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LE « MUR DES CONS » : INEFFAÇABLE ?

Le « Mur des cons » habite toujours l’esprit de nombreux juges

L’affaire du « Mur des cons » est une polémique politico-judiciaire majeure survenue en 2013 autour du Syndicat de la magistrature (SM), syndicat classé à gauche. Elle a eu quatre dimensions distinctes : le contenu du mur, le contexte politico-judiciaire, les procédures judiciaires et les suites disciplinaires/déontologiques.

2017–2022 : le “Mur des cons” devient un marqueur du macronisme judiciaire

La montée du thème du « gouvernement des juges » (pouvoir croissant des juridictions administratives, européennes ou judiciaires) nourrit aussi la réactivation du Mur des cons comme exemple d’un pouvoir juridictionnel perçu par certains comme idéologisé.

A. Qu’était le « Mur des cons » ?

Il s’agissait d’un panneau d’affichage installé dans les locaux parisiens du Syndicat de la magistrature, dans une salle syndicale (non ouverte au public), portant le titre « Mur des cons ». Une vidéo filmée discrètement en avril 2013 et diffusée par le site Atlantico l’a rendu public.  

Le panneau regroupait des dizaines de photographies de personnes jugées détestables par certains membres du syndicat. Il mêlait :

Responsables politiques (majoritairement de droite)

On y voyait notamment :

  • Nicolas Sarkozy
  • Brice Hortefeux
  • Michèle Alliot-Marie
  • Nadine Morano
  • Christian Jacob
  • Patrick Balkany
  • Robert Ménard

Magistrats, intellectuels, journalistes ou personnalités publiques

  • Philippe Courroye
  • Alain Bauer
  • Alain Minc
  • Jacques Attali
  • Éric Zemmour
  • Étienne Mougeotte
  • Bernard Laporte

Élément qui a provoqué le plus de choc : des proches de victimes

La controverse ne vient pas seulement de la présence de responsables politiques. Une forte émotion est née de la présence de parents de victimes d’affaires criminelles, notamment :

  • le général Philippe Schmitt, père d’une jeune femme assassinée dans le RER en 2007, devenu critique du « laxisme judiciaire » ;
  • d’autres proches de victimes engagés publiquement sur les questions pénales.

Pour beaucoup de critiques, c’est cet aspect — plus encore que la coloration politique — qui a transformé une « blague potache » en scandale national.  

Le contexte : pourquoi l’affaire a explosé ?

Un climat de forte tension justice/politique

L’affaire éclate en avril 2013, au début du quinquennat de François Hollande, dans un contexte déjà très conflictuel entre une partie de la droite et le Syndicat de la magistrature.

Le SM traînait une réputation de syndicat :

  • très engagé idéologiquement ;
  • critique des politiques sécuritaires ;
  • opposé à plusieurs réformes pénales menées sous Nicolas Sarkozy.

Ses adversaires parlaient volontiers de « juges rouges », accusation relancée à grande échelle après la diffusion de la vidéo.  

Une question centrale : impartialité des magistrats

Le scandale a cristallisé une interrogation : un magistrat peut-il afficher de telles opinions tout en demeurant impartial ?

Deux positions se sont opposées :

Défense du syndicat :

  • le mur se trouvait dans un local syndical privé ;
  • il ne représentait pas l’institution judiciaire ;
  • il s’agissait d’un « exutoire » ou d’une pratique « potache ».  

Critiques :

  • des magistrats exercent un pouvoir de juger des citoyens ;
  • certains noms correspondaient à des personnes pouvant se retrouver devant la justice ;
  • la présence de proches de victimes rendait le message particulièrement problématique sur le plan éthique.  

La procédure judiciaire : plaintes, instruction, procès

2013 : pluie de plaintes

Plusieurs personnes figurant sur le mur déposent plainte pour injure publique.  

Le dossier se concentre finalement sur la responsabilité de la présidente du syndicat de l’époque :

Françoise Martres.

2014 : mise en examen

Elle est mise en examen pour injure publique. Le débat juridique porte notamment sur un point délicat :

un affichage dans un local syndical non public peut-il constituer une “publication” ?  

2015–2018 : débat sur prescription et responsabilité

Le parquet demande un temps un non-lieu, estimant certains faits prescrits, mais la procédure continue sur certains cas précis.  

2019 : condamnation pénale symbolique

En 2019, Françoise Martres est finalement condamnée pour injure publique envers le général Philippe Schmitt.

