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L’HOPITAL PUBLIC A BESOIN D’UN PLAN BLANC CONTRE LA BUREAUCRATIE. POINT DE VUE

Jonathan Frickert

dont nous reproduisons ici un article récent, est juriste et auteur de plusieurs essais consacrés essentiellement aux questions de décentralisation. Depuis 2020, il tient le blog « Élyséeologie ». Né en 1990 à Mulhouse, il a fait des études de droit à l’Université de Haute-Alsace, dont il est sorti titulaire d’une maîtrise. Il occupe aujourd’hui des fonctions de juriste pour différents acteurs évoluant pour partie dans le secteur régalien.

En 2017, il a écrit Une certaine idée de l’État, un essai sur fond de décentralisation économique (ou libéralisation) consacré aux liens entre De Gaulle et la question libérale avec pour fil d’Ariane le comité Rueff-Armand, marotte du débat économique français depuis plus de six décennies.

Article

L’hôpital public a besoin d’un plan blanc contre la bureaucratie, qui a fait des hôpitaux l’alpha et l’oméga de sa politique de santé.

14 décembre 2021 Contrepoints – Jonathan Frickert

L’hôpital public est malade de la bureaucratie française, qui a fait des hôpitaux l’alpha et l’oméga de sa politique de santé.

Il était déjà activé dans près de 6 régions, le fameux plan blanc pourrait bien être sous peu déployé dans l’ensemble du pays, quelques jours avant l’arrivée probable de l’épidémie hivernale de grippe et alors que la bronchiolite s’est jointe au tableau sanitaire.

C’est en tout cas ce qui a été annoncé par le ministre de la Santé Olivier Veran invité de France 2 ce jeudi.

Pour rappel, le plan blanc est un plan d’urgence hospitalière né en 2004 permettant aux responsables et directeurs d’établissements de mettre en œuvre un certain nombre de mesures afin d’assurer l’accueil et la prise en charge d’un grand nombre de patients.

Déjà déclenché en mars 2020, en pleine première vague, le plan blanc a été élargi à l’ensemble du territoire seulement une semaine après son déclenchement dans le Grand Est et en Île-de-France.

Mercredi, c’est toujours la région capitale, accompagnée de l’Occitanie, qui a déclenché le dispositif, rejoignant ainsi la Corse, PACA, les Pays de la Loire et la Bourgogne-Franche-Comté.

Toujours mercredi, Santé publique France a dénombré pas moins de 61 340 nouveaux cas en 24 heures, soit une augmentation de près de 24 % par rapport à la semaine précédente.

L’agence publique dénombrait le même jour 13 044 patients hospitalisés, soit la même augmentation que le nombre de cas, et 2426 patients en soins critiques.

Plus qu’une affaire de malades, la pandémie aura montré les graves défaillances d’une organisation sanitaire malade d’une bureaucratie qui a fait des hôpitaux l’alpha et l’oméga de sa politique de santé.

Une mauvaise allocation des personnels à l’hôpital public

En 2017 déjà, Jean-Baptiste Boone de l’Iref montrait le problème de la bureaucratisation de l’hôpital public, dont un peu plus de 35 % des emplois ne sont ni médicaux ni paramédicaux, soit plus d’un tiers de plus qu’en Allemagne. Le nombre de personnels de terrain est donc largement insuffisant et cela se ressent notamment s’agissant de la proportion d’infirmiers et de médecins.

Comme le notait l’OCDE dans son Panorama de la santé 2019, la France ne compte que 10,5 infirmiers pour 1000 habitants contre 12,9 en Allemagne. Le ratio est encore élargi s’agissant du nombre de médecins, qui ne sont que 3,2 pour 1000 habitants contre 4,3 en Allemagne.

Une mauvaise allocation des financements à l’hôpital public

La question de la comparaison avec l’homologue d’outre-Rhin, puisqu’au 29 mars 2020, l’Allemagne comptait presque 20 000 cas de plus qu’en France, mais cinq à six fois moins de décès.

La principale raison évoquée est que l’Allemagne compte presque trois fois plus de lits de réanimations.

Pourtant, l’Allemagne dépense approximativement la même part de son PIB que la France dans la santé (11,2 contre 11,3 en France).

En faisant un rapide calcul, on comprend que la chose est plus complexe.

En 2020, le PIB français était de 2303 milliards d’euros contre 3367 chez nos voisins allemands. La France dépense donc 260 milliards d’euros par an dans sa politique de santé contre 377 pour nos voisins.

Selon la Banque mondiale, la population hexagonale est aujourd’hui de 67,4 millions d’habitants, quand l’Allemagne en compte 83,2. Malgré cette différence démographique, l’Allemagne parvient à dépenser 4500 euros par habitant dans sa politique de santé contre 3900 pour l’Hexagone.

Dans le même temps, le taux de prélèvements obligatoires reste de 47,4 % du PIB contre 41,7 % en Allemagne.

Lorsqu’on prend en compte le différentiel d’emploi visé plus haut, on comprend que la question n’est pas seulement financière, mais d’allocation du budget alloué à ce domaine.

Une coopération inexistante avec le secteur privé

Plus qu’une question d’allocation de personnel et de ressources, c’est bien l’organisation de la santé en France qui empêche toute adaptation à des situations de crise. En avril 2020, l’Iref notait ainsi la carence de coopération entre l’ARS et les cliniques privées avec pour conséquence de réduire considérablement la qualité du chemin de soins.

En août dernier, Denis Dupuy, chirurgien libéral, contait dans nos colonnes les ravages de la bureaucratie hospitalière, évoquant ainsi les décisions des ARS et ses conséquences funestes sur la situation sanitaire.

Qu’il s’agisse d’une réglementation ubuesque, d’une organisation du personnel déphasée, d’une politique de priorité d’allocation des ressources inexistantes ou d’une organisation administrative aveugle des besoins du terrain, il est difficile de voir dans le déclenchement du plan blanc autre chose qu’une inadaptation totale de notre système de santé aux besoins des Français.

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