont dans l’exécution de leur mandat, et tout spécialement dans la compréhension des causes de la radicalisation et dans la recherche des moyens de la combattre.

Sans être spécialiste, on en connaît bien sûr les manifestations principales : un refus de reconnaître les faits, une fermeture au compromis, une idéologie simpliste (souvent déjantée), une inclination aux extrémismes et, dans les pires cas, le goût de la violence. On devine qu’elle naît dans des contextes de vives tensions au sein d’une société soumise à des changements rapides ou menacée de fragmentation, tout cela menant à diverses formes de polarisation (c’est bien ce qu’on observe aux États-Unis). On soupçonne aussi que les réseaux sociaux y sont pour beaucoup tout comme l’autorité déclinante des médias traditionnels, des experts et des intellectuels.

Mais, là encore, nous sommes à la surface des choses. Il faudrait aller beaucoup plus loin, démonter le mécanisme sous-jacent. Qu’est-ce que la science peut nous dire à ce sujet ?

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