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UN MINISTTE DE L’INTÉRIEUR QUI PROMEUX LE DÉVELOPPEMENT DE L’ISLAM ET LE VOILE DES FILLETTES

article – Voile islamique des fillettes : petit rappel théologico-culturel à Laurent Nuñez sur les autres pratiques religieuses des familles qui l’imposent

Une allocution prononcée par Laurent Nunez le 12 mars à la Grande Mosquée de Paris refait surface sur les réseaux sociaux. Marine Le Pen accuse Laurent Nunez de «s’aligner» sur l’extrême-gauche au sujet de l’islam, et notamment du voile porté par les mineurs. 

Atlantico : Quels sont les fondements théologiques (textes, traditions, interprétations) et les significations culturelles (identité, appartenance, pression sociale) du port du voile pour les mineures dans l’Islam ?

Samir Amghar : Les fondements théologiques du port du voile dans la religion musulmane se fondent sur un certain nombre de références scripturaires, principalement quelques versets du Coran évoquant la pudeur et la modestie, sans définir précisément, ni la forme du voile ni l’âge auquel il devient obligatoire pour la femme. C’est la tradition prophétique et la tradition juridique classique qui vont préciser ces éléments : C’est à la puberté que le voile relève d’une obligation selon la très grande majorité des théologiens musulmans. Ainsi, pour les jeunes filles non pubères, le port du voile s’inscrit non pas dans une contrainte normative mais plutôt dans une logique d’apprentissage et de socialisation religieuse. Sociologiquement, il renvoie à des logiques d’identité. Mais aussi, il est le signe d’une forme d’appartenance communautaire, l’expression d’une respectabilité morale. Il peut selon les cas, être lié à des attentes ou espoirs familiales ou encore de contraintes. Dans certains contextes, il est le symbole d’une forme d’affirmation de soi.

Comment ces significations varient-elles selon les courants de l’islam (sunnisme, chiisme, soufisme, etc.) et les contextes géographiques ?

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Les variations ne tiennent pas forcément à des divergences doctrinales, car les clercs musulmans s’accorder majoritairement pour estimer que le voile relève d’une obligation religieuse. Mais, ces variations sont plus liées à des différences d’interprétation et de mise en pratique, liée à des contextes historiques et culturels différents. Dans le sunnisme, le voile est généralement considéré comme obligatoire. Et cela, à partir de la puberté, avec des formes plus strictes dans les courants les plus orthodoxes. Dans le chiisme, la norme est comparable. Pour autant, elle peut apparaître parfois davantage institutionnalisée. Les approches soufies tendent à privilégier une lecture plus intérieure. Ainsi, le voile doit être compris comme l’expression de la pudeur et donc celle-ci peut être atteint par le comportement et la moralité. Toutefois, les contextes nationaux restent déterminants. Ils peuvent souvent influencer fortement les usages.

Quelles sont les autres pratiques religieuses, sociales et culturelles des familles qui encouragent ou imposent le port du voile à leurs filles mineures en France ?

En France, ces familles ont souvent une religiosité plus affirmée, plus conservatrice et plus orthodoxe que la moyenne : Elles se soumettent à une pratique régulière de la prière, elles favorisent l’apprentissage de l’islam, elles valorisent le jeûne et considèrent qu’il est impératif de former leurs enfants aux préceptes de l’islam. Sur le plan culturel, elles tendent à faire la promotion de normes de genre plus différenciées. Celle-ci s’organisent autour d’un encadrement des sociabilités et des loisirs. Il s’agit moins pas nécessairement d’un retrait, mais plutôt une recomposition normative dont l’objectif est d’articuler la religion et  le contexte minoritaire.

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Existe-t-il des études sociologiques ou anthropologiques récentes sur ces familles en France ?

Oui, des travaux de chercheurs comme Olivier Roy, Gilles Kepel, Agnès De Féo ou Nilüfer Göle montrent que le voile est un marqueur social, générationnel et identitaire, révélateur des transformations de l’islam en contexte européen, notamment à travers l’individualisation du croire. Pour cette dernière, elle affirme que le voile en Turquie est le marqueur d’une modernité religieuse et d’une individualisation du croire. Moi-même, j’ai écrit sur le voile intégral. Globalement, ces travaux tendent à montrer que le voile du moins en France est plus choisi que subit et qu’il est en général le fruit d’une démarche durant laquelle on se « contraint » à intérioriser une norme religieuse visible. 

Comment le port du voile chez les mineures est-il pratiqué, régulé ou perçu dans d’autres pays à majorité musulmane ?

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Les pratiques varient fortement selon les pays. Dans des contextes comme le Maroc ou la Tunisie, il n’existe pas d’obligation légale et les usages sont diversifiés. En Turquie, le voile s’est normalisé après une forte politisation. En Indonésie, il connaît une diffusion croissante. À l’inverse, en Iran, il est obligatoire mais on constate de la part de nombreuses femmes des stratégies de contournement. En Arabie Saoudite il relève d’une norme sociale dominante. La France se distingue par son respect en raison de sa tolérance et du fait que la liberté de conscience est inscrite dans la loi du 9 décembre 1905, à condition que l’ordre public n’est pas remis en cause et dans certains espaces, celui-ci est interdit (écoles, fonction publique) 

Quel est le rôle des mosquées, des imams ou des associations islamiques dans la promotion du voile chez les mineures ?

Leur position et leur approche sont très différentes. Certaines structures développent principalement une approche qui se veut à la fois pédagogique et progressive. D’autres diffusent des normes plus strictes. Des institutions comme la Grande Mosquée de Paris adoptent quant à elle, une position modérée. Elle cherche ainsi à concilier pratiques religieuses et cadre républicain. Pourquoi autant de différence ? Parce que l’absence d’autorité centralisée limite l’imposition d’une norme unique.

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Connaît-on les motivations, les pressions ou les aspirations des mineures qui portent le voile en France ?

Les motivations sont plurielles : foi, identité, respectabilité, mais aussi pression familiale ou sociale. On s’inscrit ainsi dans une forme de conformisme social pour acheter une forme de notabilité ou de distinction sociale. Les recherches sociologiques montrent qu’il s’agit souvent de « choix libres » sous « contraintes ». Le débat public français est fréquemment perçu comme stigmatisant pour de nombreux musulmans, ce qui peut renforcer certaines logiques identitaires ou produire de la distanciation. Dès lors, le voile est considéré comme une manière de défier l’autorité. 

Comment les pratiques religieuses évoluent-elles chez les jeunesmusulmans en France ?

Les dynamiques sont contrastées : individualisation du croire, diversification des trajectoires, coexistence de formes de « rigorisation » et de développement de formes de pratiques orthodoxes ou ultra-orthodoxes de l’islam. Force est constater qu’il y a deux dynamiques sociologiques que l’on estime quand il s’agit d’aborder la pratique de l’islam chez les musulmans de France. La première est l’individualisation : l’islam n’est pas seulement hérité, elle est le fruit d’une réappropriation et individuel de l’islam. C’est pourquoi, il est possible de trouver au sein d’une même famille : un frère très pratiquant, un autre ayant une pratique « superficielle et un autre qui est athée. La seconde est la sécularisation qui touche de manière très largement les communautés musulmanes de France : l’islam est de moins en moins présent et prégnant dans leur quotidien.  Toujours est-il que le voile peut ainsi relever de logiques différentes : tradition familiale, réappropriation religieuse, contrainte sociale, protestation symbolique ou affirmation personnelle. C’est pourquoi, il constitue un  »bon » indicateur des recompositions contemporaines de l’islam en France. 

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