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Les naissances ne cessent de reculer jusqu’à un niveau historiquement très bas cette année
Depuis dix ans, les naissances ne cessent de reculer pour atteindre cette année un niveau historiquement bas, selon les chiffres de l’Insee publiés mi janvier.
Une France vieillissante
Alors que le recensement de la population s’ouvre jeudi, les données démographiques révélées par l’Insee dressent le portrait d’une France vieillissante. Au 1er janvier 2024, 68,4 millions de personnes (estimations provisoires) vivent sur le territoire français, soit une hausse de 0,3 % par rapport à l’an dernier. Une faible croissance due à un solde naturel en baisse, à savoir une baisse de la natalité plus importante que celle des décès.
D’OÙ VIENT CETTE PRISE DE CONSCIENCE D’UN PHÉNOMÈNE QUI S’EST DÉROULÉ DEPUIS QUE MACRON EST AUX MANETTES – COÏNCIDENCE ?
Lors de sa prise de parole devant les journalistes, mardi soir, le président de la République a annoncé des mesures pour relancer la natalité et un « grand plan » contre l’infertilité. Franceinfo revient sur les origines de cette politique nataliste.
NOUS VOUS PROPOSONS 5 ARTICLES :
1. Macron et le « réarmement démographique » : une stratégie vouée à l’échec
2. Natalité en France : moins de 700 000 bébés nés en 2023, une première depuis la Seconde Guerre mondiale
3. Le souci de la natalité n’est pas une lubie d’extrême droite
4. Baisse de la natalité en France : « Il n’y a pas de solution miracle » pour relancer la machine
5. Conférence de presse d’Emmanuel Macron : comment le débat sur la natalité s’est imposé dans les discours politiques
1. ARTICLE : Macron et le « réarmement démographique » : une stratégie vouée à l’échec
Natalité. Alors que les Français font de moins en moins d’enfants, le président de la République a annoncé des mesures pour accroître la natalité. L’examen des politiques natalistes passées fait douter de la réussite d’un tel projet.
Baptiste Gauthey L’EXPRESS. 27/01/2024

« Où peut-on être mieux qu’au sein d’une famille ? Partout ailleurs ! ». En 1948, à l’aube du pic de natalité des Trente Glorieuses connu sous le nom de baby-boom, Hervé Bazin ramassait dans cette formule bien sentie l’évolution des valeurs familiales sous les effets de l’individualisation. Un peu plus de soixante-dix ans plus tard, le trait d’humour du romancier résonne avec une tonalité particulière. L’année 2023 est celle d’un déclin exceptionnel de la natalité, avec une baisse de 6,6 % du nombre des naissances par rapport à 2022, soit 48 000 naissances en moins.
Si les démographes peinent encore à mettre le doigt sur l’ensemble des facteurs qui expliquent cette chute brutale de la natalité, Emmanuel Macron a décidé de prendre le problème à bras-le-corps, en annonçant lors de sa conférence de presse, avec l’emphase qu’on lui connaît, un « réarmement démographique ». Concrètement, il s’agira de mettre en place un « grand plan contre l’infertilité » et une refonte du « congé parental » en un « congé de naissance », sachant qu’aujourd’hui, seules 14 % des femmes et moins de 1 % des hommes ont recours à l’aide en raison du faible niveau d’indemnisation (maximum 430 euros par mois). Si le flou persiste quant aux modalités de ce congé, le gouvernement étudie la possibilité d’une augmentation de l’indemnité pour qu’elle soit « proportionnée au dernier niveau de revenu ».
LIRE AUSSI : La chute de la natalité en France, une bonne ou une mauvaise nouvelle pour l’économie ?
