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MAJ 02 12 2020 – DOSSIER Suite 2: Quelle personnification du pouvoir?

MISE A JOUR DU 2 12 2020, AJOUT D’UN ARTICLE 4

PRESENTATION du DOSSIER SUITE 2

DOSSIER – première partie – publié avant hier: Quand la Bureaucratie tient lieu de Fonction Politique – pendant que les Libertés sont restreintes – ne change-t-on pas de régime?

https://metahodos.fr/2020/11/28/quand-la-bureaucratie-tient-lieu-de-fonction-politique-et-que-les-libertes-sont-restreintes-ne-change-t-on-pas-de-regime/

Rappel de l’introduction au dossier:

Quand le pouvoir politique et l’action publique se concentrent sur un exécutif personnifié, sans tenir compte des autres institutions démocratiques – et en particulier les autres pouvoirs – , que le débat, la concertation et la participation n’ont plus leur place, quand, de surcroît, la bureaucratie domine et que les libertés de la presse et des citoyens sont réduites – comme sont réduites les expressions démocratiques des Assemblées, Collectivités, parties prenantes – …ne change-t-on pas de régime ?

DOSSIER SUITE 1 publié hier: ABSURDIE AUTORITAIRE (« Autoritäres Absurdistan »)

https://metahodos.fr/2020/11/29/dossier-suite-1-absurdie-autoritaire-autoritares-absurdistan/

ABSURDISTAN

Définition: Pays où l’absurde règne en maitre,

Synonymes : absurdie, pays d’Ubu, pays d’Ubu roi

Un ouvrage récent de Corinne Lhaïk , Président cambrioleur

chez Fayard, vient éclairer la personnification du pouvoir au sommet de l’exécutif. A L’Express, Corinne Lhaïk couvre la politique économique et sociale, puis la politique tout court, suivant l’ascension d’Emmanuel Macron et les deux premières années de son quinquennat. A L’Opinion depuis le 1er janvier 2020, elle s’intéresse aux relations sociales et aux transformations du capitalisme. Vaste programme !

« C’est le plus grand des voleurs, oui, mais c’est un gentleman », chantait Jacques Dutronc. Dans son livre Président cambrioleur, la journaliste Corinne Lhaïk raconte le parcours insolite d’Emmanuel Macron et sa politique entremêlée d’idées de tous bords.

La journaliste  estime que le président « est entré par effraction légale dans la politique. » Pour conquérir le pouvoir, Emmanuel Macron « a cassé le clivage entre la droite et la gauche et a profité du fait que les partis traditionnels étaient affaiblis.« 

C’est un livre en forme d’exploration des méandres de la personnalité d’Emmanuel Macron.

Pour mener sa politique, le président a d’abord « cambriolé » la gauche au début de son mandat, puis la droite, notamment « avec un positionnement assez dur sur les questions de lutte contre l’islamisme politique. » Emmanuel Macron s’est également attaqué aux écologistes « quand il affirme qu’il est capable de trouver un chemin qui concilie écologie et croissance économique« , raconte Corinne Lhaïk.

Le chef de l’État use également beaucoup de sa séduction, ce qui peut jeter un doute sur l’authenticité de ses engagements. Selon la journaliste, « il dit à chacun la vérité qu’il a envie d’entendre. » Des vérités parfois contradictoires, mais qui donnent l’impression d’être compris par le président

Dans Le Président cambrioleur (Fayard, 2020), un ouvrage nourri d’une centaine d’entretiens, la journaliste de L’Opinion Corinne Lhaïk révèle plusieurs facettes méconnues du président de la République.

Dans Le Président cambrioleur (Fayard, 2020), la journaliste de L’Opinion Corinne Lhaïk dévoile quelques-unes des facettes méconnues du plus jeune président de l’histoire de la Cinquième République. A grand renfort d’anecdotes savoureuses, nourries par une centaine d’entretiens, l’enquêtrice brosse le portrait d’un chef de l’Etat implacable, dur avec ses équipes mais volontiers séducteur avec ses opposants politiques et désireux d’échapper aux cadres formels de la vie publique.

