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OUÏGOURS : « PREUVES VERTIGINEUSES »

La fuite historique de fichiers informatiques

piratés depuis des serveurs de la police démontrent qu’une proportion très élevée de simples citoyens sont enfermés comme de dangereux criminels. 

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Le martyre des Ouïgours éveille les consciences des démocraties https://metahodos.fr/2020/07/22/le-martyre-des-ouigours-eveille-les-consciences-des-democraties/

Article

Ouïghours: les «Xinjiang Police Files», des preuves vertigineuses des exactions

par Laurence Defranoux publié le 25 mai 2022 Libération

Cent mille fichiers informatiques sortis des ordinateurs de la police de deux cantons du Xinjiang, en Chine. Les dossiers de dizaines de milliers de citoyens dont le plus jeune a 3 ans. Une liste de 23 000 personnes détenues avec nom, âge, lieu et raison de leur enfermement. Plus de 5 000 photographies d’identité prises par la police entre janvier et juillet 2018. Des milliers de manuels et de rapports. Des bases de données, des Power Points, des photographies prises dans les lieux de détention. Des discours de dignitaires du Parti communiste encourageant ou validant la politique d’enfermement massif menée contre les Ouïghours, les Kazakhs et les autres peuples turciques autochtones.

Dans une région totalement verrouillée par le pouvoir chinois, où il est quasiment impossible pour un journaliste ou un chercheur de faire du travail de terrain et où les communications avec l’étranger sont criminalisées, les «Xinjiang Police Files» éclairent de l’intérieur un système policier qui traite de simples citoyens comme des criminels hautement dangereux. Ils confirment tous les récits des témoins et les recherches menées jusque-là. Ils prouvent l’ampleur de l’internement massif des Ouïghours, un peuple turcique majoritairement musulman, mené depuis 2017 dans cette région de l’ouest de la Chine.

Des preuves extraites des ordinateurs de la police

Ces nouvelles preuves ont été obtenues par une source qui ne souhaite pas que son nom soit dévoilé, qui dit avoir piraté, téléchargé et décrypté les fichiers de plusieurs serveurs informatiques de la police locale depuis l’extérieur de la Chine. Elle les a transmis au chercheur allemand Adrian Zenz, bête noire du régime chinois pour avoir le premier, en 2018, révélé l’internement de plusieurs centaines de milliers de Ouïghours et autres Kazakhs, probablement plus d’un million, sur une population turcique estimée à 12 millions au Xinjiang.

Des chercheurs et des dizaines de journalistes d’investigation appartenant à quatorze médias internationaux, dont le Monde et la BBC, ont passé plusieurs mois à analyser et authentifier une grande partie de ces documents, y compris en contactant le pirate informatique. Datés pour la plupart de 2017 et 2018, les fichiers sont extraits des ordinateurs du bureau de la sécurité publique (la police) de deux cantons : Konasheher (Shufu en chinois), dans le sud du Xinjiang, et Tekes, dans le Nord. Une sélection des documents, avec une traduction en anglais, et les photos de 2 884 personnes internées sont consultables et téléchargeables sur le site xinjiangpolicefiles.org. La plus jeune détenue, Rahile Omer, a 14 ans. La plus âgée, Anihan Hamit, a 73 ans.

Des statistiques de détention extrêmement élevées

Selon une analyse des listes de détenus effectuée par Adrian Zenz et publiée dans le Journal of the European Association for Chinese Studiesdans le seul canton rural de Konasheher, plus de 12 % de la population adulte ouïghoure se trouvait dans un «camp de rééducation» ou une prison au cours des années 2017 et 2018. Soit environ un adulte sur huit. Ce qui représente, selon lui, 64 fois le taux d’emprisonnement moyen en Chine. Selon les registres piratés, un «attroupement de nature à troubler l’ordre social» vaut généralement six ans de prison, parfois beaucoup plus. Des personnes sont condamnées pour «terrorisme» à des peines allant d’un an d’emprisonnement (pour «téléchargement de contenu illégal sur smartphone») à dix ans (pour«incitation à des activités terroristes»).

