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« NON À LA MORT DE LA SOCIAL-DÉMOCRATIE ». MANIFESTE

« Les politiques sociales-démocrates doivent faire en sorte que le système productif participe directement à la réduction des inégalités au lieu de les développer« 

Environ 200 parlementaires, universitaires et hauts fonctionnaires publient lundi un manifeste pour défendre la social-démocratie. Sa disparition « serait grandement dommageable », jugent les signataires.

Quelque 200 signataires, parlementaires, universitaires et hauts fonctionnaires publient demain un manifeste pour la défense de la social-démocratie, malmenée par les résultats de l’élection présidentielle et les 1,74% d’Anne Hidalgo. Face au risque de disparition, le manifeste juge « que ce serait grandement dommageable pour la gauche, pour notre pays et pour l’Europe ». Parmi les signataires, l’ancien responsable du PS Jean-Christophe Cambadelis, les ex parlementaires, Laurent Dutheil et Michel Destot, l’historien Alain Bergounioux, l’ancien préfet Patrice Bergougnoux, Malika Yerdri, adjointe au maire de Cergy-Pontoise, Marie Richard, vice-présidente de la région Ile-de-France et Brigitte Coscas, réalisatrice.

Manifeste

Non à la mort de la social-démocratie

29 mai 2022 JDD

Depuis la naissance du socialisme, les débats et, surtout, les réalisations qui ont marqué son histoire, ont contribué à faire naître un courant politique, la social-démocratie, qui, sous des noms divers, a largement façonné les sociétés les plus justes que l’humanité ait connues dans son histoire et connaissent actuellement. Ce courant doit affronter, aujourd’hui, de nouveaux défis dans des réalités mondiales différentes de celles du XXe siècle. Il a toujours eu du mal à s’affirmer et même à se dire, en France, dans une gauche divisée et travaillée par une culture radicale.

Les rapports de force établis par les élections de 2017 et, encore plus de 2022, peuvent laisser augurer de son affaiblissement durable, voire de sa disparition. Nous ne le voulons pas et pensons que cela serait grandement dommageable pour la gauche, pour notre pays et pour l’Europe. Aussi, après des années de confusion, nous pensons nécessaire de dire ce que sont nos principes et nos convictions. La social-démocratie n’est ni une gauche tiède, centriste, qui hésiterait entre radicalité et modération selon les saisons, ni une gauche en apparence et un néolibéralisme tempéré en substance.

La social-démocratie reste, aujourd’hui, comme elle le fut hier, une philosophie de la liberté, mais de la liberté réelle

La social-démocratie reste, aujourd’hui, comme elle le fut hier, une philosophie de la liberté, mais de la liberté réelle, c’est-à-dire, non seulement des libertés, telles que garanties par les droits de l’homme et du citoyen, mais des libertés concrètes, qui donnent à chacun la capacité de mener sa vie. Le socialisme, comme l’écrivait le socialiste italien Carlo Rosselli, il y a plus de quatre-vingt-dix ans, c’est « lorsque la liberté arrive chez les gens les plus pauvres ».

La social-démocratie est également une forme de gouvernement qui tient compte du pluralisme dans la société et bâtit les compromis utiles pour que tous puissent être pris en compte et représentés. Humaniste internationaliste, le social-démocrate vise à une émancipation de l’ensemble des femmes et des hommes de la Terre, et des générations à venir. La question sociale et environnementale ne sont alors, pour lui, qu’une seule et même question. Détenteur des valeurs qu’il a héritées de la philosophie des Lumières et du mouvement ouvrier, le social-démocrate entend mettre à profit les leçons tirées du XXe siècle.

L’éthique est pour lui une valeur cardinale ; la fin ne justifie pas les moyens, car la valeur morale de la fin se trouve aussi dans la valeur morale des moyens. Si le socialisme démocratique reste un « cri de colère », comme le disait Léon Blum, devant le spectacle des inégalités et des discriminations généralisées dans le monde, le social-démocrate pense que, par des moyens démocratiques, il est possible d’agir sur le monde, à condition de choisir les moyens avec la seule limite de l’éthique et sous la condition de l’efficacité. Ainsi, après un siècle d’expériences coûteuses, il convient de dire que dans ce que sont nos sociétés, l’économie de marché demeure une condition pour produire le maximum de richesse compatible avec ce que la nature peut donner, ce dont aucun projet sérieux ne peut se passer, surtout s’il veut être généreux.

Les politiques sociales-démocrates doivent faire en sorte que le système productif participe directement à la réduction des inégalités au lieu de les développer

Mais compte tenu de la réalité de la profondeur des inégalités sociales, des dérèglements climatiques et des atteintes à la nature, maîtriser la puissance du capitalisme est une condition impérative pour construire une économie sociale et écologique de marché, dans l’objectif de parvenir à une économie décarbonée. C’était déjà la conviction des premiers sociaux-démocrates : « le marché est un mauvais maître, mais il peut être un bon serviteur. » Le capitalisme financier contemporain prend, le plus souvent, comme unique critère d’efficacité la valeur de l’action en bourse. Il oublie ainsi le long terme et rejette sur la société les coûts sociaux et environnementaux.

