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LA CENSURE DU RAPPORT DE L’ASSEMBLÉE Nle SUR FRANCE TV N’AURA PAS EU LIEU, RELIZEZ CELUI DE LA COUR DES COMPTES – DOSSIER

Avant l’Assemblée Nationale, la Cour des comptes avait fortement étrillé la gestion et les finances de France Télévisions

La Cour des comptes a publie un rapport cinglant sur la situation budgétaire de France Télévisions, avec un déficit de 40 millions d’euros

La Cour des comptes épingle la situation budgétaire « préoccupante » du groupe et alerte face à « la forte dégradation financière » qu’a connue l’entreprise, détenue à 100 % par l’Etat, entre 2017 et 2024. Dans ce document de 166 pages publié ce mardi 23 septembre, les Sages de la rue Cambon évoquent, pêle-mêle, le poids des charges de personnels et de fonctionnement, les investissements nécessaires pour accompagner la révolution numérique et les changements d’usages, mais aussi les atermoiements de l’Etat ces dernières années, qui ont privé l’entreprise publique de la stabilité nécessaire à son bon développement. Pour cette juridiction

France Télévisions se trouve désormais « dans une situation non soutenable sans réformes structurelles majeures. »

DOSSIER :

1. « France Télévisions : le mammouth menacé de dissolution, alerte la Cour des comptes »

2. « Des rémunérations « étonnantes », des millions d’euros de frais… Le rapport cinglant qui accable France Télévisions »

3. « France Télévisions : la Cour des comptes dénonce des salaires de pacha »

4. « France TV, une « planque pour gens de gauche »? Ce que contient vraiment le rapport de la Cour des comptes »

5. « Une situation financière « critique » relève la Cour des comptes »

1. « France Télévisions : le mammouth menacé de dissolution, alerte la Cour des comptes »

TITRAIT LE POINT EN SEPTEMBTE 2025 Dans un rapport au vitriol sur le géant audiovisuel public, la Rue Cambon s’inquiète de sa situation financière et appelle à la révision rapide des accords sociaux.

Le groupe France Télévisions est menacé de « dissolution » d’ici la fin 2026, alerte la Cour des comptes dans un rapport de 166 pages. ADIL BENAYACHE/SIPA / SIPA / ADIL BENAYACHE/SIPA

Peut-on encore « dégraisser le mammouth » ? Le groupe France Télévisions, avec des capitaux propres désormais inférieurs à la moitié du capital social et insuffisants pour assurer sa pérennité, est menacé de « dissolution » d’ici à la fin 2026, alerte la Cour des comptes dans un rapport au vitriol de 166 pages rendu public mardi 23 septembre, qui décortique notamment les salaires et le coût des comités d’entreprise et des voitures de fonction. Avant d’entrer plus en détail dans l’analyse lapidaire de l’institution présidée par le socialiste Pierre Moscovici, voyons d’abord à quel « mammouth » nous avons affaire.

Doté d’un budget de 3,3 milliards d’euros en 2024, dont 2,53 milliards de crédits publics – soit 80 % de ses ressources, une somme qui représente 27 euros par an par Français ou 138 euros par foyer –, France Télévisions équivaut grosso modo à la somme des deux premiers groupes audiovisuels privés, TF1 et M6, dont les chiffres d’affaires atteignent respectivement 2,3 milliards d’euros et 1,3 milliard d’euros. Ce géant public – aux pieds d’argile, on le verra par la suite – emploie près de 9 000 personnes, édite cinq chaînes nationales disponibles en TNT (France 2, France 3, France 4, France 5 et France info), deux plateformes numériques (france.tv et franceinfo), et dispose d’un vaste réseau territorial avec 24 antennes régionales de France 3 et 9 stations ultramarines de télévision, radio et web (les « 1ères »).

