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LA DÉMOCRATIE NE DOIT PAS BOUDER LES OUTILS ET CANAUX DU MONDE D’AUJOURD’HUI.

Redonner aux médias presse et aux médias sociaux un rôle « responsable » dans le débat démocratique

Metahodos évoque très régulièrement la nécessité d’utiliser – de maitriser aussi – les nouveaux (pas si nouveaux) médias, cad les médias sociaux, de restaurer des médias presse conscients et responsables de leur rôle politique et social,…dans l’analyse et le débat, et hors des « éléments de langage » et des « confidences de l’entourage » qui dominent aujourd’hui trop souvent.

Nous traitons également régulièrement de la nécessité impérieuse d’utiliser les outils modernes (pas si modernes) d’expression démocratique dans les volets participatifs et délibératifs, dans l’expression des votes également.

INFORMATION ÉLECTORALE NON DISTRIBUÉE : PAS DE DÉMOCRATIE SANS INFORMATION

On estime que près d’un tiers du corps électoral n’a pas été servi en propagande électorale (matériel électoral envoyé au domicile de chacun).

Quand on voit l’incapacité de l’Etat à garantir la mise à disposition, par distribution, de chaque électeur le matériel électoral – en format papier – ( listes, bulletins, profession de foi des candidats, programmes…) il faut s’interroger.

Pourquoi les services de l’Etat n’ont ils pas garanti cette distribution – qui relève de leur seule responsabilité – en supervisant, ou en se substituant, les deux prestataires délégués ?

Pourquoi cette distribution n’est elle pas soumise à une obligation matérielle et à un délai ? ( Est ce là la fâcheuse habitude des services de l’Etat d’imposer effectivité, délais et sanctions aux tiers désignés par la loi, sans se les imposer à lui même lorsqu’il est en charge ? )

Et si la diffusion se faisait par voie électronique, en substitution ou mieux, en complément, avec une responsabilité et une obligation d’effectivité sanctionnée par le juge de l’élection?

combattre la médiatisation de la conflictualité politique et l’archaïsme des pratiques électorales

« Deux facteurs majeurs sont à l’œuvre et s’amplifieront si rien n’est fait ; la médiatisation de la conflictualité politique et l’archaïsme des pratiques électorales », c’est ce qu’exprime Patrick Aulnas dans l’article que nous vous proposons. P. Aulnas est diplômé en droit public, ancien professeur agrégé d’économie-gestion, blogueur et essayiste.

« Si le monde de la politique ne retrouve pas une certaine noblesse de comportement et ne se modernise pas de fond en comble, la démocratie n’a pas d’avenir », ecrit il.

ARTICLE

Abstention : la politique doit se moderniser pour séduire

Par Patrick Aulnas. Atlantico 23 juin 2021

Les élections régionales et départementales de 2021 constituent un évènement historique. Les deux-tiers des électeurs ne se sont pas déplacés. Par indifférence. Ils ont d’autres chats à fouetter. Voilà une leçon dont la classe politique devra tirer toutes les conséquences. C’est urgent.

L’abstention politique a des causes multiples et complexes brillamment analysées par les politologues. Deux facteurs majeurs sont à l’œuvre et s’amplifieront si rien n’est fait : la médiatisation de la conflictualité politique et l’archaïsme des pratiques électorales.

DE MAUVAIS COMÉDIENS PLUTÔT VULGAIRES

Le politicien incarne le conflit politique dans toute société démocratique. Lorsqu’il accède au pouvoir, son rôle consiste à trouver le modus vivendi permettant l’apaisement et la poursuite de la vie en société. Si la fonction politique n’est plus à même d’exercer ce rôle, la démocratie disparaît et un pouvoir autoritaire impose sa loi. Il n’est alors plus question de compromis acceptable. C’est le règne de la force brutale.

Que s’est-il passé dans ce domaine depuis quelques décennies dans les démocraties occidentales ? Lorsqu’ils sont en phase de conquête du pouvoir (les campagnes électorales), les politiciens ne se comportent plus en personnes de bonne compagnie. Ils s’invectivent, s’insultent et parfois même, rarement il est vrai, en arrivent à s’agresser physiquement.

Les grands médias audiovisuels ont eu un rôle important dans cette dérive. Il faut donner du spectacle au peuple. « Du pain et des jeux », disait César. Nous y sommes encore, le pain étant les prestations publiques diverses, la politique-spectacle représentant les jeux. Mais ce n’est plus seulement le peuple d’une seule ville, Rome, qui est au spectacle. La population entière peut observer avec effarement le niveau calamiteux du débat politique.

Nos politiciens ne sont pas des imbéciles mais ils sont pris au piège de la médiatisation grand public. La massification du spectacle politique a eu exactement les mêmes effets que la massification de l’enseignement : une baisse du niveau moyen. L’ambition de s’adresser à tous aboutit à la médiocrité du discours et à la vulgarité réelle ou apparente des acteurs.

Comment ne pas regarder de haut ceux qui descendent si bas ? Comment ne pas se désintéresser du combat factice de la conquête du pouvoir qui aboutit immanquablement aux compromis de l’exercice du pouvoir.

En vérité, pour être respecté, il faut au moins paraître respectable. De Gaulle, Mitterrand conservaient toujours une certaine hauteur de vue. Ils ne descendaient pas dans l’arène avec les fauves. Ils étaient au-dessus de la mêlée. En feignant d’être proches de leurs électeurs par la magie médiatique, les politiciens du XXIe siècle ont perdu l’essentiel : le respect des gouvernés. Trop semblables par l’image et la parole, ils indiffèrent. Pourquoi se déplacer pour les élire ?

ABSTENTIONS : L’ISOLOIR OU LE SMARTPHONE ?

Et pourquoi se plier encore au cérémonial Troisième République de l’isoloir et de l’urne ? Un pas énorme a été franchi, il est vrai. Des urnes transparentes ont remplacé les urnes opaques de jadis. Chacun peut voir son bulletin tomber. Impressionnant ! Mais de moins en moins de monde assiste à ce merveilleux spectacle.

Le monde de la politique est encore celui du bulletin papier, de la petite enveloppe, de l’isoloir au rideau en tissu. Tout cela respire le passé et pour la jeunesse le monde des arrière-grands-parents. Habitués à la communication instantanée, champions du smartphone, les jeunes de 2021 donnent leur opinion en un clic. Leur infliger la punition du bureau de vote n’est pas d’une folle habileté. Quand commencera-t-on sérieusement à réfléchir au vote par internet ?

Les partis politiques se cabrent dès qu’il est question de se mettre au diapason du monde réel. Les militants semblent affectionner les réunions et les assemblées, les affiches et les tracts. Tout cela risque de disparaître dans le courant de ce siècle. Il ne faut pas se cramponner au passé quand l’univers de l’économie, de la banque et même des administrations publiques a déjà quitté ce que Marshall McLuhan nommait la galaxie Gutenberg.

NOBLESSE ET MODERNITÉ

Le processus démocratique indiffère parce qu’il oppose de mauvais acteurs acceptant un mauvais scénario. Et il faudrait participer au film comme figurant, selon un processus archaïque se déroulant dans des salles ancestrales ! Les chances sont faibles, évidemment.

Si le monde de la politique ne retrouve pas une certaine noblesse de comportement et ne se modernise pas de fond en comble, la démocratie n’a pas d’avenir.

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