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L’INFO : CANCEL CULTURE, TYRANNIE DES MINORITÉS. LE NOUVEL ORDRE MÉDIATIQUE (1).

L’INFO : Cancel culture, tyrannie des minorités.

Le nouvel ordre médiatique, ce sont d’abord les Medias sociaux – les Gafam – nouvelle porte d’entrée de l’information et les changements dans les Medias presse.

Mais la révolution numérique est loin d’être la seule crise que traversent aujourd’hui les médias sociaux et médias presse.

Soumission des médias frères ennemis – presse et sociaux – à l’air du temps, … renoncement à la liberté d’expression, au courage et à l’éthique ?

La Revue Des deux Mondes a réalisé un dossier sur les médias. En voici la première partie.

ARTICLE 1

LE NOUVEL ORDRE MÉDIATIQUE

Jean-François Kahn PROPOS RECUEILLIS PAR VALÉRIE TORANIAN La Revue Des deux mondes

Journaliste à Paris-Presse, au Monde, à L’Express, éditorialiste à Europe 1, chroniqueur à la télévision, Jean-François Kahn habite le paysage médiatico-politique français depuis plus de cinquante ans. Fondateur de L’Événement du jeudi et de Marianne, il a su imposer sa liberté, ses vérités et une vision journalistique sans compromis. Il publie en mai, aux éditions de l’Observatoire, le premier tome très attendu de ses Mémoires d’outre-vie. 

Le journalisme était-il pour vous une vocation ? 

Non, un hasard. Une lâcheté même. À 20 ans, j’étais professeur d’histoire-géo et j’ai fui ce métier, c’était très dur. J’avais des élèves qui avaient presque mon âge. J’ai eu l’opportunité d’entrer dans un journal, et j’ai sauté dessus.

Vous commencez votre carrière en 1959 à Paris-Presse. À quoi ressemblaient les médias à l’époque du général de Gaulle ?

Première chose, je ne savais pas ce qu’était la télévision, je ne suis pas sûr que j’en avais une ! La presse était assez riche. Quand on se déplaçait pour aller en reportage, on avait une voiture du journal, un chauffeur, un photographe… C’était une génération de journalistes arrivés après la Libération. À l’époque, il n’y avait pas d’école de journalisme, et souvent très peu de culture générale. J’ai écrit un article à l’occasion de la mort de Maurice Merleau-Ponty, où je citais Berkeley et Kant : on m’a demandé de les interviewer pour le lendemain !

Mais au service étranger, un de mes collègues était agrégé de philosophie, il y avait de tout. Des anciens collabos, des anciens résistants, des futurs communistes… C’était un mélange inouï. Aujourd’hui, globalement, les journalistes sont plus libres, plus indépendants, plus cultivés. Ils se posent des questions déontologiques qu’ils ne se posaient pas. Les choses qu’on acceptait sont désormais inconcevables.

Mais il y avait un pluralisme réel. Il y avait Libération qui était véritablement à gauche, L’Humanité, Le Populaire qui était socialiste, Combat, Franc-Tireur qui était social-démocrate, L’Aurore qui était plus à droite que Le Figaro, Le Figaro, Paris Jour, Paris-Presse, France-Soir… Aujourd’hui, il y a trois journaux nationaux et en réalité il y en a deux qui font de l’opinion, Le Monde et Le Figaro.

Il n’y a pas un autre pays dans le monde où le pluralisme se réduise à deux journaux. Alors on rétorque qu’ils ne se vendent plus et que le pluralisme, c’est la radio, la télévision, les réseaux sociaux, qui opposent à un conformisme respectueux – et souvent respectable – un non-conformisme limite délictueux. Et horrible. Certes, les grands quotidiens ne vendent pas plus de 30 000 exemplaires papier mais ils ont des pages Internet pour des millions de lecteurs. Et surtout, les autres journalistes, de télévision, de radio, de presse régionale, les lisent et s’alignent sur eux.

Donc, même si, sur le papier, ils n’ont pas la puissance d’antan, ils font l’information. De plus, ils sont tous à Paris. Aux États-Unis, le Washington Post est aussi important que le New York Times. En Italie, le journal de Turin est aussi important que le journal de Rome… Ici, l’information est concentrée à Paris. Il y a une homogénéité extraordinaire : c’est le même milieu sociologique, c’est la même sensibilité culturelle, ils lisent les mêmes livres, ils vivent dans la même ville, ils fréquentent les mêmes endroits, ils ont des idées assez similaires. J’avais déjà pu ressentir ce sentiment lors des débats sur Europe 1 avec Jean Boissonnat par exemple, l’économiste qui pense bien : personne n’osait le contredire.

Après Mai 68, les journalistes venaient beaucoup de la gauche et de l’extrême gauche. Ils sont montés en grade, leur salaire a suivi et ils se sont ralliés à la normalité de l’époque, l’économie néolibérale au nom de la « modernité », le tout mâtiné de gauchisme sociétal pour se convaincre qu’ils n’avaient pas viré leur cuti. Ce profil représentait 80 % des journalistes. Contre l’augmentation du Smic, mais pour le mariage gay.

Je me souviens d’un débat sur RTL où nous parlions de la délocalisation d’une entreprise. Je disais que cela posait un problème patriotique d’une part et que laisser partir nos entreprises pouvait surtout nous retomber dessus plus tard, à cause de nos approvisionnements ! On me regardait comme un réactionnaire, hors modernité. Lors d’un autre débat, je disais qu’il ne fallait pas laisser les grandes surfaces écraser le petit commerce, on me traitait de poujadiste : la modernité, c’était les grandes surfaces.

À Paris-Presse, vous avez couvert la guerre d’Algérie ? Comment les journaux traitaient-ils le sujet?

Paris-Presse était un journal de droite, pro-Algérie française, mais il faisait partie du groupe Hachette, très lié au pouvoir. Moi, j’étais pour l’indépendance de l’Algérie et je ne le cachais pas. Lorsque le général de Gaulle octroie l’indépendance à l’Algérie, les journalistes couvrant l’Algérie de tendance Algérie française ont donc été écartés et il fallait les remplacer. J’étais tout jeune, je devais avoir 22 ans, on m’a demandé de prendre la relève.

Toute la fraction la plus à droite du journal est partie, certains pour fonder Minute. La direction a retenu un jeune d’extrême droite qui s’appelait Henri Gault et lui a confié une nouvelle rubrique gastronomie. Il hurlait. C’était un déshonneur ! Grâce à quoi il est devenu millionnaire en créant le Gault-Millau ! J’avais une liberté totale.

Mais quand l’Algérie est devenue indépendante, j’ai couvert la guerre avec le Maroc et il y avait un journaliste connu de France-Soir, Lucien Bodard, qui avait raconté une bataille extraordinaire digne d’un western. C’était complètement inventé. Ils m’ont demandé de me faire l’écho de cet événement et j’ai refusé car c’était faux. Ils ont insisté et j’ai démissionné. À ce moment-là, Le Monde m’a engagé […] > 



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