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DE GAULLE: Cinéma et Télévision pour un triple anniversaire si discret

L’ année 2020 marque un triple anniversaire pour Charles DE GAULLE

50 ans de la mort de Charles de Gaulle;

130 ans de sa naissance;

80 ans de l’appel du 18 Juin.

Personnalité politique française la plus célèbre du XXème siècle, Charles de Gaulle est très souvent cité, imité, pris à témoin, interpellé aussi. Et pourtant le triple anniversaire reste fort discret en cette année 2020.

Au cinéma: une quasi absence

Avant le film « De Gaulle » de Gabriel Le Bomin, sorti en salle le 4 mars 2020, le général a toujours fait fuir les producteurs ARTICLE 1

Une série sur France TV

Les six épisodes de « De Gaulle, l’éclat et le secret »  programmés depuis hier lundi plongent le Général dans son milieu familial et sa simple intimité. Un pari audacieux, mais réussi. ARTICLE 2

De Gaulle en série animée sur Arte

De Gaulle à la plage, est une série animée de 30 épisodes de 2 minutes. L’ensemble de la série est disponible sur le site web de la chaîne depuis lundi. Cette série d’animation est adaptée de la BD éponyme de Jean-Yves Ferri, parue chez Dargaud en 2007.

Cette politique-fiction se déroule en 1958, alors que l’Algérie s’embrase et que la France traverse une crise grave, Charles de Gaulle est aux abonnés absents. Lassé de l’ingratitude des Français, le général de Gaulle, flanqué de deux fidèles entre les fidèles, son aide de camp Lebornec et son épouse Yvonne, part goûter aux joies des bains de mer et aux plaisirs inconnus du farniente.

Pour cette coproduction Arte/Cube Creative réalisée par Philippe Rolland, Jean-Yves Ferri (scénariste des derniers Astérix) égratigne « avec tendresse et un humour décalé à la Jacques Tati« , la figure du libérateur de la France, statue du roman national traitée ici avec une légère irrévérence.

Un reportage sur Arte: De Gaulle, le géant aux pieds d’argile

De Gaulle fut-il toujours aussi fort que l’affirme sa légende ? Retour sur cinq moments de l’histoire où le général fut tenté de quitter la scène, racontés sur le mode intime par Patrick Jeudy (« Marylin, dernières séances »).

Dans l’esprit de chacun, il y a le général qui a fait l’histoire : un homme fort et devenu un mythe. Bien des gens pensent que l’individu Charles de Gaulle ne connut jamais de vrais moments de faiblesse. Pourtant, un document filmé prouve le contraire : l’interview que de Gaulle donne à Michel Droit au lendemain de Mai 68 pour s’expliquer sur les événements. Ce jour-là, le président au verbe haut se confie au peuple français dans un moment d’abandon. Il admet que, à plusieurs reprises, il a été tenté de déclarer forfait au cours de sa vie militaire et politique : « J’ai eu la tentation de me retirer. » À Dakar en 1940 ; à Londres en 1942 ; à Paris en 1946, lorsqu’il quitte le gouvernement ; en 1954, à la fin du Rassemblement du peuple français ; et en 1965, lorsqu’il est mis en ballotage et qu' »une vague de tristesse a failli [l]’entraîner au loin« .

À partir de cet entretien donné au journaliste académicien, le documentaire retrace en détail ces périodes de doute dans la vie du général de Gaulle. Cinq épisodes de l’histoire au cours desquels celui que l’on croyait être un colosse montre sa fragilité. C’est aussi toujours ces moments-là qu’il choisit pour rebondir, revenir dans l’arène et reprendre la main. Alors, ces tentations relèvent-elles de l’aveu de faiblesse ou d’une stratégie délibérée ?

Quelques ouvrages:

Les grands discours de guerre de Charles de Gaulle Préface de Régis Debray, Perrin.

L’Appel du 18 juin, Aurélie Luneau Flammarion, 350 p.

Colombey. L’autre colline inspirée , Philippe Le Guillou Salvator, 180 p.

De Gaulle sous le casque, Henri de Wailly Perrin, 448 p .

De Gaulle dictateur, Henri de KerillisPerrin, 384 p.

ARTICLE 1

De Gaulle : le grand épouvantail du cinéma français

PAR PHILIPPE GUEDJ 04/03/2020 Le Point.fr

Trop grand, trop iconique, trop cher, trop tout… Avant le film de Gabriel Le Bomin, en salle le 4 mars 2020, le général a toujours fait fuir les producteurs.

