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DÉFENSE : UNE PRÉCIPITATION TARDIVE ET THÉÂTRALISÉE – DE 2010 A 2022 LES ALERTES N’ONT PAS MANQUÉ

1. LA COMMUNICATION PERSONNIFIÉE A SUCCÉDÉ À LA SURDITÉ

Bien avant l’invasion de l’Ukraine en février 2022, de nombreuses personnalités militaires, parlementaires et responsables politiques alertaient sur l’insuffisance des moyens des armées françaises. Ces alertes remontent même au début des années 2010 et se sont intensifiées à partir de 2014, après l’annexion de la Crimée par la Russie.

Macron, au lieu de prendre conscience des 2017 de la necessite d’un accroissement des depenses de defense et d’en inscrire les credits en faisant des economies, n’ a cesse durant sa decennie de tergiverser et a finalment ete contraint de l’exterieur de charger la dette deja à son maximum

2. Voici une chronologie des principales propositions

2010-2012 Plusieurs chefs d’état-major

Mettre fin à la réduction continue des effectifs, préserver le modèle d’armée complet, maintenir les capacités de projection.

2013 Vincent Desportes

Alerte sur la perte de masse critique des armées, demande davantage de moyens et de stocks.

2013 Livre blanc sur la défense

Maintien de la dissuasion nucléaire, mais inquiétudes sur les capacités conventionnelles.

2014 Après la Crimée

De nombreux officiers estiment que le retour des conflits de haute intensité impose de reconstituer les stocks de munitions et de moderniser les équipements.

2015 Après les attentats

Décision d’interrompre une partie des déflations d’effectifs ; plusieurs responsables militaires demandent un effort plus durable.

2015-2016 Jean-Yves Le Drian

Défend une augmentation progressive des crédits et un ralentissement des réductions d’effectifs.

2016 Commissions parlementaires

Demandes de renforcer les réserves, les munitions, la maintenance et le renseignement.

2017 Pierre de Villiers

Demande le respect intégral de la trajectoire budgétaire, critique les coupes de crédits de l’été 2017 et démissionne après son désaccord avec le Président.

2017 François Fillon

Propose d’atteindre rapidement 2 % du PIB pour la défense et de renforcer les effectifs et les équipements.

2017 Marine Le Pen

Propose un effort budgétaire plus rapide, davantage de matériels et un renforcement de la réserve.

2017 Jean-Luc Mélenchon

Souhaite également augmenter le budget militaire, avec une priorité à l’indépendance stratégique nationale.

2018 Parlement lors des débats sur la LPM

Plusieurs amendements proposent une montée en puissance plus rapide que celle retenue par le gouvernement.  

2019-2021 Sénat et Assemblée nationale

Rapports récurrents sur les insuffisances des stocks de munitions, du maintien en condition opérationnelle, des drones et des réserves.

2021 Plusieurs anciens chefs militaires

Alertes sur le risque d’un conflit majeur en Europe et nécessité d’accélérer le réarmement.

Début 2022 Auditions parlementaires des chefs d’état-major

3. Avant même les enseignements complets de la guerre en Ukraine, plusieurs responsables soulignent que les armées françaises sont calibrées pour des engagements limités et non pour une guerre longue

Les principales demandes récurrentes (2010-2022)

On retrouve une forte continuité dans les propositions :

  • augmenter le budget de la défense jusqu’à 2 % du PIB, voire davantage ;
  • stopper la réduction des effectifs et développer la réserve opérationnelle ;
  • reconstituer des stocks importants de munitions ;
  • améliorer la disponibilité des hélicoptères, avions et blindés ;
  • accélérer les programmes de renouvellement des équipements ;
  • renforcer les capacités en matière de drones, de cyberdéfense et de renseignement ;
  • accroître les capacités de l’industrie de défense pour produire plus vite en cas de crise.

Les alertes les plus marquantes

Plusieurs interventions ont eu un écho particulier :

  • 2013-2016 : le général Vincent Desportes critique la réduction continue des moyens et appelle à préserver une armée capable d’affronter un conflit de haute intensité.
  • 2017 : la démission du général Pierre de Villiers après un désaccord budgétaire devient un symbole des tensions entre les armées et l’exécutif.
  • À partir de 2018 : les commissions de la défense de l’Assemblée nationale et du Sénat publient régulièrement des rapports alertant sur les stocks de munitions, la maintenance des matériels, les réserves et le format des forces.
  • 2022 : la guerre en Ukraine valide en partie ces préoccupations, conduisant à la notion d’« économie de guerre » et à une accélération des efforts de réarmement. Des rapports sénatoriaux estiment alors qu’il faut « changer de logiciel » et adapter les armées à un retour durable de la haute intensité.  