Nous vous proposons quelques uns des extraits et commentaires parus dans la presse.

Le livre foisonne d’anecdotes inédites sur la conquête puis l’exercice du pouvoir, mais aussi sur les crises les plus récentes.

Une première rencontre explosive avec Olivier Dussopt.

Avant de devenir son ministre de la Fonction publique, l’ex-socialiste Olivier Dussopt a côtoyé Emmanuel Macron à l’Assemblée nationale lorsque ce dernier dirigeait Bercy. Ce que le grand public ignore, en revanche, c’est que leur première rencontre a donné lieu à une violente empoignade:

« Son premier contact avec Olivier Dussopt, le 17 septembre 2014, est musclé, les deux hommes en viennent (presque) aux mains. Ils se croisent à l’Assemblée nationale, salle Delacroix, ode aux forces vives de la nation. Le député socialiste de l’Ardèche dégaine: ‘Tu as parlé comme un connard!’ Drôle de manière de s’adresser à quelqu’un que l’on ne connaît pas. Le matin, Emmanuel Macron, au micro d’Europe 1, a qualifié d’illettrées les ouvrières de l’abattoir Gad, entreprise du Finistère en difficulté. Olivier Dussopt a très peu dormi, il s’est levé à 4 heures pour prendre le train de Paris. À 14 h 45, il est fatigué, énervé, touché dans sa sphère intime. Sa mère était ouvrière, elle faisait les 2 × 8, a été licenciée deux fois, elle sait très bien lire et écrire. Macron répond sur le même ton, ça monte. Il faut la présence et la sagesse d’un aîné, Henri Emmanuelli, député socialiste des Landes, pour séparer les belligérants. »

La prédiction de Bernard Tapie.

Homme d’affaire, ancien ministre, Bernard Tapie est apprécié pour ses conseils, y compris pour un chef d’Etat est chef de l’Etat. Pourtant, lorsque Monsieur Macron le rencontre à l’Elysée, l’ancien businessman se livre à une analyse surprenante:

« Ce printemps, Tapie lui rend visite à l’Élysée. ‘C’est quoi mon problème?’ lui demande Macron. ‘Président, vous allez vous faire buter à la Kennedy. Il y a dans ce pays dix mille mecs qui se suicident chaque année, il y en a bien un qui le fera en vous tuant.’ À l’Élysée, on n’a pas le souvenir de tels propos, mais a-t-on envie d’écouter ceux qui prédisent l’apocalypse? On préfère le Tapie sociologue qui, pendant le mouvement des gilets jaunes, a repéré ces femmes seules à la peine pour élever leurs enfants. L’Élysée crée des murs infranchissables. »

Projets, idées, comment les tester ?

Des projets, il en a et pas parmi les moins décoiffants. L’abandon des chaudières à gaz et l’interdiction des remonte-pentes à Noël ne constituent que des avant-goûts de l’inventivité présidentielle. 

Or, ses idées, Emmanuel Macron les teste, et il les teste notamment (paraît-il) sur l’avocat François Sureau. C’est ainsi qu’Emmanuel Macron a, un jour, envoyé un SMS au dit François Sureau, évoquant le projet suivant : « je vais faire un seul ministère en fusionnant l’Intérieur et la Culture ». Un seul ministère réunissant l’Intérieur et la Culture, cela aurait effectivement de la gueule, l’alliance de Malraux et de Peyrefitte, Pandraud et Lang, ou bien aujourd’hui Darmanin et Bachelot. 

Réunir la Culture et l’Intérieur au sein d’un même ministère aurait de nombreux avantages : les musées seraient mieux gardés, la littérature policière encouragée et les violences policières, ben… les violences policières, je ne vois pas très bien ce que ça changerait. 

Ce projet de fusion du ministère de l’Intérieur et de la Culture n’a pas reçu – bien évidemment et fort heureusement – l’assentiment de François Sureau qui a expliqué au président qu’une telle opération était en substance impossible et folle. A quoi Emmanuel Macron aurait répondu « je savais que tu me considérais comme un esprit dérangé ». Cette anecdote, apocryphe ou pas, mais en tout cas assez édifiante, est racontée par Corinne Lhaïk.  