Le groupe peut se targuer d’être leader en matière d’audience, salue la Cour des comptes. « La part d’audience du groupe, première source d’information des Français, a ainsi augmenté de 1,5 point depuis 2017 pour s’établir à 29,8 %, portée notamment par la progression spectaculaire de France 2, passée de 13 % à 15,8 % », note-t-elle. Ce succès, doublé d’une forte crédibilité selon la Cour, puisque 75 % des Français déclarent faire confiance à France Télévisions contre 54 % en moyenne pour les chaînes privées, est également au rendez-vous sur le numérique. La plateforme france.tv a atteint 35 millions de visiteurs uniques mensuels en 2024, dépassant pour la première fois celle de TF1 (32,7 millions) et Franceinfo est la première plateforme d’information nationale (22,9 millions).

Voilà pour les bons points délivrés par l’institution. Car malgré cette position dominante, les finances du groupe présidé par Delphine Ernotte sont dans le rouge. Pour la Rue Cambon, l’adoption d’un budget 2025 présentant un résultat net négatif de 40 millions d’euros « confirme l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui la première entreprise de l’audiovisuel public ».

Une situation financière « non soutenable »

Les magistrats ne mâchent ni leurs mots ni leurs griefs. Pour eux, la dégradation continue des finances du groupe audiovisuel public place aujourd’hui France Télévisions dans une situation « non soutenable ». La raison ? Les capitaux propres se sont effondrés, « passés en huit ans de 294 à 179 millions d’euros », tandis que les déficits s’accumulent avec « un déficit cumulé de 81 millions d’euros entre 2017 et 2024 ». Plus inquiétant encore, depuis 2021, les capitaux propres sont devenus « inférieurs à la moitié du capital social, seuil en dessous duquel ils sont considérés comme insuffisants pour assurer la pérennité de l’entreprise ». Une situation qui, selon le rapport, « oblige l’État actionnaire à prendre, avant le 31 décembre 2026, des mesures de rétablissement des fonds propres ou de réduction du capital social, sans quoi, conformément au Code de commerce, la société encourt la dissolution ».

Avec l’élection présidentielle qui se profile en 2027 – si ce n’est avant en cas de blocage institutionnel –, France Télévisions risque de devenir un enjeu électoral. D’autant que Delphine Ernotte, la présidente du groupe, a pris le risque de qualifier pour la première fois publiquement, dans un entretien au Monde, CNews (groupe Vivendi, de Vincent Bolloré et sa famille) de « chaîne d’extrême droite » à la suite de sa couverture de l’affaire Thomas Legrand. Une affirmation qui ne fait que conforter dans leur opinion ceux qui, parmi les politiques, commentateurs et citoyens, considèrent le géant public comme un « repaire de gauchistes ». « Le service public est colonisé par la gauche et l’extrême gauche. Nous devons le privatiser, comme cela personne ne nous accusera de vouloir l’utiliser », a martelé le 16 septembre sur CNews Marine Le Pen, présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, premier parti de l’hémicycle avec 126 députés.

Un cadre social à moderniser d’urgence

Au-delà des aspects financiers, toute l’organisation du groupe est remise en cause. Au cœur des critiques de la Cour figure en effet l’accord collectif de 2013, qualifié de « cadre très contraignant qui freine l’adaptation de l’entreprise à l’évolution rapide des technologies, des métiers et des usages ». Les magistrats pointent notamment « la classification étroite de près de 160 métiers, figée par l’accord depuis douze ans », qui « limite la polyvalence des salariés et freine l’évolution des compétences ».

« La rigidité de la structure salariale, fortement liée à l’ancienneté, certaines dispositions généreuses et les avantages en nature contribuent également aux surcoûts et alimentent l’accroissement de la masse salariale », souligne le rapport. Il cite notamment « des véhicules de fonction dont l’utilité est questionnable » et « des comités d’entreprise généreusement dotés ». Ainsi, 53 cadres de France Télévisions affectés pour l’essentiel sur les sites parisiens bénéficient actuellement de véhicules de fonction dont la valeur unitaire s’échelonne entre 20 000 et 53 000 euros. Coût de ces avantages mis à disposition par des contrats de location de longue durée : 1,7 million d’euros par an. Quant aux 13 comités sociaux et économiques (CSE) du groupe public, ils gèrent une manne de 14,2 millions d’euros, qui couvre notamment l’activité de restauration.

