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ETAT D’URGENCE. QUEL EST CE RÉGIME OÙ VOTE, DÉBAT, INSTITUTIONS, SONT SECONDAIRES ? UN CONSENSUS SILENCIEUX EXISTE POURTANT SUR LES REMÈDES.

Il faut une science politique nouvelle à un monde tout nouveau.”

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1835

Démocratie : ne faut il pas désormais déclarer l’état d’urgence ?

Regretter, déplorer l’abstention qui croit depuis quelques années…en faire porter la responsabilité aux abstentionnistes ou à d’autres … c’est se voiler la face. C’est surtout, pour les classes dirigeantes ( médias compris ) refuser la mise en œuvre des réformes qui s’imposent depuis des années et qui désormais sont plus qu’urgentes.

Entre les deux tours des élections locales, le président se montre t il préoccupé de son calendrier ?

L’abstention devient le principal acteur de la démocratie.

Et la vedette de la démocratie, c’est l’élection présidentielle.

Est ce un hasard si la date de l’élection présidentielle est décidée sans débat et au lendemain d’une catastrophe relative à la participation ? Le premier tour est le jour où la région PACA et les Hauts-de-France sont en vacances, et le deuxième tour se tiendrait quand tout le monde sera en vacances… Certains déplorent l’abstention, mais désormais les forces politiques en jouent plus qu’à l’accoutumée.

En optant pour le calendrier d’une élection les 10 et 24 avril 2022, E. Macron envoie tout de même un signal : le choix d’une campagne très courte… Au moment même où François Bayrou dit quil pense que E. MACRON se présentera et déclare qu’il le soutiendra.

Une réflexion associant Parlement, formations politiques, Conseil Constitutionnel et Conseil d’État semble s’imposer en la circonstance.

On remarquera également le titre choisi par les Echos pour un autre événement de cet entre deux tours – signe de neutralité maladroite sur une candidature qui s’affiche de plus en plus ? – « Le rapport Tirole-Blanchard, une boîte à outils pour Macron en vue de la présidentielle »

REVIVIFIER la démocratie, plutôt que déplorer sa mort

Revivifier la démocratie, c’est l’un de deux objectifs – avec l’accroissement de l’efficience de l’action publique – que s’est donné Metahodos. Au fil de nos publications, bien des constats ont été posés et bien des solutions aussi.

C’est lorsque les circonstances sont confuses, empreintes de complexité que la nécessité de penser, de raisonner, de concevoir devient une exigence.

Metahodos tente de construire cela depuis avril 2020 avec l’ensemble de ses contributeurs et « éclaireurs » qui se distinguent par la pluralité de leurs environnements, âges, expériences et références, affinités politiques, économiques, sociales ou culturelles, visions prospectives.

Il y a comme un consensus silencieux sur les analyses et les solutions. Nombreux sont ceux – souvent repris dans notre site – qui développent ces éléments, un peu chacun de son coté.

Les nuances, parfois les oppositions, existent bien – le calendrier ou le degré des réformes varient parfois, pas leur sens. Mais elles sont minoritaires.

Le travail d’élaboration de ces pistes nécessitera toutefois de mettre de coté les options idéologiques des uns ou des autres.

C’est sur le COMMENT DÉCIDER ( la Méthode ) de notre avenir qu’il faut se focaliser, pas sur le QUOI FAIRE. Les travaux d’après guerre issus de la Résistance doivent nous inspirer – esprit, méthode, sentiment d’urgence impérative – pour redéfinir une vision de la France. L’essentialité de la pensée et des actions concrètes s’imposent, comme la définit Albert CAMUS. 

Il existe comme un consensus silencieux sur les analyses et les solutions

C’est la démocratie elle même, c’est à dire le débat, qui doit s’emparer de ces pistes et forger une plateforme commune, un nouveau contrat social.

Les classe dirigeantes, les élus en tout premier, devraient porter ce sujet, mais le peuvent elles ?

Trois écueils majeurs : leur compréhension véritable de la question, leur capacité à renoncer à leurs positions ( dans tous les sens du mot ) leur courage à élaborer un nouveau projet face aux résistances ( haute fonction publique, partis politiques, syndicats er organisations professionnelles, médias…).

Les citoyens eux mêmes, désormais massivement abstentionnistes, ne croient plus en la démocratie, et semblent considérer que c’est l’exécutif présidentiel qui « compte » !

Comment les candidats à la présidentielle peuvent ils proposer un nouvel équilibre, une refondation d’une démocratie complète ? Pourtant la fenêtre est ouverte sur une nouvelle vision, un renouveau de la démocratie – qui nécessitera plusieurs années – saurons nous en profiter ?

Notre publication d’il y a deux jours PRÉSIDENTIELLE 2022 : L’ABSTENTION ET LES PLEUREUSES DU COMMENTAIRE POLITIQUE https://metahodos.fr/2021/06/21/presidentielle-2022-labstention-et-les-pleureuses-du-commentaire-politique/ évoquait cette inaction, ces « pleureuses ».