La condamnation est symbolique :

  • amende avec sursis ;
  • dommages et intérêts modestes ;
  • pas de condamnation massive sur l’ensemble du mur.

La cour retient notamment que le panneau était suffisamment accessible pour caractériser la publicité de l’injure dans ce contexte.  

Les procédures disciplinaires : ce qui s’est réellement passé

C’est souvent un point mal compris.

Saisine du Conseil supérieur de la magistrature

La ministre de la Justice de l’époque, Christiane Taubira, saisit le Conseil supérieur de la magistrature (CSM).  

Mais le CSM se déclare incompétent

Le CSM estime qu’il ne peut pas rendre un avis disciplinaire général sur les faits à ce stade, au risque de compromettre sa neutralité s’il devait ensuite juger individuellement un magistrat. En pratique, il ne prononce donc aucune sanction collective.  

Pas de grande purge disciplinaire

Contrairement à ce qui est parfois affirmé, il n’y a pas eu :

  • de révocation ;
  • d’exclusion massive ;
  • de sanctions disciplinaires majeures contre les magistrats impliqués.

Cela a alimenté un discours récurrent selon lequel « les magistrats se protègent entre eux », tandis que les défenseurs du SM ont soutenu qu’on ne pouvait pas sanctionner disciplinairement une activité syndicale privée sans menacer la liberté syndicale.  

Conséquences politiques et symboliques

L’affaire a laissé des traces durables :

  1. Atteinte à l’image d’impartialité de la justice auprès d’une partie de l’opinion ;
  2. relance du débat sur la politisation supposée de la magistrature ;
  3. usage politique récurrent du « Mur des cons » dans les polémiques sur les « juges militants » ;
  4. fragilisation durable de l’image du Syndicat de la magistrature.

Encore aujourd’hui, l’expression « Mur des cons » est régulièrement réactivée dans les débats sur la neutralité judiciaire ou le rôle des syndicats de magistrats.  

’affaire était probablement plus forte sur le plan déontologique et symbolique que sur le plan disciplinaire pur, ce qui explique le décalage entre l’ampleur du scandale public et la faiblesse des sanctions institutionnelles.

Le « Mur des cons » soulève une question juridique plus subtile qu’un simple débat moral : qu’est-ce qui, en droit et en déontologie des magistrats, pouvait constituer un manquement réel ? Et qu’est-ce qui relevait surtout du symbole politique ?

Je distingue ici (1) le droit disciplinaire des magistrats, (2) la déontologie, (3) la liberté syndicale, puis (4) ce qui a probablement empêché des sanctions plus lourdes.

B. Le point de départ : un magistrat n’est pas un fonctionnaire comme les autres

Un magistrat bénéficie :

  • de la liberté d’opinion ;
  • de la liberté syndicale ;
  • de la liberté d’expression.

Mais il est aussi soumis à une obligation particulière d’impartialité apparente et de dignité.

Le standard applicable est moins : « est-il politiquement neutre ? » que :

un justiciable raisonnable peut-il douter de son impartialité ?

C’est le cœur du problème du « Mur des cons ».

La jurisprudence européenne sur le droit à un procès équitable (article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme) distingue :

  • l’impartialité subjective : le juge est-il personnellement biaisé ?
  • l’impartialité objective : existe-t-il une apparence de partialité ?

Même sans preuve d’un biais réel, l’apparence suffit parfois à poser problème. Cour européenne des droits de l’homme

Ce qui pouvait constituer un manquement déontologique réel

L’atteinte à l’apparence d’impartialité : l’argument le plus solide

C’était l’argument juridiquement le plus sérieux.

Pourquoi ?

Parce que le panneau contenait :

  • des responsables politiques ;
  • des avocats ;
  • des journalistes judiciaires ;
  • parfois des acteurs susceptibles d’être impliqués dans des procédures.

Un justiciable pouvait raisonnablement penser :

« Si des magistrats affichent publiquement qu’ils méprisent certaines personnes ou sensibilités politiques, puis-je croire à une totale neutralité ? »

Le problème n’était donc pas tant :
« des magistrats ont des opinions » (ce qui est normal),

mais :

« ils les affichent d’une manière pouvant affecter l’image d’impartialité ».

Sur le plan déontologique, c’est probablement le grief le plus robuste.

