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BILLET. CRISE DE L’ÉLECTRICITÉ : « OÙ ALLONS NOUS » ?

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Sobriété, pénurie, délestage : où allons-nous avec notre secteur électrique ?

5 décembre 2022 CONTREPOINTS Loïk Le Floch-Prigent

Les erreurs commises par le passé sont suffisamment lourdes de conséquences dramatiques pour que l’on accepte  de réfléchir en gommant les positions émotionnelles et idéologiques.

D’abord un constat : tout le monde a vu que malgré les rodomontades des dirigeants actuels ou passés, il est à craindre que dès l’hiver prochain notre pays manque d’électricité.

Devenus désormais importateurs d’électricité, les Français sont donc avertis par leur gouvernement que certains d’entre eux peuvent se retrouver « dans le noir » dans quelques semaines. C’est un changement car on leur avait dit que le pays était exportateur et qu’en conséquence il ne fallait pas trop investir dans la production largement majoritaire d’électricité d’origine nucléaire.

Le réveil est donc difficile et c’est le retour au registre des peurs et des restrictions comme lors du covid.

La question de savoir comment nous en sommes arrivés là est désormais dans tous les esprits à condition d’avoir pris la peine de s’y intéresser. Les responsables se défendent mollement, inutile de les accabler encore plus, d’autant que leurs propos passés passent en boucle sur les réseaux sociaux. Il est plus intéressant de savoir comment s’en sortir si nous le voulons vraiment, c’est-à-dire si l’objectif est bien d’éviter les pénuries et les drames et non de punir les Français des décisions antérieures qu’ils ont accepté par ignorance, lassitude, idéologie…

Un pays maintient son niveau de vie s’il dispose d’une énergie abondante, bon marché et souveraine. Il est clair que ce n’est plus le cas et le fait de poursuivre l’idée que nous allons être désormais dans une situation future d’énergie restreinte, chère et dépendante de producteurs et de matériels étrangers est un abandon consternant de volonté de conserver notre prospérité. Ces propos sont donc inacceptables tout comme les égarements qui en découlent.

Les mesures sur le court terme pour augmenter la production, réduire les prix et maintenir une indépendance ont-elles été prises ?

La réponse est clairement non.

Les centrales nucléaires, l’hydroélectricité, le gaz, les installations charbon/pellets n’ont pas bénéficié de toutes les mesures d’urgence que la situation actuelle pouvait faire espérer. On a simplement voulu accélérer le passage au Parlement de l’urgence des énergies renouvelables éoliennes et solaires dont nous savons tous qu’elles n’ont aucune efficacité car intermittentes et nécessitant des installations pilotables complémentaires. Cumuler ces deux exigences à échéance de quatre années est cher puisqu’elles exigent des investissements lourds en modifications majeures de réseaux.

Le solaire et l’éolien ne peuvent pas « remplacer » les centrales pilotables dans de bonnes conditions économiques puisque leur présence nécessite leur « doublage » par des centrales pilotables pour la continuité du service de l’électricité et l’absence de délestages.

En ce qui concerne les centrales nucléaires ont été cumulés un programme de maintenance retardé par le covid avec un avatar lié à la « corrosion sous contrainte » d’éléments du secteur secondaire dans sept centrales en les arrêtant par précaution de « contagion ». C’est une manifestation de la peur et non de la raison ! Avant de se précipiter dans ce drame de sous-production pour l’hiver 2023 il aurait fallu un examen plus approfondi et non émotif. Celui qui arrête des centrales est félicité, celui qui accepte leur poursuite d’activités est trainé dans la boue… On connaît le résultat.

La vie industrielle est une succession de risques et celui qui n’en prend pas doit changer de métier.

On pourrait multiplier les commentaires : sur les grèves surprises en pleine urgence à EDF, sur les attaques de l’écologie politique sur les barrages et les réserves d’eau, l’absence de déclaration d’urgence sur les travaux à entreprendre, les retards dans les appels d’offres et les financements, les économies de bouts de chandelle demandés aux uns et aux autres, et surtout les déclarations fracassantes de tous les médias sur le fait que l’hiver prochain allait être sauvé par l’éolien et le solaire !

