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« LA Ve RÉPUBLIQUE, UNE MONARCHIE ALÉATOIRE »

La Ve République, une « monarchie aléatoire »

Notre rapport au présidentialisme

Interrogé dans L’Express, Baptiste Gauthey, responsable des études de GL, analyse notre rapport au présidentialisme. Pour bâtir une démocratie mûre et fonctionnelle, électeurs comme responsables politiques doivent confronter leurs idées au réel.

ARTICLE

La Ve République, une « monarchie aléatoire »

Pour Baptiste, la présidentialisation de notre régime trouve ses origines dans les divers traumatismes politiques vécus avant 1958 : l’instabilité ministérielle des deux régimes précédents et « la légende noire » qui les caractérisent (la débâcle de 1940 et l’enfantement du régime de Vichy pour la IIIe République ainsi que l’incapacité à venir à bout de la Guerre d’Algérie pendant la IVe République). Si l’on n’imaginait pas que la Ve République puisse déboucher sur un fait majoritaire à ses débuts, la bipolarisation de la vie politique française à partir des années 1970 a renforcé le Président de la République en lui prêtant des majorités acquises à sa cause. Pourtant, dans l’agencement institutionnel, le Premier ministre en tant que pivot entre l’exécutif et le législatif est le véritable chef de la majorité. La liberté d’interprétation de la Constitution s’est faite à l’avantage du Président.

Selon Baptiste, les révisions constitutionnelles qui ont institué le quinquennat et l’alignement des calendriers électoraux de sorte à synchroniser l’élection présidentielles et les élections législatives, symbolisent le manque de culture démocratique française. Ces réformes ont sonné le glas des périodes de cohabitations qui étaient considérées comme des moments où l’exécutif ne pouvait pas gouverner et ont donc visé à saper les contre-pouvoirs. Les Français ne se défont pas de la recherche sempiternelle de l’homme providentiel. Au fond, le problème n’est pas tellement institutionnel  mais se situe en amont, dans le « rapport vicié que nous entretenons avec le pouvoir ».

« L’un des principaux problèmes posés par la Ve aujourd’hui est qu’elle aboutit à un paradoxe : le pouvoir exécutif est important, vertical et centralisé, mais on constate une incapacité chronique à mener à terme les réformes structurelles importantes. »

En effet, Baptiste ne pense pas que le ver était dans le fruit de la Ve République. Comme le juriste Jean-Marie Denquin, il pense que notre régime politique est une « monarchie aléatoire » permise par une grande flexibilité interprétative de la Constitution et des pratiques désormais routinières adoptées au gré des rapports de forces liés à la conjoncture politique. Dans la lignée de l’historien François Furet, qui observe des permanences et des continuités entre l’Ancien Régime et la Révolution, Baptiste perçoit dans notre histoire politique faite d’alternances entre des poussées révolutionnaires et des moments autoritaires incarnés par des figures charismatiques, les causes culturelles de cette tension bien française entre démocratie et personnalisation du pouvoir.

Ainsi, Baptiste rappelle que les propositions de notre recueil « Déprésidentialiser la Ve République » ont pour vocation de revenir à l’esprit du texte de 1958, lorsque le Président de la République était élu par un collège de grands électeurs. Le rôle du Premier ministre serait revalorisé comme à l’époque des cohabitations passées pendant lesquelles le Président restait dans le périmètre restreint qui lui est dévolu dans la Constitution.

« D’un côté, les Français adorent détester leur élite politique, mais de l’autre, ils ont des attentes démesurées à son égard. Et si on arrêtait d’attendre tout de la politique ? En démocratie libérale, le pouvoir politique ne peut pas tout, et il faut s’en réjouir ! »

Quant à la situation actuelle, si elle semble propice à transformer notre culture politique, Baptiste craint dans l’attitude des oppositions, la persistance d’un héritage politique fait de confrontations stériles et infantiles. Les oppositions adoptent cette posture par pureté militante et idéologique afin de ne pas donner le sentiment à leurs électeurs de les trahir. Nombre de nouveaux parlementaires de LFI et du RN n’ont jamais exercé de responsabilités nationales et n’ont jamais confronté leurs formules incantatoires au réel : il est plus simple d’être l’opposition que dans la majorité. À titre d’exemple, Baptiste cite l’expérience du quinquennat de François Hollande. Élu sur un programme social ambitieux, la gestion des affaires courantes et des réalités l’a amené à décevoir beaucoup de gens. Mais quoi de finalement plus sain qu’une démocratie pluraliste dans laquelle on gouverne sur la base de compromis.

Enfin, Baptiste estime qu’avoir une démocratie « mature et fonctionnelle » impliquerait des hommes politiques qu’ils cessent de promettre monts et merveilles à leurs électeurs en les enjoignant à accepter la complexité du monde dans lequel nous vivons. De la même façon, les citoyens ne peuvent tout attendre du pouvoir politique et placer en lui des attentes incommensurables sur tous les aspects de la vie.

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