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APRES L’APPEL DES RÉGIONS, LA « HARANGUE »DES MAIRES, À LA VEILLE DE LA PRÉSIDENTIELLE

Election présidentielle 2022 : les quartiers populaires au cœur de la campagne

Dans ces territoires utilisés comme boucs émissaires par les candidats de droite et d’extrême droite et où l’abstention domine largement, la gauche ne cesse de perdre des voix. 

Par Louise Couvelaire Publié le 31 janvier 2022 – Le Monde

Ils pourraient être la planche de salut de la gauche. Ils sont le fonds de commerce de la droite. Qu’ils soient courtisés ou montrés du doigt, les habitants des quartiers sont au cœur de la campagne présidentielle. Abstentionnistes, autrefois acquis aux socialistes, ils font partie de cet électorat populaire que la gauche cherche à reconquérir sans parvenir à se faire entendre, et que la droite utilise comme repoussoirs, en les réduisant à des délinquants « ensauvagés », des immigrés « envahisseurs » et des musulmans aux pratiques « incompatibles » avec la République.

Aux yeux des candidats Valérie Pécresse (Les Républicains), Marine Le Pen (Rassemblement national) et Eric Zemmour (Reconquête !), les cités sont avant tout des territoires où l’on ne vote pas. Dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville – ils sont un peu plus de 1 500 et comptent environ 5,5 millions d’habitants –, le taux d’abstention atteint effectivement des records. Lors des élections régionales et départementales de juin 2021, il a dépassé 85 % dans certains secteurs. Résultat, les prétendants issus des droites ne s’adressent que peu à eux et « choisissent la stratégie du bouc émissaire », déplore Driss Ettazaoui, patron du MoDem de l’Eure, adjoint au maire d’Evreux et président fondateur de l’Association des élus de France (AEF).

Ce groupe transpartisan de 180 élus créé en janvier 2021 signe une tribune et une vidéo le 28 janvier sur le site Actu.fr dans lesquelles ses membres dénoncent la « tiédeur » des réponses face à la « dérive dangereuse » des discours « populistes » et appellent à un sursaut des « forces vives » du pays, « démocrates et progressistes ». « Comment, peu à peu, les identitaires ont-ils pris le contrôle du débat public dans le silence assourdissant des humanistes ? », s’interrogent-ils. « Artistes, intellectuels ou politiques, pas grand monde n’ose monter au créneau, commente M. Ettazaoui. Insultes, menaces, dénigrement… Les débats sont violents, les conséquences sur nos vies très dures. »

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Surenchère sécuritaire

Dans un communiqué daté du 27 janvier, l’association de maires Ville et Banlieue, qui finalise la mise en place d’une plate-forme destinée à interpeller les candidats et leur soumettre des propositions, fait, elle aussi, part de son « inquiétude d’autant plus forte qu’à la veille de l’élection présidentielle, les sujets d’inégalités, de pauvreté, de mal-logement, restent largement invisibles et effacés des thématiques de campagne par l’omniprésence de la question identitaire et une surenchère de certains candidats dans la stigmatisation des quartiers populaires ».

Les élus ont tenu à interpeller l’Etat, les candidats et les citoyens, mercredi, pour faire entendre la voix des quartiers, qu’ils jugent vilipendés, et soumettre des propositions. 

Les maires de banlieue ont baptisé ce rendez-vous « Harangue à la nation », il s’agit avant tout d’une « harangue à l’Etat » – un Etat qui les a souvent déçus, malmenés depuis le début du quinquennat d’Emmanuel Macron. Une « harangue » aux candidats à l’élection présidentielle ensuite – des candidats qui tantôt instrumentalisent leurs habitants, tantôt les ignorent. Une harangue aux citoyens, enfin, afin qu’ils ne cèdent pas aux discours de haine qui saturent le débat public.

Mercredi 9 mars, les élus de l’Association des maires ville et banlieue de France ont lancé un plaidoyer au nom des territoires populaires « pour une fraternité nationale retrouvée ». L’objectif ? Faire entendre la voix des quartiers et soumettre leurs propositions.

« C’est la première fois de ma vie politique que j’entends les habitants de nos quartiers être autant vilipendés », lance Catherine Arenou, maire divers droite de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), qui souhaite « changer l’ambiance ». Dans un entretien accordé au cercle de réflexion de sensibilité social-démocrate Terra Nova publié le même jour, elle précise :

« Nous contestons fermement les idées reçues qui associent mécaniquement nos quartiers à l’échec, à la délinquance ou au communautarisme. Ces déviances ne concernent qu’une minorité bruyante. »

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Le rôle tenu par les habitants pendant la pandémie

A un mois de l’élection présidentielle, les élus de banlieue rappellent le rôle tenu par leurs habitants pendant la pandémie de Covid-19 – « Ils ont soigné, nettoyé, servi, accueilli… La nation a besoin d’eux, ils ont besoin de la nation » – avant de relancer une idée présentée dans le rapport de Jean-Louis Borloo en mai 2018 : la création d’une cour d’équité territoriale, une juridiction qui serait chargée de sanctionner l’inaction des administrations afin de lutter contre les inégalités. Car, soulignent-ils une nouvelle fois, en banlieue, il y a moins de professeurs, moins de policiers, moins de médecins, moins de tout, comme l’avait pointé du doigt un rapport parlementaire sur la faillite de l’Etat en Seine-Saint-Denis publié en juin de la même année.

A l’époque, le président de la République, Emmanuel Macron, avait balayé l’idée d’une telle juridiction – et le rapport tout entier – de l’ancien ministre de la ville de Jacques Chirac, qu’il avait pourtant appelé à la rescousse six mois plus tôt pour calmer la colère des élus et des associations, très remontés par les coupes budgétaires de 2017 et le gel des emplois aidés. Ce rendez-vous manqué a durablement marqué les quartiers populaires. Et « l’opération de rattrapage », comme les maires appellent la réunion du comité interministériel des villes, en janvier 2021, au cours de laquelle le premier ministre, Jean Castex, a annoncé le fléchage de 3,3 milliards d’euros pour les quartiers fragiles dans le cadre du plan de relance, n’a pas effacé l’affront.

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