Comment Macron traite Hollande, Philippe et Villiers .

Emmanuel Macron n’est pas un homme politique comme les autres. La première partie des extraits exclusifs que L’Express publie raconte la manière dont Macron, alors inconnu du grand public, a conçu sa nomination au poste de secrétaire général adjoint de l’Elysée, au début du quinquennat de François Hollande, comme un « ralliement » – on n’avait jamais connu ça sous la Ve République; comment, devenu chef de l’Etat, il s’y est pris pour renvoyer le Premier ministre Edouard Philippe dans sa ville du Havre; pourquoi il entretient avec Philippe de Villiers une relation sulfureuse qui lui vaut parfois de se brûler les doigts… 

Le 2 mai 2012, l’auteure rencontre Emmanuel Macron quelques heures avant le débat de l’entre-deux tours entre François Hollande et Nicolas Sarkozy.

Le futur secrétaire général adjoint se montre critique vis-à-vis de son propre camp. François Hollande a dû faire marche arrière après avoir voulu rogner les avantages du quotient familial, favorable aux familles à hauts revenus ? « Il fallait installer le constat que la fille de Nicolas Sarkozy – la petite Giulia est née un an plus tôt – rapporte autant que celle d’un smicard. » Le candidat a promis l’organisation d’une conférence sociale après son élection pour parler emploi, travail, formation professionnelle et chômage, retraites, etc. « C’est une erreur d’avoir annoncé tout de suite la mesure retraites [le candidat Hollande a promis une amélioration pour les carrières longues] : il aurait fallu l’inscrire au menu de la conférence. » Et s’en servir comme d’un élément de négociation pour contraindre les syndicats à faire des concessions sur un autre sujet. « Hollande n’a pas pris ce risque et cela m’a frustré. » Quant à la taxe de 75 % sur les très hauts revenus, trouvaille de François Hollande, dont Macron dira plus tard qu’elle fait de la France un Cuba sans soleil, il en souligne les aberrations : « On fait une taxe de 75 % et on ne touche pas à l’assurance-vie », qui est un paradis fiscal. 

Nous vous proposons 3 ARTICLES

  • Fric-frac Emmanuel Macron: ce qu’on ne vous a jamais dit sur lui
  • Le livre qui dévoile Emmanuel Macron: «“Pognon de dingue”, ça fait Sarko!»
  • Macron, Président cambrioleur: le portrait impressionniste et virevoltant d’un personnage insaisissable

MISE A JOUR DU 2 DÉCEMBRE 2020:

Ajout d’extraits d’Europe 1 ARTICLE 4

ARTICLE 1

Fric-frac Emmanuel Macron: ce qu’on ne vous a jamais dit sur lui

Nathalie Segaunes  26 novembre 2020 L’Opinion

Entré de son propre aveu par « effraction » dans la vie politique française, le Président n’a eu de cesse d’hypnotiser les hommes et de voler les idées, ne se laissant enfermer dans aucune case. Une biographie choc le raconte

Journaliste à l’Opinion, Corinne Lhaïk dresse dans Président cambrioleur (Fayard, 365 pages, 20,90 euros)qui paraît ce jeudi, un portrait subtil d’Emmanuel Macron, riche en anecdotes et en révélations sur la personnalité complexe du chef de l’Etat. Nous en publions de larges extraits.

En février 2018, devant la presse présidentielle, le jeune président Macron se présentait lui-même comme « lefruit d’une forme de brutalité de l’histoire, d’une effraction, parce que la France était malheureuse et inquiète. » La petite bande qui l’avait accompagné dans sa conquête du pouvoir, aujourd’hui éparpillée, se vantait d’avoir réussi « un braquage, comme dans Ocean’s Eleven, sauf qu’on était moins nombreux »…

Trois ans et demi plus tard, notre collègue Corinne Lhaïk brosse le portrait de ce « Président cambrioleur ». Emmanuel Macron, elle l’a approché dès le printemps 2012, quand seuls quelques journalistes économiques s’intéressaient à lui, au cours d’un « déjeuner de printemps » dont elle livre un récit savoureux.

