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GRANDE BASCULE ET FIN D’ABONDANCE : « MACRON DEVRAIT ARRÊTER DE JOUER LES NOSTRADAMUS »

Après ce premier conseil des ministres de la rentrée, Emmanuel Macron nous a joué du Nostradamus en parlant de fin d’abondance.

Tel est le propos de Philippe Charlez expert et par ailleurs contributeur de INFRASTRUCTURE FRANCE et de METAHODOS LES ENTRETIENS DE LA MÉTHODE

NOS PRÉCÉDENTES PUBLICATIONS RELATIVES À LA GRANDE BASCULE

LA « GRANDE BASCULE » : INVENTION DE L’AU-DELÀ DES CRISES ET AVERTISSEMENT AUX FRANCAIS. https://metahodos.fr/2022/08/24/la-grande-bascule-invention-de-lau-dela-des-crises/

CONSEIL DES MINISTRES : « Discours un peu catastrophique qui traduit une forme d’impuissance politique ». https://metahodos.fr/2022/08/25/conseil-des-ministres-discours-un-peu-catastrophique-qui-traduit-une-forme-dimpuissance-politique/

LES PRÉOCCUPATIONS DES FRANÇAIS AU MOMENT OÙ ILS SONT AVERTIS SUR LA FIN DE L’INSOUCIANCE ET DE L’ABONDANCE. https://metahodos.fr/2022/08/24/les-preoccupations-des-francais-au-moment-ou-ils-sont-avertis-sur-la-fin-de-linsouciance-et-de-labondance/

Abondance : Macron devrait arrêter de jouer les Nostradamus

26 août 2022 Philippe Charlez CONTREPOINTS

La fin de l’ancien monde et le basculement vers un nouveau monde incertain, inquiétant voire dramatique revient périodiquement sur la scène depuis la nuit des temps. L’Ancien Testament avait narré Noé et son Arche seuls survivants du déluge, l’Évangile selon Saint Jean l’Apocalypse.

À chaque époque son prédicateur ! Durant le premier confinement, le prophète Hulot ne nous avait-il pas annoncé que le coronavirus devait être compris comme un « ultimatum de la nature ».

Après ce premier conseil des ministres de la rentrée, c’est cette fois Emmanuel Macron qui nous a joué du Nostradamus :

Nous sommes en train de vivre un grand bouleversement… Nous vivons la fin de ce qui pouvait apparaître comme une abondance. Celle des liquidités sans coût, celle de produits qui nous semblaient perpétuellement disponibles comme l’eau et l’énergie. C’est aussi la fin des évidences comme celle de la démocratie. Et c’est aussi la fin d’une forme d’insouciance. Face à cette grande bascule, nos compatriotes réagissent avec beaucoup d’anxiété. Et face à cela nous avons quelques devoirs.

Grand bouleversement, fin de l’abondance, le discours anxiogène du Président doit avant tout être compris comme un artifice de communication politique. Le président prépare les Français à un hiver potentiellement difficile avec des prix stratosphériques pour l’énergie associés à de possibles black-outs électriques et pénuries de gaz. Si tel est le cas il aura prévenu, si tel n’est pas le cas il aura géré correctement la crise.

 

Mensonge éhonté et déni de la réalité

Mais, sur le fond, ses palabres sont pour le moins inquiétantes.

L’Européen libéral et mondialiste convaincu de technologie serait-il en train de se convertir en secret à la collapsologie servignienne ? Convaincu de la proche fin du monde, il donne l’impression de vouloir faire pénitence de ses péchés en acceptant la décroissance économique en rédemption.

La situation actuelle sur fond de conflit russo-ukrainien n’est certes pas encourageante et peut expliquer un certain pessimisme ambiant. Entre l’inflation, les incendies de forêt, le manque d’eau, la pénurie de certaines denrées alimentaires, la volonté de Vladimir Poutine de couper le robinet du gaz ou l’intention de l’Arabie Saoudite de réduire sa production de pétrole pour faire monter un peu plus les prix du baril, les mauvaises nouvelles s’accumulent. Mais, plutôt que d’annoncer l’Apocalypse, ne serait-il pas préférable de booster le moral des troupes en reconnaissant notamment les lourdes erreurs passées ? Hélas, la causerie du chef de l’État est une fois encore révélatrice d’une amnésie politique et caractéristique d’un « en même temps » contradictoire et paradoxal. Car les nombreuses erreurs passées se lisent en filigrane de son discours.

