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«ACCEPTER LE DÉCLIN FRANÇAIS OU AMORCER UN REBOND ? LE VÉRITABLE ENJEU POLITIQUE»

PRESENTATION

Les effets de la mauvaise gouvernance administrative, logistique et budgétaire

Pour la philosophe et politologue Renée Fregosi, une mauvaise gouvernance administrative, logistique et budgétaire a fait plonger les performances du pays dans les secteurs stratégiques. Recherche scientifique, innovation industrielle, enseignement: le cœur de la puissance nationale décline.

« La technocratie caractéristique des élites françaises se révélait désormais manifestement incapable de faire face, de façon satisfaisante, à la menace sanitaire. Les causes, on le sait, ne datent pas d’hier.« 

« Le rattrapage de la France ne se fera pas contre le reste du monde et encore moins contre l’Europe. Mais la récupération d’une haute culture nationale, l’articulation entre enseignement, recherche et industrie, passe nécessairement par une remise en cause des a priori idéologiques à la fois technocratiques, anticapitalistes primaires et faussement égalitaristes qui imprègnent les politiques publiques depuis des décennies maintenant. »

Renée Fregosi est philosophe et politologue. Elle a récemment publié Français encore un effort… pour rester laïques! (Ed. L’Harmattan, 2019)

Renée Fregosi a également travaillé sur démocratie et dictature, ou sur le populisme

Elle insiste d’une part sur le fait que les changements de régimes entre démocratie et dictature se produisent dans les deux sens, sans que l’on ne puisse jamais considérer aucune situation comme inéluctable ni irréversible. D’autre part, elle pense que loin d’être des catégories étanches, les deux grandes manières de gérer l’ordre du pouvoir (autoritarisme et démocratie, imposition et libre choix) s’imbriquent et se mélangent bien souvent de façon complexe. Transitions à la démocratie, régressions autoritaires et régimes hybrides mettent en lumière cette complexité du politique.

Dans ce cadre théorique, elle définit le populisme « comme l’ombre portée ou la réverbération de la démocratie sur une réalité sociale contrastée, sur une société atomisée d’individus aux demandes disparates « . Dans le contexte des formes nouvelles de la mondialisation, le populisme peut être défini comme la forme politique partagée le plus largement à travers le monde à partir des années 2000 et il se présente aujourd’hui sous la forme d’un « justicialisme ». L’idée de justice, constituant un concept vide susceptible de répondre aux exigences de chacun et de former un tout à partir d’éléments très hétérogènes, s’impose comme une évidence.


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«Accepter le déclin français ou amorcer un rebond? Le véritable enjeu politique»

Par Renée Fregosi Publié le 29/01/2021 – Le Figaro

Innovation industrielle, recherche scientifique, enseignement général, gouvernance: la covid-19, avec son virus déroutant est le révélateur d’un processus de décrochage global et sur le long terme de la France.

Certes, les périodes de crise sont propices au déclinisme, et les inquiétudes de tous ordres suscitées par la pandémie actuelle ne peuvent qu’assombrir les esprits déjà bien maussades en France. Au demeurant, le déclassement de notre pays ne relève pas seulement d’un «sentiment», d’un «ressenti» ou d’un penchant pessimiste récurrent parmi nos concitoyens.

La prise de conscience parmi la population, d’un certain déclin français s’est consolidée en 2020 au fil des humiliations à répétition vécues par un pays qui se pensait développé et maître de son destin: d’une part les pénuries, de masques, de tests, de vaccins, le manque de lits d’hôpital et de personnel médical, d’autre part un défaut de réactivité, des lenteurs et des blocages administratifs, une perte d’efficacité logistique, le tout accompagné systématiquement par les mensonges, l’impéritie et l’arrogance des dirigeants.

La technocratie caractéristique des élites françaises se révélait désormais manifestement incapable de faire face, de façon satisfaisante, à la menace sanitaire. Les causes, on le sait, ne datent pas d’hier.

« Le renoncement de Sanofi-Pasteur à mettre au point un vaccin contre la covid n’est-il pas le signe alarmant du déclassement de la France dans l’innovation médicale ? »

Depuis plusieurs décennies, les coupes budgétaires tous azimuts et les restructurations dans l’hôpital au nom du modernisme, ont fait bon ménage avec des archaïsmes comme le maintien d’un numerus clausus en Faculté de médecine et le manque de coordination entre médecine de ville et système hospitalier.

Par ailleurs, l’invention et la multiplication de nouveaux Conseils, Comités et de structures d’experts ad hoc (phénomène classique d’ailleurs du mode de légitimation pseudo-démocratique des régimes autoritaires) cachait le démantèlement d’organismes efficaces.

Disparaissaient ainsi en 2014, l’Institut de Veille Sanitaire et l’EPRUS, établissement (civil et militaire) qui se chargeait efficacement de la gestion des moyens de lutte contre les menaces sanitaires graves tant du point de vue humain que du point de vue matériel.