Depuis, elle a rencontré et confessé un à un tous les protagonistes de son ascension fulgurante et de sa présidence, ces « proches » qui ont tous été un jour ou l’autre « harponnés » par ce séducteur universel, qui « drague utile ». Ils sont « outrageusement laudateurs quand ils sont bien en cour ; critiques, quand l’air des cimes présidentielles se raréfie pour eux », constate-t-elle, amusée.

Portrait aiguisé. Il en résulte un portrait aiguisé du chef de l’Etat. Ses « danses du ventre », racontées avec délectation, « lui ont permis la conquête. Elles projettent un doute permanent sur sa sincérité », relève Corinne Lhaïk.

Personnalité complexe, Emmanuel Macron se révèle au fil des pages comme un homme sans affect, qui « se nourrit de l’inconfort des autres, qu’il provoque et entretient ». « Jamais on ne s’est demandé si de Gaulle aimait les gens, si Giscard était sincère ou si Mitterrand avait des amis, remarque-t-elle. Soit on le savait, soit on s’en moquait. Avec Emmanuel Macron, l’affect est devenu un sujet politique. »

L’étonnante plasticité de ce Président, ses audaces, son goût du risque en font un passionnant sujet d’investigation psycho-sociale. Voleur d’idées qui « s’épanouit dans les désordres qu’il crée, dans les clivages qu’il suscite », Emmanuel Macron peine à faire les choses, souligne aussi Corinne Lhaïk, à « délivrer », comme on dit à l’Elysée. Ce cambrioleur qui a « fracturé la politique » laissera-t-il au moins une trace?

ARTICLE 2

Le livre qui dévoile Emmanuel Macron: «“Pognon de dingue”, ça fait Sarko!»

Corinne Lhaïk  26 novembre 2020 L’Opinion

Sans Brigitte

« Le lundi 31 août 2020, Emmanuel Macron atterrit au Liban. Il tient une promesse faite aux Beyrouthins, lors d’une première visite, le 6 août, deux jours après l’explosion qui a ravagé leur ville. Mais il vient de perdre une bataille. Durant le week-end, il a tout fait pour persuader sa femme, Brigitte, de l’accompagner. Deux jours sans elle, c’est long, il plaide, il insiste, il agite tous les ressorts de sa conviction, il sait y faire.

En vain. Brigitte Macron refuse. Elle se sent gênée de débarquer dans un pays en souffrance sans soins, sans nourriture, sans logement. Elle ne veut pas jouer Marie-Chantal dans les ruines. Elle viendra après, avec sa Fondation pour l’hôpital, pour se rendre utile.

Elle refuse pour une autre raison. Autant son mari la presse de se joindre à lui, autant son entourage… Comment dire ? La cellule diplomatique de l’Elysée, à la manœuvre dans le déplacement, lui a demandé la veille seulement si elle venait. Tu parles d’une invitation ! La prochaine fois, ils préviendront plus tôt. »

Un testeur nommé Sureau

« Sureau fait partie des testeurs de Macron. Il arrive au Président de lui demander ce qu’il pense d’une personnalité pressentie pour une nomination. Il lui arrive, pour le même poste, de tenter un profil radicalement différent auprès d’un autre interlocuteur, Xavier Niel… qui connaît bien Sureau. Alors, les deux testeurs échangent les noms qu’on leur soumet et s’amusent à voir le Président faire le grand écart.

Macron propose : « Je vais faire un seul ministère en fusionnant l’Intérieur et la Culture. » Sureau démarre au quart de tour : « Impossible, c’est fou »

Parfois, c’est le Président qui se joue de ses textoteurs. Quand Gérard Collomb quitte la place Beauvau, en octobre 2018, Macron et Sureau commentent l’organisation interne du ministère de l’Intérieur. Le ton est sérieux. « Ce ministère est devenu la maison des flics plus que celle des collectivités locales », note Sureau. Macron propose alors : « Je vais faire un seul ministère en fusionnant l’Intérieur et la Culture. » Sureau démarre au quart de tour : « Impossible, c’est fou, tu vas avoir tout le monde contre toi, à commencer par la culture. » La réponse présidentielle fait rougir son destinataire pour sa naïveté : « Je savais que tu me considérais comme un esprit dérangé ! »

