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LA DEMOCRATIE ABIMEE PAR LES SONDAGES ET LEUR MEDIATISATION INSIDIEUSE ?

Comment la mesure de l’opinion s’est imposée comme la donnée dictant les campagnes

a centré toute la vie politique sur la présidentielle** c’est ce que décrit l’ouvrage de Frédéric Micheau.

** ET, INSISTONS NOUS, A DONNE UN POUVOIR EXCESSIF AUX MEDIAS QUI ANIMENT ET DRAMATISENT LA COURSE DES PETITS CHEVAUX, AU LIEU DE FAVORISER LE DEBAT ET LES ANALYSES SUR LES ENJEUX ET PROGRAMMES )

Le Sacre de l’opinion

Ignorés au début des années 1960 et plébiscités aujourd’hui, les sondages ont une histoire intimement liée à celle de la Ve République. Dans un livre publié au Cerf, Le Sacre de l’opinion, le directeur général adjoint d’Opinion Way, Frédéric Micheau, retrace cette montée en puissance de l’intérieur.

Nous vous proposons un article de Théo Moy.

« La conclusion, indique l’auteur de l’article, ébauche quelques idées des conséquences délétères qu’ont pu avoir les études :

– hyperprofessionnalisation des candidats,

– pouvoir démesuré des médias

– montée de l’abstention… »

VOIR NOS PUBLICATIONS ANTERIEURES SUR METAHODOS :

SONDAGES #SUITE : UNE MALADIE POLITIQUE ? http://metahodos.fr/2021/11/22/sondages/

LES EFFETS CONTESTABLES DES SONDAGES DANS LA DRAMATISATION PAR LES MEDIAS D’UNE COURSE DE PETITS CHEVAUX https://metahodos.fr/2021/11/19/grande-manip-des-sondages/

VOTE A 16 ANS. LES SONDAGES S’IMISCENT DANS UN ENJEU DEMOCRATIQUE. https://metahodos.fr/2021/11/09/vote-a-16-ans/

LE POIDS DES SONDAGES DANS UNE DEMOCRATIE FRAGILE. Débat. https://metahodos.fr/2021/11/04/sondages-dans-une-democratie-fragile/

PROCÈS DES SONDAGES – SUITE. LE REFUS DE DIRE UNE VÉRITÉ ET UNE RESPONSABILITÉ. https://metahodos.fr/2021/11/02/proces-des-sondages-suite/

« PEUT-ON ENCORE CROIRE AUX SONDAGES ? » AVEC FRÉDÉRIC DABI ET BRUNO CAUTRES. https://metahodos.fr/2021/06/24/peut-on-encore-croire-aux-sondages/

Article

Soixante ans de sondages : une démocratie abîmée ?

Théo Moy le 01/03/2022 La Croix

Magouilles, critiques acerbes, bulles médiatiques et emballement : dès les premières années de médiatisation des sondages, ils défraient la chronique à l’occasion de polémiques sans cesse renouvelées. En 1963, à plus de deux ans de la première présidentielle de la nouvelle République, L’Express veut projeter Gaston Deferre dans la course à l’Élysée. Pour cela, rien de plus simple : la rédaction crée un candidat mystérieux, Monsieur X, et lui attribue le score inverse de la popularité du général de Gaulle : 47 %…

→ DÉBAT. Présidentielle 2022 : les sondages faussent-ils la campagne ?

Propulsé dans la campagne par cette posture malhonnête, le maire de Marseille déclare sa candidature en décembre 1963… pour la retirer en juin 1965, à six mois de l’élection, faute d’avoir imposé sa personne à gauche. Pour cette présidentielle 1965, rares encore sont ceux qui ont mesuré le rôle que peuvent jouer les sondages.

Élection présidentielle en France : les résultats depuis 1965

Ce n’est pas le cas de Jean Lecanuet, qui a lu un livre qui décrit la campagne victorieuse de John F. Kennedy et constaté « la place prépondérante » occupée par le sondeur Louis Harris dans l’équipe du président. Lecanuet commande des études à la Sofres et s’en sert pour guider sa campagne, sans l’assumer toutefois, car elle offrirait un contre-témoignage « à l’image classique de l’homme politique omniscient ». Le même exploite judicieusement l’exposition médiatique offerte par la télévision publique et offre l’image d’un homme moderne. Modernité aussi louée lorsqu’il sera perçu comme « le principal artisan » du ballottagequi forcera le Général à se soumettre à un deuxième tour, une quasi-humiliation !

Du Parti communiste au Front national

De cette première expérience sondagière, l’auteur nous mène jusqu’à la dernière campagne de 2017. Pour chaque échéance, il raconte avec une grande précision historique et une ambition d’exhaustivité comment les instituts ont travaillé, la manière dont les médias les ont utilisés et ce que les Français et leurs représentants en ont tiré. Un des grands intérêts de l’ouvrage est de mettre en évidence la persistance des obstacles rencontrés par les sondeurs. Ainsi, les difficultés d’évaluation du vote « Front national » dans les années 2000 font écho aux mêmes embarras pour mesurer le vote communiste au début des années 1970. Alors qu’il est crédité de dix petits pourcents au début de la campagne de 1972, le candidat Jacques Duclos est estimé à 17 % lors de la dernière mesure : encore 4 points derrière son véritable score ! Dans les deux cas, une partie de la population a le « vote honteux », et les calculs d’apothicaire pour corriger le sondage sont toujours sujets à caution…

Faut-il se passer des sondages électoraux ?

Persistantes aussi, les critiques à l’égard de ces sondages. Le chapitre consacré à l’élection de 1995 rappelle la colère à droite : l’écart, autour de 8 points, entre Jacques Chirac et Édouard Balladur avait été considéré comme infranchissable par les sondeurs alors qu’il n’aura été finalement que de 2,1 points. « Quatre fois plus faible » ! 700 000 voix séparent les deux hommes, alors que Balladur « a sans doute été pénalisé », l’écart ayant pu pousser des électeurs de droite à voter pour celui qui avait la meilleure chance, Chirac… Satané « vote utile », dont on parle tant aujourd’hui ! Mêmes attaques en 2001 après la qualification surprise de Jean-Marie Le Pen. Les sondages sont rappelés à leur faillibilité : avec un écart « correspondant à 0,68 % des suffrages exprimés » entre le candidat d’extrême droite et Lionel Jospin, le vainqueur ne pouvait être prédit, mais l’homme du PS a bénéficié dans les sondages des redressements des instituts…

La démocratie sondagière

Malgré des critiques majeures de la « démocratie sondagière », ces derniers ne vont jamais cesser de prendre du poids. Ils dicteront le remplacement du candidat choisi par les adhérents d’EELV Alain Lipietz, à qui les études d’opinion donnaient 3 % des voix à la rentrée 2001, par le médiatique Noël Mamère, immédiatement crédité de 7 %, et qui finira juste au-dessus des fameux 5 %. Ce sont eux aussi qui pousseront Ségolène Royal à construire sa candidature, et elle sera parmi les prétendants qui orientent le plus leur campagne en fonction des études, les utilisant même pour concevoir des concepts tels que « la disruption » ou « la triangulation ». Plus de 800 000 € dépensés au cours de sa campagne dans des enquêtes d’opinion : c’est inédit. Mais pas suffisant : le gagnant Nicolas Sarkozy s’est aussi servi des sondages, mais avant tout pour « construire sa candidature sur la longue durée », répondre « aux principales préoccupations des Français ».

Présidentielle 2022 : dans les sondages, une extrême droite record

L’ouvrage, documenté par des centaines de notes qui renvoient à des livres, études ou articles, montre tout : l’exploitation des sondages par les candidats, l’évolution des pratiques des sondeurs, leurs doutes, leurs critiques et leur encadrement. Il décrit précisément comment la mesure de l’opinion s’est imposée comme la donnée dictant les campagnes, et a centré toute la vie politique sur la présidentielle. À tort ou à raison ? C’est le regret que a en refermant le livre : il donne peu de clés pour se faire un avis sur la question. Seule la conclusion ébauche quelques idées des conséquences délétères qu’ont pu avoir les études : hyperprofessionnalisation des candidats, pouvoir démesuré des médias et montée de l’abstention…

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