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Le chef de l’État avait décidé de fermer l’ENA: « Ouf de soulagement pour les tenants de l’immobilisme technocratique »

PRESENTATION

Le chef de l’État avait annoncé, il y a un an et demi, la suppression de cette école emblématique et des grands corps de la fonction publique.

L’abandon ce ce projet accompagne celui de la réforme de l’Etat et de son administration? N’avait il pas lui même invoqué les effets de l’Etat profond ?

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Les fracassantes déclarations de Macron n’auront-elles été qu’un coup de trompette ?

Interroge LOUIS HAUSALTER. Amélie de Montchalin l’a confirmé : ni l’ENA ni son classement de sortie ne seront supprimés. Elle réfléchit simplement « à une période de mobilité » avant de progresser dans les grands corps et envisage un tronc commun aux élèves hauts fonctionnaires « via le numérique ». « Les tenants de l’immobilisme technocratique doivent, une nouvelle fois, pousser un ouf de soulagement. »

ARTICLE

« PROMESSE DE MACRON… ET DE GASCON »

PAR LOUIS HAUSALTER · oct. 9, 2020

C’était avant l’onde de choc du coronavirus, mais après celle des « gilets jaunes ». Sonné par la révolte des ronds-points, Emmanuel Macron essayait de sortir de la nasse en annonçant des mesures chocs. Notamment pour bousculer une élite politico-administrative convoquée au banc des accusés. « Je pense qu’il faut supprimer, entre autres, l’ENA », déclarait le chef de l’État le 25 avril 2019. Pas pour le plaisir, assurait-il, mais « pour bâtir quelque chose qui fonctionne mieux ». « Je souhaite que nous mettions fin aux grands corps », ajoutait l’énarque et inspecteur des finances Macron, visiblement désireux d’abattre le cursus qu’il a lui-même suivi.


Un an et demi plus tard, où en est cette « réforme ambitieuse » que vantait le président ? Toujours au stade des incantations, selon nos informations… Certes, le Covid19 est passé par là, bousculant l’agenda politique. Le dossier est désormais entre les mains d’Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publiques depuis le remaniement estival. Même si, pour ce qui est de la transformation, on attend encore l’essai.


Pourtant, cette diplômée de HEC et de Harvard s’active. En septembre, elle a rencontré Frédéric Thiriez, énarque et avocat à la carrière bien remplie, qui présida notamment la Ligue de football professionnel. Emmanuel Macron avait confié à ce vibrionnant sexagénaire la rédaction d’un rapport sur des pistes de réforme de la haute fonction publique. Un document rendu en février 2020, dans lequel Thiriez ne tournait pas autour du pot. Il proposait ainsi de remplacer l’ENA par une « École d’administration publique » (EAP), qui regrouperait les ex-énarques et les ingénieurs comme ceux des Mines ou des Ponts. Une école sans classement de sortie, contrairement à l’actuelle ENA, car Thiriez souhaitait aussi dynamiter le système d’affectation. Aujourd’hui, les élèves peuvent rejoindre directement un grand corps comme la Cour des comptes ou l’Inspection des finances – pour les mieux classés d’entre eux – ou des fonctions d’encadrement, par exemple dans un ministère. Un système qui conduit de jeunes blancs-becs à inspecter ou diriger des services de l’État sans aucune connaissance du terrain. Et qui leur permet de conserver une place bien au chaud dans leur corps d’origine, avec un avancement automatique.


