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LA « NOUVELLE FRANCE » FORGÉE PAR LE « GRAND REMPLACEMENT »

ARTICLE – « La ‘Nouvelle France’ de Mélenchon ne corrige pas le ‘grand remplacement’ : elle en est le miroir inversé »

Par  Virginie Martin. Publié le 21/04/2026 MARIANNE

Dans une tribune pour « Marianne », la politologue Virginie Martin explique pourquoi le tournant identitaire de La France insoumise (LFI), incarné par l’expression « nouvelle France », consiste à faire de l’identité une substance politique, au même titre que l’extrême droite.

Septembre 2021. Sur BFMTV, Jean-Luc Mélenchon choisit de débattre avec Éric Zemmour. Il ne se trompe pas de séquence. Il la fabrique. Avec elle, un cadre : celui d’un affrontement désormais structuré par la question identitaire. D’un côté, le fantasme d’un pays remplacé. De l’autre, la promesse d’un pays recomposé. Deux récits opposés, mais un même geste : faire de l’identité une substance politique. Autrement dit : simplifier. Simplifier ? C’est précisément ce que la sociologie contemporaine ne fait pas.

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Une identité n’est jamais un bloc. Elle est instable, traversée, contradictoire. Elle relève moins d’une essence que d’un travail : appropriation, déplacement, réinterprétation. Les individus ne sont pas les supports passifs des catégories qui les décrivent – ils en sont aussi les opérateurs. C’est ce que j’ai proposé de penser comme un universalisme des différences : non pas un commun qui homogénéise, mais un socle qui n’efface pas la pluralité des trajectoires.

UN COMMUN SANS CLONES

Or, c’est précisément ce point que la « Nouvelle France » manque dans sa simplification. En prétendant donner une traduction politique aux dynamiques de domination – notamment à travers une lecture intersectionnelle par ailleurs tout à fait heuristique – elle opère un basculement. Ce qui relevait d’une grammaire analytique devient un principe d’agrégation. Ce qui visait à complexifier devient un slogan. Ce basculement n’est pas nouveau. Il prolonge une logique bien identifiée : celle du retournement du stigmate, telle qu’elle a été travaillée par les théories queers. Reprendre une assignation pour la subvertir, en faire un point d’appui, une force politique – le geste est puissant.

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Mais transposé dans une logique électorale, il change de nature : ce qui subvertissait peut devenir ce qui fixe. La créolisation, chez Édouard Glissant, ne produit pas des identités stabilisées. Elle désigne un processus de relation, d’interaction, d’imprévisibilité. Elle n’oppose pas, elle intrique, elle enchevêtre. La « Nouvelle France », au contraire, désigne, agrège, distingue, sépare. Elle ne prolonge pas la créolisation : elle la referme. On pourrait ici convoquer la figure de l’arlequin chez Orlan : un corps composé, hybride, irréductible à une origine, traversé d’imaginaires multiples. Pas une identité – une hybridation en mouvement. C’est cette logique que la politique devrait accompagner. Elle choisit ici de la stabiliser.

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