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«SOUVERAINETÉ NUMÉRIQUE : IL FAUT UNE STRATÉGIE CENTRÉE SUR LE CITOYEN ». DAVID LACOMBLED

ÉTAT ET/OU CITOYEN ?

« Un rapport parlementaire montre comment les prérogatives de l’Etat évoluent tout en appelant à une souveraineté numérique ». David Lacombled, président de la Villa numéris, a signé, dans le prolongement de ce rapport, une tribune que metahodos.fr reprend ici.

ARTICLE

«SOUVERAINETÉ NUMÉRIQUE : IL FAUT UNE STRATÉGIE CENTRÉE SUR LE CITOYEN »

David Lacombled – 20 juillet 2021 – L’Opinion

Voilà un rapport qui, s’il ne devient pas un best-seller estival, mérite d’être lu par tous ceux que la transformation de notre société intéresse. Avec la publication du rapport parlementaire d’information sur le thème « Bâtir et promouvoir une souveraineté numérique nationale et européenne », Jean-Luc Warsmann (UDI) et Philippe Latombe (MoDem) dressent un constat assorti de propositions opérationnelles au terme d’une année de travaux et de cent heures d’audition de 83 personnalités, experts, chefs d’entreprise et dirigeants politiques.

Servi à satiété (sanitaire, alimentaire, technologique, automobile, énergétique, etc.) comme la promesse d’une reprise en main du cours de nos vies et l’affirmation pour nos pays de leur indépendance, le terme de « souveraineté » présente l’avantage pour ceux qui l’emploient d’être à leur main tant sa définition est devenue floue et incomprise.

Constitutionnel en France – un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple – s’appliquant historiquement aux domaines régaliens, le concept de souveraineté atteint désormais tous les secteurs d’une économie qui pourtant n’a jamais été aussi mondialisée et interdépendante. Au risque du protectionnisme, du repli sur soi et du décrochage.

« Capacité ». En cela l’approche holistique du rapport parlementaire montre la complexité du sujet s’agissant de l’avenir de notre pays et de notre vieux continent, aux destins indissociables. Face à deux superpuissances numériques que sont devenus les Etats-Unis et la Chine, face aussi à des Big Tech, véritables états numériques dans l’Etat, l’Europe doit s’armer. Philippe Latombe invoque dans Euractiv « la capacité à faire un choix, à choisir nos dépendances, et de conserver en permanence cette capacité ». Avec « Europe » et « souveraineté », le mot « capacité » est un des plus employés dans le rapport.

Face à tant de défis, l’Etat, tant attendu sous nos latitudes et aussi espéré que décrié, n’apparaît pas comme le meilleur catalyseur des énergies

En définitive, sommes-nous capables de « garantir la résilience de nos infrastructures », de « faire confiance à nos entreprises technologiques », de « mettre la souveraineté numérique au cœur de l’action publique » et de « mettre le citoyen au cœur des politiques numériques » ? Les députés assortissent ces quatre axes de plus de soixante propositions dont la moitié sont présentées comme clés, jonglant entre des mesures d’encadrement et de contrôle, des moyens à mobiliser et des signaux incitatifs prônant notamment la mise en place d’un small business act européen.

Face à tant de défis, l’Etat, tant attendu sous nos latitudes et aussi espéré que décrié, n’apparaît pas comme le meilleur catalyseur des énergies. Le fait est qu’aujourd’hui les consommateurs sont très bien traités par les marques dans leur vie digitale – Amazon, Orange, Doctolib, etc… ça fonctionne et cela rend des services tangibles. Les salariés peuvent aussi nourrir le sentiment d’être de mieux en mieux formés, et la crise a accéléré la prise en main des outils, à commencer par les visioconférences. Les citoyens nourrissent quant à eux une défiance vis-à-vis de leur Etat et de ceux qui l’administrent même si la dématérialisation a permis de simplifier de nombreux actes. Dans la trinité républicaine, ces trois (consommateur / salarié / citoyen) ne font qu’un – un individu aux exigences accrues de ce fait.

Etat en réseau. Charge à l’Etat de se réinventer, comme le promeut Sébastien Soriano dans son récent essai où il dessine Un avenir pour le service public (Odile Jacob). L’ancien président de l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep) promeut un « Etat en réseau ». Pour lui, « un Etat augmenté par la mise en réseau, c’est une nouvelle alliance entre l’Etat et la société » qui se dessinerait. Dès lors, « l’Etat en réseau devient entraînant plutôt que contrôlant ».

On retiendra des propositions du rapport parlementaire celles visant à « engager une stratégie ambitieuse de montée en compétences au sein de l’Etat sur la gestion de projets numériques afin de ne pas répéter les erreurs du passé », « favoriser la circulation des compétences numériques au sein du secteur public » et de « créer un guichet numérique unique d’accès de chaque citoyen à l’ensemble des services publics, lui permettant aussi d’être informé en temps réel de l’utilisation de ses données par l’administration ». C’est bien d’une stratégie tournée autour des citoyens qu’il s’agit de mettre en place car ceux-ci attendent de la fonction publique qu’elle fonctionne.

L’Europe peut « être dans la course ​» des technologies numériques, une puissance autonome et indépendante pour peu que ses habitants le veuillent. Cet enjeu doit s’imposer dans le débat public. Un rapport seul, aussi bon soit-il, ne suffira pas. Les responsables politiques et les décideurs économiques doivent le porter. La présidence française de l’Union européenne et la campagne présidentielle au premier semestre 2022 constituent un moment propice pour porter ce débat.

David Lacombled est président de La villa numéris.

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