Le 15 janvier 2019, François Sureau travaille à son livre, L’Or du temps, voyage à travers l’histoire et la littérature, inspiré par la Seine. A 22 heures, il reçoit un message. « Où en es-tu ? » C’est Emmanuel Macron qui lui écrit, sur la route du retour vers Paris, après sept heures de débat avec des maires, à Grand Bourgtheroulde (Eure). Le Président fait suivre quelques photos du fleuve. « Je t’envoie un repérage de boucles pour ton livre. Continue, c’est beau la Seine. »

« Vous êtes givrés »

« Le 12 juin 2018, Ismaël Emelien (conseiller du Président) a une idée décapante, un coup fumant. Il croise Richard Ferrand, venu dîner à l’Elysée, en petit comité avec le Président, Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Elysée, et François Bayrou, le président du MoDem. Emelien expose sa trouvaille à Ferrand, alors président du groupe La République en marche à l’Assemblée nationale : mettre en ligne une vidéo du Président au travail. […]

La vidéo en question montre l’effervescence d’une réunion de travail à l’Elysée […]. Le Président prépare l’intervention qu’il doit prononcer le lendemain, au congrès de la Mutualité française, à Montpellier. […] Il y va et veut mettre le paquet, expliquer le sens de son action, montrer ce qu’il veut faire en matière de protection sociale : ne plus se contenter de panser, s’attaquer à la racine des maux.

Sur la vidéo, c’est exactement ce qu’il dit, scandant son propos de gestes tranchants des bras : « On met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif. » Il frappe sur la table et on entend un cliquetis de vaisselle : « La politique sociale, regardez, on met un pognon de dingue dans les minima sociaux, les gens, ils sont quand même pauvres. On n’en sort pas. »

Richard Ferrand regarde la vidéo d’Ismaël Emelien. Cette version est plus longue et plus effrontée que celle qui sera finalement diffusée. Le chef des députés macronistes est perplexe. Et il le dit : « Vous êtes givrés. »

Macron : « Pognon de dingue, ça fait Sarko ! » Bayrou, agrégé de lettres classiques : « Ça montre que le président parle comme tous les Français quand il est à sa table de travail. »

Emelien insiste : « Ce serait bien de la diffuser pour voir comment le PR (ainsi désigne-t-on le président de la République entre familiers du pouvoir) travaille le congrès de demain, son indignation du fait qu’on ne fasse rien contre la pauvreté. » Ferrand : « Oui, mais le ton n’est pas le bon, ne déconnez pas ! »

Emelien ne participe pas au dîner, il le rejoint à l’heure du café, un peu avant minuit. Quand il a une idée dans la tête… Il montre la vidéo à Emmanuel Macron, expurgée des passages les plus agressifs. « Qu’est-ce que tu veux faire avec ça ? », demande le Président. « C’est bien de montrer le making of », répond le conseiller. Macron : « Je ne trouve pas cela très intéressant. » Même allégée, la séquence ne plaît toujours pas à Ferrand et il l’exprime. Bayrou intervient. Son impression est favorable : « C’est pas mal, ça montre comment vous travaillez », dit-il, pensant que ces images sont destinées à un futur documentaire. Macron : « Pognon de dingue, ça fait Sarko ! » Bayrou, agrégé de lettres classiques : « Ça montre que le président parle comme tous les Français quand il est à sa table de travail. » Cet imprimatur convainc Emmanuel Macron, Ismaël Emelien envoie la vidéo à Sibeth Ndiaye qui la met en ligne. »

Des Bisounours dans la tranchée

« Le 19 novembre 2019, c’est soir de dîner à l’Elysée. Lors de ces rencontres informelles, le Président réunit le Premier ministre, quelques membres du gouvernement et de la majorité, des conseillers, pour parler politique. Le menu du repas s’impose : le 5 décembre commencera une grève contre la réforme des retraites. Personne ne sait encore qu’elle durera cinquante-cinq jours, record historique, mais tous sentent la mer monter. Depuis le mois de mars, les hôpitaux grondent ; le 8 novembre, un étudiant a tenté de se suicider par le feu à Villeurbanne ; les syndicats des transports préparent les braseros…

