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CONSEIL DES MINISTRES : « Discours un peu catastrophique qui traduit une forme d’impuissance politique »

« Le chef de l’Etat « veut montrer qu’il n’est pas dépassé par la situation »

indique Philippe Moreau-Chevrolet, professeur de communication politique à Sciences Po. dans un entretien accordé à L’EXPRESS et que nous reproduisons ci contre.

Il écrit également ( notre titre ) que E Macron a tenu un « discours un peu catastrophique qui traduit une forme d’impuissance politique »

« Il essaie, écrit il par ailleurs, essaie de reprendre le contrôle de la situation, au moins dans les mots, et il veut montrer qu’il n’est pas dépassé par celle-ci. Il tente de donner l’impression qu’il maîtrise cette période politique difficile. Il essaie également de prendre de la hauteur afin d’essayer de rassurer les Français et de montrer qu’il a une vision globale de la situation. »

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Entretien

« Fin de l’abondance » : « Le message de Macron sera difficilement compréhensible au-delà des élites »

Propos recueillis par Julien Chabrout Publié le 24/08/2022 L’EXPRESS

En Conseil des ministres, ce mercredi, Emmanuel Macron a souligné la gravité des enjeux de la rentrée dans un discours inhabituellement pessimiste.

Emmanuel Macron a déjà tenu des discours quelque peu négatifs mais en général il s’agissait pour lui de montrer qu’il y avait dans le même temps des solutions. Or là, dans cette intervention, on ne voit pas vraiment de solution et on ne voit pas bien où cela nous mène.

Le tableau est sombre. Ce mercredi 24 août, en préambule d’un Conseil des ministres de rentrée à l’Elysée, Emmanuel Macron a été particulièrement pessimiste. Comme s’il voulait préparer les Français à des temps difficiles et à des « sacrifices » dans cette période marquée par une « série de crises graves », de la guerre en Ukraine en passant par la sécheresse.  

« Je crois que ce que nous sommes en train de vivre est de l’ordre d’une grande bascule ou d’un grand bouleversement », a déclaré le président de la République lors de son allocution exceptionnellement retransmise. « Nous vivons la fin de ce qui pouvait apparaître comme une abondance ». Pour Emmanuel Macron, nous vivons aussi la « fin des évidences » avec « la montée des régimes illibéraux et le renforcement des régimes autoritaires » ainsi que « la fin d’une forme d’insouciance ». 

Pour Philippe Moreau-Chevrolet, professeur de communication politique à Sciences Po et président du cabinet MCBG Conseil, le chef de l’Etat veut garder la maîtrise de la situation mais fait face à des impératifs difficilement conciliables.  

L’Express : Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il utilisé des termes aussi anxiogènes ? Quel était l’objectif poursuivi par le chef de l’Etat ? 

Philippe Moreau-Chevrolet : Emmanuel Macron essaie de reprendre le contrôle de la situation, au moins dans les mots, et il veut montrer qu’il n’est pas dépassé par celle-ci. Il tente de donner l’impression qu’il maîtrise cette période politique difficile. Il essaie également de prendre de la hauteur afin d’essayer de rassurer les Français et de montrer qu’il a une vision globale de la situation. Mais on peut estimer que ce discours un peu catastrophique traduit une forme d’impuissance politique, même si elle est peut-être temporaire.

Le chef de l’Etat fait face à des impératifs qui sont très difficiles à concilier : la crise climatique avec le besoin de soutenir l’économie, l’austérité budgétaire versus le « quoi qu’il en coûte » qui est maintenu en France comme on l’a vu lors de l’adoption du projet de loisur le pouvoir d’achat, etc.

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L’exécutif traverse probablement le moment le plus complexe et le plus difficile jamais vécu dans l’histoire de la Ve République : le gouvernement n’a pas de majorité absolue à l’Assemblée, Emmanuel Macron a été réélu sans aucun élan et donc un peu par défaut, il doit gérer deux épidémies, le Covid-19 et la variole du singe, ainsi qu’une crise climatique sans précédent dans une période marquée par l’inflation et par la guerre en Ukraine. 

