Aller au contenu principal

PAS DE RENOUVEAU DÉMOCRATIQUE SANS LA SOCIÉTÉ CIVILE

Devant la crise du fait démocratique,

marquée par le record d’abstention à la dernière élection présidentielle, des responsables de la société civile appellent, dans une tribune à « l’Obs », à associer largement corps intermédiaires et citoyens à la réflexion qui s’ouvre sur la réforme des institutions.

Article

Pas de renouveau démocratique possible sans la société civile

Publié lundi 23 mai 2022 Par L’Obs

La démocratie est le fruit d’une construction millénaire, mais elle est tout sauf immortelle. Elle disparaît souvent à bas bruit, dans le silence des urnes. Son héritage nous oblige jour après jour, aujourd’hui encore. Elle s’effrite toujours dans les fracas du monde et des crises auxquels il faut faire face. L’élection présidentielle de 2022 et le record d’abstention au second tour viennent malheureusement confirmer ce que nous observons depuis déjà de nombreuses années : une rupture sans précédent avec le fait démocratique.

Plus d’un électeur sur quatre s’est refusé à prendre le chemin des urnes lors des deux tours. Les élections législatives qui arrivent ne feront que conforter cette terrible tendance d’une démocratie en crise, sur laquelle nous alertons depuis tant d’années. Et le pire peut pourtant être à venir : les personnes qui se détournent de notre système démocratique aujourd’hui, à commencer par les plus jeunes générations, pourraient ne jamais s’en rapprocher. Cette crise est désormais une évidence pour tous et figure même parmi les trois défis du quinquennat cité par le président du Conseil constitutionnel qui a évoqué, lors de la cérémonie d’investiture du 7 mai dernier, la nécessité du « renforcement de la démocratie et de la justice sociale ».

« Je ne supporte plus cette mascarade » : ils ne voteront pas lors de cette présidentielle

Associations, citoyens engagés, ONG, syndicats, mutuelles employeurs de l’économie sociale et solidaire (ESS), universitaires, nous essayons sans cesse de construire une démocratie plus ouverte, plus inclusive, plus délibérative, plus contributive. Ce ne sont pas seulement des concepts agités ici et là, ce sont des réalités de terrain portées par les innovateurs démocratiques au sein d’associations ou de syndicats. C’est ainsi que la vie associative fait vibrer la démocratie contributive de 20 millions de bénévoles, l’économie sociale et solidaire permet de nouveaux modèles de gouvernance au sein de l’entreprise, la mutualité innove en associant des citoyennes et citoyens à ses réflexions stratégiques les syndicats d’employeurs et de salariés permettent le dialogue social, les ONG de défense de la démocratie expérimentent des innovations démocratiques, des universitaires et analystes développent de nouvelles idées. Alors même que nous vivons une crise démocratique évidente touchant nos institutions d’une manière profonde, jamais il n’y aura eu autant d’initiatives et d’innovations démocratiques. Nous y prenons notre part, en responsabilité.

Savoir d’usage et expertise citoyenne

Il nous reste maintenant à penser la démocratie d’après, et la tâche pour retisser le lien entre le citoyen et nos institutions est à la fois immense et urgente. Le récent avis du Conseil économique social et environnemental (Cese), « Engagement et participation démocratique des jeunes », conclut à un effet de génération plutôt qu’un effet d’âge dans le rapport des plus jeunes aux urnes, ce qui laisse à penser que le taux d’abstention continuera à croître dans les prochaines années si l’on n’agit pas vite et de façon ambitieuse. Alors que le personnel politique prend la mesure du défi à relever et de la nécessaire révolution démocratie à conduire, il faut désormais associer toutes celles et tous ceux qui y contribuent. Le président de la République Emmanuel Macron s’est engagé à mettre en place une « commission transpartisane » pour réformer les institutions. Bien que les partis soient indispensables à la vie politique, leurs adhérents représentent moins de 5 % du corps électoral. On ne peut donc pas se reposer sur leur seule contribution dans cette réflexion.

Pierre Rosanvallon : « L’élection n’est plus qu’un permis de gouverner »

Par ailleurs, selon le dernier baromètre de la confiance politique d’OpinionWay pour le Cevipof (janvier 2022), 67 % des électeurs placent leur confiance dans les associations et 38 % dans les syndicats, contre seulement 21 % dans les partis politiques. Si l’objectif final est partagé, nous tenons pour certitude que ce défi ne saurait se relever sans les corps intermédiaires, sans la participation de la société civile et sans les citoyennes et les citoyens eux-mêmes. Le philosophe John Dewey résumait l’importance du savoir d’usage et de l’expertise citoyenne par sa fameuse métaphore du cordonnier : « [C’est] la personne qui porte la chaussure qui sait le mieux si elle fait mal et où elle fait mal… ».

Alors, qu’on l’appelle Convention ou Commission, l’essentiel est ailleurs : il est dans la capacité à associer largement les corps intermédiaires et les citoyens à la réflexion qui s’ouvre. Associations, mutuelles, syndicats, coordination d’organisations devront participer à ces futurs travaux pour co-construire, avec les citoyens et les décideurs, ce renouveau démocratique qui doit être la promesse des cinq années à venir. Il ne peut y avoir de République de liberté, d’égalité et de fraternité sans société de l’engagement. Il ne peut y avoir non plus de renaissance politique sans renouveau démocratique.

Signataires :

Flore Blondel-Goupil, coprésidente de l’ONG A Voté
Eric Chenut, président de la Mutualité française
Kenza Occansey, vice-président du Conseil économique social et environnemental
Dorian Dreuil, expert associé à la Fondation Jean-Jaurès et coprésident de l’ONG A Voté
Audrey Fortassin, déléguée générale de l’association Tous Elus
Armel Le Coz, cofondateur de l’association Démocratie ouverte
Véronique Reille Soult, présidente de Backbone Consulting, spécialiste de l’opinion
Jérôme Saddier, président de ESS France
Frédéric Sève, secrétaire national de la CFDT
Claire Thoury, présidente du Mouvement associatif
Hugues Vidor, président de l’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :