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PRINTEMPS STUDIEUX AVEC METAHODOS – LIRE « QUAND LA PAROLE DÉTRUIT «

ÉMISSION

La parole dans tous ses états

Dimanche 14 mai 2023 FRANCE CULTURE

Quand on ouvre une page du Talmud, la première chose que l’on remarque est la mise en scène de la pensée. Les maîtres qui exposent leurs idées sont toujours en dialogue avec d’autres maîtres ou avec leurs disciples, mais jamais seuls. On se souvient du célèbre verset biblique de Jérémie (50, 36) commenté et souvent cité par Levinas : « Guerre aux isolés ils s’abêtissent ». Il y a une intelligence du penser à deux qui est différente de ce que l’on nomme aujourd’hui « la pensée collective » ou « collaborative ». Il s’agit d’une pensée dynamique, où chacun apporte son savoir et son savoir faire pour les mutualiser à partir de l’échange, du dialogue, de la confrontation, du questionnement, de l’écoute, de l’humilité, du plaisir de partager, et du plaisir de faire circuler la parole.

Un midrach audacieux compare ce comportement des maîtres à celui de jeunes filles qui jouent au ballon, qui se font des passes, se lancent la balle et se la relancent, qui parfois leur échappe, mais qui, sans se décourager, courent après la balle pour la rattraper et continuer le jeu. Pour bien penser, il faut savoir jouer disait Winnicott !

La parole dit la langue hébraïque se dit davar, exactement comme le mot chose non pas parce que les mots sont des choses, mais parce que la parole circule comme les objets, passent de mains en mains et toute réalité qui possède cette qualité appartient à cette même racine hébraïque, l’abeille, dvora, qui va de fleurs en fleurs en est l’exemple le plus paradigmatique !

Mais qu’est-ce qu’une parole exactement ? « Qu’est-ce que parler veut dire ? » comme le demandait Bourdieu dans un célèbre livre portant ce titre ? Quelle passes, quels tours de passe-passe parfois sont au cœur de la parole?

« Tu choisiras la vie » dit un verset fondamental de la Tora qui est le fil rouge des Talmudiques de cette année. Quelle vie pour la parole ? Quelles impossibilités parfois pour cette parole de se déployer et d’être pour les hommes l’expression de ce qu’ils sont fondamentalement des « souffles de paroles » selon la formule du texte biblique !

Les invités

Monique Atlan est journaliste et essayiste. Licenciée en Droit, diplômée de Sciences Po Paris, études à l’Inalco, elle a exercé ses fonctions durant 44 ans à France 2 comme journaliste au Journal, puis comme rédactrice en chef et animatrice d’émissions littéraires (Dans quelle éta-gère).

Roger-Pol Droit est normalien, agrégé de philosophie, docteur d’État, habilité à diriger des recherches. Professeur de philosophie, puis chercheur au C.N.R.S., il a travaillé sur les représentations des philosophies d’ailleurs dans la pensée occidentale. Chroniqueur au journal Le Monde et pour d’autres publications, il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages traduits en 32 langues. Parmi eux, Et si Platon revenait… (Albin Michel, 2018, poche « Espaces Libres » 2020) et Un voyage dans les philosophies du monde (Albin Michel, 2021).

Monique Atlan et Roger-Pol Droit ont publié ensemble :

  • Humain. Une enquête philosophique sur ces révolutions qui changent nos vies (Flammarion, 2012, Champs 2014)
  • L’espoir a-t-il un avenir ?(Flammarion, 2016)
  • Le sens des limites(Éditions de l’Observatoire, 2021)
  • Quand la parole détruit (Éditions de l’Observatoire, 2023)

Archive sonore

Extraits et commentaires concernant La radio des milles collines.

Le livre des invités

Editions de l’Observatoire © Radio France – DR

PRÉSENTATION DE L’ÉDITEUR

« Condamner en un tweet, relayer des fake news, se moquer des uns, harceler les autres…

À l’ère des réseaux sociaux, la violence des mots déferle, étouffe les débats, envahit les médias, déréglant ainsi nos vies et nos échanges. Et si, saturés de mots, nous avions perdu le sens de la parole?

Et si nous étions devenus oublieux de ses pouvoirs de vie ou de mort, d’élaboration ou de destruction ? Une parole toujours à double face, ambivalente, comme tout ce qui est humain. De tous temps, dans toutes les cultures du monde, le versant toxique de la parole a été critiqué et condamné.

Mais à l’heure où, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les machines donnent de la voix en se mêlant à nos conversations et à notre vie quotidienne, nous ne prenons pas assez la mesure des enjeux éthiques, sociaux et politiques de cette situation inédite. Toujours à l’ombre d’un risque totalitaire.

Dans un style limpide, Monique Atlan et Roger-Pol Droit tracent une analyse philosophique et historique du statut de la parole, pour ouvrir des pistes de réflexion sur la crise actuelle. Ils appellent à réendosser notre responsabilité individuelle et collective envers le seul vrai «super-pouvoir» des humains. »

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