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« MEPRIS POUR LA DEMOCRATIE ». POINT DE VUE

ARTICLE

Renaissance démocratique : Macron dissimule son mépris de la démocratie

31 mai 2022 Jonathan Frickert CONTREPOINTS

Si la majorité semble s’être effectivement entichée de cette idée de renaissance, son application à la question démocratique semble quelque peu paradoxale lorsqu’on se souvient du bilan d’Emmanuel Macron sur ce point.

Réuni ce vendredi à Matignon, ce qui s’apparente à un gouvernement technique en pleine campagne législative s’est vu confier sa feuille de route par le Premier ministre Élisabeth Borne.

Une feuille de route fondée sur trois priorités : le pouvoir d’achat, la santé et le climat.

Cette liste fait écho à une autre, adressée une semaine auparavant par le président de la République dans un tweet :

Le chef de l’État évoque une « renaissance démocratique ». Le premier terme est évidemment un écho à un concept cher aux macronistes, puisqu’il est apparu en anglais lorsque le groupe parlementaire européen ADLE, qui réunissait jusqu’à présent les partis centristes, a décidé de retirer la mention du libéralisme dans son intitulé sous l’impulsion de La République en Marche (LREM). Le groupe s’est alors renommé Renew, nom donné par les historiens anglo-saxons à la Renaissance.

Cette notion de Renaissance s’est manifestée dans la même période par une lettre aux Français publiée sur le site de l’Élysée afin d’appuyer la campagne du parti présidentiel durant ce même scrutin européen.

Un concept si important dans la pensée macronienne qu’il est devenu le nouveau nom du parti majoritaire.

Or, si la majorité semble s’être effectivement entichée de cette idée de renaissance, son application à la question démocratique semble quelque peu paradoxale lorsqu’on se souvient du bilan d’Emmanuel Macron sur ce point.

Une république sans démocratie

Dans notre Constitution, le mot république et ses dérivés ont près de 70 occurrences. À titre de comparaison, le terme État de droit n’y figure à aucun moment. Mieux encore : la notion de démocratie apparaît près de 18 fois moins que celle de république.

Pour cause, le président de la République n’est pas garant de la démocratie, mais uniquement « de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités ». Son rôle démocratique se limite à veiller au respect d’une Constitution qui se revendique comme telle, mais dont les traits la rapprochent davantage des démocratures orientales que des démocratie libérales voisines.

Le premier mandat d’Emmanuel Macron n’a pas fait pas exception à ce qui n’est pas qu’une lecture de la Constitution mais bien son essence.

Le rapport du président de la République à la démocratie s’est manifesté très clairement vis-à-vis de ses cinq principaux acteurs, à savoir les corps intermédiaires, les partis politiques, la presse, le peuple et enfin le Parlement. Cinq acteurs que le président de la République a toujours considérés comme de simples instruments utilisables au gré de circonstances.

Les corps intermédiaires dédaignés

Les rapports du président de la République aux corps intermédiaires sont connus. Dès son livre programme paru en 2016, Emmanuel Macron montrait ses difficultés avec le concept du paritarisme.

En 2019, le Grand débat lancé en réponse aux Gilets jaunes mettra totalement de côté les acteurs sociaux dans un exercice de contournement propre à la tradition jacobine dans laquelle s’inscrit Emmanuel Macron.

La Convention citoyenne sur le climat, qui restera quasiment lettre morte, termine ce sinistre tableau.

Et les sondages n’indiquent guère autre chose, puisque plus de 8 Français sur 10 estiment que le président de la République n’écoute pas les corps intermédiaires.

Or, de Montesquieu à Tocqueville, les corps intermédiaires ont toujours été considérés comme de puissants garde-fous aux dérives centralisatrices, qu’elles soient autocratiques ou populaires.

Parmi les corps intermédiaires, les partis politiques occupent une position particulière dans le dispositif présidentiel.

Le cœur de la stratégie électorale d’Emmanuel Macron a dès l’origine visé l’implosion des partis traditionnels. Ceux-ci ont depuis longtemps troqué la question du projet de société pour se convertir en syndicats d’intérêts catégoriels. À ces partis politiques, Emmanuel Macron a une nouvelle fois substitué une conception autocrate de l’engagement que ne renieraient pas les partis anticonformistes fondés sur la personnalité de leur chef sans qui leur édifice partisan menace de s’effondrer.

Comme pour les autres acteurs démocratiques, les partis politiques sont pour le Prince de simples instruments au service de son projet.

La presse méprisée

Considéré comme le candidat des médias par l’opposition, Emmanuel Macron n’est guère plus tendre avec la presse.

Sorti l’année dernière, Jupiter et Mercure se veut être une étude des stratégies de mise en scène par les différents présidents de la République qui se sont succédé depuis 1958. Son auteur, Alexis Levrier, est historien du journalisme. Évoquant l’actuel locataire de l’Élysée, il décrit un président de la République méprisant envers la presse. Une presse qu’il souhaite évidemment utiliser selon sa convenance, mais outre laquelle il préfère largement passer, notamment en privilégiant les formats web, à l’image de son opération de communication avec Mcfly et Carlito.

Le peuple manipulé

Déjà évoquée en début d’article, la notion de renouveau est si présente chez Emmanuel Macron qu’il en a fait la base de son discours de réinvestiture :

Ce peuple nouveau, différent d’il y a cinq ans, a confié à un président nouveau un mandat nouveau.

La démocratie muerait à la manière de la peau d’un reptile.

Décisionnaire démocratique en dernier ressort sur lequel il tente de s’appuyer contre les autres acteurs démocratiques, le peuple n’est pourtant guère mieux considéré.

Nous connaissons les propos cash du chef de l’État, parfois agréables à l’oreille, mais déplacés dans la bouche d’un président de la République. Un chef d’État doit incarner l’unité de son peuple. Or, le peuple, Emmanuel Macron l’a énormément clivé, jusqu’à parler d’en emmerder une partie non-négligeable.

Ce rapport très particulier au peuple s’est manifesté par le projet avorté de référendum sur le climat dans une séquence qui montrait également un mépris certain de ses représentants qui innervera tout le quinquennat.

Le Parlement ignoré

Enfin, les rapports du président de la République au Parlement ne sont pas d’une autre nature.

Outre le Grand débat et la Convention citoyenne sur le climat, contournements manifestes des chambres, Emmanuel Macron s’est illustré par des promesses de dialogue avec les parlementaires, notamment en tentant d’instituer un discours annuel au Congrès, sorte de discours sur l’état de l’Union à la sauce hexagonale qui ne sera pourtant pas reconduit après 2018. Une promesse qui, comme celle d’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives promise en 2017, restera lettre morte.

Durant son premier mandat, Emmanuel Macron s’illustrera également par un mépris flagrant du travail parlementaire, notamment lors de l’affaire Benalla.

Ces rapports de vassalité avec les parlementaires auront sans doute contribué en grande partie à la fuite de la soixantaine de députés du groupe LREM à l’Assemblée depuis 2017, passant de 314 à 255 élus.

En 2022, Emmanuel Macron a réitéré sa promesse de renouveau en proposant non seulement une nouvelle fois la proportionnelle, mais également un possible retour au septennat ainsi que l’introduction d’élections de mi-mandats sur le modèle, encore une fois, des États-Unis.

Ces propositions resteront sans doute lettre morte et masqueront mal le rapport évanescent du président de la République à la démocratie.

Par :

Jonathan Frickert

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