La présence de proches de victimes : le point le plus difficile à défendre

Beaucoup de juristes ont estimé que c’était le vrai basculement de l’affaire.

Le cas emblématique est celui du général Philippe Schmitt, père d’Anne-Lorraine Schmitt, assassinée dans le RER, devenu militant sur les questions pénales.

Philippe Schmitt

Le problème déontologique était double :

  1. absence de lien politique évident ;
  2. risque d’apparaître comme du mépris envers des victimes ou leurs familles.

Pour des magistrats chargés de rendre justice à des victimes, cela posait un problème d’image particulièrement fort.

Le devoir de délicatesse et de dignité

Le statut de la magistrature impose des exigences de comportement.

Même en dehors du tribunal, un magistrat doit éviter des comportements :

  • compromettant la dignité de sa fonction ;
  • portant atteinte à la confiance dans la justice.

Le terme même de « cons » et la scénographie du panneau ont été vus par certains comme incompatibles avec cette exigence.

Ce qui plaidait contre des sanctions disciplinaires fortes

À l’inverse, plusieurs arguments juridiques protégeaient les magistrats concernés.

Le local syndical : argument très fort juridiquement

Le panneau n’était pas affiché dans un tribunal ni dans un espace ouvert au public.

Il se trouvait dans un local syndical interne.

Cela change beaucoup de choses.

En droit, la protection de l’activité syndicale est forte. Le raisonnement de défense était :

« On ne peut pas discipliner des magistrats pour des propos tenus dans un espace syndical privé. »

Sinon, on ouvre potentiellement la voie à un contrôle politique du débat syndical.

Aucun lien démontré avec des décisions judiciaires

Un point crucial :

aucune preuve n’a montré qu’un magistrat avait rendu une décision partiale à cause de ce mur.

Autrement dit :

  • atteinte symbolique à l’image de neutralité → oui ;
  • démonstration d’un biais concret dans un jugement → non.

Et le droit disciplinaire fonctionne mal uniquement sur le registre du symbole.

La difficulté d’individualiser les responsabilités

Autre problème pratique :

qui a fait quoi ?

Le mur était collectif.

Il était difficile de démontrer :

  • qui avait ajouté tel portrait ;
  • qui validait le contenu ;
  • quelle responsabilité individuelle attribuer.

Le droit disciplinaire exige généralement une faute imputable à une personne précise.

Pourquoi le CSM n’a quasiment pas sanctionné ?

Le rôle du Conseil supérieur de la magistrature a été très discuté.

Le CSM s’est déclaré incompétent pour une appréciation générale du dossier.

Derrière cette position, il y avait aussi une difficulté institutionnelle :

sanctionner lourdement aurait pu créer un précédent délicat :

jusqu’où peut-on contrôler les opinions exprimées par des magistrats syndiqués ?

Une sanction sévère risquait d’être interprétée comme :

  • une atteinte à la liberté syndicale ;
  • une intervention politique dans le monde judiciaire.

À l’inverse, l’absence de sanction forte a nourri l’idée d’entre-soi corporatif.

Ce qui relevait surtout du débat politique et symbolique

Beaucoup de choses dans cette affaire ont dépassé le strict droit.

La généralisation à « toute la magistrature »

Le Syndicat de la magistrature ne représente qu’une partie des magistrats.

Syndicat de la magistrature

Le scandale a parfois été utilisé pour conclure :

« toute la magistrature est politiquement orientée »

Juridiquement, c’est un saut logique difficile à soutenir.

L’idée d’une justice systématiquement partisane

Le « Mur des cons » a souvent servi d’illustration dans les débats sur :

  • le « gouvernement des juges » ;
  • les « juges rouges » ;
  • la politisation de la justice.

Mais établir une orientation politique globale des décisions judiciaires reste méthodologiquement très difficile.

La puissance du symbole

Le scandale a été énorme parce qu’il réunissait trois ingrédients :

  1. des juges, censés être neutres ;
  2. une moquerie explicite, assumée visuellement ;
  3. des proches de victimes, émotionnellement très sensibles.

Sans ce troisième élément, il est probable que l’affaire aurait été bien moins durable.

Bilan juridique nuancé

Si l’on distingue ce qui était juridiquement fort et ce qui relevait surtout du débat public :

Autrement dit : l’affaire était probablement plus forte sur le plan déontologique et symbolique que sur le plan disciplinaire pur, ce qui explique le décalage entre l’ampleur du scandale public et la faiblesse des sanctions institutionnelles.

