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FOCUS SUR LES SURLIGNEURS : UN «VÉRITABLE MÉDIA JURIDIQUE» ?

PRÉCÉDENTE PUBLICATION DE METAHODOS

PARTENARIAT PUBLIC SÉNAT / SURLIGNEURS AUTOUR DU DU LÉGAL-CHECKING https://metahodos.fr/2023/08/04/partenariat-avec-le-collectif-les-surligneurs-autour-du-legal-checking/

1. ARTICLE

Heureusement Les surligneurs existent !

[ 17 février 2022 ] ACTU DALLOZ

Les surligneurs est un média juridique auquel vous pouvez participer. Jean-Paul Markus, professeur à l’Université Paris-Saclay, en est le directeur de la rédaction. Il nous explique quand, pourquoi et comment venir les rejoindre pour surligner à votre tour les propos politiques juridiquement erronés.

Rappelez-nous l’histoire des Surligneurs

Tout part d’une idée du fondateur, Vincent Couronne (docteur en droit européen, enseignant à l’Université de Paris-Saclay), qui s’énervait en entendant tant de promesses juridiquement farfelues lors de la campagne présidentielle de 2017. Avec un ami designer, il décide de monter un site pour dénoncer ces erreurs. J’ai trouvé le projet si enthousiasmant que je m’y suis joint dès le début, commençant à éplucher les programmes électoraux, discours ou interviews politiques. Puis nous avons invité des collègues à nous rejoindre, puis des étudiants, et je suis “monté en grade”, devenant directeur de la rédaction. Le succès fut tel que les télévisions étrangères (Japon, Québec, Corée du Sud) qui couvraient l’élection en 2017 sont venues nous filmer à l’université…

Depuis, nous ne nous limitons pas au traitement des seules élections : le personnel politique n’attend pas les élections pour proférer des contre-vérités juridiques. Grâce à des financements publics (Université Paris-Saclay notamment) mais aussi privés (Lextenso, LCI, Fondation Hippocrène), Les Surligneurs sont devenus un vrai média juridique, avec un numéro de Commission paritaire des publications et agences de presse. Une vingtaine de bénévoles et/ou stagiaires, autant d’enseignants-chercheurs (mais aussi des avocats ou des juristes) intervenant comme auteurs ou relecteurs, et environ 150 étudiants chaque année, qui veillent sur la presse et rédigent sous la supervision d’un enseignant.

Comment qualifiez-vous votre activité au sein du monde du droit et des médias ?

Au fil du temps, nous avons réalisé que nous venions de mettre au point ce que nous avons baptisé le legal checking. Le fact checker vérifie les affirmations factuelles, le legal checker vérifie les affirmations qui ont une portée juridique. Nous sommes un média juridique, ce que nous assumons en veillant à préserver la rigueur scientifique de nos publications. Mais nous nous adressons aussi à un public de non-juristes, en particulier les journalistes de la presse généraliste, qui nous relayent fréquemment, au point qu’ils nous citent désormais sans avoir à préciser qui nous sommes, ou utilisent nos arguments lorsqu’ils questionnent les femmes et hommes politiques. Nous sommes très fiers de cette notoriété acquise, et le legal checking devient même à la mode (LibérationLe FigaroFranceInfo etc.). Mais c’est aussi parce que nous avons su rendre nos publications accessibles, en évitant de jargonner, en expliquant les termes juridiques lorsqu’ils sont incontournables, en évitant les débats doctrinaux (que nous laissons aux « grandes » revues juridiques).

Quelle est votre ligne éditoriale, qui sont vos lecteurs ?

Nous tentons d’allier rigueur juridique et accessibilité, notamment pas des astuces rédactionnelles (les liens hypertextes vers la source par exemple, qui nous évitent les citations, dates et notes de bas de page). Nous sommes tenus par deux déontologies. D’abord celle des enseignants universitaires : l’impartialité et la mention des sources ; celle des journalistes, en donnant un droit de réponse aux personnes « surlignées » avant et après publication. Nous revendiquons également une liberté de ton assez inhabituelle dans les revues juridiques, c’est un des aspects les plus agréables de l’exercice. 

Pour ces raisons, nous visons les collègues, les avocats, les juristes, et les étudiants, mais pas seulement. Une petite moitié de nos lecteurs sont journalistes, car nous leur servons de ressource documentaire, exactement comme un journaliste spécialisé irait lire une revue scientifique pour mieux expliquer les questions climatiques. Pour cette raison d’ailleurs, nous avons plusieurs partenariats : TF1-LCI, Public Sénat, Les Décodeurs du Monde… et bientôt Dalloz actu étudiant.

