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Les Afghanes et la burqa : « Respirer, c’est tout ce qu’il nous reste »

Mercredi 11 mai 2022 France Inter

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Les talibans ont imposé aux femmes de porter la burqa en dehors de chez elle. Malgré la peur et les menaces, de nombreuses Afghanes tentent de résister.Les talibans imposent désormais aux femmes afghanes de porter la burqa lorsqu’elles sortent de chez elle © AFP / AHMAD SAHEL ARMAN

En Afghanistan, les talibans ont ordonné aux femmes de se couvrir le visage en public. Une nouvelle restriction contre la gente féminine. Depuis qu’ils ont pris le pouvoir le 15 août 2021, les fondamentalistes religieux ont imposé de nombreuses restrictions aux Afghanes : elles ont été bannies de la vie politique, elles n’ont plus le droit de prendre l’avion ou de voyager au-delà de 72 km sans parent masculin, les collèges et les lycées sont toujours fermés aux filles. Et depuis ce week-end elles doivent porter un voile qui couvre leur visage. Les talibans considerent que le hijab est un voile intégral.Des femmes manifestent mardi à Kaboul contre le décret des talibans qui leur impose le port de la burqa © AFP / Wakil KOHSAR / AFP

Malgré ce contexte, une dizaine de jeunes Afghanes ont manifesté dans les rues de Kaboul mardi 10 mai. Un rassemblement qui a lieu deux jours après la publication d’un décret qui impose aux femmes de se couvrir le visage. Les manifestantes ont osé défier la loi talibane, le visage découvert, un voile couvrant leurs cheveux, le poing levé, pancartes dans les mains, scandant : « La burqa n’est pas notre hijab ! Nous sommes des femmes !« . L’une d’elle a accepté de se confier à nous, sous couvert d’anonymat :

Tout le monde souhaite rester en vie, mais les restrictions et les pressions qu’ils nous imposent rendent notre vie trop difficile. C’est comme si nous étions déjà mortes. Respirer c’est tout ce qu’il nous reste. Nous continuerons à nous opposer, rien ne peut nous arrêter, pas même les intimidations des talibans car notre situation est inacceptable

Un réel impact sur les femmes

A Herat dans l’ouest de l’Afghanistan, Fariba, une jeune étudiante âgée de 25 ans constate déjà un changement dans les rues de la ville considérée pourtant comme l’une des plus progressistes du pays.

L’ambiance a changé. J’ai pris le bus pour rentrer chez moi et j’ai vu beaucoup de femmes qui couvraient leur visage. Quand je leur ai demandé pourquoi, elles m’ont répondu : « A cause du décret des talibans, nous sommes obligés de le faire. Il n’y a plus autant de femmes dans les rues qu’il y en avait avant ce décret. Ca a vraiment un impact sur les femmes »

Fariba, elle, continue de sortir un simple voile sur la tête. Elle refuse de cacher son visage. « Je ne peux pas me plier à ça. On doit tenir tête aux talibans. Si on reste silencieuse, les talibans exigeront encore autre chose. Peut-être que demain ou après-demain ils diront aux femmes : Ne respirez plus parce que ce n’est pas bien selon notre religion ».

Conflits au sein des familles

Depuis que les talibans ont pris le pouvoir il y a neuf mois, ils ont banni les afghanes de la vie politique, de plusieurs professions, des collèges et des lycées et leur ont interdit de conduire dans certaines villes comme ici à Herat. Waheeda, jeune étudiante de 21 ans, se sent trahie. « Avant d’arriver au pouvoir ils disaient qu’ils ne diraient rien aux femmes. Mais petit à petit ils montrent leur visage« 

Les talibans ont imposé le voile intégrale il y a plusieurs mois déjà à l’université. « Ils nous ont dit qu’on devait porter la burqa ou le hijab noir, avec un masque sanitaire en cachant nos yeux, tout notre visage et nos mains. Mais l’Islam n’exige pas qu’on cache notre visage ou nos mains. Mais ce sont leurs règles ».

Son amie Shekeba n’envisage pas de tenir tête aux nouveaux maîtres du pays. « Nous n’avons pas le choix, nous devons obéir aux talibans. C’est obligatoire. Si on n’obéit pas à leurs ordres alors ils vont nous le faire payer, ce sont nos familles qui paieront pour ça ».

En effet, le décret précise que les responsables masculins des femmes qui n’obéissent pas risqueront l’emprisonnement en cas de récidive. Une stratégie selon Saba, jeune journaliste à Kaboul.

Ils veulent de façon indirecte déclencher des conflits au sein des familles, ils veulent dresser les filles contre leur famille. Bien sûr que les hommes en entendant ces règles, vont avoir peur et de nombreuses femmes vont être forcées par leur famille à rester chez elles. Je pense que c’est une stratégie claire de leur part pour faire augmenter les violences domestiques

L’application de ce décret va provoquer le chaos veut croire la jeune afghane qui espère que les femmes résisteront le plus longtemps possible.

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