La masse salariale, talon d’Achille

La masse salariale reste le talon d’Achille du groupe public. Malgré une réduction significative des effectifs (- 10,3 % entre 2017 et 2023, soit plus de 1 000 postes supprimés, de 9 843 à 8 825 personnes), les dépenses de personnel n’ont diminué que de 1,95 % sur la même période. Plus inquiétant encore, elles sont reparties à la hausse ces trois dernières années (+ 3 % en 2021, + 1,1 % en 2022 et + 0,5 % en 2023). Les salaires pratiqués à France Télévisions sont particulièrement élevés. Le salaire moyen par tête atteint 71 490 euros bruts annuels en 2023 (soit près de 6 000 euros mensuels), bien au-dessus de la moyenne du secteur culturel (48 900 euros) et même de l’audiovisuel privé (66 700 euros). Une concentration des hauts salaires est également pointée du doigt : 15,5 % des salariés, soit environ 1 370 personnes, captent plus de 28 % de la masse salariale avec des rémunérations dépassant les 80 000 euros annuels.

Au sommet de la pyramide, 31 cadres touchent plus de 200 000 euros bruts par an (soit plus de 16 600 euros mensuels), dont 5 dépassent les 300 000 euros annuels. Des niveaux de rémunération qui s’expliquent notamment par un système salarial rigide, où l’ancienneté joue un rôle prépondérant. En 2023, 53 % des salariés avaient entre 21 et 40 ans d’ancienneté, bénéficiant ainsi d’augmentations automatiques continues.

« Une renégociation globale de l’accord collectif de 2013 est aujourd’hui inéluctable et urgente face à la situation financière critique de France Télévisions pour assurer sa pérennité », insiste la Cour des comptes. Elle salue ainsi la « dénonciation de l’accord annoncée par la présidente de France Télévisions au conseil d’administration du 10 juillet 2025 ». « Il faut rompre avec ce qui nous freine et aller vers de la polycompétence […] L’accord de 2013 nous freine. Il faut redéfinir le cadre des métiers, pour faire baisser les frais professionnels et tenir notre activité », a reconnu la dirigeante devant le régulateur, l’Arcom.

Pour redresser les comptes sans trop amputer les programmes, la PDG mise pour l’instant sur l’automatisation avec l’intelligence artificielle et les économies de personnel. Une approche qui fait bondir les syndicats, qui agitent la menace d’une grève dans les prochains mois…

Défis technologiques

D’autres défis attendent le géant public. Le rapport souligne ainsi l’urgence de « poursuivre ses investissements pour améliorer et adapter constamment ses offres » face à « la mutation rapide et continue des usages et au risque de vieillissement de son public ». Face à Netflix, Disney+ ou Amazon Prime Vidéo, qui investissent massivement dans les contenus, la transformation numérique est jugée « indispensable au maintien de sa place dans le paysage audiovisuel et à sa mission de service public ». Néanmoins, cette nécessaire modernisation se heurte à la situation financière dégradée du groupe. « L’amenuisement significatif des fonds propres réduit significativement les possibilités d’investissement de l’entreprise, notamment dans les domaines immobilier et numérique », note la Cour.

« Comme toute entreprise, France Télévisions doit faire évoluer ses métiers et ses organisations, son statut public n’impliquant pas un cadre social immuable qui accentuerait sa fragilité », concluent les magistrats, qui appellent à « l’adoption d’un contrat d’objectifs et de moyens adossé à une trajectoire financière pluriannuelle stabilisée ». Trente ans après la formule de Claude Allègre sur l’Éducation nationale, c’est donc un autre « mammouth » public qui se trouve confronté à l’impératif de sa modernisation. L’État actionnaire devra rapidement trancher entre une recapitalisation massive ou une réduction drastique du capital social avant fin 2026. Sinon, le groupe public français risque la disparition, voire la privatisation.

