
Forte d’un excédent budgétaire plus confortable que prévu, l’Irlande prévoit d’importantes réductions d’impôts
TITRE LES ECHOS ( Noah Gaume )QUI POURSUIT : Le ministre des Finances irlandais a annoncé vouloir diminuer de 1,5 milliard d’euros les impôts de ses concitoyens dans le cadre du prochain budget. Une mesure rendue possible par l’excédent budgétaire du pays, même s’il reste imprévisible.
Se retrouver en excédent budgétaire, voilà qui ferait rêver n’importe quel gouvernement. L’Irlande affiche pour la cinquième année consécutive un excédent budgétaire insolent.
Initialement chiffré à 5,1 milliards d’euros en décembre dernier, le surplus budgétaire des finances publiques irlandaises pour l’année 2026 a été réévalué à 9,2 milliards d’euros par le ministère des Finances du pays.
Conséquence directe : le gouvernement a annoncé une réduction d’impôts de 1,5 milliard dans le prochain budget qui sera présenté en octobre.
Une fiscalité avantageuse pour les multinationales…
L’origine de cette cagnotte est bien connue dans l’Union européenne. Grâce à sa fiscalité avantageuse, l’Irlande est la tête de pont des multinationales, notamment américaines et en particulier de la technologie et de la pharmacie. Amazon, Apple, Microsoft, Pfizer, Abbott… L’impôt sur les sociétés a rapporté 33 milliards l’an dernier et devrait sans doute rapporter un peu plus cette année.
Le nouveau ministre des Finances Simon Harris, qui a pris ses fonctions en novembre dernier après le départ de son prédécesseur Paschal Donohoe à la Banque Mondiale, a annoncé que ses plans fiscaux « seront concentrés sur l’aide aux travailleurs afin qu’ils conservent une plus grande partie de leurs revenus ».
Une bonne nouvelle pour l’Irlande, qui vient s’ajouter à un taux de chômage égal ou inférieur à 5 % depuis 54 mois, la plus longue période jamais enregistrée selon les autorités. Le ministre s’est félicité d’une conjoncture favorable cette année et anticipe un autre excédent budgétaire pour 2027.
… mais dont les recettes restent incertaines
Tout le monde ne partage pas complètement cet optimisme. La banque centrale et l’organisme de surveillance budgétaire du gouvernement ont lancé des avertissements répétés concernant la dépendance de l’Irlande aux recettes de l’impôt sur les sociétés et la nécessité d’une plus grande résilience économique.
Le gouverneur de la Banque centrale, Gabriel Makhlouf, a ainsi déclaré : « Bien que les recettes de l’impôt sur les sociétés soient susceptibles d’augmenter encore en 2026, je suis préoccupé par la durabilité à long terme des niveaux élevés de recettes actuels ».
Vincent Vicard, chercheur au sein de l’Institut français d’économie [issu de la fusion entre le CEPII et l’OFCE, NDLR], parle d’une « dépendance à quelques grandes entreprises et à des organisations fiscales qui peuvent être plus rapidement modifiées que des décisions d’investissements physiques ». Et selon lui, « elle pose question ».
Simon Harris a reconnu que l’Irlande restait une « exception » vis-à-vis de l’impôt sur les sociétés. Il a ajouté qu’il cherchait dorénavant à équilibrer ses décisions sur « le court et le long terme, en essayant d’améliorer la vie des gens aujourd’hui, tout en investissant pour demain ».