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DÉCONFINEMENT, LE CHAUD ET LE FROID : « LES EFFETS DÉLÉTÈRES DES ANNONCES TROP OPTIMISTES »

la FABRIQUE DE L’OPINION par les éléments de langage repris par les médias

L’Elysée, « la bavarde » ?

Selon un rituel devenu une nouvelle pratique de gouvernance et de communication, la presse annonce depuis plusieurs jours – en reprenant à son compte les éléments de langage nombreux et enrichis d’heures en heures et diffusés par l’Elysée – les décisions que prépare le locataire de cette dernière (l’Elysée) sur la sortie du confinement pour le 15 mai.

Eléments de langage ,

voir notre publication: La pratique des « éléments de langage »: verrouillage de la communication. Venin de la démocratie

Voici d’autres publications relatives à la communication politique:

https://metahodos.fr/2020/09/30/la-communication-condescendante-poison-pour-la-democratie/

https://metahodos.fr/2020/10/13/fausses-nouvelles-manipulation-de-linformation-fake-news/

https://metahodos.fr/2020/08/04/la-communication-politique-un-monde-en-soi-qui-dicte-ses-regles-a-la-democratie/

https://metahodos.fr/2020/07/29/lage-de-la-fabrique-du-consentement-propagande/

En même temps les déclarations les plus contradictoires et paradoxales viennent créer le contraste entre une réalité rendue difficile par le pari présidentiel qui a repoussé le confinement – et donc tout autant la sortie de celui-ci.

C’est l’autre pratique de gouvernance (qui a principalement pour objectif ou résultat de surprendre : l’oscillation permanente qui déstabilise acteurs et observateurs.

 » Les promesses présidentielles sont aussi prises avec prudence : le 1er mars, Emmanuel Macron avait demandé aux Français de tenir encore quatre à six semaines, un délai in fine intenable. Démarrer la réouverture à partir de la mi-mai « fait partie des hypothèses », a tempéré Bruno Le Maire. » écrit l’Express.

Sortie de la crise sanitaire mi mai ? ou fin de l’été ?

Le chaud pour le président, le froid pour les ministres

La réouverture dès après le 15 mai, selon le président qui examine -lui même – les protocoles de réouverture des lieux fermés , et Bruno Le Maire. tempère: « la réouverture à partir de la mi-mai « fait partie des hypothèses », a tempéré Bruno Le Maire.

43 505, c’est le nombre de nouveaux cas positifs au coronavirus ces dernières 24 heures. Un chiffre toujours en hausse. 331 décès et 36 000 nouveaux cas sont les moyennes quotidiennes des derniers jours. Et les déclarations fusent :  

La « troisième vague » de la pandémie de Covid-19 en France est « loin d’être terminée », a averti Jean Castex

Bruno Le Maire sème le doute sur la réouverture des bars et des terrasses prévue pour le 15 mai 2021: la très espérée réouverture des établissements de restauration se fera uniquement sur « des bases sanitaires solides«  afin de sécuriser le client, et qui « garantissent ensuite qu’on n’est pas forcés à fermer de nouveau« .

« Rien ne serait pire que de dire à la mi-mai +on commence à tout rouvrir+, et 15 jours ou trois semaines plus tard, parce que le virus revient, on serait obligé de tout refermer» a-t-il ajouté Jeudi sur France après une réunion à l’Elysée.

Olivier Véran « reste prudent » ( aujourd’hui ) alors qu’il avait annoncé le début de la décrue il y a deux semaines déja…

Les mesures prises pour freiner la pandémie de Covid-19 « fonctionnent, mais la troisième vague n’est pas dernière nous », prévient le porte-parole du gouvernement.