En résumé, l’idée d’un renforcement significatif des armées n’est pas apparue avec la guerre en Ukraine. Entre 2010 et 2022, un large éventail d’acteurs — chefs militaires, parlementaires de différentes sensibilités et responsables politiques — ont plaidé pour un réarmement plus rapide, même s’ils divergeaient sur son ampleur, son calendrier et ses priorités. La guerre en Ukraine a surtout renforcé la visibilité et l’urgence de ces alertes anciennes.

4. Voici une sélection d’articles marquants.

La politique de défense d’Emmanuel Macron a été critiquée par des médias de sensibilités très diverses. Les critiques ne portent pas toutes sur les mêmes aspects : certaines jugent l’effort insuffisant, d’autres contestent les choix stratégiques, d’autres encore la communication présidentielle.

2017 : la crise avec le général Pierre de Villiers

  • Le Monde : plusieurs articles analysent la démission du chef d’état-major des armées comme une crise institutionnelle majeure, soulignant la rupture de confiance entre le Président et les armées. Cette séquence restera longtemps un point de référence dans les analyses de la relation entre Macron et les militaires.  

2019 : l’OTAN et la « mort cérébrale »

  • De nombreux éditoriaux dans Le Figaro, Le Monde et la presse internationale s’interrogent sur les conséquences diplomatiques de la formule « l’OTAN est en état de mort cérébrale ». Les critiques portent sur le risque de fragiliser la cohésion de l’Alliance, même si d’autres y voient une anticipation des débats sur l’autonomie stratégique européenne.

2021 : la crise AUKUS

  • Le Figaro, Le Monde, L’Opinion et Challenges décrivent l’annulation du contrat australien sur les sous-marins comme un revers stratégique et diplomatique majeur pour la France, alimentant des critiques sur la capacité d’influence française dans l’Indo-Pacifique.

2022-2023 : la guerre en Ukraine

Plusieurs médias publient des enquêtes sur les limites des armées françaises :

  • Le Monde : stocks de munitions insuffisants, armée dimensionnée pour des opérations extérieures plutôt que pour une guerre longue, difficultés industrielles.  
  • L’Opinion : interrogations sur la réalité de l’« économie de guerre » et la lenteur des transformations.
  • Marianne : critiques sur le décalage entre les ambitions affichées et les capacités opérationnelles.
  • Valeurs actuelles : critiques sur le format des armées, les effectifs et le recul de la présence française en Afrique.

2024 : soutien à l’Ukraine et défense européenne

  • Le Monde salue le diagnostic posé par Emmanuel Macron dans son discours de la Sorbonne sur la nécessité de renforcer la défense européenne, tout en rappelant que les progrès concrets depuis 2017 restent limités.  
  • D’autres articles reviennent sur les controverses suscitées par les déclarations du président évoquant la possibilité de ne pas exclure l’envoi de troupes occidentales en Ukraine.  

2025 : les moyens financiers

Deux analyses critiques du Monde retiennent particulièrement l’attention :

  • un article d’opinion estime que la programmation militaire est déjà fragilisée par les surcoûts et appelle à un véritable débat national sur l’effort de défense ;  
  • un éditorial souligne que, malgré les hausses budgétaires annoncées, les besoins réels pourraient être très supérieurs compte tenu des contraintes géopolitiques et budgétaires.  

2026 : bilan de dix années

L’article « Emmanuel Macron et les armées, dix ans de relations entre défiance, espoirs et non-dits » d’Élise Vincent dans Le Monde dresse un bilan nuancé :

  • relation initialement très dégradée avec les militaires après 2017 ;
  • hausse historique des budgets de défense ;
  • modernisation de la dissuasion nucléaire ;
  • mais critiques persistantes sur les stocks de munitions, les effectifs, le retrait du Sahel et certaines ambiguïtés stratégiques.  

Les principaux axes de critique de la presse

On peut regrouper les critiques en huit thèmes récurrents :

  1. La crise de confiance ouverte par la démission du général Pierre de Villiers.
  2. Une remontée en puissance jugée tardive, alors que des alertes existaient avant 2022.
  3. Des stocks de munitions insuffisants révélés par la guerre en Ukraine.
  4. Une industrie de défense encore trop lente à monter en cadence.
  5. Le recul de l’influence française en Afrique, notamment au Sahel.
  6. Des déclarations présidentielles parfois controversées, notamment sur l’OTAN et l’Ukraine.
  7. Un décalage entre les ambitions stratégiques et les capacités disponibles, selon plusieurs éditorialistes.
  8. Le financement du réarmement, dans un contexte de dette publique élevée.

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