« Ils se croient tout permis parce qu’ils ont mis leur tronche à côté de la mienne sur une affiche et qu’ils ont été élus »

Les troupes présidentielles vont-elles tenir la marée ? Emmanuel Macron fait le tour des participants, sonde les âmes et les cœurs. Il redoute la fragilité des députés, de son parti En marche !, les Bisounours dans la tranchée. « T’es sûr de tenir ton assemblée ? » lâche-t-il à Richard Ferrand, le patron du Palais Bourbon. Il se tourne vers Gilles Le Gendre, président du groupe En marche ! à l’Assemblée nationale, et se met en rogne contre les députés : « Ils se croient tout permis parce qu’ils ont mis leur tronche à côté de la mienne sur une affiche et qu’ils ont été élus.» Stanislas Guerini, le délégué général de LREM, a droit à son couplet : « Et toi, le mouvement, y a que des gens qui passent leur temps à ne rien faire ! »

Le repas finit dans la glace et on ne parle pas du dessert. On quitte la table sans même se dire au revoir. Richard Ferrand et Gilles Le Gendre se retrouvent dans le vestibule de l’Elysée. Emmanuel Macron est là, avec Alexis Kohler, le secrétaire général de la présidence de la République. François Bayrou, président du MoDem et hôte incontournable de ces dîners, se joint au petit groupe. Macron prend le bras de Le Gendre, d’un air affectueux, comme pour lui dire : « Tout cela n’est pas bien grave. »

Arrière-cuisines

« Le président aime la cuisine, la vraie. Il déteste montrer celles du pouvoir. Son secrétaire général, Alexis Kohler, est encore pire que lui. Il est allé chercher cette vieille phrase d’Otto von Bismarck pour justifier que l’on cache ce que le public ne doit pas voir : « Si les gens savaient comment on fabrique des saucisses, il n’est pas sûr qu’ils continueraient à en manger. »

Alexis Kohler est allé chercher cette vieille phrase de Bismarck pour justifier que l’on cache ce que le public ne doit pas voir : « Si les gens savaient comment on fabrique des saucisses, il n’est pas sûr qu’ils continueraient à en manger. »

Alexis Kohler applique scrupuleusement ce principe. Il est arrivé qu’un journaliste cherche à joindre Jérôme Peyrat, conseiller à l’Elysée durant quelques mois. Il compose le numéro du standard qui lui passe la secrétaire du conseiller. Celle-ci prévient Peyrat : « Vous savez que vous ne devez pas parler aux journalistes. » Ce sont les consignes de Kohler. »

La BD préférée

« Au détour d’une conversation avec Brigitte Macron, j’apprends que son mari lit et apprécie beaucoup la BD. Laquelle en particulier ? Je demande à Emmanuel Macron qui confirme et me donne le nom de son roman graphique préféré : Il était une fois en France, écrit par Fabien Nury, illustré par Sylvain Vallée. En six albums est racontée la vie de Joseph Joanovici, né en 1905 (ou à peu près), et mort en 1965. Une fiction, précisent les auteurs, inspirée de faits réels.

Il fallait des couleurs sales, vert-de-gris, marronnasse, pour plonger dans l’époque. Ferrailleur né en Bessarabie, venu en France à l’âge de vingt ans, Joanovici a un talent prononcé pour trafiquer le métal. Il en fournit aux nazis pendant l’Occupation : la guerre a besoin de matières premières. Il en fournit à la Résistance dans le même temps : la guerre a besoin d’argent. Illettré et intelligent, héros et/ou salaud, Joanovici devient milliardaire. Il promet et trahit, généreux et cynique, et sauve sa peau grâce au métal, version pèze, pognon, fric. Il n’est rien qu’une enveloppe bien garnie ne puisse acheter, même la vie d’un juif dans l’Europe d’alors. Joanovici échappe à la mort, la justice d’après-guerre le traite avec plus de clémence qu’Israël qui lui refuse la loi du retour à la fin des années cinquante. Décision rarissime.