2. « Des rémunérations « étonnantes », des millions d’euros de frais… Le rapport cinglant qui accable France Télévisions »

RITRAIT L’OBSERVATOIRE DU JOURNALISME Lorelei Bancharel EN DECEMBRE 2025 qui poursuivait :

  • Une situation financière critique : selon la Cour des comptes, France Télévisions cumule 81 M€ de déficit net depuis 2017 et prévoit encore –50 M€ en 2025, malgré 2,53 Mds € de crédits publics (soit 80 % de ses ressources).
  • Capitaux propres en chute libre : passés de 294 à 179 M€ en huit ans, ils pourraient tomber à 125 M€ fin 2025 ; sans mesures d’ici 2026, l’entreprise encourt la dissolution (Code de commerce).
  • Masse salariale hors de contrôle : 15,5 % des salariés gagnent plus de 80 000 €/an, avec un salaire moyen de 71 490 €/an, bien supérieur au privé. 31 cadres touchent plus de 200 000 €/an, 5 dépassent les 300 000 €.
  • Frais explosifs : 46 M€ de dépenses en 2024 pour déplacements et réceptions, dont 3,8 M€ de taxis (+80 % depuis 2019). 53 cadres disposent de véhicules de fonction, les 13 CSE gèrent 14,2 M€ et possèdent même des résidences de vacances.
  • Soupçon de scandale politique : Paul Amar affirme que le rapport a été volontairement retardé pour permettre la reconduction de Delphine Ernotte à la tête de France Télévisions, ce que la Cour des comptes dément.

Dans un rapport au vitriol rendu public mardi 23 septembre, la Cour des comptes a passé au peigne fin les comptes de France Télévisions.

Le verdict est sans appel : le groupe public, géré par Delphine Ernotte, est désormais dans « une situation financière critique » qui impose, sans délai, des réformes structurelles. 

Mais qu’a donc fait le géant France Télévisions de l’argent des contribuables français ? Depuis ce mardi 23 septembre, la question est sur toutes les lèvres – excepté, bien sûr, dans les couloirs feutrés du service public. « Mammouth à dégraisser », dépenses délirantes… En moins de 24 heures, les critiques acides se sont multipliées, notamment à droite, à l’encontre du mastodonte France TV, tant le scandale se révèle grand.

Dix ans après avoir (déjà) tiré la sonnette d’alarme, la Cour des comptes a rendu public mardi 23 septembre un rapport cinglant de 166 pages concluant à une situation financière « critique » du groupe audiovisuel, désormais menacé de « dissolution » d’ici à la fin 2026. Une déflagration. Depuis, les observateurs n’ont d’ailleurs plus qu’un mot à la bouche : gabegie.

« Le statu quo n’est plus tenable »

Il faut dire que le rapport est édifiant. Après avoir, dans un premier temps, salué les audiences du géant hexagonal de l’audiovisuel – France Télévisions capte près de 30% de l’audience TV, demeurant ainsi « la première source d’information des Français » –, la Cour des comptes met à nu dans son rapport une maison qui se fissure de toutes parts.

Entre 2017 et 2024, France Télévisions a en effet cumulé pas moins de 81 millions d’euros de déficit net. L’année 2025 ne sera elle non plus pas un grand cru, la direction ayant dû présenter pour cette année un budget prévoyant une perte d’exploitation de près de 50 millions d’euros.

Une donnée, souligne la Cour des comptes, qui confirme « l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui la première entreprise de l’audiovisuel public », pourtant dotée d’un budget de 3,3 milliards d’euros en 2024 (dont 2,53 milliards de crédits publics, soit 80 % de ses ressources).

Le statu quo n’est plus tenable, s’alarme-t-on dans les colonnes du Figaro, au risque sinon d’aggraver un peu plus une situation financière « critique » qui met directement « en danger » la pérennité de l’entreprise.

En outre, les capitaux propres de France Télévisions, « passés en huit ans de 294 à 179 millions d’euros », continuent de fondre comme neige au soleil puisqu’ils se réduiront, d’ici la fin 2025, à environ 125 millions d’euros.

