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VOTE BLANC, NUL, ABSTENTION

La moitié des candidats favorables à la la reconnaissance du vote blanc

Un sujet souvent instrumentalisé, mais sans réel effet. 

Article – Extraits

A quoi sert le vote blanc ? Quelle différence avec le vote nul ou l’abstention ?

Par Pascaline David Le Monde 4 mars 2022

Les votes blancs et nuls sont comptabilisés et rendus publics, mais ils ne sont pas considérés comme des suffrages exprimés. En clair, les électeurs qui se déplacent pour glisser un bulletin blanc, une enveloppe vide ou un bulletin nul dans l’urne n’ont pas davantage de poids que les abstentionnistes. Et pourtant, le volume de ceux-ci est conséquent et a même battu des records en 2017 : 11,5 % des votants ont voté blanc ou nul au second tour de l’élection présidentielle (4 millions de personnes) ; 9,9 % des votants au second tour des législatives un mois plus tard (3,4 millions). Leur niveau a légèrement baissé lors des scrutins suivants – européennes, municipales, départementales et régionales –, pourtant marqués par une forte abstention.

Un record de votes blancs lors de la présidentielle de 2017

Proportion de votes non exprimés lors des derniers scrutins. Les votes blancs et nuls sont comptés séparément depuis le 1er avril 2014.

Quelle est la différence entre un vote blanc et un vote nul ?

Selon le code électoral, le vote blanc correspond à une enveloppe vide ou un bulletin vierge qui doit avoir les mêmes caractéristiques (taille, couleur, grammage) que les bulletins des candidats.

Il se distingue du vote nul, déclaré comme tel lorsque le bulletin de vote est annoté, déchiré, avec plusieurs bulletins différents, présenté sans enveloppe ou s’il est considéré comme non réglementaire.

Que prévoit la législation ?

Depuis la loi du 21 février 2014, les votes blancs et nuls ne sont plus comptabilisés ensemble : « Les bulletins blancs sont décomptés séparément et annexés au procès-verbal. Ils n’entrent pas en compte pour la détermination des suffrages exprimés, mais il en est fait spécialement mention dans les résultats des scrutins. »

Or, au moment du dépouillement des urnes, nombre de votes blancs sont finalement comptabilisés comme nuls. C’est le cas lorsque les électeurs ne parviennent pas à se procurer un bulletin vierge, correspondant aux normes du code électoral (ils ne sont pas distribués dans les bureaux de vote), ou n’osent pas déposer une enveloppe vide, inquiets d’être remarqués.

« Cette loi divise deux catégories de bulletins qui sont difficiles à distinguer dans les faits, donc elle euphémise encore davantage les résultats », déplore Jérémie Moualek, maître de conférences à l’université d’Evry (Essonne) et spécialiste du vote blanc. Le chercheur publie quotidiennement sur son blog et sur Twitter des photographies de bulletins issus d’archives – au total, il en a collecté plus de 20 000 entre 1992 et 2012. « Le vote blanc et nul étant complètement invisibilisé, je voulais montrer comment se matérialise vraiment ce comportement électoral, qui prend des formes très diverses à l’urne », explique-t-il. Tantôt désintéressés, tantôt porteurs d’un véritable message, certains expriment un fort désarroi face à l’offre politique proposée.

Que proposent les candidats sur le vote blanc ?

Dans leur programme pour l’élection présidentielle, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, Nathalie Arthaud, Jean Lassalle et Anne Hidalgo sont favorables à la prise en compte du vote blancen tant que suffrages exprimés. Les positions d’Eric Zemmour, Fabien Roussel, Valérie Pécresse, Marine Le Pen et Philippe Poutou ne sont pas claires. De son côté, Emmanuel Macron a écarté cette idée lorsqu’elle a été proposée par les « gilets jaunes » en 2019, alors qu’il s’y était précédemment montré ouvert.

« C’est un sujet qui est constamment instrumentalisé en politique sans être sérieusement analysé », commente Jérémie Moualek. La plupart des propositions des candidats sont imprécises. Doit-il être pris en compte dans les suffrages exprimés de toutes les élections ? Seulement lors du premier tour, comme préconisé par le Parti du vote blanc ? Etre assorti d’un pouvoir de sanction, telle que l’invalidation des élections, pour peser réellement sur l’offre politique ?

Que pourrait changer la reconnaissance du vote blanc ?

La campagne « Faire gagner la démocratie », pilotée par le collectif Démocratie ouverte, milite notamment pour que des bulletins blancs soient disponibles dans les bureaux de vote et qu’ils comptent comme des suffrages exprimés. Si les résultats indiquent une majorité de votes blancs, les élections devraient alors être invalidées et de nouveaux candidats devraient se présenter. « Aujourd’hui considéré comme inutile, le vote blanc pourrait être bien plus utilisé pour exprimer une défiance ou un rejet de l’offre politique si demain il pouvait obliger à réorganiser une élection », estime Armel Le Coz, cofondateur de Démocratie ouverte.

Comptabiliser les scores des « gagnants » d’une élection en incluant les votes blancs et nuls, et l’abstention, permettrait aussi de mettre la légitimité réelle des représentants en perspective. Si le vote blanc et nul – à 11,5 % en 2017 – avait été pris en compte, la victoire d’Emmanuel Macron aurait été moins large : son score serait alors passé de 66,1 % à 58,5 % ; et pour Marine Le Pen, de 33,9 % à 30 %.

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  • Comment est considéré le vote blanc ailleurs dans le monde ?

En Europe, les Pays-Bas et l’Espagne comptabilisent le vote blanc dans les suffrages exprimés pour chaque élection et il est inclus dans les pourcentages pour définir les seuils électoraux. Toutefois, il n’est pas pris en compte lors des élections législatives pour la répartition des sièges au Parlement.

La Suède reconnaît le vote blanc lors de certaines élections et pour les référendums. La Grèce le comptabilise également, mais le réattribue au vainqueur de l’élection.

En Suisse, le vote blanc est pris en compte au premier tour pour atteindre la majorité absolue, mais pas pour le second tour.

Le vote blanc est davantage comptabilisé dans les suffrages exprimés en Amérique du Sud. Il possède même un pouvoir invalidant en Colombie et au Pérou.

En 2017, la Mongolie a bien failli tenir de nouvelles élections après que le vote blanc a atteint 8 %. Une loi électorale mongole de 2015 prévoit que si le vote blanc atteint plus de 10 %, et qu’aucun des candidats n’obtient une majorité absolue, de nouvelles élections doivent être tenues avec de nouveaux candidats.

Pascaline David

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