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Lire Étienne Ollion – le quinquennat d’un Parlement effacé – DOSSIER : 2 entretiens, 3 articles –

« Il est incontestable qu’il y a eu un déclassement de la politique » »

Pour comprendre 2017 (et préparer 2022), le sociologue Étienne Ollion propose de réfléchir au pouvoir des parlementaires et à la prime aux « nouveaux venus » théorisée par Emmanuel Macron. Son ouvrage « Les Candidats, novices et professionnels en politique » s’attache aussi à comprendre ce que la politique contemporaine fait aux hommes et femmes qui entrent dans le jeu électoral.

1. Article

« Les candidats » ou l’importance des files d’attente en politique

Mêlant statistiques, témoignages et observations de terrain, le sociologue Etienne Ollion analyse dans son livre l’arrivée dans l’Hémicycle, en 2017, de nombreux novices qui avaient grillé la politesse à des professionnels aguerris.

Par Anne Chemin Publié le 22 octobre 2021 Le Monde

Au printemps 2017, le sociologue Etienne Ollion avait éclairé d’un jour nouveau la querelle, récurrente, sur la professionnalisation du monde politique. Dans un ouvrage coécrit avec le politiste Julien Boelaert et le sociologue Sébastien Michon (Métier : député, Raisons d’agir), il avait repéré un phénomène qui passe le plus souvent inaperçu : depuis les années 1970, les députés, avant d’être élus, patientent de plus en plus longtemps dans l’antichambre de la « République des collaborateurs » – les élus de 2012 y avaient passé deux fois plus de temps que ceux de 1978. La politique, concluait le chercheur du CNRS, est de plus en plus affaire de patience…

Lors de la publication du livre, une tourmente politique bouleversait cependant la donne. Au terme d’une campagne dénonçant sans relâche l’usure des « professionnels de la politique », Emmanuel Macron remportait l’Elysée. Dans son sillage, des dizaines d’inconnus s’installaient sur les bancs de l’Assemblée nationale. Ces nouveaux venus, recrutés au terme d’un appel à candidatures, avaient remonté à la vitesse de l’éclair la « file d’attente », grillant la politesse à des professionnels aguerris qui patientaient dans les milieux politiques depuis de longues années : maires, conseillers de cabinet, collaborateurs parlementaires.

Nouveau paradigme

Pour un sociologue qui entendait penser les carrières politiques à l’aune de l’attente, ce nouveau paradigme était l’occasion rêvée d’étudier in vivo cette brusque modification des règles du jeu. Depuis 2017, Etienne Ollion a donc suivi pas à pas le laboratoire de l’Assemblée nationale : il a multiplié les entretiens, poursuivi les observations au Palais- Bourbon, mais aussi analysé, comme dans son premier ouvrage, une quantité impressionnante de données sur le profil, la trajectoire et les pratiques de ces novices élus au nom de la lutte contre la « professionnalisation » des élites politiques

2. Entretien

Etienne Ollion : « Il est incontestable qu’il y a eu un déclassement de la politique »

Par Propos recueillis par Thomas Mahler, publié le 28/10/2021 L’Express

Dans « Les candidats », fruit d’une longue enquête à l’Assemblée nationale, le sociologue Etienne Ollion raconte comment le statut de député n’a fait que se dégrader.

20 juin 2017. Nouveaux venus et réélus se rendent à l’Assemblée nationale afin de recevoir leur kit de parlementaire (écharpe tricolore, cocarde) et poser pour la photo officielle. Près d’un cinquième d’entre eux possède une expérience politique nulle ou très limitée. Dans le sillage de la victoire d’Emmanuel Macron, la promesse de renouvellement semble grande. Pourtant, quatre ans plus tard, l’heure est aux désillusions. Chercheur au CNRS et professeur à l’Ecole polytechnique, Etienne Ollion a passé de nombreuses heures à suivre « novices » et « professionnels » au sein du Palais Bourbon. Dans sa remarquable enquête Les candidats(PUF), il raconte les désillusions des nouveaux venus – souvent cantonnés à des tâches ingrates – et montre comment cette législature n’a au final fait que renforcer le déclassement du Parlement, et sans doute celui de toute la classe politique. Entretien.

3. Article

Le sociologue Étienne Ollion sur la faiblesse du Parlement : Macron a réussi à faire que « tout change pour que rien ne change »

12 NOVEMBRE 2021 PAR MATHILDE GOANEC Mediapart

Pour comprendre 2017 (et préparer 2022), le sociologue Étienne Ollion propose de réfléchir au pouvoir des parlementaires et à la prime aux « nouveaux venus » théorisée par Emmanuel Macron. Son ouvrage « Les Candidats, novices et professionnels en politique » s’attache aussi à comprendre ce que la politique contemporaine fait aux hommes et femmes qui entrent dans le jeu électoral.

En 2017, Étienne Ollion publie un livre, Député, un métier, après avoir passé deux années à étudier les parlementaires et leurs trajectoires au cœur de leur biotope, l’Assemblée nationale. Le sociologue, chercheur au CNRS et professeur à l’École polytechnique, pense arrêter là son travail sur la professionnalisation politique.