Ces annonces ont suscité quelques inquiétudes dans les rangs de l’opposition, particulièrement à gauche. « Mais de quoi il se mêle ? », s’est interrogée Marine Tondelier, secrétaire nationale d’Europe Écologie Les Verts au micro de Sud Radio. Sandrine Rousseau, qui avait pourtant affirmé que « le privé est politique », s’est même autorisé une saillie libérale en déclarant que « les utérus
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2. ARTICLE : Natalité en France : moins de 700 000 bébés nés en 2023, une première depuis la Seconde Guerre mondiale
par Marie Gréco. 16 janvier 2024 LIBÉRATION
Alors que le recensement de la population s’ouvre jeudi, les données démographiques révélées par l’Insee dressent le portrait d’une France vieillissante. Au 1er janvier 2024, 68,4 millions de personnes (estimations provisoires) vivent sur le territoire français, soit une hausse de 0,3 % par rapport à l’an dernier. Une faible croissance due à un solde naturel en baisse, à savoir une baisse de la natalité plus importante que celle des décès.
Impact de l’inflation
Depuis dix ans, la natalité ne cesse de chuter en France. En 2023, elle était au plus bas. En un an, 678 000 bébés ont vu le jour, c’est près de 7 % de moins qu’en 2022. «C’est une baisse sans précédent», appuie Sylvie Le Minez, cheffe de l’unité des études et enquêtes démographiques à l’Insee. Pour l’organisme, ce passage sous le cap des 700 000 naissances s’explique par un déclin de la fécondité.
C’est la nouveauté de 2023 : les femmes, qu’importe leur classe d’âge, font moins d’enfants, y compris celles de 30 ans ou plus qui étaient peu concernées par ce recul de la fécondité avant la crise sanitaire. Ainsi, l’indicateur conjoncturel de fécondité s’établit à 1,68 enfant par femme contre 1,79 un an plus tôt. D’après la démographe, les raisons de cette baisse seraient multifactorielles. Elle pointe notamment un impact de l’inflation : «L’augmentation générale des prix, qui pèse sur les ménages, peut altérer l’envie d’avoir des enfants.» Selon la démographe, cette baisse peut être liée à la difficulté qu’ont les femmes à concilier leur vie de famille avec leur vie professionnelle. «Parce que la charge des enfants repose toujours principalement sur elles», insiste-t-elle. La France reste toutefois le pays avec le plus haut taux de fécondité en Europe, où la natalité moyenne tourne autour de 1,53 enfant par femme.
Baisse du nombre de décès
Après trois années de forte mortalité, due à l’épidémie de Covid-19, elle a diminué en 2023. Avec 631 000 personnes décédées, c’est 6,5 % de moins qu’en 2022. «La chute est nette parce que les épidémies de grippe et les périodes de canicule ont été moins intenses que les années passées», développe Sylvie Le Minez. L’Insee relève cependant que la mortalité à tendance à augmenter plus vite depuis une dizaine d’années. Alors que l’institut constate une hausse de 0,7 % de décès par an en moyenne entre 2004 et 2014, il note une croissance de 1,9 % entre 2014 et 2019.
Cette baisse de la mortalité ne permet pas de pallier la chute de la fécondité. De fait, bien que le solde naturel reste positif, il se resserre. Ainsi, l’Insee évalue la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès à 47 000. En berne depuis 2007, elle s’était redressée en 2021 à la suite d’un léger rebond de la natalité. Ça n’a été que de courte durée. «Depuis la Seconde Guerre mondiale, cet indicateur n’avait jamais été aussi bas hormis en 1993 et 1994», détaille la démographe. Pour elle, le solde naturel pourrait devenir négatif (plus de décès que de naissances) dans les années à venir. Estimé par l’Insee à +183 000 personnes pour 2023, le solde migratoire (la différence entre le nombre de personnes qui sont entrées sur le territoire et le nombre de personnes qui en sont sorties) pourrait venir le contrebalancer.
Vieillissement de la population
L’espérance de vie atteint, elle, des records. En 2023, elle s’élève à la naissance à 85,7 ans pour les femmes (+0,6 par rapport à 2022) et à 80 ans pour les hommes (+0,7) – une première. «Une très forte hausse», selon Sylvie Le Minez. En effet, après avoir chuté lors de la crise sanitaire, elle dépasse à présent le niveau d’avant la pandémie. Même scénario pour l’espérance de vie à 60 ans, qui a augmenté de 0,1 an pour les femmes et de 0,3 an pour les hommes entre 2019 et 2023.