Si vous aviez dû parier, n’auriez-vous pas juré que la belle gueule d’un Largo Winch, son univers de milliards et de business, séduirait davantage l’ancien banquier d’affaires, Emmanuel Macron, qu’un Joanovici, rondouillard, chauve et rusé, expert en saloperies humaines ? »

ARTICLE 3

«Macron, Président cambrioleur: le portrait impressionniste et virevoltant d’un personnage insaisissable»

Ruth Elkrief  L’Opinion

Ce n’est pas un livre de stratégie politique. Ce n’est pas un récit de campagne. C’est le portrait impressionniste et virevoltant d’un personnage insaisissable et pourtant si familier désormais. Corinne Lhaïk est aujourd’hui en France l’une des observatrices qui connaît le mieux le Président.

Pour preuve, ce déjeuner du 2 mai 2012 qu’elle dévoile. Juste avant l’élection de François Hollande, celui qui n’est alors qu’un technocrate brillant, conseiller de campagne, s’interroge, oui il s’interroge, sur les conditions de son « ralliement ». Il s’en prend déjà à ces fameuses APL qui, au bout du compte, ne profitent qu’aux propriétaires. Il a donc un programme et une méthode, avant même d’arriver à l’Elysée comme secrétaire général adjoint.

Par la combinaison du hasard et d’une ambition jamais masquée, le voilà en place.

Qu’allait faire ce Président arrivé sans parti, sans élection, adoubé par des parrains des affaires et les pygmalions comme Jacques Attali et Alain Minc ? Surtout pas du Hollande. Il transformerait là où son prédécesseur avait tant louvoyé. Un peu du Sarkozy, lorsqu’il allait répétant le credo à l’américaine du « jeune des banlieues qui peut s’il le veut. »

Mobilité. 

Au final, rattrapé par les crises plus violentes et inédites les unes que les autres, Emmanuel Macron est aujourd’hui obligé d’évoluer, d’improviser : ce n’est pas pour déplaire à celui qui prône « la mobilité ». Mais ce n’est pas facile pour celui qui croyait que, par la seule magie de son élection, la haute administration, éternel cheval de trait, allait se muer en pur-sang.

« Il a été payé », voilà l’une de ses phrases favorites pour décrire un courtisan qui a déjà été placé ou même seulement reçu…

S’il multiplie les cérémonies mémorielles pour rendre hommage à de Gaulle, à Clemenceau, l’an prochain à François Mitterrand, n’est-ce pas pour combler ce vide de l’avant-Elysée ? Cette absence de cicatrices que font les élections perdues ou les trahisons de congrès ?

Le livre foisonne d’anecdotes inédites sur la conquête puis l’exercice du pouvoir, mais aussi sur les crises les plus récentes. Pour tous ses contempteurs du vieux monde, le Président cambrioleur s’est introduit par effraction au sommet du pouvoir. Depuis, il se sait guetté, et donc s’occupe avec minutie, du moindre discours de remise de décoration jusqu’à l’organisation du G20.

Corinne Lhaïk nous instruit dans le détail sur ceux qui gravitent dans la galaxie du Président : ceux qui comptent vraiment et ceux qui le croient, ceux qu’il ménage et ceux qu’il méprise. Avec brio, elle raconte ce personnage à la fois attachant et ingrat, enjôleur et glacial, sincère et cruel. « Il a été payé », voilà l’une de ses phrases favorites pour décrire un courtisan qui a déjà été placé ou même seulement reçu…

Emmanuel Macron est le ministre de l’Economie qui se rendra au pot de départ d’un appariteur de Sciences Po, mais le Président qui ne répondra plus aux messages énamourés d’un de ses soutiens de la première heure. Celui qui écoute François Bayrou sans regarder son portable, mais ne croit jamais vraiment en Benjamin Griveaux qu’il a pourtant choisi pour Paris…

Celui qui fend la foule dans laquelle il repère les hostiles pour les convertir, qui laisse couler quelques larmes à Mulhouse en pleine crise de la Covid-19, mais coupera le cordon avec Edouard Philippe sans états d’âme, pour retrouver sa liberté.