Il est la personnalité politique française la plus célèbre du XXe siècle. Et pourtant, le colosse de Gaulle, avec son mètre quatre-vingt-seize, passa pratiquement inaperçu au cinéma jusqu’à De Gaulle de Gabriel Le Bomin.

Quelques apparitions spectrales ici et là, sous la forme d’une silhouette muette ou d’images d’archives dans Mission spéciale (1946), Paris brûle-t-il ? (1966), L’Armée des ombres (1969) ou encore La Carapate (1978). Et aussi dans la coproduction internationale Chacal (1973), formidable thriller de Fred Zinnemann imaginant un complot d’assassinat visant de Gaulle au lendemain de l’attentat raté du Petit Clamart. Même ici, les Anglo-Saxons n’osèrent guère montrer l’illustre président autrement que joué par un quasi-figurant, filmé de loin et sans dialogue. C’est tout. « Étonnant, non ? » comme disait Desproges. Et surtout : pourquoi ? En janvier 2018, alors même que De Gaulle n’avait pas encore été financièrement bouclé, Le Point Pop questionnait déjà cette brillante absence et explorait quelques pistes.

Familier de la période, auteur d’une série de documentaires sur la France libre pour le musée de l’Armée en 2000, ainsi que du film Nos patriotes (2017), sur un tirailleur sénégalais au sortir de la débâcle de l’été 1940, Gabriel Le Bomin s’interroge. « Il semble y avoir, en France, une absence de désir des auteurs de fiction pour le récit national, surtout contemporain, ainsi que pour les figures héroïques historiques. Il y a aussi des investisseurs qui pensent qu’un film en costume est toujours très onéreux et risqué commercialement. Heureusement que le succès récent de J’accuse leur prouve le contraire », analyse le cinéaste. La perspective d’une année 2020 marquant un triple anniversaire (50 ans de la mort de Charles de Gaulle, 130 ans de sa naissance et 80 ans de l’appel du 18 Juin), ainsi qu’un scénario féministe faisant la part belle à la vie intime du héros et à son épouse, Yvonne, contribuèrent grandement au feu vert de la production à De Gaulle.

« Jusqu’aux années 1990, on n’avait pas assez de recul » (Olivier Wieviorka, historien)

Mais le caractère longtemps sacré du fondateur de la Ve République aura longtemps douché l’envie des créateurs. René Clément, dans Paris brûle-t-il ?, avait ainsi consacré de vraies scènes à Hitler, joué par l’acteur Billy Frick, tandis que de Gaulle n’était présent que via des images d’archive – un choix que le réalisateur avait justifié par sa « capacité à représenter le diable mais pas le Bon Dieu ». Contrairement à un Churchill bien plus souvent représenté au grand et petit écran par les Anglo-Saxons, le leader de la France libre est parti de rien pour ressusciter un pays totalement anéanti par la débâcle de juin 1940. Un exploit d’ordre quasi christique, parant le géant de Colombey d’une sanctification peut-être moins inspirante pour nos scénaristes.

Au crépuscule des années 1950, la Nouvelle Vague déferle sur le 7e art tricolore et ses apôtres ne surferont pas davantage sur l’exégèse du général : « C’était du cinéma à la première personne, des récits autobiographiques par des gens qui fuyaient les grands sujets historiques », analyse Bertrand Tavernier. « À l’inverse de leurs aînés Duvivier, Ophuls, Cayatte ou Becker, ce n’était tout simplement pas leur truc. » Conseiller historique de Gabriel Le Bomin pour de Gaulle, le spécialiste de la Seconde Guerre mondiale Olivier Wieviorka souligne pour sa part que c’est aussi la dimension clivante de Charles de Gaulle, plus marquée après la guerre d’Algérie, qui tuera dans l’œuf toute velléité de « biopic » français à son sujet. « En fait, jusqu’aux années 1990, faire un film sur de Gaulle c’était soit prendre le risque de le mettre sur un piédestal, soit d’être violemment anti-gaulliste, il n’y avait pas de recul », résume l’historien. « À la fin des années 1960, il était raillé pour son côté hiératique, solennel, autoritaire, tandis que la gauche le détestait et notamment François Mitterrand » – qui avait publié Le Coup d’État permanent en 1964.