Bien qu’un écart soit encore perceptible entre l’espérance de vie des femmes et celle des hommes, il a tendance à se réduire. D’après l’Insee, celle des Françaises croît effectivement moins vite depuis 1990. «Auparavant, cette différence entre les deux sexes était expliquée par le fait que les femmes ne travaillaient pas. On disait aussi qu’elles vivaient plus longtemps parce qu’elles fumaient et buvaient moins que les hommes. Aujourd’hui, leurs habitudes de vie se ressemblent davantage, donc l’écart se resserre», précise la démographe.
Par ailleurs, cette hausse de l’espérance de vie participe également au vieillissement de la population française. D’après l’Insee, 21,5 % des habitants auraient 65 ans ou plus tandis que 17 % ont moins de 15 ans. La population active, quant à elle, s’élève à 40 %. D’après l’Insee, la France n’est pas un cas à part. Cette situation est commune à tous les pays de l’Union européenne. «Cela s’explique par l’arrivée au grand âge des enfants du baby-boom», analyse Sylvie Le Minez. En effet, en 2024, les plus vieux d’entre eux auront 78 ans.
3. ARTICLE : Le souci de la natalité n’est pas une lubie d’extrême droite
Jean Birnbaum. Publié le 26 janvier 2024. LE MONDE
La gauche devrait enfin prendre au sérieux ce thème et le reconnaître comme un enjeu politique crucial, puisque c’est celui de l’avenir même.
Chaque printemps, au mois de mai, tandis que les enfants peaufinent colliers de nouilles et poésies émues, il y a toujours quelqu’un pour « rappeler » que la Fête des mères est une invention du maréchal Pétain. Il n’en est rien (elle a été fixée par décret au quatrième dimanche de mai, à partir de 1926), mais cette idée reçue a la peau d’autant plus dure qu’elle prospère sur un terreau favorable : dans notre imaginaire politique, tout ce qui a trait à la natalité est spontanément associé à la droite réactionnaire ou extrême.
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Ainsi, lors de sa très longue conférence de presse du 16 janvier, il a suffi qu’Emmanuel Macron consacre deux minutes au sujet pour que les esprits s’enflamment. Mentionnant les récents chiffres de l’Insee, qui décrivent une baisse notable du nombre de naissances, le président de la République a annoncé deux mesures visant à aider celles et ceux qui voudraient mettre au monde un enfant : d’un côté, la création d’un nouveau « congé de naissance » ; de l’autre, un plan de lutte contre l’infertilité. Les mesures en question ne sont ni révolutionnaires ni contraignantes, mais le seul mot de « natalité », prononcé par le premier personnage de l’Etat, mettait le feu aux poudres. Dans la presse et sur les réseaux sociaux fleurissaient les commentaires outrés, affirmant qu’Emmanuel Macron reprenait à son compte les « obsessions » de l’extrême droite.
Effondrement de l’avenir
Or, si la natalité est effectivement un thème structurant dans cette tradition idéologique, elle ne lui appartient nullement. Par le passé, des figures politiques de toutes tendances ont fait d’elle leur préoccupation. En 2022, lors de la dernière élection présidentielle, la plupart des candidats, de gauche comme de droite, proposaient des dispositifs pour aider les parents futurs ou présents. Alors que le nombre des naissances est descendu en France à un niveau jamais connu depuis la Libération, est-il si étonnant que les sommets de l’Etat s’en inquiètent ?
A sa manière, l’écologiste Sandrine Rousseau a reconnu que non. Le 18 janvier, fustigeant la prise de parole d’Emmanuel Macron, elle écrivait sur X : « Nos utérus ne sont pas une affaire d’Etat. Il n’y a pas d’enjeu national à faire des enfants. » Deux jours plus tôt, sur ce même réseau, elle commentait pourtant la baisse de la natalité dans les termes suivants : « Parce que nous sentons tous et toutes que nous avons un énorme problème d’avenir et que personne au gouvernement ne semble en prendre la mesure. »
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Par ces mots, la députée écologiste s’est inscrite dans une famille de pensée qui transgresse les frontières idéologiques, et qui envisage l’essoufflement de la natalité comme un effondrement de l’avenir. Par-delà les enjeux démographiques et économiques, la crise de l’enfance traduirait une crise de l’espérance, autrement dit l’impossibilité de se projeter vers l’avant, de maintenir au loin un horizon désirable. Un monde sans enfants, n’est-ce pas un monde mort ? Bien plus : comment imaginer un nouveau monde, plus digne et plus juste, sans faire appel aux nouveaux venus ?