La prévision d’une nouvelle vague à l’automne que l’on feint d’ignorer, préférant les annonces optimistes

«On aura probablement à l’automne de nouveau une circulation virale importante, mais on aura une large population vaccinée. Je vois une sortie de crise définitive plutôt en 2022 », a indiqué lundi sur TF1 Jean-François Delfraissy, le président du Conseil scientifique. L’exécutif qui avait invité le président du conseil scientifique à la discrétion, semble ignorer ses analyses. Le président a même promis qu’il n’y aurait pas de nouveau confinement…jusqu’à la fin de l’année scolaire.

« la tension hospitalière se poursuit sur l’ensemble du territoire métropolitain et la mortalité est toujours en hausse« , publie Santé publique France.

Nous vous proposons un article de the Conversation relatif aux « effets délétères des annonces optimistes« 

Les études évoquées par l’article montrent en particulier:

« … l’espoir d’un confinement court non réalisé a engendré une déception supplémentaire, comparable à l’impatience et l’inconfort de nos enfants lorsque, à la question « quand est-ce qu’on arrive ? » lors d’un voyage, nous répondons « dans une heure environ » alors qu’il reste encore 180 kilomètres à faire.

Cette constatation montre pourquoi le choix de la plupart des gouvernements de créer des attentes optimistes quant à un confinement court avec des messages tels que « les deux semaines suivantes sont cruciales », « tout reviendra à la normale d’ici l’été », et autres tentatives similaires pour injecter l’optimisme, plutôt que des attentes réalistes, n’ont pas aidé les citoyens à être plus heureux. La gestion des attentes est aussi cruciale que la gestion de la pandémie. « 

« …leur inculquer des attentes optimistes infondées est une erreur évidente dans la gestion des effets psychologiques qu’un confinement peut avoir sur le bien-être des populations. Au début de chaque annonce de confinement, le message devrait être « préparez-vous à un long confinement ! », et non « faisons un effort pendant une autre courte période ».

« L’optimisme déçu est une perte à long terme qui n’est pas compensée par le gain à court terme de bonnes nouvelles trompeuses. « 

article

Confinement : les effets délétères des annonces trop optimistes

13 avril 2021,THE CONVERSATION – Nikos Georgantzis Professor, Director of the Wine and Spirits Business Lab, Burgundy School of BusinessAurora García-Gallego Professeur, Universitat Jaume IGerardo SabaterGrande Enseignant-Chercheur, Universitat Jaume INoemí Herranz-Zarzoso Professeur, Universitat Jaume I

Il ne fait aucun doute que les confinements ont des conséquences sur le bien-être et la santé mentale des populations. Mais comprenons-nous bien le mécanisme de cet effet ? Dans un article publié récemment dans le journal Frontiers in Psychology, nous avons étudié les liens entre les mesures de restrictions et la satisfaction de la vie quotidienne en menant une enquête auprès d’un échantillon relativement important et stable de personnes.

Plus particulièrement, pendant le premier confinement en Espagne, l’équipe de chercheurs a contacté un échantillon de jeunes Espagnols (sur les 1 500 personnes contactées, 1 131 ont répondu) en leur posant des questions personnelles (données démographiques, personnalité, etc.) et puis, chaque jour, une question sur leur degré de satisfaction par rapport à leur vie en général.

Parallèlement, des questions hebdomadaires leur ont aussi été posées au sujet de leur état de santé ainsi que sur leurs intentions de se faire tester pour la Covid-19, soit par le biais du programme national (entraînant une période d’isolement obligatoire en cas de test positif), soit de manière privée, les résultats étant gardés confidentiels et les mesures à prendre laissées à la responsabilité de chacun.

La partie la plus originale de l’enquête fut une « devinette », dans laquelle on demandait aux participants de parier sur la fin du confinement. En cas de réponse correcte, les participants gagneraient 200 euros. Cette partie de l’étude semble avoir joué un rôle important pour le succès de l’enquête afin de permettre à une grande partie des participants (environ 1 000) de répondre activement à toutes les questions tout au long des 84 jours du confinement, entre le 29 mars et le 20 juin 2020.