Nous n’acceptons évidemment pas cette situation. Le projet social-démocrate, tout en conservant l’efficacité de l’économie de marché, est de mettre en place toutes les régulations nécessaires au niveau de l’entreprise, au niveau national, au niveau européen, au niveau international. Réforme fondamentale des prélèvements obligatoires concernant le système de production, équilibre des rapports entre les salariés et les actionnaires dans l’entreprise, mise en œuvre d’une politique industrielle ambitieuse et d’une planification écologique pour corriger les cécités du marché, activation de la transition écologique, sont autant de réformes fondamentales à conduire avec constance et fermeté.

Ainsi, par son action sur le système même de production de richesses, les politiques sociales-démocrates doivent faire en sorte que le système productif participe directement à la réduction des inégalités au lieu de les développer. C’est le sens d’une société décente et d’une République impartiale donc laïque garantissant la sécurité de tous dans le respect de chacun. Les sociaux-démocrates sont attentifs à la jeunesse, révoltés par les inégalités, l’urgence climatique et le racisme, l’antisémitisme, les discriminations. Ils font du combat pour la culture l’une des pierres angulaires de l’émancipation.

La redistribution demeure une priorité

Ensuite, il est important d’être clair sur ce qui est du ressort du service public et ce qui est du ressort de l’entreprise privée. Tout ce qui est bien public fondamental, ou qui relève d’un monopole naturel, tel que la santé, l’éducation, l’eau etc. relève du secteur public ou du domaine commun, ce qui n’exclut pas d’utiliser les entreprises privées pour en assumer des réalisations à l’intérieur de cahiers des charges stricts et sous le contrôle de la puissance publique.

Le reste doit dépendre de l’économie de marché dans les règles fixées par les États. La redistribution demeure une priorité. Il faut une solidarité pleine et entière envers les chômeurs et les pauvres, pour les uns en installant des moyens puissants de formation et de garanties de revenu, pour les autres en mettant en place un impôt négatif susceptible d’apporter une solution au problème de la pauvreté, au moins dans sa dimension monétaire.

Mais l’éradication de la pauvreté et la lutte contre les inégalités impliquent un ensemble d’actions volontaristes qui vont au-delà de la distribution des revenus. La santé, l’éducation, le logement, les retraites sont autant de domaines où il faut particulièrement veiller à l’efficacité des moyens choisis, en dehors des approches idéologiques sclérosantes, sans hésiter à mener les réformes internes qui s’imposent, pas plus qu’à inventer de nouveaux services publics, levier de l’aménagement du territoire nécessaire pour le monde rural qui souffre, quand cela s’avère nécessaire selon des besoins nouveaux.

Renforcer l’UE, en la réformant pour aller vers plus de solidarité dans les domaines essentiels pour notre avenir, et non la démanteler par morceaux, telle est notre ligne de conduite

Face aux mutations du système capitaliste, l’essor des technosciences et la mutation de l’immatériel, nous défendons l’intégrité humaine, cet humanisme des temps modernes. Le projet social-démocrate a aussi l’ambition de désaliéner les femmes et les hommes du travail, en transformant le statut du travailleur pour en faire un partenaire à part entière dans l’entreprise. La réforme du statut de l’entreprise pour davantage de démocratie interne est une visée centrale du projet social- démocrate moderne, à base de la participation des salariés au contrôle de la gestion et au partage de ses fruits. La mondialisation demeure une réalité. Mais elle est en train d’évoluer.

Les États y jouent un rôle plus important. Des phénomènes de régionalisation dans les chaînes de valeurs sont en cours. L’affrontement des nationalismes est aujourd’hui patent, avec tous les dangers qu’ils entraînent, comme le marque la guerre en Ukraine, à l’issue incertaine, et qu’ils entraîneront inévitablement. Et pourtant, les grands défis communs à l’humanité exigent des stratégies coopératives.

Nous avons donc besoin, plus que jamais, d’une base de puissance suffisante pour ne pas être les victimes des nouveaux désordres du monde. C’est la conviction profonde de tous les sociaux-démocrates, qui ont fait du projet européen, maintenant depuis trois générations, une part importante de leur identité propre. Renforcer l’Union européenne, en la réformant pour aller vers plus de solidarité dans les domaines essentiels pour notre avenir, et non la démanteler par morceaux, telle est notre ligne de conduite sans hésitation aucune.

Refermer la France sur elle-même serait la condamner sûrement. Ce sont là des conditions pour que le socialisme démocratique soit vraiment une philosophie de la liberté pour toutes les femmes et tous les hommes. On peut espérer alors, en rétablissant une communication entre les êtres, contribuer, même modestement, à donner une raison à la vie dans nos sociétés.

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