La philosophe Hannah Arendt a exploré ces questions dans des pages magnifiques. « Nous sommes devenus les témoins et les victimes de terreurs bien plus atroces que la mort – sans avoir pu découvrir un idéal plus élevé que la vie », témoigne, en 1943, celle qui a fui l’Allemagne nazie pour la France et connaît le rude sort des réfugiés. Parvenue aux Etats-Unis, elle fait bientôt de l’enfant le garant de tout futur. « Le miracle qui sauve le monde (…) de la ruine normale, “naturelle”, c’est finalement le fait de la natalité. (…) C’est la naissance d’hommes nouveaux, le fait qu’ils commencent à nouveau », écrit Arendt en 1958 dans The Human Condition (Condition de l’homme moderne, Calmann-Lévy, 1961). Penser la politique, pour la théoricienne, c’est penser l’action humaine dans sa puissance et sa fragilité. C’est donc se montrer attentif à la succession des générations, au surgissement de ces enfants qui viennent au monde pour y introduire du neuf. Qu’elle ne soit jamais elle-même devenue mère, peu importe. Arendt affirme que la natalité doit être définie comme « la catégorie centrale de la pensée politique ».
Vision du monde
S’ils relisaient ces textes, les femmes et les hommes qui se réclament du progrès cesseraient peut-être de réduire le souci de la natalité à une lubie vichyste. Cela ne serait pas sans conséquence sur leur vision du monde, leur capacité d’agir. D’un point de vue social, ils assumeraient que le système des retraites par répartition ne peut survivre s’il n’y a plus de jeunes pour cotiser. D’un point de vue écologique, ils reconnaîtraient non seulement que la lutte contre la catastrophe environnementale concerne d’abord ceux qui viennent après nous, mais surtout qu’elle repose déjà sur eux.
Et d’un point de vue féministe, ils prêteraient l’oreille aux penseuses qui se réapproprient la grossesse, à l’instar de la philosophe Camille Froidevaux-Metterie. Celles-ci ne nient nullement que le corps enceint fut longtemps et reste encore souvent un lieu d’oppression. Arrachant la natalité aux systèmes de domination, elles n’en affirment pas moins que la grossesse peut devenir pleinement une expérience d’émancipation.
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On voit bien tout ce que cela changerait. Quand le président de la République prend la parole sur la baisse de la natalité, il serait toujours possible, ou urgent, de critiquer son discours, d’en pointer les failles et les ambiguïtés (les accents martiaux de l’expression « réarmement démographique », par exemple), de souligner l’inefficacité des mesures proposées, de redouter que les promesses demeurent lettre morte, une fois de plus (pensons seulement au grand tournant écologique annoncé). Mais la natalité en tant que telle serait enfin prise au sérieux, reconnue comme un enjeu politique crucial, puisque c’est celui de l’avenir même. Histoire de ne pas jeter le bébé salvateur avec l’eau du bain réactionnaire.
4. ENTRETIEN : Baisse de la natalité en France : « Il n’y a pas de solution miracle » pour relancer la machine
18/01/2024 Valentin Marcinkowski. LA DÉPÊCHE
La France a enregistré, en 2023, une baisse de nombre de naissances de 6,6%. Pour Anne Solaz, directrice de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED), il s’agit là d’un recul important en termes de naissances mais estime qu’il est encore trop tôt pour mesurer les conséquences sociétales de cette baisse sur le long terme.
Un pays qui fait de moins en moins d’enfants, faut-il s’en inquiéter, et dans quelle mesure ?