En conséquence, souligne Le Figaro, la trésorerie, « maintenue artificiellement par des emprunts » (Delphine Ernotte a multiplié les emprunts en 2025), pourrait tomber dans le rouge dès cette année, « avec un solde négatif de près de 27 millions d’euros ». Une situation qui, note le rapport, oblige désormais « l’État actionnaire à prendre, avant le 31 décembre 2026, des mesures de rétablissement des fonds propres ou de réduction du capital social, sans quoi, conformément au Code de commerce, la société encourt la dissolution ».

Une masse salariale « hors de contrôle »

Mais comment France Télévisions a pu en arriver là, d’autant plus quand on sait que ses concurrents privés font des bénéfices sans toucher d’argent public ?

Selon le gendarme des comptes, la situation financière « critique » de France TV n’est pas à imputer aux seuls dirigeants de l’entreprise, la faute en incombe aussi à l’État actionnaire qui n’a pas su fournir « un cadre financier pluriannuel stable et réaliste ».

Mais tout de même… À y regarder de plus près, frais et salaires ne semblent pas connaître la crise au sein de la maison France Télévisions. Dans le désordre, le rapport de la rue Cambon, qui concentre ses critiques sur une masse salariale « hors de contrôle » et en « augmentation structurelle » malgré la baisse des effectifs, nous apprend d’abord que 15,5% des salariés (soit environ 1 370 personnes) gagnent… plus de 80 000€ par an.

Un sérieux « talon d’Achille » quand on sait, en plus, que le salaire moyen par tête à France Télévisions atteint 71 490 euros bruts annuels en 2023 (soit près de 6 000 euros mensuels), « bien au-dessus de la moyenne du secteur culturel (48 900 euros) et même de l’audiovisuel privé (66 700 euros) », souligne Le Point.

Notons qu’au sommet de la pyramide, 31 cadres touchent plus de 200 000 euros bruts par an (soit plus de 16 600 euros mensuels). Cinq dépassent même les 300 000 euros annuels. « Des niveaux de rémunération qui s’expliquent notamment par un système salarial rigide, où l’ancienneté joue un rôle prépondérant », détaille l’hebdomadaire.

En 2023, « 53 % des salariés avaient ainsi entre 21 et 40 ans d’ancienneté », bénéficiant par là même d’augmentations automatiques continues.

Des frais qui explosent

À cela, il faut également ajouter un cadre social particulièrement généreux. À titre d’exemple, sur la seule année 2024, les frais de déplacements et de réceptions se sont élevés à plus de 46 millions (dont près de quatre millions d’euros seulement pour les dépenses de taxis), soit 126 000 € par jour.

« Les dépenses de taxis de tout ce monde explosent : elles s’élèvent à 3,8 millions d’euros, soit +80% entre 2019 et 2024, malgré le scandale qui avait déjà sali l’institution. Cela revient à plus de 10 000 euros de taxis par jour ! Ce n’est plus France Télé, c’est France Taxi ! », a ainsi fustigé Sarah Knafo sur X, rappelant dans la foulée qu’en ce qui concerne « les frais », les coûts des réceptions ont été « quasiment multipliés par 5 en seulement 2 ans ».

« Certaines dispositions généreuses et les avantages en nature contribuent également aux surcoûts et alimentent l’accroissement de la masse salariale », souligne sans ambages le gendarme des comptes dans son rapport, pointant notamment du doigt « des véhicules de fonction dont l’utilité est questionnable » et « des comités d’entreprise généreusement dotés ».

53 cadres de France Télévisions – affectés pour l’essentiel sur les sites parisiens – bénéficient en effet actuellement de véhicules de fonction dont la valeur unitaire s’échelonne… entre 20 000 et 53 000 euros. « Coût total de ces avantages mis à disposition par des contrats de location de longue durée : 1,7 million d’euros par an. »

Quant aux 13 comités sociaux et économiques (CSE) du groupe public, ils gèrent, rappelle Le Point, « une manne de 14,2 millions d’euros, qui couvre notamment l’activité de restauration ». Le rapport précise en outre que le comité d’entreprise de France Télévisions a acquis un immeuble au Crotoy en 2022, en plus des résidences de vacances dont il est propriétaire et qu’il loue à Cannes et à Trouville.

« Il fallait sauver la soldate Ernotte »

Forcément, cette liste à la Prévert n’a pas manqué de faire grincer des dents. Là où certains en sont restés à évoquer des comptes « catastrophiques » et des dépenses « délirantes », d’autres, à droite de l’échiquier politique, ont immédiatement appelé à la privatisation de ce « colosse aux pieds d’argile ».

Mais il est un autre scandale « dans le scandale » dont peu de médias se sont pourtant fait l’écho. Invité dans l’émission de Pascal Praud sur Europe 1 mercredi 24 septembre, l’ancien journaliste du service public Paul Amar a affirmé que le rapport était connu de l’ARCOM « au moment de la reconduction de Delphine Ernotte à la direction de France TV ».

« Ce rapport aurait dû être remis au mois de mai, il a été mis dans un tiroir parce qu’il fallait reconduire Madame Ernotte (…) Je pense que l’Arcom aurait été contrainte de ne pas la reconduire, mais il fallait sauver la soldate Ernotte », a‑t-il notamment affirmé, assurant tenir ses informations d’une source « infaillible ».

De son côté, interrogée, la Cour des comptes a assuré auprès de l’AFP ne pas avoir transmis d’éléments à l’Arcom avant cette reconduction.

3. « France Télévisions : la Cour des comptes dénonce des salaires de pacha »

  • TITRAIT CONTRIBUABLES ASSOCIES EN SEPTEMBRE 2025 qui poursuivait :

Alors que chaque Français verse en moyenne 38,5 euros par an pour financer France Télévisions, une partie de cette manne est dilapidée via des salaires mirobolants, des véhicules de fonction et des frais de taxis exorbitants.

Déjà sur la sellette pour son manque d’impartialité, France Télévisions l’est maintenant pour sa comptabilité.

Dans un rapport publié ce 23 septembre 2025, la Cour des comptes cartonne le groupe public, au bord de l’asphyxie financière du fait de dépenses de personnel himalayennes et d’avantages mirobolants.

Avec un budget 2024 de 3,3 milliards d’euros en 2024, financé à 80 % par de l’argent public, France Télévisions emploie près de 9 000 personnes sur cinq chaînes nationales et plusieurs plateformes numériques.

Entre 2017 et 2024, ses déficits cumulés atteignent 81 millions d’euros, tandis que ses capitaux propres plongent de 294 à 179 millions.

Selon la Cour, sans intervention de l’État avant la fin 2026, le groupe pourrait même risquer la dissolution.

Le cœur du problème réside dans la masse salariale, véritable gouffre pour les finances publiques.

Le salaire moyen à France Télévisions dépasse 71 000 euros brut annuels, bien au-dessus du secteur culturel et de l’audiovisuel privé.

Pas de problème de fin de mois : trente et un cadres perçoivent plus de 200 000 euros par an, dont cinq franchissent le cap des 300 000 euros, soit plus de 25 000 euros par mois.

Pas de problème de transports : à cela s’ajoutent des véhicules de fonction pour 53 cadres parisiens, des comités d’entreprise disposant de 14,2 millions d’euros, des frais de taxis et de mission à hauteur de quatre millions d’euros en 2024 et des demi-journées de récupération offertes après cinq éditions de JT.

Dans le groupe dirigé par Delphine Ernotte, l’argent public semble fondre dans des pratiques jugées « étonnantes » par les magistrats.

Pas de remise en cause des avantages acquis : le système social, figé depuis 2013, empêche toute polyvalence et alourdit mécaniquement les coûts.

Les dispositifs créés pour contourner cette rigidité, comme les unités de compétences complémentaires, coûtent cher et ne résolvent rien.

La Cour appelle à une réforme urgente : dénonciation de l’accord collectif, modernisation du cadre social et adoption d’un contrat d’objectifs et de moyens adossé à une trajectoire financière pluriannuelle.