L’abondance des liquidités sans coût a davantage existé dans l’esprit de la Macronie que dans celui des citoyens responsables. L’exécutif est sur ce point dans un déni total de la réalité : l’insouciance vient principalement des pouvoirs publics. Durant la pandémie les Français ont été déresponsabilisés en leur faisant croire au magique et gratuit « quoi qu’il en coûte ». Un quoi qu’il en coûte plombant une dette financée par une planche à billets espérant à tort que les taux d’intérêt resteraient quasi nuls. Plus récemment on nous a chanté que la France résistait mieux que ses voisins à l’inflation.

C’est un mensonge éhonté dans la mesure où l’énergie est en partie subventionnée par l’État via les boucliers tarifaires. L’inflation est en grande partie le retour de bâton du quoi qu’il en coûte et n’est en rien lié à la guerre russo-ukrainienne. La fin de l’abondance annoncée par le président n’est en fait le retour vers un monde normal dans lequel l’argent n’a jamais été gratuit. Personne n’échappe au payement de ses factures !

Et que dire de l’énergie ! La guerre russo-ukrainienne n’est que le révélateur conjoncturel d’une crise structurelle liée à une baisse de l’offre et à un accroissement de la demande. Une crise structurelle reposant sur un manque d’anticipation et des mauvais choix stratégiques.

 

Des causes profondes qui remontent à 2015

Les gaz et pétroles de schistes ayant envahi le marché au cours des années 2010 à 2015, les cours des hydrocarbures s’étaient effondrés. En conséquence, les investissements dans le développement des nouveaux champs pétroliers et gaziers ont été drastiquement réduits de 800 milliards de dollars en 2015 à seulement 325 milliards de dollars en 2021. Ce phénomène a été renforcé par l’irresponsabilité d’ONG environnementalistes pressant les banques de ne plus prêter aux compagnies pétrolières et aux États producteurs. Cette baisse des investissements a mécaniquement induit un sous-investissement dans le développement de nouveaux champs et donc induit une baisse de l’offre. Si la guerre en Ukraine est venue y ajouter une « couche conjoncturelle », la baisse de l’offre est avant tout structurelle.

Face à cette baisse de l’offre, nos politiques sont restés amnésiques, oubliant que le mix énergétique mondial était toujours composé de 82 % d’énergies fossiles et que ce chiffre restait désespérément constant. Première erreur.

Parallèlement, ils ont choisi d’investir massivement dans les énergies renouvelables (5000 milliards de dollars dans le monde au cours des 15 dernières années dont près de 1000 milliards d’euros en Allemagne et 150 en France). Deuxième erreur.

Car ces énergies sont intermittentes et ont besoin d’un « ami pilotable ». Éliminant le charbon et rechignant le nucléaire il ne restait que le gaz dont la demande s’est significativement accrue au cours des dernières années.

Baisse de l’offre et croissance de la demande gazière, ce que le président appelle pénurie ou fin d’abondance n’est en fait qu’une simple rupture offre/demande. Car, contrairement à ce qu’il laisse entendre… le gaz et le pétrole sont toujours là. Compte tenu des prix élevés, les producteurs investissent massivement, ce qui devrait progressivement rebooster la production et corriger le manque d’offre. Mais, l’énergie étant régentée par le « temps long », malgré la progression des investissements, cette correction pourra prendre plusieurs années.

 

Faillite de la stratégie énergétique europénne

Cette situation largement prévisible est riche d’enseignement quant à la faillite de la stratégie énergétique européenne.

Elle a été particulièrement défaillante en Allemagne qui a décidé dès 2010 et pour des raisons purement idéologiques de sortir du nucléaire et de foncer dans les renouvelables. Misant sur le gaz comme « ami des renouvelables », avec notamment la construction des gazoducs Nord Stream 1 & 2, le pays s’est consciemment mis sous dépendance gazière russe et en payera le prix fort cet hiver si Vladimir Poutine le décide.

La France a certes commis moins d’erreurs que l’Allemagne en maintenant son nucléaire.  Cela étant, le parc vieillissant dévoile d’inquiétantes faiblesses qui nous rendent aujourd’hui très dépendants de la grille européenne et donc du marché spot de l’électricité.

Il faut reconnaître à Emmanuel Macron d’avoir fait une sorte de mea culpa dans son discours fondateur de Belfort du 13 février 2022 en proposant une stratégie opposée à celle qu’il avait défendue durant son premier quinquennat : abandon des 50 % de nucléaire, grand carénage et construction de 14 nouveaux EPR. Même si cela venait un peu tard, reconnaissons-lui une certaine lucidité quant à la gravité de la situation. Espérons que dans cette période difficile que le président ne va pas à nouveau changer de stratégie et redonner du crédit aux chantres nupésiens de la décroissance, toujours convaincus que le « tout renouvelable » est la solution universelle.

Ressaisissez-vous, reconnaissez vos erreurs et corrigez les monsieur le Président. Les Français vous en seront reconnaissants !

 

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