ARTICLE 2

De Gaulle comme vous ne l’avez jamais vu

Par Jérôme Béglé  02/11/2020 à 16:00 | Le Point

Les six épisodes de « De Gaulle, l’éclat et le secret » plongent le Général dans son milieu familial et sa simple intimité. Un pari audacieux, mais réussi.

2020 aurait dû être LA grande année De Gaulle. Celle au cours de laquelle on célébrait trois anniversaires de taille. Les 130 ans de sa naissance (22 novembre 1890), les 70 ans de l’appel du 18 juin et les 50 ans de sa mort (le 9 novembre 1970). Mais entre les derniers feux des Gilets jaunes, le confinement du printemps, le déconfinement de l’été, le reconfinement de l’automne, la violence d’une crise économique consécutive à la crise sanitaire et les attentats islamistes qui endeuillent presque chaque semaine notre pays, les festivités et les hommages se font mezza voce. Une flopée de livres et d’expositions ont fait long-feu ou presque. De même que le film avec Lambert Wilson et Isabelle Carré sorti le 4 mars, quelques jours avant la première mise sous cloche de notre pays. Heureusement restent De Gaulle, l’éclat et le secret, les six épisodes d’une fiction historique diffusée à partir de ce lundi sur France 2.


Réalisé par François Velle, avec Samuel Labarthe dans le rôle du Général et Constance Dollé dans celui de « tante Yvonne », il s’attache à présenter l’homme dans son cercle intime et familial. Si on devait le résumer en une phrase, ce serait : comment la femme, le fils, les deux filles et la nièce de Charles de Gaulle ont influencé l’homme d’État.

Un parti pris aussi original qu’audacieux.

Pour réussir cette gageure, les scénaristes Patrice Duhamel et Jacques Santamaria se sont assuré les conseils et les souvenirs d’Yves de Gaulle, petit-fils du Général. « On ne sait pas grand-chose de l’intimité du Général et ce qu’il disait en famille restera mystérieux et caché, reconnaît Jacques Santamaria. À défaut du vrai, nous avons reconstitué le vraisemblable. Ce qui est certain, c’est qu’Yvonne et Charles de Gaulle ont vécu une histoire d’amour de 50 ans, sans ombre et sans cesse renforcée. » Et de reprendre à son compte une phrase d’Yves de Gaulle sur sa grand-mère : « Elle était bonne, mais elle n’était pas tendre. » Un trait de caractère particulièrement bien restitué dans la fiction.

Anne était omniprésente dans la vie du couple

Tout au long des six épisodes, on voit combien Anne, fille trisomique du couple, fut une source d’énergie, de courage et de permanente volonté pour son père. Rares étaient les actions que le Général entreprenait sans penser à elle, qu’elle fût vivante ou morte. « Anne était omniprésente dans la vie du couple. Présente ou absente, elle donne une indéniable force à son père. »


Un point d’histoire pourra surprendre les téléspectateurs.

Duhamel et Santamaria font commencer très tôt l’agacement/jalousie/concurrence entre le président et son Premier ministre. « Dès 1962, Georges Pompidou menace de démissionner si les putschistes d’Alger ne sont pas graciés. En 1965, c’est de Gaulle qui reproche à Matignon d’avoir mal géré l’affaire Ben Barka et rattache les services de renseignements à Pierre Messmer. « Les escarmouches entre les deux hommes abondent », se justifie Jacques Santamaria. Bien entendu, les remugles de l’affaire Markovic et l’appel de Rome de Pompidou enterrant un peu trop vite le fondateur de la Ve République ne sont pas minimisés.

De Gaulle, l’éclat et le secret diffusé les lundi 2 et 9 novembre à 21 h 5 sur France 2 présente donc un De Gaulle original mais conforme à la rigueur historique. Autre atout de ces six épisodes de 52 minutes, de nombreuses scènes ont été tournées dans les jardins de l’Élysée ainsi qu’à La Boisserie, la résidence de la famille à Colombey-les-Deux-Églises, dont les jardins, quelques pièces communes et même le bureau du Général ont été ouverts aux comédiens et au réalisateur. Ni exercice d’admiration, ni biopic, ni documentaire historique, cette fiction de prestige permet d’en apprendre encore un peu plus sur le plus grand président de l’après-guerre sans s’ennuyer ni trahir sa mémoire.

