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Fractures française, édition 2021

LA VITRINE ANNUELLE des ressentis de l’opinion publique et de ses préoccupations

En partenariat avec Ipsos, Sopra Steria, Le Monde, l’Institut Montaigne et le Cevipof, la Fondation Jean-Jaurès publie la neuvième vague de l’enquête “Fractures françaises”. Elle offre une vitrine toujours précieuse des ressentis de l’opinion publique et de ses préoccupations. Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation, développe dans l’article proposé ici la thématique de l’environnement toujours perçue comme une préoccupation majeure mais à une moindre proportion cette année.

Nous avons publié un récent article du même auteur :

Ce qui rassemble les français. Justice sociale, démocratie, environnement, laïcité. Fondation Jean Jaurès https://metahodos.fr/2021/09/23/ce-qui-rassemble-les-francais-inegalites-democratie-environnement-laicite-fondation-jean-jaures/

VOIR NOS 3 PUBLICATION SUR L’ENQUETE 2020

Enquête 2020 des fractures françaises (SUITE 2): Quel ciment pour l’unité nationale? https://metahodos.fr/2020/09/19/enquete-2020-des-fractures-francaises-suite-2-quel-ciment-pour-lunite-nationale/

Le « Bloc social-écologiste » – Enquête 2020 des fractures françaises (SUITE 1) https://metahodos.fr/2020/09/19/le-bloc-social-ecologiste-enquete-2020-des-fractures-francaises-suite-1/

Enquête 2020 des « fractures françaises »: Délitement du Vivre Ensemble et de la Démocratie https://metahodos.fr/2020/09/18/enquete-2020-des-fractures-francaises-delitement-du-vivre-ensemble-et-de-la-democratie/

«  »Le climat politique est moins favorable aux populismes qu’il y a 5 ans » »,

C’est le titre de l’article d’Isabelle Missiaen Publié le 07/09/2021 dans Le point.

EXTRAIT:  

«  » »Un climat préprésidentiel différent ? » … les Français abordent la présidentielle 2022 dans un « climat d’opinion » différent d’il y a cinq ans. En effet, quoiqu’encore forte, la défiance générale à l’égard du système politique et de ses protagonistes a baissé à plusieurs égards.

«  » »Les partis politiques, d’abord, encore très largement méprisés, retrouvent l’adhésion de quelques Français : 16 % de ces derniers déclarent leur faire confiance, contre seulement 12 % en 2017. Par ailleurs, 31 % des Français considèrent que leurs idées sont suffisamment représentées dans le système démocratique français, contre 24 % il y a quatre ans. Des chiffres qui restent très bas, mais en nette amélioration.

«  » » C’est un climat différent de celui de [la précampagne de] 2016, sans doute moins propice aux poussées populistes, au moins provisoirement », avance Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos France, dans une tribune publiée dans Le Monde. Une évolution qu’il explique par « une expérience accrue de la vulnérabilité », pointant que, depuis 2017, le terrorisme, les conflits sociaux et surtout la crise sanitaire ont fait redécouvrir à certains Français « l’utilité d’avoir des responsables politiques ».

«  » »L’adhésion au régime démocratique reste stable : 68 % des Français le considèrent comme le meilleur des systèmes, après une chute à 64 % entre 2018 et 2019. L’idée d’un chef fort, chère au Français, perd un peu de terrain en quatre ans : alors que 88 % affirmaient la nécessité d’un « vrai chef en France pour remettre de l’ordre » en 2017, ils sont maintenant 79 %.

«  » »34 % des Français pensent que le RN est capable de gouverner le pays

«  » »Par ailleurs, contrairement à ce que pourrait laisser croire le paysage politique actuel, certains sujets de prédilection de l’extrême droite ne remportent plus autant d’adhésion qu’il y a quatre ans. Ainsi, le désir de retrouver davantage de souveraineté nationale au détriment de l’Union européenne est en perte de vitesse. À l’inverse, 26 % des Français désirent renforcer les pouvoirs de l’Europe, quitte à diminuer la souveraineté nationale : c’est peu, mais c’est 15 points de plus qu’en 2017. Le rejet de l’immigration diminue aussi légèrement, tout en restant majoritaire : 64 % des Français estiment qu’il y a trop d’étrangers en France, contre 65 % lors de la dernière campagne présidentielle.

«  » »En revanche, un sujet cher à l’extrême droite gagne du terrain : 50 % des sondés pensent que l’islam « porte des germes d’intolérance et de violence », alors qu’ils n’étaient que 46 % il y a quatre ans. Par ailleurs, d’après l’enquête, le Rassemblement national a gagné en crédibilité depuis la dernière élection présidentielle : 34 % des interrogés déclarent en effet que ce parti est capable de gouverner le pays. Ils n’étaient que 25 % en 2017.

