
Yaël Braun-Pivet déconseille à Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée avant la présidentielle 2027
TITRE LIBÉRATION QUI POURSUIT :
» Elle faisait mariner sa candidature et tous ceux qui l’interrogeaient dessus. Elle semble aujourd’hui prête à lever le voile. Oui, Yaël Braun-Pivet sera bien candidate. Mais aux prochaines législatives…
«Je serai candidate», a confirmé la présidente macroniste de l’Assemblée, ce jeudi 9 juillet, devant la presse parlementaire. Et de rappeler que son camp avait promis, en 2017, d’instaurer le non-cumul des mandats dans le temps. Une règle à laquelle elle souhaite s’astreindre. «Quinze ans maximum pour les députés», souligne Braun-Pivet avant de développer :
«Dans cette perspective, je me suis toujours dit que je ferais trois mandats de cinq ans. Donc j’envisage de me représenter aux législatives. Quel que soit le résultat, ma voix pourra continuer à compter et je pourrai continuer à être utile à mes compatriotes et à notre démocratie.»
« Absolument pas d’accord » avec la proposition d’Edouard Philippe d’organiser une présidentielle anticipée
Par ailleurs, Yaël Braun-Pivet, qui a déclaré continuer à soutenir Emmanuel Macron, s’est par ailleurs dit « absolument pas d’accord » avec la proposition d’Edouard Philippe d’organiser une présidentielle anticipée, assurant que « quand la mer tangue, il faut qu’on tienne tous la barre fermement chacun à son poste » et qu’il ne fallait « pas déstabiliser les institutions ».
Une dissolution de l’Assemblée serait un « échec collectif », pour Yaël Braun-Pivet
Depuis la démission du Premier ministre lundi, le président Emmanuel Macron se retrouve dos au mur. Parmi les choix qui s’offrent à lui, une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale à l’instar du 9 juin 2024 qui avait débouché sur des élections législatives portant le Nouveau Front populaire en tête avec trois blocs sans majorité.
Le risque d’une dissolution serait que « l’Assemblée nationale qui sorte des urnes soit aussi divisée et fracturée que celle que nous avons aujourd’hui »
Mais convoquer les électeurs à nouveau aux urnes changerait-il vraiment la donne et permettrait-elle de dégager une majorité absolue? Rien n’est moins sûr. Selon Yaël Braun-Pivet, le risque d’une dissolution serait que « l’Assemblée nationale qui sorte des urnes soit aussi divisée et fracturée que celle que nous avons aujourd’hui ».
Plusieurs sondages publiés cet été avancent que les députés du Rassemblement national reviendraient plus nombreux à l’Assemblée, sans cependant atteindre la barre des 289 députés. Le camp présidentiel pourrait de son côté en ressortir affaibli après avoir déjà divisé par deux son nombre d’élus à l’été 2024.
« Il faut gouverner autrement »
« Oui, c’est vrai, parfois c’est le bordel à l’Assemblée nationale, mais elle travaille (…) Nous avons voté plus de 30 textes à l’unanimité de LFI au RN », argumente l’élue macroniste.
Contre la dissolution, la présidente de l’Assemblée nationale interpelle sur l' »incapacité » des partis politiques « à tirer les conséquences d’une évolution de notre vie politique ».
« Il faut gouverner autrement »
« Il faut gouverner autrement. C’est un message à Emmanuel Macron, à l’exécutif et d’une façon générale aux différentes Premiers ministres et ministres. Il faut tenir compte de l’Assemblée nationale telle qu’elle aujourd’hui dans sa variété de composition », insiste Yaël Braun-Pivet.
Le chaos : Macron envisage une dissolution avant les présidentielles
En 2024 Macron parlait d’une «grenade dégoupillée» pour qualifier sa dissolution, dans les mois qui viennent il veut dynamiter les élections
Une nouvelle dissolution de l’Assemblée Nationale juste avant les présidentielles, pour créer un maximum de chaos politique jusqu’au bout de son mandat ?
C’est l’hypothèse évoquée par les journaux Le Figaro et L’Opinion le 19 juin. Un député centriste confie : «Autour d’Emmanuel Macron, certains pensent sérieusement que ça peut tous nous sauver car les gens feront un vote responsable. Moi, je pense au contraire qu’elle peut tous les précipiter dans l’abîme». Autrement dit, le macronisme en plein naufrage tenterait un ultime coup de poker doublé d’un chantage électoral de dernière minute pour sauver ses députés
L’objectif serait d’empêcher le successeur d’Emmanuel Macron de décider de la temporalité des législatives». Un nouveau coup de force présidentiel, un de plus. «Le Conseil constitutionnel ne pourrait rien dire, d’autant qu’il est totalement à la botte de Macron» estime ce député.
Un conseiller ministériel déclare au Figaro : «On mettrait tout le monde sous pression, en tentant un dernier coup tactique ».
Bien entendu, come à l’habitude, l’entourage de Macron a démenti après avoir laissé fuiter la réflexion présidentielle.
L’hypothèse paraît folle, mais elle s’amplifie.
Sur LCI, l’éditorialiste Christophe Barbier vient de déclarer que «la dissolution d’intérêt général, c’est possible ». Donc déclencher une crise politique pour «notre bien». Ou plutôt, celui du clan Macron.