Je peux aussi vous faire un chapitre détaillé sur les controverses juridiques du CSM et de Christiane Taubira dans ce dossier (qui a fait quoi, et pourquoi cela a été contesté).

Le dossier CSM / Taubira est souvent simplifié dans le débat public (« Taubira a étouffé l’affaire » vs « la droite voulait une purge politique »). En réalité, il y a eu un enchevêtrement de contraintes juridiques, institutionnelles et politiques. Voici une reconstitution précise.

C. CHRONOMOGIE – Avril 2013 : le choc politique immédiat

Après la diffusion de la vidéo du « Mur des cons » par Atlantico (24 avril 2013), la pression est immédiate sur la garde des Sceaux :

Deux critiques contradictoires apparaissent :

Critique n°1 (droite et une partie du centre)

« Le gouvernement protège des magistrats politiquement proches. »

L’argument était :

  • le Syndicat de la magistrature est historiquement classé à gauche ;
  • le gouvernement Hollande ne voudrait pas sanctionner ;
  • il y aurait une forme de proximité idéologique.

Critique n°2 (une partie du monde judiciaire)

« Attention à ne pas transformer un scandale médiatique en épuration idéologique. »

L’inquiétude inverse était :

  • qu’un pouvoir exécutif sanctionne des magistrats pour leurs opinions syndicales ;
  • ce qui poserait un problème d’indépendance judiciaire.

Taubira se retrouve donc dans une position politiquement très délicate.

Pourquoi Taubira n’a pas lancé immédiatement une procédure disciplinaire individuelle ?

C’est un point central de la controverse.

Ce qu’on lui reproche

Ses critiques ont dit :

« Elle aurait dû suspendre immédiatement les magistrats concernés. »

Ou :

« Pourquoi aucune enquête disciplinaire musclée ? »

Ce qu’elle répond (et ce qu’autorise le droit)

En droit disciplinaire des magistrats, il faut :

  1. des faits imputables individuellement ;
  2. un magistrat identifié ;
  3. un grief précis.

Or le problème était réel :

Le mur était collectif, mouvant et syndical.

On ne savait pas clairement :

  • qui avait créé le panneau ;
  • qui avait ajouté quelles photos ;
  • qui en assumait juridiquement la responsabilité.

Autrement dit, politiquement l’affaire semblait claire, juridiquement elle l’était beaucoup moins.

La saisine du CSM : geste politique ou vraie procédure ?

Taubira décide finalement de saisir le Conseil supérieur de la magistrature.

Cette décision est interprétée de deux manières opposées.

Lecture 1 : « Elle agit »

Pour ses soutiens :

La ministre ne pouvait pas rester passive.

La saisine montrait :

  • reconnaissance de la gravité symbolique ;
  • volonté de clarification institutionnelle.

Lecture 2 : « Saisine d’affichage »

Pour ses opposants :

Elle savait très bien que ça n’aboutirait à rien.

Certains ont estimé que la procédure était juridiquement vouée à l’échec et surtout destinée à calmer la polémique.

C’est une critique qui a durablement circulé.

Pourquoi le CSM s’est déclaré incompétent ?

C’est probablement le point le plus mal compris.

Le CSM ne dit pas :

« Il ne s’est rien passé »

ni :

« Tout est acceptable »

Il dit plutôt :

« Nous ne pouvons pas rendre un avis disciplinaire abstrait et général sur un ensemble de faits collectifs. »

Le raisonnement institutionnel était approximativement celui-ci :

Le CSM juge des personnes, pas des ambiances

Le CSM est une juridiction disciplinaire.

Il statue normalement sur :

  • un magistrat identifié ;
  • un comportement précis ;
  • un dossier individualisé.

Or ici :

on demandait quasiment un avis sur un phénomène collectif.

Risque de pré-jugement

Le CSM souligne aussi un problème procédural :

S’il se prononçait globalement, puis devait juger plus tard un magistrat précis impliqué, il pourrait être accusé d’avoir déjà pris position.

En substance :

« Nous ne pouvons pas être à la fois enquêteur moral général et juge disciplinaire individuel. »

Les accusations de « corporatisme »

L’absence de sanction forte provoque une critique durable :

« Les magistrats jugent les magistrats. »

Cette accusation vise le fonctionnement même du CSM.