France 2 présente donc un De Gaulle original mais conforme à la rigueur historique.

Autre atout de ces six épisodes de 52 minutes, de nombreuses scènes ont été tournées dans les jardins de l’Élysée ainsi qu’à La Boisserie, la résidence de la famille à Colombey-les-Deux-Églises, dont les jardins, quelques pièces communes et même le bureau du Général ont été ouverts aux comédiens et au réalisateur. Ni exercice d’admiration, ni biopic, ni documentaire historique, cette fiction de prestige permet d’en apprendre encore un peu plus sur le plus grand président de l’après-guerre sans s’ennuyer ni trahir sa mémoire.

1 réponse »

  1. LES BLOGS hufington

    Pourquoi la magistrale série télé sur De Gaulle résonne avec notre actualitéLa méditation de ses paroles et de ses actes met en lumière ce qui manque dramatiquement à notre époque.

     09/11/2020

    Eric Delbecque Ancien responsable sûreté de Charlie Hebdo après l’attentat (2015-2017), auteur du livre « Les silencieux » sur les salafistes

    Ce jour de l’anniversaire du décès du Général de Gaulle me semblait indiqué pour faire des rapprochements nécessaires. La mini-série réalisée par François Velle et diffusée par France 2, intitulée De Gaulle, l’éclat et le secret, m’en a fourni l’occasion. Samuel Labarthe s’y révèle magistral. Sur un tel rôle, un acteur ne peut être que suspect a priori. D’autres s’y essayèrent et se cassèrent les dents.

    Comment incarner l’homme du 18 juin? Comment dépasser la médiocrité de nos vies contemporaines pour se couler dans la vision d’un esprit qui posa un choix à nul autre pareil, distinguant la lumière de la Résistance des ténèbres nazies? Un homme qui sauva à la fois l’honneur d’une patrie charnelle et délivra un message assourdissant sur sa vocation éternelle… Pourtant, Labarthe réussit avec une justesse absolument remarquable. On est ici très loin du commissaire Laurence dans Les Petits Meurtres d’Agatha Christie (divertissement au demeurant fort réussi dans lequel lui et ses camarades excellent)! Même pour un ancien pensionnaire de la Comédie-Française, la prestation reste impressionnante. On croit véritablement l’entendre, le géant français de l’histoire du XXe siècle… Rien ne sonne faux, dans aucun des épisodes. À chaque fois qu’il apparaît –à la fois sobre, précis et intense– Samuel Labarthe nous permet d’entrer en communion avec le sens de l’action du Général de Gaulle. 

    On croit véritablement l’entendre, le géant français de l’histoire du XXe siècle…

     

    Pourquoi cela m’a-t-il tant marqué, comme près de cinq millions d’autres Français? Parce que la méditation de ses paroles et de ses actes met en lumière ce qui manque dramatiquement à notre époque. Cette série historique met le doigt dans notre plaie: nous sommes orphelins de la grandeur, du sens, de la conviction que nous valons mieux que ça… Mieux qu’un pays fracturé où des activismes idéologiques hystériques et haineux tentent chaque jour de diviser la communauté nationale, mieux que des radicalismes violents propageant l’adhésion au totalitarisme, mieux que des fascistes déguisés en amoureux de la société sans classes ou de l’environnement, mieux que des réseaux sociaux reproduisant le pire du climat mental de la Collaboration ou de l’Inquisition, mieux qu’un capitalisme financier carnassier qui ravagea le système de santé hexagonal autant que l’espérance d’une véritable souveraineté industrielle (qui n’empêche ni solidarité européenne, ni coopération internationale, bien au contraire). Mieux qu’une technocratie arrogante qui n’entend pas reconnaître ses erreurs, même au fond du gouffre où elle nous a mené…   

    Nous souffrons d’une absence de grands projets. Notre pays se débat dans des micros querelles sans regarder plus haut. Reconquérir les “territoires perdus” de la République serait le premier véritable combat à mener. Et le deuxième, élaborer une authentique stratégie de sécurité intérieure à laquelle se tiendrait l’État sur plusieurs décennies, et non à l’échelle d’une échéance électorale. Le troisième chantier consisterait à bâtir une politique industrielle et commerciale prenant en compte la guerre économique planétaire, et rompant avec la vulgate mondialiste simpliste. On pourrait continuer ainsi durant quelques lignes… 

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