«  » »Dernier point important : alors qu’Emmanuel Macron avait mené sa campagne pour 2017 en rejetant les clivages politiques traditionnels, de plus en plus de Français semblent réhabiliter les notions de droite et de gauche. Notons que, même parmi les partisans de LREM, 36 % reconnaissent leur validité pour comprendre la politique française, alors qu’ils n’étaient que 14 % en 2017. Signe que le « en même temps » promis par Emmanuel Macron n’a finalement pas convaincu tout son camp. » » »

ARTICLE

FRACTURES FRANÇAISES 2021 : L’ENVIRONNEMENT, UN ENJEU MAJEUR MAIS CONCURRENCÉ

07/09/2021 GILLES FINCHELSTEIN, Fondation Jean Jaurès

Découvrez les résultats complets de l’enquête “Fractures françaises”

L’environnement s’installe comme un enjeu majeur, tel est, en cette pré-campagne présidentielle, l’un des enseignements principaux de la neuvième vague des Fractures françaises. Interrogés à choisir, parmi neuf propositions différentes, l’enjeu qui les préoccupent le plus à titre personnel, les Français placent l’environnement dans le tiercé de tête (41%), 1 point seulement derrière la délinquance, 5 points derrière l’avenir du système social mais 7 points devant l’immigration. Plus encore, lorsque cette même question est posée en ajoutant dans la liste des propositions l’épidémie de Covid-19, on mesure l’intensité de la préoccupation environnementale : elle n’est en effet quasiment pas affectée par ce réagencement des priorités et devient alors le deuxième enjeu, juste devant le Covid-19, alors que, pour ne prendre qu’un seul exemple, la délinquance perd 9 points.

Cette situation nouvelle, si on la compare à celle qui prévalait à la même période en 2016, s’explique par la conjonction de deux éléments.

Le premier est la conscience de la réalité de la situation. Dans un pays où la science est objet de controverse, le changement climatique est objet de consensus. Après le dernier rapport du GIEC et un été marqué par des événements extrêmes dans le sud de l’Europe comme aux États-Unis, ce consensus est massif sur l’existence du changement climatique (88%) mais il est aussi notable sur ses causes : 68% des Français estiment qu’il est « principalement dû à l’activité humaine » contre 18% « principalement dû à un phénomène naturel ».

Le second élément est le sentiment d’urgence : les Français sont disponibles pour une action en profondeur, notamment sur leur mode de vie. Ils sont 55% à considérer que telle est la voie pour lutter contre le changement climatique contre 21% qui privilégient le progrès technique et les innovations scientifiques. Ils sont même 82% – 5 points de plus qu’en 2020 – à approuver l’idée qu’il faut « que le gouvernement prenne des mesures rapides et énergiques », quitte à « modifier en profondeur leur mode de vie ». En bref, les Français ne veulent pas renvoyer l’action à des découvertes incertaines ou à des lendemains indéfinis.

Et pourtant, rien n’est acquis.

Rien n’est acquis en premier lieu pour la campagne elle-même car nul ne peut dire quelle place réelle l’environnement occupera : il s’agit en effet d’une priorité concurrencée. Si l’on regarde la moyenne des Français, aucune priorité n’écrase les autres ; mais, si l’on regarde les priorités par électorat, on voit que l’environnement occupe la première ou la deuxième place chez les sympathisants EELV, LFI, PS et LREM mais la sixième place seulement chez les sympathisants LR (31 points derrière la délinquance) et RN (47 points derrière l’immigration). Autrement dit, la bataille pour imposer un enjeu à l’agenda politique et médiatique est plus que jamais ouverte.

Rien n’est acquis en deuxième lieu après l’élection car, pour passer du discours à la pratique, il faudra aller plus loin et comprendre sur quoi les Français sont réellement prêts à modifier leur mode de vie et il faudra également penser l’accompagnement social : si le changement devait en effet signifier « des sacrifices financiers pour les entreprises et les Français », on voit que 45% des retraités et 43% des catégories moyennes et modestes s’y opposeraient – ce n’est pas rien.

Rien n’est acquis en troisième lieu car, au-delà des clivages traditionnels sur cette question – une moindre sensibilité relative de la droite et de l’extrême-droite –, on voit que l’identification à l’écologie reste faible. Interrogés sur le qualificatif qui les qualifient le mieux, les Français ne sont en effet que 7% à répondre « écologiste », loin derrière « un homme ou une femme du peuple » (28%), « de droite » (19%), « de gauche » (14%) ou « centriste » (10%). Pour être plus précis, l’écologie reste aujourd’hui une identification de complément : les Français sont en quelque sorte des écologistes « en second lieu ». Lorsqu’ils se définissent non plus avec un mais avec plusieurs adjectifs, 22% des Français se disent alors « écologistes » – 27% se disant « de droite » et 21% « de gauche ».

Dans ce moment politique marqué par une préoccupation environnementale intense mais concurrencée et par une identification à l’écologique de complément, tout va dépendre en définitive de la capacité des acteurs à installer la question climatique au cœur de la campagne en proposant une vision de la société ou des mesures concrètes qui suscitent des débats. Jamais en tout cas la possibilité de faire de l’environnement l’un des déterminants du vote n’aura été aussi forte.

Document associé

Les résultats complets – Fractures françaises – septembre 2021 4,62 Mo, pdf

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