4. Article

Etienne Ollion : «Député est en passe de devenir un bullshit job»

Elue en 2017 dans la foulée de la victoire d’Emmanuel Macron, l’Assemblée nationale a été renouvelée à 74 %, rajeunie et féminisée. Mais la plupart des nouveaux venus, cantonnés à un travail ingrat, ont été relégués à l’arrière-plan du champ politique, noyés par le système, analyse le sociologue Etienne Ollion.

par Simon Belin publié le 24 octobre 2021 Libération

En 2022, les Français éliront de nouveaux députés après avoir choisi un nouveau président (ou pas). L’occasion de rebattre les cartes du jeu démocratique ? C’était déjà la promesse portée par l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir il y a cinq ans et, avec lui, d’un nombre important de députés novices. S’il y a eu un véritable changement, ce n’est pas nécessairement pour le meilleur, assure Etienne Ollion, sociologue, chercheur au CNRS et professeur associé à l’Ecole polytechnique, qui publie les Candidats. Novices et professionnels en politique(PUF). Dans son enquête, le spécialiste des transformations du champ politique français constate que les nouveaux venus sous la bannière La République en marche (LREM) n’ont jamais réussi à s’imposer dans l’hémicycle. Pire, ils se sont contentés de jouer le rôle de simple faire-valoir de l’exécutif. Au point que ces derniers ont perdu tout sens dans leur activité cinq ans après leur prise de fonction.

Votre enquête à l’Assemblée nationale pose un rude constat : les députés novices, figures du renouvellement macroniste, n’ont finalement pas réussi à s’imposer.

Parmi ces nouveaux venus, peu ont réussi à percer : la plupart ont été relégués à l’arrière-plan du champ politique et médiatique. Ils sont moins intervenus, ont moins eu accès à des positions de pouvoir, ont été moins souvent invités dans les médias que leurs collègues.

5. Entretien

Le renouvellement de l’Assemblée nationale en 2017 « n’a pas tenu ses promesses » selon un chercheur

Publié le 13/10/2021. Sud Ouest

Les députés élus dans la foulée d’Emmanuel Macron en 2017 ont été « relégués dans des positions secondaires » et voient les limites du système, « à bout de souffle » selon le sociologue Étienne Ollion

Les députés novices élus dans la foulée d’Emmanuel Macron en 2017 ont été « relégués dans des positions secondaires » à l’Assemblée et, plus de quatre ans après, voient les limites du système, « à bout de souffle », constate le sociologue Étienne Ollion, auteur de « Les candidats » (Puf).

En 2017, la promesse de « renouvellement politique » était au cœur de la campagne d’Emmanuel Macron puis de LREM, a-t-elle été tenue ?

La promesse de 2017 était d’aérer ce que l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron avait appelé le « marais nauséabond de la politique ». L’idée était d’avoir de nouvelles têtes à l’Assemblée nationale, avec l’ambition que le renouvellement des visages permettrait le renouvellement de la vie politique. Il y a eu des effets incontestables car en juin 2017, l’Assemblée voit arriver à peu près 120 personnes qui n’avaient vraiment eu aucune expérience en politique ou presque. Mais près de cinq ans plus tard, ils reconnaissent l’apport de l’expérience politique, et d’ailleurs le thème du renouvellement ne pourra jouer deux fois, lors des législatives de 2022. Les novices ont été pour la plupart relégués dans des positions secondaires. Leur activité principale a été de participer aux scrutins, ce qui se limite à être de permanence pour assurer que la majorité sur le papier soit une majorité dans l’hémicycle. Pour la plupart de ceux interrogés, il y a le sentiment d’avoir été utilisé. Ils disent « On a fait la campagne tous ensemble et le jour où on est arrivés à l’Assemblée, les couteaux ont été tirés et les gens ont commencé à se battre pour avoir telle commission, tel mandat, tel rapport ». Sur les 74 % de primo-députés, certains ont cependant réussi à s’imposer assez rapidement. Ce sont les gens qui avaient eu une carrière de type collaborateurs parlementaires, conseillers. On a eu un contournement de la file d’attente de ces gens-là pour accéder aux postes de pouvoir.

Le « renouvellement » a donc été un échec ?

Le rajeunissement et la féminisation des députés sont indéniables. On a perdu sept huit ans de moyenne d’âge du député. La féminisation atteint 39 % de l’Assemblée, contre 27 % en 2012 et 19 % sous la précédente législature. Ce n’était pas que de la communication : des femmes se sont retrouvées dans des positions institutionnelles importantes. En revanche, on voit des critères qui n’ont pas du tout été pris en compte dans la sélection des candidats de la majorité, à savoir l’origine sociale. On a une Assemblée probablement la plus bourgeoise ou élitiste, avec 75 % des députés qui appartiennent aux catégories supérieures de la société française. A contrario, il y a seulement 1 à 2 % d’ouvriers et d’employés, ce qui représente un différentiel de 46 % par rapport à la place de ces catégories sociales dans l’ensemble de la société. L’Assemblée n’a jamais été l’endroit où le + lumpenprolétariat + a été représenté en masse mais on avait dans les années 1970 encore des ouvriers qui prenaient la parole et qui faisaient entendre non seulement une voix différente mais un ton de voix différent.

Que dit votre constat sur la place du Parlement dans la vie politique française ?

On est sur une organisation des pouvoirs qui est arrivée à bout de souffle. En 2017, les députés novices n’ont de fait pas beaucoup de pouvoir et ne vont pas jouer le rôle de contrepouvoir par rapport à un exécutif qui s’en satisfait. Deuxièmement, il y a le choc de la loi sur le non-cumul des mandats de 2014. Tout un tas de personnes vont privilégier les exécutifs locaux, où ils préfèrent être « seuls aux manettes ». L’équilibre des pouvoirs de la Ve République est complètement dissymétrique mais il y aurait des mesures qui permettraient de revaloriser le Parlement, par exemple en augmentant les staffs de collaborateurs comme aux États-Unis ou en Allemagne, pour leur permettre de construire des contre-expertises. Emmanuel Macron projetait une baisse du nombre de parlementaires. Mais la France se situe dans la moyenne européenne. On pourrait en revanche imaginer donner aux députés davantage de missions.

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