Pour rapprocher des corporations aussi différentes que les administrateurs, les directeurs d’hôpital, les magistrats ou encore les commissaires, le rapport suggérait aussi un tronc commun de six mois qui regrouperait les candidats reçus à tous ces concours administratifs. Autre chantier : l’ascenseur social en panne. « Les fils de cadre représentent toujours 70 % des promotions, et ce chiffre ne baisse pas depuis trente ans », cinglait Thiriez, qui proposait de réserver un quota de places à une filière « égalité des chances ». Autrement dit, de pratiquer la discrimination positive. Une idée reprise par Amélie de Montchalin qui a annoncé, cette semaine dans le Monde, « des voies d’accès pour les candidats issus des milieux modestes », qui prendraient la forme de concours spécifiques pour les grandes écoles administratives type ENA. La ministre souhaite une mise en oeuvre « dès 2021, au moins à titre expérimental ». Pour le reste, les préconisations de Thiriez risquent fort de finir à la corbeille.


Il faut dire que la perspective de ces chamboulements ne plaît pas à tous au sein de l’appareil d’État. L’hiver dernier, Édouard Philippe et son directeur de cabinet, Benoît Ribadeau-Dumas – tous deux énarques et conseillers d’État –, ont accueilli le rapport Thiriez avec une politesse distante. Et rapidement passé à la trappe les propositions les plus transgressives. Pas question de mettre fin au recrutement direct des grands corps. Quant à l’ENA, elle serait « remplacée par une école du management public, avec une vocation élargie », expliquait-on à Matignon, sans grand souci de la précision.


Édouard Philippe n’est plus là, mais son successeur, Jean Castex, est tout autant énarque – passé, lui, par la Cour des comptes. Surtout, le Covid est arrivé et a bouleversé les priorités gouvernementales. « Le sujet n’est pas du tout enterré », assure-t-on au cabinet d’Amélie de Montchalin, tout en noyant un peu le poisson : « On pourrait très bien se contenter du sujet symbolique qu’est l’ENA, en repeignant l’école et en changeant son nom. Mais le problème n’est pas seulement la formation des hauts fonctionnaires. C’est aussi le recrutement avant, et les carrières ensuite. »


“Gadget”


Le ministère de la « Transformation » vend donc une réforme d’ampleur, qui favoriserait la mobilité de fonctionnaires souvent bloqués par un plafond de verre. « Des gens qui ont entre 25 et 30 ans se retrouvent à manager des agents plus vieux qui, eux, n’auront jamais accès à ces postes de direction, explique-t-on. Est-ce que c’est normal qu’un jeune inspecteur des finances dirige un service de 70 personnes plus capées que lui ? »


On le voit, le sujet est plus complexe lorsqu’on dépasse les simples formules. « La suppression de l’ENA est un gadget. Ça fait toujours applaudir de la promettre mais, sans concours, comment vous faites pour recruter des directeurs d’administration centrale et des chefs de bureau ? », interroge Marylise Lebranchu, ex-ministre de la Fonction publique. Sous le quinquennat Hollande, cette socialiste avait plutôt tenté de bousculer la logique du classement de sortie, en affectant plus d’énarques vers des postes opérationnels dans des ministères, au détriment des grands corps. Mais ces derniers avaient eu la peau de sa réforme, enterrée par le secrétaire général de l’Élysée, JeanPierre Jouyet, énarque, inspecteur des finances et proche de Hollande. Auparavant, Nicolas Sarkozy luimême avait échoué à supprimer le sacro-saint classement. Résultat : les années passent, les grands corps résistent, et les mêmes constats demeurent. En 1970 déjà, alors que l’ENA n’avait que 25 ans, dix élèves de la promotion « Robespierre » proposaient publiquement… la suppression de leur école, en dénonçant l’« esprit de caste » et le « féodalisme »
qui régneraient dans la haute fonction publique.


Les fracassantes déclarations de Macron n’auront-elles été qu’un coup de trompette ? Amélie de Montchalin l’a confirmé : ni l’ENA ni son classement de sortie ne seront supprimés. Elle réfléchit simplement « à une période de mobilité » avant de progresser dans les grands corps et envisage un tronc commun aux élèves hauts fonctionnaires « via le numérique ». Les tenants de l’immobilisme technocratique doivent, une nouvelle fois, pousser un ouf de soulagement.

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