Comment les étudiants peuvent-ils vous rejoindre ? 

Par leur directeur de master 2, sous forme de module noté, comme nous le faisons déjà avec plusieurs facultés. Mais aussi tout simplement en nous contactant sur le site Les surligneurs. À l’étudiant(e), ensuite, de proposer un propos politique à surligner. C’est la première étape du raisonnement juridique : il a fallu qualifier les faits ! Si ensuite une erreur juridique existe bel et bien, nous lui proposons de rédiger un « surlignage » sous la supervision d’un collègue spécialiste dans le domaine considéré. Il faut alors développer le syllogisme… bref, c’est un cas pratique express. Reste le plus difficile, à savoir se faire comprendre du non-juriste par un raisonnement fluide et clair. Mais après tout, c’est ce que font tous les jours l’avocat ou le juriste d’entreprise, alors autant s’entraîner. Tout se passe par internet (WhatsApp, Drive, et bientôt notre propre plateforme), jusqu’à la publication finale.

2. ARTICLE

Les Surligneurs

Les Surligneurs pratiquent le legal-checking c’est-à-dire la vérification de la conformité au droit des propos tenus par les personnalités publiques.

Publication, Formation

Les Surligneurs est un service de presse en ligne qui a pour mission de remettre le droit au cœur du débat public, à une époque où l’État de droit est dangereusement malmené. 

Vision

Les Surligneurs visent les propos tenus publiquement par des personnalités publiques (élus, candidats, et toute personne participant au débat public) ; le propos doit contenir une dimension juridique ; le propos doit être, au regard du droit, soit erroné, soit appeler à une nuance plus ou moins forte. Les propos juridiquement justes ne sont pas traités, sauf s’ils sont contestés publiquement. Dans la mesure du possible, un équilibre est respecté entre les différentes sensibilités politiques présentes dans les médias.

En diffusant une culture juridique et donc une capacité à mieux analyser le discours politique, l’objectif est de redonner aux citoyens les moyens de débattre et de protéger leurs libertés.

Mission

Un constat fondamental a motivé la démarche des Surligneurs : l’augmentation de la diffusion, volontaire ou non, d’approximations voire d’erreurs juridiques par des personnalités publiques, qui affaiblissent incontestablement la qualité du débat démocratique. L’activité des Surligneurs est d’ailleurs particulièrement intense en période d’élections.

Les Surligneurs sont membres de SOMA, l’Observation de l’Union européenne contre la désinformation, qui réunit des fact checkers et des chercheurs de toute l’Europe. Ils font également partie de la Journalism Trust Initiative, qui élabore des indicateurs de la fiabilité du journalisme et le respect des normes et de l’éthique professionnelles.

Humain 

La particularité de ce service de presse réside notamment dans la composition des Surligneurs. Il s’agit en effet d’un collectif non partisan d’enseignants-chercheurs et d’étudiants en droit. Les articles publiés ont pour objectif de rendre le droit davantage accessible au grand public.

3. ENTRETIEN

Les Surligneurs, quand le Droit dénonce les fake news

Interview réalisée en mars 2019 UVSQ

Vincent Couronne est chargé d’enseignement en droit à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye et chercheur associé au laboratoire Versailles Saint-Quentin Institutions Publiques (VIP). En 2016, il crée Les Surligneurs pour décrypter les allégations de nos femmes et hommes politiques.

Entre politique, journalisme et recherche de la vérité, rencontre avec un chercheur qui met en lumière les dérives de notre société hyper-communicante. 

Comment sont nés « Les Surligneurs » ?


À l’été 2016, nous avons senti le vent des fake news arriver des pays anglo-saxons. La campagne du Brexit en véhiculait beaucoup, aux États-Unis Donald Trump en faisait également grand usage… Nous ne pouvions pas rester les bras croisés ! Nous avons commencé à « surligner » tous les propos tenus publiquement.


Au début, nous étions 2, un ami web-designer et moi. Nous pensions faire juste un petit blog mais ça a tellement bien marché qu’on a vite dû voir plus grand. Mon laboratoire à l’UVSQ, le VIP, nous a largement accompagnés et soutenus. Cette caution scientifique a été essentielle.


Rapidement d’autres enseignants-chercheurs nous ont rejoints bénévolement. Ils sont issus de l’UVSQ mais aussi des universités de Strasbourg, Nantes ou encore Aix-en-Provence.

Mission de service public ? Journalisme ? Recherche scientifique ? Comment qualifier « Les Surligneurs » ?