Il y a toujours cette idée qu’un pays où l’on fait des enfants est un pays qui se porte bien. Donc quand la natalité baisse, on cherche pourquoi. Ce qu’il faut se demander, c’est si ce recul du nombre de naissances est contraint ou non. Ça reste encore difficile à évaluer même si le constat d’une baisse de la fécondité depuis 13 ans apparaît clairement. Ce n’est pas propre à la France, le phénomène est commun à toute l’Europe. Les démographes s’interrogent encore sur les raisons. Mais là, ce qui est nouveau, c’est que la baisse est relativement importante. Et elle concerne toutes les femmes, peu importe l’âge.
A lire aussi : Comment expliquer la baisse des naissances en France avec moins de 700 000 bébés en 2023
« Le meilleur levier, c’est de permettre aux femmes de travailler »
Moins de naissances, qu’est-ce que cela implique d’un point de vue politique, sociétal ?
Notre solde naturel reste positif en France, c’est-à-dire que la population continue d’augmenter car on enregistre encore davantage de naissances que de décès en 2023. Ce n’est pas le cas chez nos voisins allemands, qui perd des habitants, par exemple, si l’on ne tient pas compte du facteur immigration. En termes de politique public, moins de naissances, ça veut dire moins d’enfants dans les écoles prochainement, une génération plus creuse dans 20 ans. Les conséquences se mesureront sur le long terme, mais on est encore loin des niveaux très bas de natalité que l’on peut observer en Corée du Sud par exemple.
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Comment expliquer le décrochage depuis 2010 en matière de natalité en France ?
Des enquêtes sont en cours. Il est certain que le contexte économique, avec une forte inflation, n’est guère incitatif. Planifier un enfant quand c’est dur de boucler ses fins de mois, ce n’est pas ce qu’il y a de plus évident. Ce qu’on observe, c’est que ce sont surtout les classes moyennes qui font le moins d’enfants. On parle de courbe en U : ce sont les ménages les plus modestes et les plus aisés qui font le plus d’enfants.
« Il y a de nombreuses formes d’inquiétude »
Quels sont les leviers pour relancer la machine ?
On pense beaucoup aux politiques familiales, comme des bonus financiers au moment de la naissance. C’est ce qu’a tenté la Corée du Sud, et ça n’a pas marché du tout. En fait, le meilleur levier, c’est de permettre aux femmes de travailler, d’être autonomes, tout en ayant des enfants. Les pays de l’OCDE qui concernent les plus hauts niveaux de fécondité, ce sont eux où les femmes travaillent le plus. En France, on a quand même des atouts de ce côté, avec une bonne offre de mode garde, des subventions, l’école maternelle gratuite dès 3 ans… Tout cela explique que l’on reste néanmoins le pays avec le plus haut taux de fécondité d’Europe malgré la baisse actuelle.
Le congé de naissance voulu par Emmanuel Macron, est-ce une bonne idée ?
Il faudrait encore en connaître tous les tenants et aboutissants. Le problème de ce type de congés, c’est que ça peut pénaliser les carrières en cas d’arrêt temporaire de la vie professionnelle, des femmes notamment qui au final préfèrent faire moins d’enfants. Relancer la natalité, c’est un grand sujet transversal et il n’y a pas vraiment de solution miracle à appliquer pour le politique, ce serait trop simple sinon (rires). Il faut que l’Etat puisse être en mesure de garantir un avenir aux nouveau-nés pour que les couples se décident à avoir un premier enfant ou en faire un de plus. Mais en ce moment, il y a de nombreuses formes d’inquiétude : l’économie, l’environnement, le système éducatif qui est beaucoup critiqué…
5. ARTICLE : Conférence de presse d’Emmanuel Macron : comment le débat sur la natalité s’est imposé dans les discours politiques
Lors de sa prise de parole devant les journalistes, mardi soir, le président de la République a annoncé des mesures pour relancer la natalité et un « grand plan » contre l’infertilité. Franceinfo revient sur les origines de cette politique nataliste.