Il se trouve que ni le vent ni le soleil ne sont au rendez-vous de l’hiver européen et donc de la demande des consommateurs depuis plus de quinze ans et que tout le monde peut le dire et le montrer.

Par ailleurs et toujours sur le court terme on n’a pas examiné de façon systématique comme dans tous les autres pays européens comment remettre en fonctionnement les centrales à charbon ou à fioul, par exemple Le Havre et Porcheville en ce qui concerne EDF.

De même pour 2024 aucun examen sérieux n’a été réalisé sur la réouverture de Fessenheim, une des meilleures centrales existantes. Enfin, pour utiliser au mieux les centrales actuelles et limiter les dépenses la priorité donnée aux énergies éolienne et solaire sur les réseaux est absurde et mériterait d’être révisée. Elle n’a été donnée au secteur intermittent que pour mieux justifier des investissements inutiles et coûteux, la France s’appuyant sur 75 % d’électricité d’origine nucléaire. On n’a pas non plus demandé une ouverture en urgence de Flamanville 3 qui semble désormais au point !

Un marché de l’électricité faussé

Enfin le marché de l’électricité créé par idéologie pour justifier la présence de parasites entre les producteurs, transporteurs, clients et consommateurs se doit d’être supprimé pour que l’on revienne à la politique des tarifs qui a montré son efficacité depuis des dizaines d’années.

L’Espagne et le Portugal, non connectés au reste de l’Europe, se sont écartés de ce marché piloté à Leipzig. En conséquence ces deux pays disposent d’une énergie électrique trois fois moins chère que chez nous alors que c’est notre coût de production qui est le plus bas de tous, soit environ la moitié du leur !

Tant que l’on n’entre pas dans cette grille de lecture de l’approche de notre hiver on n’a pas le droit de faire peur à la population sur un hiver rigoureux et des restrictions y compris celle de l’ouverture des écoles. La responsabilité régalienne c’est de fournir une énergie abondante, bon marché et souveraine et donc de prendre toutes les mesures d’urgence susceptibles d’y parvenir sans mentir effrontément sur la capacité de l’éolien et du solaire pour le réaliser dès les deux hivers prochains ! On veut accélérer les programmes de ces deux sources pour éviter des pénalités européennes acceptées bien que stupides puisque dans le même temps l’Allemagne va se fournir cet hiver presqu’intégralement avec des centrales à gaz ou charbon avec les félicitations de la Commission européenne.

Sur le moyen terme on sait qu’il va falloir accélérer les programmes de maintenance des centrales actuelles en les dopant, en leur prolongeant de dix à vingt années supplémentaires tout en se décidant d’en construire de nouvelles, non en 15 ans comme annoncé dans les journaux mais en 5 ans comme en Chine avec nos plans, nos techniciens et nos entreprises ! Il faudra commencer par celles qui sont dans les cartons mais ensuite apprécier la possibilité d’en faire des plus petites (dites SMR) ou des centrales à neutrons rapides (RNR) dont nous avons arrêté stupidement la construction et l’étude deux fois : Superphénix en 1997 et Astrid en 2019.

La réflexion sur un outil complémentaire hydroélectrique sera sûrement utile.

À coté de l’outil du nucléaire qui fonctionne en base continue, il faut du pilotable flexible et c’est l’hydraulique le plus performant et renouvelable, correspondant entre 11 et 15 % de la production nationale.

La géothermie, la méthanisation et les énergies solaire et éolienne doivent continuer à assurer les productions pour circuits courts et donc être étudiées en améliorant les rendements et en utilisant les smart grids pour éviter les surcoûts de réseaux. Souvenons-nous aussi que nous importons désormais du gaz de schiste américain alors que nous pourrions en deux ans utiliser celui de notre sous-sol pour environ 15 % de notre consommation.

Conclusion

Les erreurs commises par le passé sont suffisamment lourdes de conséquences dramatiques pour que l’on accepte de réfléchir en gommant les positions émotionnelles et idéologiques. Il faut passer les hivers prochains et prendre les bonnes décisions.

La sobriété c’est la pénurie, le déclin et la poursuite de la désindustrialisation, la fuite des cerveaux et l’antichambre du désespoir de l’ensemble de la population. On ne peut s’y résoudre avant même d’avoir entrepris toutes les solutions aveuglantes ici juste esquissées.

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