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La fiction peine à penser autre chose que l’apocalypse climatique

La littérature, les séries et le cinéma de « fin du monde » ?

Alors qu’il est urgent de susciter et d’inspirer des actions transformatrices, la littérature, les séries et le cinéma peinent à penser autre chose que l’apocalypse climatique, relève cette journaliste espagnole.

ARTICLE

La fiction s’est résignée à l’apocalypse, malheureusement

COURRIER INTERNATIONAL El PaísTraduit l’espagnol [Cet article est extrait du hors-série n° 93 de Courrier international intitulé “Climat : le temps de l’action”].

“Et si on cessait de faire semblant ?”  Depuis que Jonathan Franzen a publié un essai sous ce titre dans le New Yorker en 2019, il répète à l’envi que, face aux changements climatiques, il n’y a plus qu’à se résigner et à regarder le monde s’effondrer. “Vous pouvez continuer d’espérer que la catastrophe est évitable, et éprouver toujours plus de frustration et de colère vis-à-vis de l’inaction du monde. Ou vous pouvez accepter que le désastre est pour demain, et commencer à reconsidérer ce que cela veut dire d’espérer”, écrivait-il alors.

Et même si dans son dernier roman, Crossroads [éd. L’Olivier, 2022], le romancier a préféré se concentrer sur la vie d’une famille ordinaire, Jonathan Franzen, qui a déjà montré son apathie en ce qui concerne la surpopulation dans Freedom [éd. L’Olivier, 2021], se fait la voix littéraire du fatalisme nihiliste chaque fois qu’on lui tend un micro.

Les contre-attaques d’auteurs tels que Rebecca Solnit, qui rappelle que “la fatigue climatique est un privilège” et que “ceux qui subissent les inondations et les incendies ne peuvent pas se permettre de perdre espoir”, n’ont aucun effet. Franzen, 63 ans, campe sur ses positions. Voici ce qu’il a déclaré en avril [2022] sur une radio australienne :

“C’est la fin de la civilisation telle que nous la connaissons. Nous avons dépassé depuis longtemps le stade où la catastrophe climatique était évitable.”

Ses proclamations lui ont valu d’être accusé par des spécialistes du climat de n’être qu’un doomer millionnaire blanc”de plus.

Fin du monde mais pas du capitalisme

D’origine anglaise, le mot “doomer”désigne une personne qui s’est résignée à l’apocalypse et le mème “OK, doomer” s’est répandu sur Internet en réponse à cette attitude défaitiste. “Les seuls à tomber dans ce piège sont les Blancs riches qui pensent qu’ils ne survivront pas tant que tout le monde et tout le reste n’auront pas disparu”, commente Brynn O’Brien, directrice du groupe de réflexion australien Centre for Corporate Responsibility [“Centre pour la responsabilité des entreprises”]. Pour elle, Franzen a “une position non scientifique, moralement insoucieuse (au mieux) et politiquement aveugle”.

Comme l’a dit Mark Fisher il n’y a pas si longtemps dans Le Réalisme capitaliste [éd. Entremonde, 2018] : en cette ère de néolibéralisme sauvage, il est beaucoup plus facile pour certains d’imaginer la fin du monde que celle du capitalisme.

Franzen est-il l’écrivain le plus défaitiste devant la crise climatique ? Avec ses héroïnes, Sally Rooney lui dispute cette ambition. L’autrice, allergique à l’expo

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