L’expression «a cherché querelle et provoqué des troubles», un motif couramment utilisé contre les dissidents dans toute la Chine, est très souvent citée. Les documents montrent que l’enfermement extrajudiciaire et les peines de prison sont liés et ne s’excluent pas les uns des autres. Une liste de personnes à conduire en camp de rééducation est édifiante : «Migrants, personnes à l’identité douteuse envoyées par les préfectures, imams non officiels, hadjis [pèlerins, ndlr] non déclarés, drogués, personnes ayant refusé de répondre à la police, malades mentaux qui ont causé des problèmes, toutes personnes au comportement inquiétant.»Bien que ces comportements n’aient rien de répréhensible au regard de la loi chinoise, l’encadrement est armé jusqu’aux dents.

Le caractère coercitif des «centres de formation» prouvé

Depuis que, fin 2018, la Chine a reconnu l’existence de camps après avoir l’avoir niée, la propagande s’emploie à les présenter comme des «centres de formation professionnelle». Des visites organisées pour des journalistes ou des diplomates ont montré des lieux sympathiques, où des citoyens viennent de leur plein gré s’adonner durant des mois à la peinture ou la musique, «extirper de leur cerveau des pensées radicales», apprendre le chinois et acquérir des «compétences professionnelles» comme savoir faire un lit. Ces nouveaux documents viennent confirmer les récits des témoins, qui décrivent sans relâche un monde à l’opposé, où règnent la torture, les viols, la violence, la coercition, les mauvais traitements, le lavage de cerveau, les punitions, la privation de liberté.

Un ensemble de protocoles de police internes décrit l’utilisation systématique d’officiers armés dans toutes les zones des camps, le positionnement de mitrailleuses et de snipers dans les tours de guet, et un ordre de «tirer à vue pour tuer» ceux qui tentent de s’échapper.  «Si les élèves n’écoutent pas les consignes, les policiers armés peuvent effectuer des tirs de semonce. Si les élèves ne cèdent pas à la dissuasion, s’ils continuent de faire monter la tension, tentent de s’échapper ou de s’emparer des armes des agents, ceux-ci les tueront», ordonne une note de 2018 citée par le journal le Monde. Les yeux bandés, les menottes et les entraves aux pieds sont obligatoires pour tout«étudiant» transféré, toujours sous bonne garde, d’un établissement à l’autre ou même à l’hôpital.

Des réactions contrastées

«Nous sommes consternés par ces informations et ces images choquantes, a déclaré le porte-parole du département d’Etat américain, Ned Price. Il semble très difficile d’imaginer qu’une action systématique visant à supprimer, à emprisonner, à mener une campagne de génocide et de crimes contre l’humanité n’ait pas la bénédiction – ou l’approbation – des plus hauts niveaux du gouvernement de la République populaire de Chine.» De son côté, Wang Wenbin, un porte-parole de la diplomatie chinoise, affirme que ces nouvelles accusations sont «le dernier exemple en date du dénigrement du Xinjiang effectué par les forces antichinoises», sans pour autant nier l’authenticité de ces dizaines de milliers de fichiers extraits directement des serveurs de la police chinoise.

Ces documents et leur analyse sont publiés exactement au moment de la visite au Xinjiang de Michelle Bachelet, haute-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies. Des parlementaires du monde entier, des organisations de défense des droits humains et des militants ouïghours craignent que cette visite, effectuée dans une région placée sous une extrême surveillance policière, où elle ne peut s’effectuer librement compte tenu des restrictions imposées par Pékin, soit manipulée par le pouvoir chinois, qui continue à nier toute répression des peuples turciques autochtones du Xinjiang, Ouïghours, Kazakhs, Kirghizes et autres.

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