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« HOMERE EST NOUVEAU, CE MATIN, ET RIEN N’EST PEUT-ETRE AUSSI VIEUX QUE LE JOURNAL D’AUJOURD’HUI ».

« Aborder, parcourir, revenir vers l’Odyssée

avec pour éclaireurs Philippe Jaccottet, Jacqueline de Romilly et Cornélius Castoriadis, c’est vraiment ajouter le plaisir et l’intelligence« , c’est ainsi que Pierre Rideau ouvre sa présentation de l’article qu’il nous propose.

« La beauté des vers d’ Homère, la trace de son œuvre et ce qu’elle nous aide à comprendre de notre monde ne connaissent aucune usure.

Ainsi que l’a dit si justement Charles Péguy, « Homère est nouveau ce matin… ».

Tout aussi intactes, l’émotion palpable de Jacqueline de Romilly, la passion de Jaccottet et les saisissantes mises en perspective  de Castoriadis.

Une œuvre belle donc, mais aussi riche de ses enseignements contenant les germes d’une morale individuelle qui, c’est sa singularité, se convertit aussitôt en une aptitude à être-ensemble et permet d’agir pour le bien commun.

Les Grecs chérissaient l’harmonie et leur idéal était, je crois, de montrer que l’harmonie de l’individu et celle du collectif se nourrissent l’une de l’autre. »

Pierre RIDEAU

ARTICLE DE P. RIDEAU

« Homère est nouveau, ce matin, et rien n’est peut-être aussi vieux que le journal d’aujourd’hui.« 

Assurément, l’Odyssée n’est ni un voyage initiatique, ni une quête, ni un roman d’aventure ou d’exploration, ou alors un peu de tout cela à la fois ? Plus ou moins…

Plus simplement encore, ce serait juste l’histoire d’un type qui veut rentrer chez lui ?

Oui mais son compagnon d’armes, Nestor est rentré de Troie en quatre jours et Ulysse mettra dix années. Dix années d’errance à la recherche d’un passage, comme l’indique Philippe Jaccottet.

Homère est nouveau ce matin, et rien n’est peut-être aussi vieux que le journal d’aujourd’hui.

Voilà ce qu’écrit Charles Péguy.

La richesse des vers est inépuisable, c’est vrai et les traductions multiples la laissent intacte.

Les scènes d’adieu d’Hector à Andromaque (Illiade), du dialogue d’Ulysse et sa mère au pays des Cimmériens (chant XI), la déploration d’Achille en ce même lieu, la consolation de Priam à Hélène…et tant d’autres sont une forme de beauté qui porte en elle-même sa propre justification.

Au-delà de la beauté des vers, la profonde humanité des personnages, décrits avec leurs doutes, leurs angoisses, leurs espérances et leurs tragédies distingue fondamentalement l’Odyssée d’autres  grands textes fondateurs. Des héros, oui, mais un héroïsme de carapace, une carapace qui vole en éclats devant les pleurs d’un enfant, le chagrin d’une mère, le désespoir d’un homme.

Leur humanité est dans la recherche de l’harmonie brisée par la guerre ou le destin, l’harmonie qui unit une généalogie, une terre et un récit commun. Celle aussi qui, comme le dit, saisi de vertige, le roi des Phéaciens à Ulysse,unit la beauté des paroles et la noblesse des pensées.

Je crois qu’on peut réunir les endroits de l’errance d’Ulysse sous un aspect essentiel. Ce sont des endroits fermés, sans passé ni avenir. Bloqués. Tels ils sont quand Ulysse y aborde, tels ils étaient il y a mille ans, tels ils seront dans mille ans. Ils sont d’une vacuité monstrueuse, Eole marie ses fils avec ses filles, les Lotophages sont dans les vapeurs de l’ivresse permanente, Circé s’ennuie…

Le repli ne produit que vide ou monstruosité, ainsi Scylla, Charybde ou les Sirènes.

Alors, pour échapper à ce monde là, il faut apprendre à se gouverner soi-même contre l’hubris et l’indifférence, veiller les uns sur les autres et gouverner la cité sans attendre aucune transcendance divine. Les Dieux d’Homère ne sont pas fiables. Ni les mythes, ni les oracles ajoute Cornélius Castoriadis qui cite Hector : « le seul bon augure, c’est de défendre sa patrie ».

Il faut apprendre à vivre ensemble, par le débat, l’ouverture, la confrontation. L’hospitalité est la valeur supérieure qui place la parole et l’échange au-dessus de tout. Se gouverner, c’est partager un passé et un devenir. Et les nourrir. C’est être dans le présent, affronter les évènements quand ils arrivent, surmonter ses peurs et accepter sa condition d’homme, vulnérable et passsager.

Et voilà bien, ce qui, selon Jacqueline de Romilly, fait de l’Odyssée et de l’Illiade, le récit commun de notre civilisation car l’humanité de ses personnages et la place du débat inaugurent le désir d’universalité  propre à notre culture ainsi que le désir d’ouverture inscrit en tête de nos valeurs.

Jacqueline de Romilly. Pourquoi la Grèce? Le Livre de poche. Editions De Fallois. 1992

Philippe Jaccottet. Homère. L’Odyssée.Editions Paris la Découverte. 1982

Cornélius Castoriadis. Ce qui fait la Grèce. La couleur des Idées. Editions du Seuil. Mars 2004

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