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EVEREST 29 MAI 1953, PREMIÈRE ASCENSION. UN RENDEZ-VOUS RÉUSSI ENTRE DES HOMMES.

ARTICLE DE PIERRE RIDEAU

VOICI COMMENT PIERRE RIDEAU PRÉSENTE SON ARTICLE POUR METAHODOS:

Je vous propose ce texte sur un sujet qui évoque à la fois la grandeur et l’humilité, l’un ne va pas sans l’autre !

« Mai, Juin, les mois où s’achèvent les championnats, où se distribuent les titres, et aussi le mois des grandes premières dans l’Himalaya, les mois de la moisson avant la mousson.

Parmi ces premières, l’Everest, l’histoire de sa conquête est très belle, avec l’émotion, l’utopie, les rêves et les héros tragiques. Une somme d’abnégation, de courage, de raison et de folie comme toujours quand les hommes courent après leurs rêves.

Et on peut aussi regarder cette ascension du 29 mai 1953 comme l’histoire d’un collectif et s’en inspirer pour d’autres conquêtes . C’est la lecture que je propose. »

Everest  29 mai 1953, première ascension

La victoire n’est pas un hasard, elle ressemble plutôt à un rendez-vous réussi entre des hommes, un leader, un staff et une histoire dans un contexte donné.

– la victoire n’arrive pas n’importe quand. Elle s’inscrit dans une temporalité.

  C’est l’immédiat après-guerre, chaque pays cherche un événement marquant pour redonner  grandeur et enthousiasme, aller de l’avant et effacer l’image de pays meurtris ou troublés.Vaincre l’Everest ? C’est aussi un vieux rêve des Britanniques, c’est leur chasse gardée.

Jusque là, les tentatives se faisaient par le nord, par le Tibet, une dizaine ont eu lieu et échoué.

Or Mao ferme le Tibet en 1950. Au même moment, le Népal s’ouvre, de nouvelles approches, par le sud, sont tentées mais le Népal ne donne qu’une autorisation de grimper par an. En 1952 aux Suisses, en 1953 aux Anglais et en 1954, si les Anglais échouaient, ce sera aux Français.

– la victoire est l’aboutissement d’une course de relais, elle est celle du dernier relayeur. Elle repose sur la continuité et l’accumulation d’expériences, le vainqueur est issu de cette histoire.

Il y avait eu déjà plusieurs expéditions par le sud.

La dernière, en 1952, avec des Suisses menés par Raymond Lambert et Tensing Norgay atteint une altitude de 8 595 m sur l’arête Sud-Est, établissant un nouveau record avant d’être stoppée par des problèmes avec les inhalateurs d’oxygène (cette question des inhalateurs sera une priorité pour Hunt).

Les Suisses mettent en évidence un itinéraire par le Lhoste et la nécessité de prévoir un ou plusieurs camps sur le col sud. Ces enseignements seront mis à profits par les Britanniques en 1953 de même que le franchissement de la cascade de glace du Kumbu, aperçue par Mallory en 1921 et jugée alors impossible à franchir ..

D’une manière générale, toutes les expéditions précédentes ont représenté un progrès, une étape (on ne parle pas d’échec) qui ont permis d’accumuler une somme d’expérience. Le courage, l’obstination, les recherches des équipes précédentes ont permis la victoire.

Hunt écrit que ses cordées ont retrouvé dans les camps laissés par les Suisses des vivres, du miel et des bouteilles d’oxygène dont ils se sont servis !!!

S’inscrire dans la continuité autorise des rêves d’exploit et impose l’humilité.

– la victoire repose sur une claire répartition des rôles entre le « donneur d’ordre », le staff et les membres de l’expédition.

Ici, le donneur d’ordre, celui qui fixe l’objectif « être les premiers sur l’Everest » est une autorité nationale qui représente le gouvernement britannique.

Le staff et son chef, John Hunt, sont seuls responsables, de la stratégie et de sa mise en œuvre.

Les équipiers se l’approprient et l’enrichissent par leur implication.

Quand l’objectif est fixé, le staff désigné, et les équipiers sélectionnés,  il n’ y a plus d’interférences.

– le chef décide, avec son staff

Par exemple, la sélection des membres de l’expédition :

les individualités recherchées répondent à un profil, il n’ y a pas de place « réservée » mais une sélection en fonction de critères objectifs

– l’âge, entre 25 et 40 ans car l’endurance est aléatoire avant 20 ans ou après 40 ans.