Ses détracteurs disent :

  • trop de solidarité professionnelle ;
  • culture d’entre-soi ;
  • réticence à sanctionner les pairs.

À l’inverse, ses défenseurs rétorquent :

L’indépendance judiciaire suppose justement que le pouvoir politique ne puisse pas punir les juges selon les alternances partisanes.

Autrement dit :

la critique du corporatisme se heurte à un argument inverse :

une justice dépendante du gouvernement serait plus dangereuse encore.

La grande controverse : Taubira a-t-elle « couvert » l’affaire ?

C’est une affirmation politique fréquente. Juridiquement, elle est plus compliquée.

Ce qu’on peut dire factuellement

Oui :

  • il n’y a pas eu de sanction disciplinaire majeure ;
  • la ministre n’a pas déclenché une cascade de poursuites individuelles ;
  • le dossier institutionnel est resté limité.

Mais :

il faut ajouter deux nuances importantes.

Première nuance : faiblesse du dossier disciplinaire

Le droit disciplinaire était objectivement compliqué à mobiliser :

  • local syndical ;
  • responsabilité collective ;
  • liberté syndicale ;
  • difficulté d’imputation individuelle.

Même avec un autre garde des Sceaux, le résultat n’aurait pas forcément été radicalement différent.

Deuxième nuance : choix politique de prudence

Il y a néanmoins un vrai débat sur la volonté politique.

On peut raisonnablement soutenir que Taubira a choisi :

une ligne de minimisation institutionnelle du conflit

plutôt qu’une démonstration d’autorité disciplinaire.

Ses adversaires y voient de l’indulgence idéologique.

Ses soutiens y voient un refus d’instrumentaliser la discipline judiciaire.

D. Ce que révèle surtout l’affaire institutionnellement

Le « Mur des cons » a mis en lumière trois fragilités structurelles.

La difficulté à discipliner des magistrats hors audience

Le droit disciplinaire fonctionne mieux pour :

  • fautes procédurales ;
  • conflits d’intérêts ;
  • manquements dans les dossiers.

Il est moins armé pour les comportements symboliques ou idéologiques.

L’ambiguïté du syndicalisme judiciaire

Les magistrats ont le droit de se syndiquer.

Mais cela crée une tension :

jusqu’où un juge peut-il afficher des engagements militants sans affecter l’apparence d’impartialité ?

Question jamais totalement réglée en France.

La faiblesse du registre déontologique

L’affaire a accéléré des discussions sur :

  • la réserve ;
  • les prises de parole ;
  • l’image d’impartialité ;
  • l’usage des réseaux sociaux par les magistrats par la suite.

Conclusion

Le « Mur des cons » n’a pas produit de séisme disciplinaire.

Mais il a eu un impact culturel énorme :

avant 2013, la critique d’une magistrature idéologisée restait relativement confinée ;

après 2013, le « Mur des cons » est devenu un symbole durable mobilisé dans presque toutes les polémiques sur la justice française, au même titre que certaines affaires emblématiques impliquant le parquet ou les juges d’instruction.

Si vous voulez, je peux aussi faire un état des lieux chronologique (2013 → 2026) de toutes les répliques du “Mur des cons” dans les controverses sur la magistrature française (tribunes, affaires médiatiques, syndicats, réseaux sociaux, CSM, etc.).

Voici une chronologie analytique (2013 → 2026) des répliques du “Mur des cons” dans les controverses sur la magistrature française — c’est-à-dire les moments où l’affaire a été réactivée politiquement, médiatiquement ou institutionnellement. L’intérêt est de voir comment un scandale ponctuel est devenu un symbole durable.  

2013–2014 : de scandale médiatique à matrice narrative

Avril 2013 : l’explosion

La vidéo du panneau du Syndicat de la magistrature est diffusée et provoque un choc immédiat. Les débats se structurent très vite autour de trois thèmes :

  1. impartialité politique des magistrats ;
  2. liberté syndicale vs devoir de réserve ;
  3. traitement réservé aux proches de victimes.

Le gouvernement Hollande condamne verbalement, tandis que la droite transforme rapidement l’affaire en argument politique sur la « justice militante ».  

2013–2014 : naissance d’un symbole rhétorique

À partir de là, une formule apparaît régulièrement :

« Le Mur des cons prouve que la justice est politisée »

Ce raisonnement devient un raccourci fréquent dans le débat public, même si juridiquement l’affaire concernait un syndicat précis et non « la magistrature » dans son ensemble.  