Un bilan qui donnera du grain à moudre à ceux qui, de plus en plus nombreux, se déclarent favorables à une privatisation du service public.

4. « France TV, une « planque pour gens de gauche »? Ce que contient vraiment le rapport de la Cour des comptes »

TITRAIT RMC EN DECEMBRE 2025 qui poursuivait :

Un rapport de la Cour des comptes alerte sur la situation financière « critique » de France Télévisions. Un rapport très critiqué par des voix de droite qui évoquent une gabegie d’argent public. Mais le rapport complet est plus nuancé. Explications.

La situation financière de France Télévisions est « critique ». France TV est dans « une situation financière critique qui impose sans délai des réformes structurelles jusqu’ici ajournées », alerte la Cour des comptes dans un rapport publié ce mardi.

Avec 2,5 milliards d’euros de dotation publique et 9000 salariés pour 5 chaînes nationales disponibles en TNT et des chaînes régionales, les comptes sont dans le rouge.

La Cour des comptes pointe les avantages des cadres, notamment les 53 voitures de fonction des cadres du groupe, essentiellement basés à Paris, « des frais de mission élevés » et « certains niveaux de salaires » pour des personnes cumulant d’autres emplois.

Et « malgré une baisse des effectifs, la masse salariale n’a pas diminuée », assure la Cour des comptes. Le salaire moyen par tête était de 71.490 euros en 2023, un niveau élevé « par rapport à celui d’autres secteurs comparables: culture (48.900 €) et audiovisuel (66.700 €) », note les Sages de la rue Cambon.

Les frais de taxis, qui s’élèvent à 3,8 millions d’euros en 2024, en hausse de 800.000 euros par rapport à 2023 (année des JO oblige), doivent faire l’objet de contrôles renforcés pour combler des lacunes « qui peuvent facilement être corrigées », notamment concernant les taxis pour le personnel lors de trajets domicile-travail, entre 22h et 6h30.

« Bastion de gauche »

Un rapport qui a immédiatement électrisé à l’extrême-droite et la droite: « Il faut d’urgence mettre fin à ce gaspillage massif et privatiser l’audiovisuel public : il y a là 4 milliards d’euros d’économies à réaliser pour l’Etat », estime le président du RN Jordan Bardella sur X. « Masse salariale démente, polyvalence interdite », s’étrangle Aurélien Véron, élu de Paris et proche de Rachida Dati.

Sur le plateau des Grandes Gueules, on fustige ce qui ressemble à de la gabegie: « Il y a une planque pour des gens de gauches trop payés qui produisent un service public particulièrement nul, il faut dissoudre », assure Antoine Diers. « C’est souvent comme ça dans les bastions de la gauche, dans le vintage de la gauche caviar », abonde l’avocat Charles Consigny.

« Un audiovisuel public ne doit pas signifier trop de chaînes TV, d’argent et d’abus », poursuit-il. « Les frais de réception se sont élevés à 46 millions d’euros en 2024, soit 126.000 par jour. A moins de manger du foie gras tous les jours et pour beaucoup de monde ça me parait élevé », assure Charles Consigny sur RMC et RMC Story.

En fait, ce sont les « frais de déplacements, de mission et de réception » qui s’élèvent au total à 46 millions. Dans le détail, les « frais de réception et achats alimentaires (dont boissons) » s’élèvent à 3.201.756 euros, soit 15 fois moins.

Les frais de déplacements, de mission et de réception de France Télévision
Les frais de déplacements, de mission et de réception de France Télévision © Cour des comptes

Des efforts déjà entrepris?

Les audiences sont plutôt bonnes et des efforts de gestion ont permis « une réduction cumulée des charges d’exploitation » de 386 millions d’euros (constants) entre 2015 et 2024″. Mais l’adoption d’un budget 2025 en déficit de 40 millions d’euros « confirme l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui la première entreprise de l’audiovisuel public », malgré des réformes depuis une décennie prévient la Cour des comptes.

