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LE POIDS DES SONDAGES DANS UNE DEMOCRATIE FRAGILE. Débat.

Élection ou sondage ?

« À chaque élection, on veut connaître le résultat avant même que les Français aient voté. Cette année où l’on est allé jusqu’à imaginer convoquer les sondeurs pour désigner les candidats, on atteint des sommets », déplore François-Xavier Lefranc, rédacteur en chef de Ouest-France dans son éditorial récent.

Le journal Ouest-France, plus gros tirage de la presse quotidienne dans l’Hexagone, a annoncé qu’il ne recourra plus aux sondages jusqu’à l’élection présidentielle d’avril prochain. Selon lui, la multiplication des enquêtes d’opinion nuit au débat démocratique.

L’annonce est inédite dans une campagne présidentielle. Non seulement Ouest-France ne commandera plus de sondages, mais il ne publiera pas non plus ceux proposés par les autres médias. A moins de six mois de l’élection présidentielle française, ces enquêtes d’opinion se multiplient et semblent structurer le débat.

 “La démocratie est fragile (…) La multiplication des discours populistes, haineux et extrémistes devrait pourtant nous tenir éveillés.

Ce n’est pas la consultation de “panels représentatifs” qui lui redonnera de la vigueur, c’est l’écoute et la consultation de chacune et chacun”.

« Nous n’acceptons plus cette avalanche de sondages qui tombe sur les citoyens du matin au soir et qui les détourne de l’essentiel, c’est-à-dire le débat sur tous les sujets qui les concernent« , a expliqué sur Franceinfo le rédacteur en chef du quotidien régional François-Xavier Lefranc.

L’annonce est inédite dans une campagne présidentielle. Non seulement Ouest-France ne commandera plus de sondages, mais il ne publiera pas non plus ceux proposés par les autres médias. A moins de six mois de l’élection présidentielle française, ces enquêtes d’opinion se multiplient et semblent structurer le débat.

« Nous n’acceptons plus cette avalanche de sondages qui tombe sur les citoyens du matin au soir et qui les détourne de l’essentiel, c’est-à-dire le débat sur tous les sujets qui les concernent », a expliqué sur Franceinfo le rédacteur en chef du quotidien régional François-Xavier Lefranc.

« On trouve assez ahurissant qu’autant d’énergie médiatique soit mise au service du commentaire de sondages, dont on connaît en plus les marges d’erreur. Si toute cette énergie était mise en direction des citoyens pour leur donner la parole et pour les écouter, je pense que notre démocratie s’en porterait mieux » a-t-il affirmé.

« Consacrons-nous sur le terrain à faire du reportage, à écouter les gens et notamment tous ceux qui sont en colère et qui estiment qu’on ne leur donne jamais la parole », a encore ajouté François-Xavier Lefranc.

QUEL IMPACT SUR LE COMPORTEMENT DES ELECTEURS ET CANDIDATS ?

Les médias recourent aux sondages, les partis politiques et les candidats également. Les institutions souvent…Les Républicains avaient envisagé de s’en inspirer pour désigner son candidat ou sa candidate.

Les détracteurs de la pratique dénoncent l’impact sur le comportement électoral. Les défenseurs y voient quant à eux un outil parmi d’autres à disposition des médias permettant d’aider les électeurs et les électrices à faire un choix éclairé, par exemple en votant utile.

Article

Présidentielle 2022 : les sondages, inquiétantes dérives

François-Xavier LEFRANC. Publié le 23/10/2021 Ouest France

Pourquoi consulter les citoyens alors qu’il est si simple d’attendre les sondages ? Pourquoi se casser la tête à bâtir un programme politique alors que pour quelques milliers d’euros, des sondages vous diront ce qu’attendent les gens ? Pourquoi s’enquiquiner à débattre avec les militants politiques pour désigner un candidat alors que les sondages peuvent s’en charger ?

On a tout vu ces derniers temps, des sondages mis à toutes les sauces, des personnalités politiques cherchant désespérément une légitimité dans les pourcentages des dernières études d’opinion, des sondages faisant ou défaisant le deuxième tour de l’élection présidentielle, des cadors du petit écran gonflés à l’hélium des mesures d’audiences devenir des stars politiques déjà qualifiées par les sondages avant même d’être candidats. Les sondeurs n’arriveront bientôt plus à mettre du charbon dans la machine tant elle est en surchauffe.null

Revenons quelques années en arrière : au début de l’année 2002, les sondages annonçaient pour le deuxième tour de l’élection présidentielle un duel serré entre Jacques Chirac et Lionel Jospin. La seule question qui se posait était de savoir lequel allait arriver en tête au premier tour. Au soir du 21 avril, Jean-Marie Le Pen créait la surprise en se qualifiant et Lionel Jospin était éliminé. La leçon n’a jamais été retenue : à chaque élection, on veut connaître le résultat avant même que les Français aient voté. Cette année où l’on est allé jusqu’à imaginer convoquer les sondeurs pour désigner les candidats, on atteint des sommets.

La démocratie est fragile

Les sondeurs qui, quoi qu’en disent certains, sont des professionnels sérieux ont beau rappeler que leurs enquêtes donnent seulement une photographie à un instant précis, qu’il faut évidemment tenir compte des marges d’erreurs, qu’il ne faut pas faire dire aux sondages ce qu’ils ne disent pas, rien n’y fait. Les sondages sont pris pour argent comptant.

Ce que tout cela met en évidence, c’est l’extrême fragilité de notre système politique. Les partis sont affaiblis et n’ont plus beaucoup de militants. Les familles politiques traditionnelles semblent à court d’idées pour répondre aux défis, colossaux, d’aujourd’hui. La progression inquiétante de l’abstention témoigne de la sévérité avec laquelle la politique est jugée par les citoyens.nullPUBLICITÉnull

Le temps passé à commenter les sondages détourne les personnalités politiques et les médias de l’essentiel : la rencontre avec les citoyens, l’échange approfondi, le débat d’idées, l’écoute de ce que vivent les gens au quotidien, de leurs inquiétudes, de leurs espoirs. L’obsession sondagière empêche les uns et les autres d’écouter la diversité du pays, de ses habitants, de ses territoires. Elle nous berce d’illusions et nous aveugle. Elle nous fait prendre des vessies pour des lanternes (1).

La démocratie est fragile. Sans doute avons-nous trop tendance à penser qu’elle est un acquis indéboulonnable, que même fatiguée, elle est solide et résiste au temps. La multiplication des discours populistes, haineux et extrémistes devrait pourtant nous tenir éveillés. Ce n’est pas la consultation de « panels représentatifs » qui redonnera de la vigueur à la démocratie, c’est l’écoute et la consultation de chacune et chacun. Il est urgent de rebâtir un espace politique au contact immédiat des citoyennes et des citoyens.

(1) Ce recours systématique aux sondages pour éviter de se pencher sérieusement sur les programmes des candidats (ou pour pallier l’absence de programme) nous paraissant dangereux pour la démocratie, Ouest-France ne réalisera aucun sondage sur le sujet avant l’élection.

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