« … elle signe avant tout le naufrage de tous ceux qui, depuis tout ce temps, s’ingénient à nier les fractures qui déchirent la société française, à repousser toute offre alternative dans les franges de l’extrême droite, bref, à maintenir à toute force un système dont ils sont les gagnants et les gardiens. », ecrit Natacha Polony

Et de poursuivre, « Nul ne peut présumer ce que sera cette année électorale. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle commence dans la bouffonnerie, la cacophonie et, parfois, l’abjection. Cependant, on peut aussi choisir de débattre du fond, de la taxation des multinationales, de la place de la France dans le monde, de son identité, des mécanismes de régulation, du rôle de l’État comme garant des libertés et des moyens de l’égalité, services publics et infrastructures, plutôt que comme machine à produire de la norme… Faire vivre la démocratie plutôt que déplorer sa mort« .

UN EXECUTIF AUTORITAIRE QUI ETOUFFE LES AUTRES POUVOIRS ET LES PARTIES PRENANTES

Ce phénomène est désormais bien analysé par les experts et observateurs. Le débat n’existe pas, la gouvernance ( c’est à dire le respect des étapes de la décision et de sa mise en œuvre ) est en échec, la démocratie ( ce qu’il en reste, c.a.d. le « nom » de notre régime ) est confisquée, elle est anémiée, « en sécession » titrait à la une un quotidien du matin au lendemain du premier tour des élections locales.

Le vote et les institutions devenus secondaires,

« 68 % des inscrits ne sont pas allés voter aux élections régionales dimanche. Ce chiffre est révélateur d’un nouveau rapport à l’expression politique dans lequel le vote et les institutions n’occupent plus un rôle central », analyse Olivier Babeau. Nous vous livrons sa chronique publiée dans Le Figaro.

Olivier Babeau est président de l’Institut Sapiens et professeur en sciences de gestion à l’université de Bordeaux. Il a récemment publié Le nouveau désordre numérique: Comment le digital fait exploser les inégalités (Buchet Chastel, 2020).

Il évoque « le point d’aboutissement d’une forme d’individualisme capricieux qui ne prend pas seulement ses droits politiques pour des dus, mais qui pense aussi que sa volonté devrait être toute-puissante, d’une façon assez comparable au narcissisme infantile théorisé par Freud.« 

Voir certaines de nos publications relatives à cet auteur :

LA « CONTESTATION DE L’IDÉE MÊME D’EXISTENCE D’UNE ÉLITE https://metahodos.fr/2021/06/12/olivier-babeau-on-ne-conteste-plus-les-elites-en-place-mais-lexistence-meme-dune-classe-dirigeante/

En 2021, ayons le courage de réaffirmer notre projet de civilisation https://metahodos.fr/2021/01/21/face-au-complotisme-il-nous-faut-plus-de-transparence-et-plus-de-democratie/

Croire à des complots ou reconnaître le chaos qui nous gouverne? https://metahodos.fr/2020/11/19/olivier-babeau-il-est-plus-rassurant-de-croire-a-des-complots-que-de-reconnaitre-le-chaos-qui-nous-gouverne/

Eviter (un) Hold Up? Pourquoi il ne faut pas faire silence sur l’échec de la gouvernance et de l’action publique https://metahodos.fr/2020/11/18/pourquoi-il-ne-faut-pas-faire-silence-sur-lechec-de-la-gouvernance-et-de-laction-publique/

La démocratie est en train d’exploser sous nos yeux https://metahodos.fr/2020/10/18/olivier-babeau-la-democratie-est-en-train-dexploser-sous-nos-yeux/

La démocratie ne souffre pas d’un trop-plein de débats, mais de leur raretE https://metahodos.fr/2020/06/19/la-democratie-ne-souffre-pas-dun-trop-plein-de-debats-mais-de-leur-rarete/

ARTICLE

«L’abstention est la marque d’une ère où chacun veut imposer son mode d’expression politique»

Par Olivier Babeau, Publié le 22/06/2021, Le Figaro

Déplorer les chiffres élevés de l’abstention est devenu un rituel presque immuable de toute élection en France. Mais bien vite après avoir sacrifié à cette obligation, les commentateurs en reviennent à ce qui compte réellement après tout: les pourcentages relatifs obtenus par les candidats qui vont déterminer le vainqueur. On devrait pourtant mieux mesurer ce que ce phénomène traduit et combien un édifice politique reposant sur de telles bases est dangereusement fragile

Avec 68 % d’abstention, un candidat qui obtient 30 % des voix (et arrive donc souvent en tête) ne rassemble en réalité qu’un peu plus de 9 % des inscrits. Il n’est donc pas le premier choix de neuf citoyens sur dix. Il n’y a pas à chercher plus loin les raisons de la faible légitimité de ceux qui nous représentent. La démocratie est prise dans un redoutable cercle vicieux où les citoyens ne vont pas voter car ils pensent que de toute façon les élus ne leur ressemblent pas. De la même façon qu’ils sont persuadés que vouloir changer les choses est inutile puisque rien ne peut jamais changer.