Pierre Moscovici le président de la Cour des comptes, rappelle que des « opération exceptionnelles » ont eu raison des résultats nets en déficit entre 2017 et 2024: parmi eux, un plan de réduction d’effectifs entre 2019 et 2022, et la dissolution de Salto qui a entraîné 58 millions d’euros de pertes, rappelle Le Monde.

La Cour des comptes préconise une renégociation du grand accord social s’appliquant à l’entreprise « dans les meilleurs délais » afin de favoriser notamment la polyvalence – ce qui est prévu. Enfin, la Cour des comptes suggère d’accroître les synergies entre France 3 et le réseau Ici des ex-radios France Bleu.

5. « Une situation financière « critique » relève la Cour des comptes »

TITRAIT FRANCE INFO EN SEPTEMBRE 2025 qui poursuivait : La Cour des comptes fait le constat d’une situation financière « critique » pour France Télévisions malgré les restructurations opérées au cours de la période observée (2017-2024). La Cour invite l’entreprise publique à adopter une trajectoire financière plus rigoureuse et à consolider son unification.

Malgré les restructurations successives et des économies réalisées sur les programmes, la Cour des comptes alerte sur la situation financière actuelle de France Télévisions, dont les déficits de résultats nets s’accumulent sur la période observée (-256 millions d’euros au niveau de l’entreprise de 2017 à 2024).

Un risque comptable de dissolution

Le budget de France Télévisions repose sur trois sources de financements : 

  • les concours publics (dotations de l’État, environ 2,5 milliards d’euros) ;
  • les recettes propres (principalement la publicité), entre 13% et 17% du total de ses ressources ;
  • les autres recettes (ventes de prestations et de services de France Télévision distribution, dividendes de la société civile immobilière, exploitation de studios de production…).

Les restructurations opérées (création d’une entreprise unique, rassemblement de marques du groupe sous les appellations France.tv et france.info, fusion des rédactions nationales, montée en puissance des plateformes numériques…) ont permis une diminution des coûts et une meilleure maitrise des effectifs (-10%) observe le rapport. 

Cependant, la situation financière actuelle, si elle est liée en partie à des investissements parfois non compensés par les dotations publiques, fait courir un risque comptable de dissolution de l’entreprise, les capitaux propres de l’entreprise étant inférieurs de moitié au capital social de l’entreprise.

La Cour pointe des facteurs « structurels », parmi lesquels :

  • le poids des charges d’exploitation notamment pour les charges de personnel et les coûts d’achat des programmes qui constituent les deux tiers de ces charges ;
  • une rigidité en matière de gestion des ressources humaines qui tient, selon la Cour, au maintien des accords sociaux de 2013 qui limitent les marges de manœuvres de la direction.
  • une insuffisance de suivi de certains coûts (notamment au niveau de la direction de l’information). 

Revoir le cadre social et poursuivre la transformation numérique

Face à cette situation, la Cour des comptes formule une série de recommandations, dont, en premier lieu, une meilleure maîtrise de la masse salariale qui passerait par une remise en question des accords sociaux (classification des métiers trop « figée », dispositions sociales trop avantageuses, avantages en nature…).    

Le rapport constate la bonne santé des audiences (France Télévision en tête des groupes médias avec 29,8% de part d’audience devant TF1) et salue les transformations structurelles opérées vers une convergence des médias et autour du numérique.

Cependant, la Cour note que certaines synergies sont encore à trouver pour gagner en productivité (par exemple entre les directions techniques ou encore entre les médias télé et radio, au plan local ou national). Pour y parvenir, elle incite la direction du groupe France Télévisions à poursuivre la mutualisation des moyens matériels et humains et à engager des « réformes du cadre de gestion des ressources humaines ».

Le rapport mentionne enfin la reprise en juin 2025 de l’examen parlementaire d’une proposition de loi dont l’un des objectifs serait la création d’une holding France Médias rassemblant les entités Radio France, France Télévisions, France Médias Monde ainsi que l’Institut national de l’audiovisuel (INA).

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