Les Surligneurs, c’est plusieurs choses à la fois mais c’est avant tout un engagement de quelques dizaines de chercheurs et chercheuses dans un projet citoyen qui a pour but d’améliorer le débat public. C’est aussi une valorisation des recherches menées par ces spécialistes. Même si nous sommes très sollicités pour notre expertise par de grands médias comme Le Monde et Libération, nous restons sur notre positionnement d’universitaires.

Alors vous décortiquez toute l’information ?


Nous faisons du legal checking, ce n’est pas une vérification des faits mais une vérification du Droit : telle ou telle promesse faite par une personnalité politique est-elle tenable au regard du droit français ou européen ? Nous ne pouvons pas être exhaustifs et tout décortiquer. Alors nous nous limitons aux déclarations qui ont une très grande audience, par exemple dans un grand média, lors d’un meeting. Par contre, nous ne relevons pas toutes les petites phrases et les raccourcis publiés sur Twitter. De même, nous ne surlignons que les politiques qui ont de l’influence et une certaine audience.

Vous traitez principalement d’actualités politiques, à qui s’adressent vos analyses ?


Notre public aussi a évolué. Au départ nous voulions vraiment cibler le grand public. Mais nous nous sommes aperçus que même simplifié, le discours juridique reste aride. Aujourd’hui, notre première cible, ce sont les journalistes mais aussi les politiques eux-mêmes.

Aujourd’hui où l’information est partout, comment sensibiliser le public aux fake news ?


Effectivement, il y a aujourd’hui une modification radicale du marché de l’information. Il faut faire de l’éducation aux médias et à l’autocritique dès le plus jeune âge. Certes, nous sommes exposés à un gros flux d’informations qui excitent notre cerveau. Nous devons donc éduquer notre cerveau à hiérarchiser ces informations. Car il ne faudrait pas tomber dans l’excès inverse qui serait d’être insensible, au risque de ne plus rien prendre au sérieux.

« Nous ne sommes pas plus crédules qu’avant, nous sommes juste noyés par l’information qu’il nous faut trier. » 
Vincent Couronne 

Pourquoi sommes-nous si perméables aux fake news ?


Les neurosciences parlent très bien de cette prédisposition à la paresse cognitive qui est due au fait que notre cerveau n’est pas fait pour traiter un nombre d’informations trop important. Les neurosciences ont démontré que notre cerveau avait besoin des préjugés pour se reposer. Il a besoin de créer des catégories, c’est un mécanisme de survie. Gérald Bronner, un sociologue français explique qu’il n’y a pas eu de changement anthropologique entre l’humain d’aujourd’hui qui consulte son smartphone à longueur de journée et celui qui vivait dans les bois il y a quelques milliers d’années. Dès qu’une mauvaise nouvelle lui arrive, il la prend au sérieux et l’amplifie. C’est un réflexe de survie. Nous ne sommes pas plus crédules qu’avant, nous sommes juste noyés par l’information qu’il nous faut trier.

La place du Droit devient donc de plus en plus importante dans le débat ?


C’est une très bonne chose que la culture du Droit se diffuse. Cela permet de replacer le débat là où il doit être et de ne pas promettre des choses infaisables.


Mais le revers de la médaille c’est que des politiques utilisent le Droit à mauvais escient. Par exemple on entend souvent des personnalités brandir des articles de loi comme justificatif d’une mesure ou d’une promesse. Mais en ne citant qu’une partie d’un article, en omettant les alinéas sur les exceptions et précisions à cet article, l’argument ne tient pas.


Je regrette que le Droit soit instrumentalisé pour rendre crédibles des propos douteux. C’est une conséquence malheureuse du retour du Droit dans le débat public.

Vous êtes enseignant, sensibilisez-vous les étudiants et étudiantes à votre projet ?


Bien sûr ! Car Les Surligneurs ont un aspect pédagogique que je ne soupçonnais pas au début du projet. Des étudiants et étudiantes en Droit de l’UVSQ nous ont rejoints au sein de cellules de veille. On les réunit, via une messagerie instantanée, autour de chercheuses et chercheurs spécialistes d’un domaine (droit constitutionnel, droit européen, droit public…). La cellule se tient en alerte. Si elle détecte une petite phrase ou déclaration qui lui parait suspecte, le sujet est soumis au groupe de travail puis la cellule élabore les premiers éléments de réponse. Le sujet est ensuite proposé au comité rédactionnel des Surligneurs, relu et validé plusieurs fois avant publication. Tout cela va très vite et demande une grande réactivité. Ce n’est pas évident car cela ne correspond pas aux habitudes de travail des universitaires.


Néanmoins cette temporalité correspond bien à nos jeunes étudiants pour qui Les Surligneurs sont au demeurant une expérience enrichissante à travers laquelle ils acquièrent de nouvelles aptitudes d’analyse et d’esprit critique.

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