
1. « Finances publiques : la valorisation des actifs est tout aussi importante que le montant des dettes »
TITRE L’OPINION (Dag Detter et Cécile Philippe) QUI POURSUIT :
« Depuis 1977, la dépense retraite des personnels de la fonction publique a triplé. Sur cette période, les retraites ont représenté 71 % de la hausse des dépenses de personnel de l’Etat »
La France accumule des déficits qu’aucune réforme n’est capable d’enrayer. Les pressions à la dépense sont partout : éducation, retraites, santé, etc. Le débat est saturé par l’étroitesse des marges d’action et par l’augmentation des coûts de la dette.
La recherche de nouvelles pistes pour faire des économies est devenue un rituel bien huilé, ressemblant davantage à un exercice de style qu’à des réformes de fond. Il y a, pourtant, des marges d’amélioration. En effet, la France n’est pas seulement un pays surendetté. C’est aussi l’un des plus grands détenteurs d’actifs publics et de dette hors bilan d’Europe….
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2. ANALYSE
L’article de L’Opinion intitulé « Finances publiques : la valorisation des actifs est tout aussi importante que le montant des dettes » s’inscrit dans un courant de réflexion qui considère qu’on ne peut pas juger la situation financière d’un État uniquement à travers sa dette brute. Il faut aussi regarder ce qu’il possède. Cette approche est celle du bilan patrimonial de l’État, comparable à l’analyse d’une entreprise.
La thèse centrale de l’article
L’idée est simple :
- La France a une dette très élevée (plus de 110 % du PIB).
- Mais elle détient également un patrimoine considérable :
- participations dans des entreprises ;
- immobilier public ;
- infrastructures ;
- actifs financiers ;
- foncier ;
- participations stratégiques via l’État et les organismes publics.
Ainsi, regarder seulement les 3 000 milliards d’euros de dette publique sans examiner les actifs revient à ne regarder qu’un côté du bilan.
Ce que recouvre la notion de « valorisation des actifs »
La valeur des actifs publics dépend :
Actifs financiers
- actions d’entreprises ;
- participations cotées ou non cotées ;
- prêts ;
- dépôts.
Exemples :
- EDF
- Orange
- Air France-KLM
- La Poste
Leur valeur peut fortement varier selon les marchés et les perspectives économiques.
Actifs non financiers
- bâtiments administratifs ;
- écoles ;
- hôpitaux ;
- routes ;
- terrains ;
- infrastructures diverses.
Ces actifs sont généralement évalués à leur valeur de marché ou selon des méthodes comptables spécifiques.
Pourquoi cette approche est (TROP) séduisante
Les défenseurs de cette vision avancent plusieurs arguments.
1. Une dette n’est pas forcément mauvaise
Si l’endettement finance :
- un réseau ferroviaire ;
- une centrale électrique ;
- une infrastructure productive ;
alors l’État s’endette mais acquiert simultanément un actif.
C’est le même raisonnement qu’un ménage qui emprunte pour acheter un logement.
2. Certains pays ont une dette élevée mais aussi un patrimoine important
L’analyse patrimoniale permet donc de comparer :
- dette brute ;
- dette nette ;
- valeur nette du secteur public.
3. Le patrimoine public français reste considérable
Même si sa valeur nette s’est érodée depuis vingt ans, la puissance publique détient encore plusieurs milliers de milliards d’euros d’actifs.
Les limites de cette thèse
C’est ici que le débat devient intéressant.
De nombreux économistes considèrent qu’il ne faut pas surestimer la valeur de ces actifs.
Première critique : tous les actifs ne sont pas vendables
Une autoroute ou un ministère peuvent avoir une valeur comptable élevée.
Mais :
- l’État ne peut pas vendre massivement ses écoles ;
- il ne peut pas céder ses tribunaux ;
- il ne peut pas liquider ses infrastructures sans conséquences majeures.
La valeur théorique n’est donc pas toujours une richesse mobilisable.
Deuxième critique : les marchés regardent surtout la capacité de remboursement
Les investisseurs prêtent à la France non parce qu’elle possède des bâtiments publics mais parce qu’ils pensent qu’elle pourra :
- lever l’impôt ;
- maîtriser ses déficits ;
- refinancer sa dette.
La soutenabilité dépend donc surtout :
- de la croissance ;
- des taux d’intérêt ;
- du déficit primaire.
Plus que de la valeur comptable des actifs.
Troisième critique : la valorisation peut être trompeuse
Une hausse de la valeur des terrains publics ou de l’immobilier améliore artificiellement le bilan.
Mais cela ne crée pas de recettes budgétaires immédiates.
Exemple :
- un terrain public vaut 100 ;
- puis 150 grâce à la hausse immobilière.
L’État paraît plus riche.
Pourtant sa capacité à payer les retraites ou les intérêts de la dette n’a pas forcément changé.
Ce que disent les comptes patrimoniaux récents
Les travaux de François Ecalle et de FIPECO montrent que :
- le patrimoine public reste élevé ;
- mais la dette a augmenté plus vite que les actifs ;
- l’actif net public s’est globalement dégradé depuis le début des années 2000.
Autrement dit :
La France n’est pas un État « sans patrimoine », mais elle s’est progressivement appauvrie relativement à son niveau d’endettement.
C’est une conclusion que partagent des analystes aux sensibilités très différentes.
Ce que l’article cherche probablement à corriger
Depuis plusieurs années, le débat public français se concentre presque exclusivement sur :
- dette/PIB ;
- déficit public ;
- charge d’intérêts.
L’article rappelle qu’une analyse financière complète devrait aussi examiner :
- les actifs détenus ;
- leur évolution ;
- leur rentabilité ;
- leur capacité à générer des revenus futurs.
C’est une logique de « bilan » plutôt que de simple comptabilité de dette.
UN DEBAT QUI VEUT SURTOUT CACHER LA REALITE
L’article met en avant un point économiquement valide : la dette brute seule ne suffit pas pour apprécier la situation patrimoniale d’un État.
Mais il existe un risque inverse :
- surestimer la valeur des actifs publics ;
- oublier que beaucoup sont difficilement cessibles ;
- minimiser l’importance des déficits récurrents.
En pratique, les marchés financiers, la Commission européenne et les agences de notation continuent de regarder d’abord :
- le déficit annuel ;
- la dynamique de la dette ;
- la croissance ;
- la crédibilité budgétaire.
La valorisation des actifs est donc un complément utile, mais elle ne remplace pas l’analyse de la dette et des déficits.