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« ÂGE D’OR, PRESSE POURRIE » ? LA PRESSE FRANÇAISE AU XIXe SIÈCLE. LE NOUVEL ORDRE MÉDIATIQUE (3).

 

L’INFO : CANCEL CULTURE, TYRANNIE DES MINORITÉS.

Le nouvel ordre médiatique, ce sont d’abord les Gafam, nouvelle porte d’entrée de l’information. Mais la révolution numérique est loin d’être la seule crise que traversent aujourd’hui les médias. Soumission à l’air du temps, américanisation… et bientôt renoncement à notre liberté d’expression ?

La Revue Des deux Mondes a réalisé un dossier sur les médias. En voici la troisième et dernière partie.

NOS 2 PRECEDENTES PIBLICATIONS :

L’INFO : CANCEL CULTURE, TYRANNIE DES MINORITÉS. LE NOUVEL ORDRE MÉDIATIQUE (1). https://metahodos.fr/2021/03/30/le-nouvel-ordre-mediatique/

QUI A VRAIMENT TUÉ LA PRESSE ? LE NOUVEL ORDRE MÉDIATIQUE (2). https://metahodos.fr/2021/03/31/qui-a-vraiment-tue-la-presse/

ARTICLE 3

Âge d’or, presse pourrie ? La presse française au XIXe siècle.


PASCAL ORY – Revue Des Deux Mondes

À la question « Y a-t-il jamais eu un “âge d’or de la presse” ? » la réponse est claire et indiscutable : « Oui, et il n’a duré qu’un siècle ». Très exactement de 1815 à 1914. Il a eu aussi un lieu : l’Occident. Cet apogée n’a pas empêché les critiques de pleuvoir sur elle. Au vrai, si elles ont plu, c’est justement parce que c’était un apogée.

Le moteur de cette histoire-là


L’historiographie traditionnelle – qui, en la matière, remonte, précisément, à cette époque, placée sous l’égide des « deux mondes » – a mis de plus en plus en avant une interprétation matérialiste, où tout serait déterminé par la technologie, en l’espèce celle de l’imprimerie, résumable au passage de la presse à plat à la presse à cylindre. Cette innovation technique – dont on notera déjà, au passage, qu’elle vient non de la France ou de l’Italie mais des deux grands pays anglo-saxons – a été résumée dans le mot magique « rotative » (1875 en français) et il ne fait pas de doute que la flambée du tirage moyen des périodiques, multiplié par cinquante entre les années 1810 – où apparaissent les premiers cylindres – et les années 1910, s’appuie sur son perfectionnement continu, auquel en France est associé le nom de Marinoni.

Le XIXe siècle sera de même le temps où l’« illustration », qui n’avait guère jusque-là qu’une place typographique dans les pages des imprimés périodiques, commence à faire le succès de titres spécifiques, avant de s’étendre à la presse populaire. Le mot lui-même sera l’étendard brandi, à partir de 1843, par un nouveau titre, appelé à un grand et long succès (L’Illustration) – précédé, là aussi, par un modèle londonien ; « illustré » sera aussi l’épithète des suppléments dominicaux des grands quotidiens populaires, à commencer par celui du Petit Journal, avec ses couvertures hautes en couleurs et en émotions, comme il deviendra ensuite le substantif appliqué aux premiers journaux populaires pour la jeunesse. Pendant la Première Guerre mondiale, le premier quotidien au monde par le tirage, Le Petit Parisien, est français et une bonne part de son succès réside dans le recours à la photographie, en lieu et place du dessin.

Reste que ce schéma serait réducteur dès lors qu’il conduirait à occulter le rôle des facteurs proprement culturels. Comme souvent (comme toujours ?) la technologie est moins la cause que l’effet : de même que ce n’est pas l’adduction d’eau qui a fait progresser l’hygiène mais les changements dans l’anthropologie corporelle qui ont fait progresser l’adduction d’eau, de même le développement de la presse et, plus largement, de la lecture n’est pas l’effet de l’imprimerie mais du mouvement d’émancipation et d’autonomie dans lequel se conjoignent aux temps modernes protestantisme et libéralisme, liberté de conscience et liberté d’entreprise. Or qu’est-ce que l’horizon d’un imprimé périodique – comme, au reste, d’une maison d’édition – si ce n’est la conjonction de ces deux libertés-là ?

Pour se limiter à la France, le sens profond de l’évolution culturelle de la presse au long du siècle tient dans la lutte, finalement victorieuse, pour une émancipation des contenus par rapport aux censures de toutes sortes, entre ce zénith de la liberté de la presse que fut la loi votée en 1881 par les républicains fraîchement installés au pouvoir (1877-1879) – la plus libérale que ce pays ait connue, jamais égalée depuis lors – et ce nadir qu’avait été, sous Napoléon Ier, le contrôle absolu du pouvoir politique, n’autorisant en province qu’un titre, évidemment officiel, par département, et à Paris seulement quatre titres politiques, chacun affecté d’un censeur.

Le développement de la scolarisation et des bibliothèques scolaires, donc de l’apprentissage et d’une pratique régulière et populaire de la lecture, sera encouragé par des personnalités et des régimes de philosophie libérale, s’étageant du monarchisme élitiste d’un François Guizot au républicanisme démocratique d’un Ferdinand Buisson – deux protestants. Ajoutons – fait peu connu – que le développement de l’impression en continu était freiné en France dans les périodes de forte censure par l’imposition d’un « droit de timbre », qui obligeait les périodiques généralistes et/ou politiques à apposer avant impression un timbre sur chaque exemplaire tiré […] >
 

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