– une expérience de la glace, du rocher, de la neige et de la grande altitude,

– un morphotype, ici, un physique plutôt petit et trapu pour limiter la consommation d’oxygène,

– l’acceptation d’une autorité symbolisée par un entretien individuel avec Hunt

– une culture commune, ici, être Anglais

Mais, le sélectionneur ne veut pas se priver de talents, ni ignorer son intuition.

Band n’a que 23 ans mais c’est un excellent alpiniste, Hunt à  43 ans mais il a l’expérience de l’Himalaya. Untel est trop grand, il suffit qu’il soit « bien proportionné ». Hillary n’est pas anglais, il

suffira d’appartenir au Commonwealth. Shipton et Hillary ont une certaine renommée, ils ne passeront pas l’entretien.

 Et enfin, un critère absolu, chacun doit avoir un caractère ambitieux et l’oubli de soi même,

une équipe est créée 

 Les choses sont claires, les cordées qui feront l’assaut final seront désignées très tard.

Il ne doit y avoir ni impatience, ni colère, ni frustration, chacun adhère au projet et participe.

Le staff retient 12 membres dont un cinéaste et un physiologue, ce qui provoque un débat. Les alpinistes voient un risque, celui de la dispersion des objectifs et donc une menace sur leur cohésion.

Hunt tranche : si l’expédition échoue, au moins, les observations et images du cinéaste et du physiologue serviront aux expéditions suivantes donc ils restent.

Puis en imposant un socle commun pour tous y compris quelques réservistes : entretien de la condition physique, état sanitaire, entraînement, acclimatation.

une stratégie est définie, visant à éliminer toute improvisation

Tout est prévu : calendrier, organisation, acclimatation, reconnaissance, équipements, oxygène, vivres, vêtements, chaussures (dont l’importance a  été un des enseignements tiré de la réussite des Français sur l’Annapurna), réchaud, tente, radio, nourriture.

On emporte des mortiers pour déclencher des avalanches,Hunt a des échanges avec Rebuffat, des spécialistes des expéditions polaires.

L’acclimatation se fera en Suisse, sur la Jungfrau, pour essayer des matériels et surtout faire grimper

ensemble des gens qui ne se connaissent pas et s’entraîner à la glace.

Cinq réservistes sont recrutés, chiffre fixé pour garder une équipe resserrée et jugé suffisant pour  l’agilité nécessaire. 

Le point clé de cette phase consiste à faire équipe avec les meilleurs «techniciens », les sherpas car ils sont non seulement des grimpeurs exceptionnels mais aussi les meilleurs connaisseurs des

conditions climatiques, de la géographie, de la topographie des lieux.

Qui plus est, Tensing Norgay a réalisé de très nombreuses ascensions, y compris sur l’Everest dont celle tentée par les Suisses l’année précédente.

– Un peu de chance avec la  météo qui offre 15 jours de soleil et un vent faible et de superstition,   Hunt et 12 membres font 13 ? Hunt ajoute Tensing comme membre officiel pour faire 14.

Et un fil rouge, l’état d’esprit

Humilité et élégance, respect de ceux qui vous ont précédé, motivation sans faille.

Les vainqueurs de l’Everest rendront hommage aux Suisses par ce télégramme : « À vous autres, une bonne moitié de la gloire » ( To you a good half of the glory).

Hillary n’avait pas été désigné pour le dernier assaut, il est nommé après l ‘échec d’autres cordées

et quand on lui demande qui arrive en premier il répond « sur un sommet aussi haut que l’Everest, on arrive ensemble»

Dans son livre , Hunt décrit l’arrivée de la cordée Hillary / Tensing Norgay «  …et nous étions au sommet…. »

et conscience « des pensées et prières de tous ceux qui attendaient et espéraient cette victoire ».

                                                                      *

– Bien sûr, d’autres éléments sont indispensables mais ils échappent à la théorie, ils ne sont pas « pilotables » , c’est l’alchimie au sein d’un groupe, la fraternité, l’envie d’en découdre ensemble, de se sacrifier pour son équipier…

la fusion avec un staff, une population, un public.

C’est probablement là que se départagent des équipes de niveaux assez proches.

Ce qu’on peut essayer de maîtriser, ce sont les éléments qui font une dynamique ; qualité de la sélection, qualité de la préparation, adhésion à l’objectif, considération équitable des équipiers,

choix de bons leaders, réflexions partagées et instauration de rituels de cohésion….

toutes choses qui donneront l’envie de se sublimer.

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