17/01/2024 FRANCE INFO
Emmanuel Macron a dégainé, mardi 16 janvier lors de sa grande conférence de presse, des mesures visant à relancer la natalité. Un nouveau « congé de naissance », « mieux rémunéré et qui permettra aux deux parents d’être auprès de leur enfant pendant six mois » va ainsi être créé, en remplacement du congé parental. Le président de la République a par ailleurs annoncé le lancement d’un« grand plan » contre l’infertilité, qui était attendu et prévu par la loi de bioéthique de 2021.
à lire aussiConférence de presse d’Emmanuel Macron : suivez toutes les dernières informations et réaction en direct
L’annonce présidentielle intervient le même jour que la publication d’un rapport de l’Insee sur la démographie montrant une baisse marquée de la natalité. En 2023, 678 000 bébés ont vu le jour en France, soit 6,6% de moins que l’année précédente, ce qui correspond au plus faible nombre de naissances sur un an depuis 1946. Mais au-delà des chiffres, avec ce thème mis à l’agenda de son deuxième quinquennat, Emmanuel Macron reprend une idée qui s’est largement diffusée dans le débat public ces derniers mois. Franceinfo remonte le fil.
Une inquiétude statistique
La publication du dernier rapport sur la démographie de l’Insee vient confirmer une tendance observée depuis plusieurs années. Selon l’organisme chargé d’établir des statistiques, le recul de la natalité s’explique à la fois par la diminution du nombre de femmes en âge de procréer, mais aussi par un taux de fécondité (nombre d’enfants par femme) en baisse. Il était de 1,79 enfant par femme en 2022. Ce taux a légèrement diminué chaque année entre 2015 et 2020, après avoir oscillé autour de deux enfants par femme entre 2006 et 2014. « Il est possible qu’il y ait un changement dans la fécondité assez important », estimait en mars sur franceinfo Hervé Le Bras, chercheur à l’Institut national d’études démographiques (Ined).
Le démographe avance plusieurs explications, comme « l’éco-anxiété« , mais surtout « la double journée« subie par les femmes qui assurent la majorité du travail domestique, y compris lorsqu’elles ont un emploi. Si la natalité continue de baisser, la France pourrait se retrouver bientôt avec moins de naissances que de décès, ce qui serait « une première depuis la fin des années 1890 », selon Hervé Le Bras. Peut-on dès lors parler de crise de la démographie française ? « Il est un peu tôt pour dire si la baisse du taux de natalité en France observée ces derniers temps inaugure vraiment une nouvelle ère où les femmes auraient nettement moins d’enfants que celles des générations précédentes », estimait en mars le démographe Gilles Pison.
Un besoin pour le financement des retraites
La question de la natalité française est revenue en force au moment des débats sur la réforme des retraites. La raison est simple : il y a actuellement environ 1,7 actif pour un retraité, et sans doute 1,2 seulement en 2070, selon le Conseil d’orientation des retraites. Pour la droite, cette évolution est à mettre directement en rapport avec la baisse de la natalité.« L’évolution démographique constitue, à terme, la première source de déséquilibre du régime des retraites », affirme le président des Républicains, Eric Ciotti. Jordan Bardella assure également que la pérennité du système de retraites passe par « deux leviers : la natalité, avec une grande politique nataliste, et la productivité ».
Pour la droite et l’extrême droite, la France connaît un affaiblissement de la politique familiale depuis le quinquennat de François Hollande. Le gouvernement socialiste avait choisi de faire des économies en modulant les allocations familiales, en diminuant la prestation d’accueil du jeune enfant et en modifiant le quotient familial. Ces mesures « ont mis à mal la natalité dans notre pays », assure la députée LR Annie Genevard. Elle a ainsi proposé lors des débats sur le dernier budget de rehausser le quotient familial et de restaurer « l’universalité » des allocations familiales et ce « dès le premier enfant ». Les démographes estiment qu’il existe un lien entre mesures natalistes et fécondité, mais qu’il reste difficilement mesurable.