Le message d’Emmanuel Macron délivré ce mercredi est toutefois ambigu et il n’est pas très compréhensible sur le fond car on ne sait pas s’il prend acte de l’urgence climatique ou s’il adresse un message d’austérité budgétaire à venir. On ne sait pas s’il nous prépare à des ruptures à venir concernant les fournitures de gaz. On ne sait pas au final s’il parle à la droite ou à la gauche. Le président de la République est un bon commentateur politique mais à mon sens il n’a pas envoyé un bon message politique ce mercredi car on ne comprend pas ce qu’il veut dire ni ce qu’il prépare. Cela apporte de l’anxiété mais cela n’apporte pas plus de clarté.  

Les Français comprennent très bien que nous vivons une période de pénuries et de restrictions, et ils ont vécu la sécheresse de très près. Ils n’ont pas besoin qu’on leur fasse une dissertation mais en revanche ils souhaitent savoir ce que le président de la République va faire demain pour améliorer ou au moins gérer la situation. Emmanuel Macron aurait d’ailleurs pu rappeler qu’il a instauré un bouclier fiscal unique en Europe afin de protéger les Français sur les tarifs de l’énergie. Il faudrait donc à mon avis sortir d’une forme de paternalisme communicationnel pour expliquer concrètement ce que l’on va faire face à ces crises.  

Ce discours à l’accent churchillien qui semble nous prédire du « sang, du labeur, des larmes et des sueurs » ne risque-t-il pas d’apparaître comme décalé ou inapproprié aux yeux de la majorité des Français ? 

On voit bien ce qu’Emmanuel Macron veut dire, on constate tous qu’il y a un changement historique par rapport à la période des Trente Glorieuses. Mais ce message anxiogène va être difficilement compréhensible au-delà des élites car pour la plupart des Français, les mots d’insouciance et d’abondance sont incompréhensibles, ils ne se sentent pas concernés.  

Ce message pessimiste n’aurait-il pas pu être délivré par la Première ministre Elisabeth Borne ? Traditionnellement, un chef de l’Etat se réserve les bonnes nouvelles quand le chef du gouvernement récupère les moins bonnes…  

Emmanuel Macron veut montrer que dans cette séquence, le vrai patron, c’est lui. Le fait de ne pas laisser la Première ministre faire sa rentrée politique est très significatif : c’est lui le boss et il n’y en a pas d’autre. Cette allocution était donc aussi une manière pour lui de réaffirmer fortement et symboliquement son autorité, mais tout ceci s’inscrit dans la suite logique de la présidentialisation du régime.  

LIRE AUSSI >> Crise de l’énergie, grèves, PLF… La majorité s’attend à une rentrée mouvementée 

Il est toutefois étonnant que le président de la République ne se garde pas la possibilité d’avoir une Première ministre qui servirait de fusible. On aurait pu penser que ce quinquennat marquerait le retour du Premier ministre, avec un rôle qui serait accru au regard de l’importance du Parlement, mais ce n’est pas le cas. 

Le macronisme des origines, synonyme d’optimisme, semble bien loin. Il y a deux ans, Emmanuel Macron concluait une adresse solennelle aux Français par ces mots : « Nous aurons des jours meilleurs et nous retrouverons les jours heureux. J’en ai la conviction »…  

Cela fait environ un mois que le chef de l’Etat distille des avertissements qui se veulent churchilliens. Il aime bien avoir une posture de Président qui prépare le pays à des situations difficiles, un peu une posture du héros qui va sauver son peuple des périls et des difficultés en temps de guerre. 

Emmanuel Macron a déjà tenu des discours quelque peu négatifs mais en général il s’agissait pour lui de montrer qu’il y avait dans le même temps des solutions. Or là, dans cette intervention, on ne voit pas vraiment de solution et on ne voit pas bien où cela nous mène.

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