Avec qui partira-t-il à la nouvelle bataille ? Il a déjà trouvé son prochain message : après l’émancipation pour chacun, ce sera la protection pour tous. Conservera-t-il sa bonne étoile ? Il était inconnu, aujourd’hui il est haï par certains, toujours soutenu par d’autres. Cela lui suffira-t-il ? En refermant le livre, on comprend qu’il est toujours aussi difficile de définir le macronisme, mais qu’Emmanuel Macron considère toujours qu’il ne doit rien à personne sinon à Brigitte, et cela ne semble pas près de changer.

MISE A JOUR DU 2 12 2020

ARTICLE 4

Dans l’intimité d’un Emmanuel Macron séducteur, calculateur, et darwinien

Séducteur, calculateur, et darwinien… Voilà trois adjectifs qui qualifieraient au mieux Emmanuel Macron d’après le livre « Président cambrioleur » de la journaliste politique Corinne Lhaïk.

Elle était au micro d’Europe 1, mercredi, pour en dire un peu plus sur le profil psychologique et politique du président de la République.é)

Comment Emmanuel Macron se comporte-t-il derrière les caméras ? La journaliste politique Corinne Lhaïk, qui travaille au sein de la rédaction de L’Opinion, a réussi à en savoir un peu plus au terme d’une longue enquête qu’elle rapporte dans son livre Président cambrioleur. 

Après plus d’une centaine d’entretiens, elle dresse le portrait d’un impitoyable séducteur, comme elle le raconte dans Europe midi au micro de Patrick Cohen.

« Il vous harponne »

Emmanuel Macron sait mettre les gens dans sa poche. « Dans sa relation avec les gens, il met peu d’affecte mais il sollicite celle des autres et déclenche des sentiments quasiment amoureux. 

Cette relation est très inégale parce qu’il se sert de la relation qu’il a tissée. 

Les autres y croient, un peu comme dans un couple, comme dans une relation de séduction entre deux personnes. La relation est complètement inégale, donc il crée beaucoup d’attentes et de déception », détaille-t-elle. 


Et d’après elle, cette séduction se produit d’une manière bien particulière.

« Elle doit s’exercer en face-à-face parce qu’elle est très physique. 

Ça commence par le regard. Il a un regard bleu transparent. 

Il vous fixe, vous harponne (…) Et puis, il est très tactile. 

Plus avec les hommes qu’avec les femmes parce qu’avec les femmes, il sent qu’il faut maintenir quand même un peu de distance. Donc il commence à vous prendre la main, le bras, l’épaule et vous êtes ferré et vous y croyez. Et il vous dit, comme tous les bons séducteurs, ce que vous avez envie d’entendre », raconte Corinne Lhaïk.

Et lorsque la drague n’est plus utile ou que la relation n’est plus intéressante pour Emmanuel Macron, il coupe contact, tout simplement, selon Corinne Lhaïk.

D’après la journaliste, c’est exactement ce qu’il s’est passé avec Philippe de Villiers cet été. Lorsqu’il est devenu embarrassant lors de l’épisode du Puy du Fou après le premier confinement, le président a arrêté de répondre à ses appels et ses textos. 

« Philippe de Villiers était très en colère cet été. Il voulait se présenter à la présidentielle contre Macron pour se faire battre pour la présidence », confie Corinne Lhaïk.


« C’est quelqu’un de très darwinien »

Pas de sentiment non plus dans le travail.

Pour la journaliste, Emmanuel Macron est « très darwinien », il pense qu’une certaine « sélection naturelle » s’applique, que les personnes qui travaillent pour lui doivent être les meilleures. 

Il « est dur par le silence. Il ne leur dit jamais rien, parce qu’il n’y a pas de merci. Il n’y a pas de reconnaissance », poursuit-elle. Avant d’enchaîner: « Il considère que ce sont des militants sacrificiels qui sont là pour se dévouer pour la cause publique ».

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