
Depuis 2017 : de fortes tergiversations de l’exécutif.
Annoncée, rebaptisée, repoussée, redessinée … plusieurs fois
L’« allocation sociale unique » (ou ses versions successives : versement social unique, revenu universel d’activité, puis allocation sociale unique / unifiée) est souvent décrite comme une “arlésienne” du macronisme social : annoncée, rebaptisée, repoussée, redessinée plusieurs fois.
1. 2017 : promesse de campagne
Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron promet un « versement social unique et automatique » :
- fusion/simplification de prestations (RSA, APL, prime d’activité…) ;
- versement automatique pour réduire le non-recours ;
- objectif de simplification du « maquis » des aides sociales.
L’idée initiale e : moins de guichets, moins de complexité, plus d’automaticité.
2. 2018–2020 : le grand projet du « revenu universel d’activité » (RUA)
En 2018, dans la stratégie pauvreté, le projet revient sous un autre nom : Revenu universel d’activité (RUA). L’exécutif lance une vaste concertation. Le projet doit fusionner au minimum :
- RSA ;
- prime d’activité ;
- APL ;
avec débats sur l’intégration éventuelle d’autres prestations.
Première hésitation : le périmètre
Le gouvernement hésite sur une question explosive : quelles aides fusionner ?
L’inclusion éventuelle de l’AAH (allocation adulte handicapé) provoque une forte opposition associative et politique, le gouvernement reculant progressivement sur certains scénarios.
Deuxième hésitation : la philosophie du système
Deux visions coexistent « en même temps « dans l’exécutif et ne sont pas arbitrées par Macron : Simplifier et / activer en direction de l’emploi
Cette ambiguïté nourrit des critiques : outil anti-pauvreté ou réforme budgétaire déguisée ?
3. 2020–2022 : l’enlisement du « en même temps » puis quasi-abandon
Le RUA disparaît progressivement du radar politique. Il n’est pas officiellement enterré, mais cesse d’être prioritaire. Plusieurs annonces de calendrier (2020, puis 2021, puis 2022) ne sont pas tenues.
C’est probablement la phase la plus claire de tergiversation : le projet existe toujours dans les discours, mais sans arbitrage final.
4. 2022–2024 : remplacement de facto par la « solidarité à la source »
L’exécutif change alors de méthode.
Au lieu de fusionner les prestations, il avance sur :
- la déclaration préremplie ;
- l’automatisation des droits ;
- la « solidarité à la source » (inspirée du prélèvement à la source fiscal).
Autrement dit :
on renonce temporairement à la grande fusion, mais on tente d’automatiser le système existant.
C’est un tournant important, souvent peu remarqué.
5. 2025–2026 : relance politique malgré une dénaturation et un total rétrécissement du dispositif
À partir de 2025, le projet est relancé sous une forme plus pragmatique, avec un périmètre plus limité.
L’exécutif reparle d’allocation sociale unique, centrée surtout sur :
- RSA ;
- prime d’activité ;
- certaines aides logement.
Le discours est plus technocratique qu’en 2018 : moins de « révolution sociale », davantage de simplification administrative, lutte contre le non-recours et économies de gestion.
UN EXEMPLE DE L’INCAPACITÉ MACRONIENNE À AGIR
Depuis 2017, l’exécutif est passé d’un projet très ambitieux de “revenu universel d’activité” à une réforme plus prudente et technique, après plusieurs reports, changements de nom, arbitrages non tranchés et reculs partiels. Beaucoup d’observateurs y voient un cas typique de grande promesse structurelle sans exécution rapide.
ARTICLE – Allocation de solidarité unifiée : le gouvernement va retravailler son projet de loi
Par SudOuest.fr avec AFP Publié le 24/05/2026
Le Premier ministre Sébastien Lecornu souhaite poursuivre le projet de loi sur l’allocation de solidarité unifiée malgré des ajustements nécessaires après l’avis du Conseil d’État
Le Premier ministre Sébastien Lecornu « tient beaucoup » au projet de loi sur l’allocation de solidarité unifiée (ASU), mais le gouvernement va le « retravailler » à la suite d’observations du Conseil d’État, a affirmé dimanche son entourage, réagissant à une information de « La Tribune Dimanche ».
Le Premier ministre « tient beaucoup à ce texte et souhaite vraiment qu’on y arrive », a dit cette source à propos du projet de loi, qui « fait l’objet d’un énorme travail de concertation avec l’ensemble des parties prenantes (associations, partenaires sociaux, groupes politiques…) depuis plus de six mois, et avec le Conseil d’État depuis quatre mois ».
Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou souhaite soumettre en juin un projet de loi visant à améliorer l’égalité entre femmes et hommes, malgré un calendrier parlementaire contraint et des divergences entre partenaires sociaux
Mais « à ce stade de la concertation, il apparaît que des éléments doivent être encore travaillés ». « Fort des retours du Conseil d’État, le gouvernement a décidé de retirer le texte de l’ordre du jour (de cette instance) afin de le retravailler en concertation avec les parties prenantes », a expliqué l’entourage de Sébastien Lecornu.
Un calendrier parlementaire révisé
Interrogée sur France 3 dimanche, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a contesté tout enterrement du texte. « Le Premier ministre y tient particulièrement. Il y a besoin de consulter encore et d’avoir des échanges, notamment avec les forces politiques », a-t-elle confirmé, évoquant un « engagement important du gouvernement ».
Promise par le président de la République Emmanuel Macron en 2018, une fusion des prestations sociales (aussi appelée un temps allocation sociale unique) a été relancée par les prédécesseurs de Sébastien Lecornu à Matignon, Michel Barnier puis François Bayrou.
Dans un courrier adressé en février à la présidente de l’Assemblée nationale, le ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous, avait annoncé l’arrivée du projet de loi sur l’ASU en mai à la Chambre basse. Mais le texte n’y sera finalement pas inscrit avant la pause estivale, selon les derniers éléments d’agenda communiqués par le ministre.
Ce texte, définitivement adopté ce lundi, a été vivement critiqué par la gauche, qui estime qu’il s’attaque plus vigoureusement à la fraude sociale qu’à la fraude fiscale
Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, s’était inquiété mi-mai du devenir du texte, soulignant les réserves du Conseil d’État, notamment au regard de la « libre administration des collectivités ». Les associations de lutte contre la pauvreté ont de leur côté exprimé leur inquiétude, redoutant que ce texte n’entraîne une perte d’aides pour les plus pauvres.