Et cette vision de la natalité pour sauver le système des retraites ne fait pas l’unanimité. La députée Renaissance Prisca Thevenot, actuelle porte-parole du gouvernement, s’était agacée au moment des débats de voir les femmes réduites à « un utérus », destinées à « régler le problème de la société par la natalité ». Elle avait été rejointe dans l’hémicycle par l’écologiste Sandrine Rousseau.
« Lâchez nos utérus ! (…) Nos ventres ne sont pas la variable d’ajustement de la réforme des retraites. »Sandrine Rousseau, députée écologiste
à l’Assemblée nationale, le 16 février 2023
Pourtant, le gouvernement ne se montrait pas indifférent aux arguments de l’opposition de droite. Gabriel Attal, alors ministre des Comptes publics, expliquait déjà, en janvier 2023 sur Europe 1, que « soutenir la natalité » n’était « pas du tout » tabou pour l’exécutif. Dans le cadre du débat sur les retraites, l’actuel Premier ministre estimait que la démographie était« un des éléments essentiels », qui« implique qu’on agisse ». « Le déclin de la natalité » en France risque de rendre « notre contrat social insoutenable », estimait encore plus récemment le président du MoDem François Bayrou, ajoutant que « ce n’est pas dans l’immigration que la solution se trouve ».
Une tension liée au débat sur l’immigration
Avec l’examen de la loi immigration à l’automne, les inquiétudes au sujet de la natalité se sont à nouveau exprimées dans la classe politique. La politique nataliste est un thème cher à l’extrême droite depuis de nombreuses années. En 2007, le candidat Front national à l’élection présidentielle, Jean-Marie Le Pen, s’inquiétait déjà de la baisse de natalité. « Chacun doit être conscient en effet qu’il n’y a pas de redressement national sans redressement démographique », assénait-il lors d’un meeting. Depuis, l’extrême droite décline la thématique.
« Je préfère qu’on fabrique des travailleurs français plutôt qu’on les importe », affirmait en février 2023 le RN Sébastien Chenu, vice-président de l’Assemblée nationale, sur France Inter. En septembre, le RN a ainsi déposé une proposition de résolution à l’Assemblée pour « déclarer la natalité française ‘Grande cause nationale 2024′ »face à une « immigration de peuplement », à l’image des politiques de « natalité ambitieuses » menées en Hongrie ou en Pologne. Eric Zemmour n’est pas en reste. Dans la campagne pour la présidentielle, le candidat d’extrême droite proposait notamment d’offrir « 10 000 euros à tout enfant de naissance française dans les zones rurales ».
La droite républicaine tient un discours plus modéré, même si en 2019 les propos de Jean-Paul Delevoye, alors haut-commissaire aux retraites, avait marqué les esprits. En s’appuyant sur des données contestables, il avait chiffré à« 50 millions » le nombre de travailleurs immigrés nécessaires « pour équilibrer la population active en Europe en 2050 ».
Une inconnue concernant le climat
Toute politique nataliste risque de se confronter, à terme, aux limites climatiques. « La nature, la planète Terre, n’acceptera pas d’avoir 10 milliards d’habitants sur terre ad vitam æternam vivant comme aujourd’hui », estimait en 2022 sur franceinfo le chercheur Jean-Marc Jancovici. Selon lui, la question démographique et celle de sa régulation doit être posée, « en France » et « partout » dans le monde, si l’on veut réduire les émissions de gaz à effet de serre et l’impact du dérèglement climatique sur nos sociétés.
D’autres chercheurs se montrent plus optimistes. Pour Emmanuel Pont, auteur d’un livre sur la question démographique, faire moins d’enfants ne serait pas la solution face aux enjeux climatiques. Selon cet ingénieur, l’augmentation de la population sur Terre n’est pas une mauvaise chose, et encore moins la cause de la crise climatique. « D’une part, à l’échelle individuelle, un enfant a un poids écologique réduit », développe l’auteur sur franceinfo. Et à l’échelle de l’humanité, la population mondiale est finalement un facteur extrêmement faible et négligeable par rapport à toutes les questions plus importantes de système politique, d’inégalités, d’économie, de consumérisme. Et c’est là que se trouvent les bonnes questions. »