2014–2019 : l’affaire judiciaire entretient la mémoire

La mise en examen de Françoise Martres, puis son renvoi en procès, empêchent le sujet de retomber complètement. Chaque étape judiciaire relance les débats sur :

  • le supposé corporatisme judiciaire ;
  • le rôle du Conseil supérieur de la magistrature ;
  • la responsabilité des syndicats de magistrats.  

2019 : condamnation symbolique, frustration politique

La condamnation pour injure publique envers le père d’une victime est vue de façon radicalement opposée :

Pour les critiques du SM :

« Sanction minimale pour affaire énorme »

Pour les défenseurs du syndicat :

« La justice a tranché sans criminaliser l’activité syndicale »

Cette asymétrie de perception va rester durable.  

E. 2017–2022 : le “Mur des cons” devient un marqueur du macronisme judiciaire

Durant les années Macron I, l’affaire est régulièrement réactivée dans plusieurs controverses :

Les grandes affaires politico-judiciaires

À chaque procédure impliquant une personnalité politique de droite ou du RN (ex. affaires Fillon, Sarkozy, puis débats autour de Marine Le Pen), certains responsables ou soutiens invoquent implicitement ou explicitement le précédent du « Mur des cons » :

« On sait ce que pensent certains magistrats »

L’affaire sert alors moins comme dossier autonome que comme preuve symbolique présumée d’un biais idéologique.

Les débats sur le « gouvernement des juges »

La montée du thème du « gouvernement des juges » (pouvoir croissant des juridictions administratives, européennes ou judiciaires) nourrit aussi la réactivation du Mur des cons comme exemple d’un pouvoir juridictionnel perçu par certains comme idéologisé.

2020–2023 : réseaux sociaux, syndicalisme militant et nouvelle visibilité

Un changement important apparaît :

La critique ne porte plus seulement sur le Mur des cons historique, mais sur les prises de position publiques de magistrats ou syndicats sur :

  • violences policières ;
  • immigration ;
  • sécurité ;
  • réformes pénales ;
  • indépendance judiciaire.

À chaque communiqué polémique du SM ou de l’USM, le Mur des cons est souvent rappelé comme précédent historique.  

Exemple typique du débat :

« Pourquoi faire confiance à une institution dont un syndicat majeur a produit le Mur des cons ? »

À l’inverse, les défenseurs de la magistrature répondent :

« Confondre un syndicat et toute la justice est abusif ».

F. 2023–2026 : le Mur des cons comme “mémoire longue” de la défiance judiciaire

Depuis quelques années, on observe une évolution :

Le Mur des cons n’est plus un sujet d’actualité autonome, mais un référent culturel permanent dans les discussions sur la justice.

Il réapparaît notamment lorsque sont évoqués :

La défiance envers la justice

Dans les débats publics sur la confiance judiciaire, le Mur des cons reste souvent cité parmi les causes symboliques de rupture de confiance par certains commentateurs ou citoyens. Des discussions en ligne sur la justice française le mentionnent encore régulièrement comme épisode marquant de politisation perçue.  

Le syndicalisme judiciaire

Question devenue récurrente :

un magistrat peut-il être fortement engagé syndicalement sans fragiliser l’apparence d’impartialité ?

La France reste assez atypique par rapport à certains pays où les magistrats ont une expression collective plus limitée.

Les débats sur les réseaux sociaux des magistrats

Depuis les années 2020, les discussions déontologiques ont glissé du tableau d’affichage syndical vers :

  • comptes X/Twitter ;
  • prises de position publiques ;
  • likes ou commentaires militants ;
  • interventions médiatiques.

Le Mur des cons est souvent évoqué comme cas fondateur d’une réflexion sur « l’apparence d’impartialité à l’ère numérique ».

G. Le paradoxe de l’affaire

Paradoxalement, le Mur des cons a probablement eu plus d’impact culturel qu’institutionnel.

Il n’a pas transformé le droit disciplinaire des magistrats ni entraîné une refonte majeure du syndicalisme judiciaire.

En revanche, il a durablement modifié le registre symbolique des débats sur la justice :

avant 2013, la critique d’une magistrature idéologisée existait déjà, mais souvent de manière diffuse ;

après 2013, il y a un épisode concret, visuel et mémorisable, mobilisable dans presque chaque controverse sur la justice française.  

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