La cruciale gestion des attentes

En règle générale, l’étude a révélé que la satisfaction à l’égard de la vie fut légèrement en hausse puis de nouveau en baisse jusqu’à la dernière semaine d’avril, mais à partir de ce moment, la satisfaction de la vie s’est améliorée progressivement et régulièrement, jusqu’à la fin.

Ceci, malgré la baisse de l’état de santé signalé et l’augmentation des symptômes. Enfin, certains changements dans les intentions de dépistage ont été observés, avec une baisse des tests privés et une augmentation de la volonté de participer au dépistage public.

Cette étude a révélé une augmentation de la volonté de participer au dépistage public malgré une baisse du nombre de tests privés. Shutterstock

Mais le résultat le plus intéressant de l’analyse statistique des réponses fut la relation entre les prédictions de la fin du confinement et la satisfaction quotidienne de chaque personne à l’égard de la vie. Les personnes ayant prédit un confinement plus long étaient beaucoup plus satisfaites de leur vie au quotidien que celles qui avaient prédit une fin proche du confinement.

Ce résultat intéressant, mais finalement pas si surprenant, s’explique par le fait que l’espoir d’un confinement court non réalisé a engendré une déception supplémentaire, comparable à l’impatience et l’inconfort de nos enfants lorsque, à la question « quand est-ce qu’on arrive ? » lors d’un voyage, nous répondons « dans une heure environ » alors qu’il reste encore 180 kilomètres à faire.

Cette constatation montre pourquoi le choix de la plupart des gouvernements de créer des attentes optimistes quant à un confinement court avec des messages tels que « les deux semaines suivantes sont cruciales », « tout reviendra à la normale d’ici l’été », et autres tentatives similaires pour injecter l’optimisme, plutôt que des attentes réalistes, n’ont pas aidé les citoyens à être plus heureux. La gestion des attentes est aussi cruciale que la gestion de la pandémie.

« Préparez-vous à un long confinement ! »

Les personnes qui prétendent être « fatiguées » de la situation générale seront encore plus fatiguées si elles s’attendent à ce que le confinement dure moins longtemps que ce qu’il durera réellement. L’optimisme par opposition au réalisme est comme un gain à court terme aujourd’hui contre une perte sur une période plus longue.

Les dirigeants du monde entier, en particulier en Europe où les gens sont par défaut heureux et désireux de partager des espaces ouverts dans leur style de vie insouciant, doivent avertir leurs concitoyens que le confinement peut être long, plus long que quiconque ne le souhaite, plus long que ce que l’on peut imaginer.

En fait, l’étude a comparé les fins estimées par les participants et la fin réelle du premier confinement espagnol. Seuls 13 % de l’échantillon ont correctement prédit la semaine au cours de laquelle le confinement se terminerait. Un optimisme écrasant a été observé, la sous-estimation moyenne (différence entre la fin réelle du confinement et la prédiction) étant supérieure à 42 jours !

Par conséquent, si une chose doit être gérée par la campagne publique au début d’un confinement, c’est l’émergence d’attentes trop optimistes infondées et incontrôlées.

Pour conclure, l’étude a montré que les gens ont tendance à mieux faire face au confinement que ce qui est généralement affirmé sur les sites populaires ou dans les publications des médias. Leur satisfaction au quotidien augmente, peut-être en raison de l’adaptation, même lorsque les conditions extérieures affectent négativement leur santé et les poussent vers une réflexion plus prosociale.

Surtout, leur inculquer des attentes optimistes infondées est une erreur évidente dans la gestion des effets psychologiques qu’un confinement peut avoir sur le bien-être des populations. Au début de chaque annonce de confinement, le message devrait être « préparez-vous à un long confinement ! », et non « faisons un effort pendant une autre courte période ». L’optimisme déçu est une perte à long terme qui n’est pas compensée par le gain à court terme de bonnes nouvelles trompeuses.

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