Mais la «mauvaise gouvernance» ne touche pas seulement la gestion administrative et la logistique. La rigueur budgétaire, qu’elle relève de l’imprudence ou de la conviction idéologique, porte atteinte au cœur même de la puissance nationale: la recherche scientifique et l’innovation industrielle. Le renoncement de Sanofi-Pasteur à mettre au point un vaccin contre la covid n’est-il pas le signe alarmant du déclassement de la France dans la course à l’innovation en matière médicale et au-delà dans la recherche scientifique de pointe et dans les nouvelles technologies?

« La France produit encore d’excellents chercheurs, comme le prix Nobel de la microbiologiste Emmanuelle Charpentier, mais c’est à l’étranger qu’elle mène à bien ses recherches. »

Cet échec fait écho à bien d’autres dans différents domaines, relevant notamment d’un recul dans le savoir faire en ingénierie et la perte d’expertise. Pour ne citer qu’un seul exemple et qui touche encore directement à la souveraineté nationale: en Finlande comme à Flamanville, les chantiers de l’EPR accusent des années de retard et des surcoûts faramineux à la fois par défaut de compétences industrielles du constructeur et par irresponsabilité du groupe AREVA.

Pourtant, de nombreuses startups voient le jour en France comme ailleurs, et des traitements et outils novateurs contre le covid ont même été mis au point tout récemment. Le test salivaire «EasyCov» conçu avec des chercheurs du CNRS de Montpellier est d’usage facile et son efficacité est avérée, mais les autorités françaises rechignent à l’homologuer et l’utiliser massivement alors que chacun en convient, le testing est un autre des échecs dans l’épidémie du covid en France.

On peut évoquer également le spray nasal anti-covid très prometteur conçu dans un laboratoire universitaire de Marseille, mais qui ne semble pas non plus enthousiasmer le ministre de la santé. La France produit en effet encore d’excellents chercheurs, à preuve éclatante le prix Nobel de la microbiologiste Emmanuelle Charpentier, formée à l’Institut Pasteur. Mais c’est à l’étranger qu’elle a pu mener à bien ses recherches, tout comme Stéphane Bancel, dirigeant français de la biotech nord-américaine Moderna, promoteur d’un des vaccins ARN contre la covid.

Mais ces cas emblématiques qui ne sont que la partie émergée de l’iceberg, ne troublent pas nos dirigeants. Ainsi, une réforme calamiteuse de la recherche portée par la ministre Frédérique Vidal a été adoptée en novembre 2020, et la nouvelle agence ANRS-MIE créée à la hâte le 1er janvier dernier et censée promouvoir la recherche en matière de maladies infectieuses n’est pas dotée d’un budget consistant et pérenne.

Le «paradigme déficitariste» dans tous les domaines

Le principe de la course épuisante aux financements de la recherche fondamentale et expérimentale est étendu à tous les domaines scientifiques alors que l’on connaît le besoin impérieux de temps parfois long pour l’invention de méthodes innovantes et de découvertes décisives. Manifestement, le «quoi qu’il en coûte» proféré par le Président Macron ne concerne pas la recherche scientifique pas même celle qui touche directement aux maladies infectieuses émergentes

.« Qu’il s’agisse de la grammaire, de l’histoire ou de l’enseignement des mathématiques et des sciences, la France est en recul continue depuis des décennies. »

Pourtant la souveraineté nationale passe nécessairement par la recherche, par l’enseignement supérieur, et avant cela par l’école. Car un niveau général élevé en population générale est aussi important pour les performances nationales (économiques et en développement humain) que l’excellence en sciences dites «dures» ou en sciences humaines et sociales. Or, qu’il s’agisse de la grammaire, de l’histoire ou de l’enseignement des mathématiques et des sciences, on doit enfin admettre que la France est en recul continue depuis des décennies.

Car s’est imposée la ligne du «paradigme déficitariste» (selon l’expression de Jean-Pierre Terrail) consistant à abaisser régulièrement le niveau général pour prétendument aider les élèves des familles culturellement plus défavorisés.

En incitant les enseignants à être de moins en moins exigeants avec leurs élèves, on aboutit finalement à l’opposé du but que l’on dit rechercher: ceux qui peuvent trouver hors de l’école les ressources culturelles nécessaires à leur éducation et à leur élévation intellectuelle, progressent généralement vite et bien, ceux qui en revanche n’ont que l’école pour ce faire, sont dans leur grande majorité les victimes de cet enseignement au rabais délivré à tous sans distinction.

C’est donc un projet global de remise à niveau des capacités de la France, à penser, à découvrir, à innover, à produire des biens à forte valeur ajoutée, qu’il s’agit de promouvoir. Et il n’est pas question alors d’opposer de façon simpliste un prétendu «retour à la nation» et une mondialisation diabolisée.

Le rattrapage de la France ne se fera pas contre le reste du monde et encore moins contre l’Europe. Mais la récupération d’une haute culture nationale, l’articulation entre enseignement, recherche et industrie, passe nécessairement par une remise en cause des a priori idéologiques à la fois technocratiques, anticapitalistes primaires et faussement égalitaristes qui imprègnent les politiques publiques depuis des décennies maintenant.

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