Mais ce serait une erreur d’interpréter l’abstention comme une manifestation d’indifférence. Elle est plutôt la marque d’un rapport bouleversé au système politique.

La postmodernité inaugure un nouveau rapport aux affaires publiques: alors que l’individu instille du politique dans tous les détails de la vie, qu’il en sature de force toutes ses expressions, il revendique en parallèle sa non-participation au jeu démocratique des institutions.

Olivier Babeau

Le désintérêt électoral est d’autant plus paradoxal qu’il semble aller de pair avec un intérêt réel pour la chose publique. On se souvient que Benjamin Constant avait théorisé en 1819 le fait que la liberté des Anciens et celle des Modernes s’opposaient précisément sur ce point précis de la participation. Alors que participer aux décisions communes était pour les hommes de l’Antiquité l’expression essentielle de leurs droits politiques, la manifestation de leur liberté et un devoir absolu, l’homme moderne, lui, revendiquait le droit de ne pas prendre part à la politique et de se replier dans sa sphère privée.

Il semble que la postmodernité inaugure un nouveau rapport aux affaires publiques: alors que l’individu instille du politique dans tous les détails de la vie, qu’il en sature de force toutes ses expressions, il revendique en parallèle sa non-participation au jeu démocratique des institutions. 87 % des 18/24 ans ne sont pas allés voter. Et 83 % des 25/34 ans. Pourtant n’est-ce pas cette même jeunesse qui ne peut pas acheter un légume, écrire une phrase ou lire un roman sans en faire un acte de revendication politique? Ces gens-là ne sont-ils pas les mêmes qui font d’un repas au restaurant une croisade et d’un caddie de supermarché un instrument de prosélytisme? Les citoyens qui ne vont pas voter ne sont-ils pas les mêmes qui se pâment devant les conventions citoyennes, les « débats participatifs » et les installations collectives?

Faut-il n’y voir que l’expression de cette contradiction bien connue qui fait que les consommateurs déclarent leur profond engagement écologique tout en choisissant le tee-shirt le moins cher, produit dans des conditions sociales précaires et importé de l’autre bout du monde? Il y a dans l’abstention beaucoup plus que de la paresse ou de l’indécision face à une offre politique qui ne convient pas. C’est le geste de ceux qui, déniant toute légitimité aux institutions et à ceux qui y œuvrent, souhaitent contribuer à rendre évidente cette absence de légitimité et imposer une conception de l’action publique qui est une impasse.

La liberté des Anciens était de participer à la politique, celle des Modernes de ne pas y participer, et celle Postmodernes d’imposer son mode d’expression politique. La première est fondée sur la conscience d’appartenir à la société, la deuxième sur la volonté individualiste de s’en séparer, et la troisième sur un individualisme qui voudrait s’imposer à la société.

Les citoyens étendent à toute leur existence le principe désormais évident de la vidéo à la demande par opposition à la télévision traditionnelle: ce que je veux, quand je le veux, comme je le veux.

Olivier Babeau

Cette attitude correspond de façon assez fidèle à celle de citoyens devenus de plus en plus consommateurs des institutions et des services publics (pensons en particulier à l’attitude de nombreux parents dans l’éducation). Ils ne se pensent pas redevables d’une quelconque forme de fidélité vis-à-vis d’un système et de gens qu’ils n’ont pas choisis et étendent à toute leur existence le principe désormais évident de la vidéo à la demande par opposition à la télévision traditionnelle: ce que je veux, quand je le veux, comme je le veux.

Exactement comme les individus s’éloignent des institutions religieuses pour choisir une foi «à la carte». L’abstention n’est pas seulement la conséquence d’un système politique usé, elle est la marque d’une époque. Elle est le point d’aboutissement d’une forme d’individualisme capricieux qui ne prend pas seulement ses droits politiques pour des dus, mais qui pense aussi que sa volonté devrait être toute-puissante, d’une façon assez comparable au narcissisme infantile théorisé par Freud.

1 réponse »

  1. Thierry bonjour,Je crois que le dernier ouvrage du sociologue Michel Maffesoli, « L’ère des soulèvements » (Cerf), traite très justement le sujet. Il y indique, par exemple le clivage  certain entre « une élite instituée » et « un peuple instituant ». Ce fossé qui les sépare semble indiquer le déclin desdites élites et l’émergence de soulèvement populaire déjà présents actuellement comme ces rassemblements désobéissants, ces ports de masques abandonnés, qu’accentuent les violences commandées par les élites qui se savent en déclin, en disparition.Michel Maffesoli a coécrit en 2019 avec son épouse, Hélène Strohl,  « La faillite des élites ». Le sujet ne lui est pas nouveau…Je mettrait l’abstention massive dans ce cadre du refus d’appartenir à un système qui , plus qu’il ne le néglige, ostracise le citoyen volontairement transformé en simple consommateur.Bien amicalementJean-Marc

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