Au début du mois de juin 2024, Macron créait un chaos politique inattendu : juste avant l’été, au soir d’élections européennes qui avaient vu triompher le RN, il prononçait une dissolution de l’Assemblée. Toutes les conditions étaient réunies : le RN était plus haut que jamais, renforcé par son score aux Européennes, la gauche divisée et défaite, le camp macroniste détesté, les médias en ordre de bataille pour faire campagne en faveur de l’extrême droite et contre la gauche. Tout était prêt, jamais la situation n’avait été aussi favorable au RN.
Le 14 juin 2024, Le Monde révélait cet échange de Macron avec un «grand patron, familier de l’Élysée» qui lui avait demandé à propos de la dissolution : «Pas trop dures, ces journées ?» Réponse de Macron, amusé : «Mais pas du tout ! Je prépare ça depuis des semaines, et je suis ravi. Je leur ai balancé ma grenade dégoupillée dans les jambes. Maintenant on va voir comment ils s’en sortent…» En juillet 2024, la presse révélait même l’existence de dîners secrets entre des macronistes et le Rassemblement National avant la dissolution et les élections, manifestement pour se préparer ensemble à gouverner le pays après la dissolution.
Quelques mois plus tard, Le Figaro confirmait cette hypothèse : entre les deux tours du scrutin, Emmanuel Macron avait secrètement tenté de faire échouer le «front républicain», en appelant directement des candidats du bloc central engagés dans des triangulaires contre le RN et le NFP pour leur demander «de se maintenir» afin de faire gagner l’extrême droite. «Emmanuel Macron voulait une majorité RN. Il a été surpris par l’ampleur du front républicain», confirmait un proche du Président cité par le journal.
Dans Le Point la journaliste Nathalie Schuck avait expliqué comment le chef de l’État confiait à plusieurs membres de son entourage son intention de nommer Jordan Bardella Premier ministre à partir de 260 députés RN, alors que la majorité absolue est à 289. Autrement dit, même sans majorité, le RN aurait obtenu les clés du pouvoir des mains de Macron dès 2024.
On le sait, le plan a échoué : le 7 juillet 2024, le Nouveau Front Populaire avait remporté les législatives.
Rien ne dit qu’une dissolution aura bien lieu. Les annonces qui fuitent dans la presse sont généralement des «ballons d’essai» pour tester l’opinion, voir comment elle réagit à une annonce choquante. Mais une seule certitude : le clan Macron compte mettre une pression maximale sur les élections, et rien ne se passera comme prévu dans l’année qui vient.
ARTICLE – Nouvelle dissolution avant la présidentielle 2027 ? Une « instrumentalisation » de la Constitution que rien n’interdit
Plusieurs conseillers du camp présidentiel évoquent dans la presse la possibilité de dissoudre l’Assemblée nationale avant la tenue de la présidentielle 2027 pour compliquer la possible arrivée au pouvoir du Rassemblement national. Un scénario inédit sous la Vème République, que rien n’interdit formellement, mais qui dévoierait l’esprit de la Constitution, de l’avis de plusieurs juristes.
Par Christian Mouly PUBLIC SENAT 22/06/2026
Est-on certain que les sénatoriales de septembre 2026 seront les dernières élections avant la présidentielle ? Un scénario peu envisagé jusque-là pourrait bousculer la campagne : la tenue d’élections législatives anticipées suite à une dissolution de l’Assemblée nationale. C’est la folle rumeur qui circule dans le camp d’Emmanuel Macron, relayée par Le Figaro et L’Opinion. Le Président songerait de nouveau à actionner l’arme de la dissolution, comme un ultime coup de poker pour contrecarrer les plans des oppositions, RN et LFI en tête, pleinement lancés vers la conquête de l’Elysée.
La solution reste hypothétique et l’entourage d’Emmanuel Macron s’est empressé de démentir la moindre réflexion à ce sujet. Mais s’il est permis de la considérer, c’est que rien ne l’interdit. L’article 12 de la Constitution est limpide : « Le Président de la République peut, après consultation du Premier ministre et des présidents des assemblées, prononcer la dissolution de l’Assemblée nationale. » Seule condition, largement remplie aujourd’hui : respecter un délai d’un an après la précédente dissolution.
Les législatives sont jugées moins favorables au RN
Dans le détail, l’idée serait de dégainer l’article 12 quelques semaines avant le scrutin suprême, qui devrait se tenir entre le 11 avril et le 2 mai 2027, de sorte que les dates des élections législatives coïncident avec celles de la présidentielle. On voterait pour son député et son président le même jour. Il faudrait viser juste : les élections suivant une dissolution doivent se tenir entre vingt et quarante jours après celle-ci, précise la Constitution.
Cette superposition déclasserait la présidentielle, qui domine habituellement le jeu politique et offre à son vainqueur une majorité absolue dans la foulée, à l’exception de 1988 et 2022. L’objectif à peine voilé serait de priver le Rassemblement national de toute rampe de lancement. Car « pour le RN, le scénario le plus simple est sans doute de bénéficier de l’effet d’entraînement de la présidentielle », estime Emilien Quinart, professeur de droit public à l’université de Strasbourg.
Or, « dans un régime parlementaire, ce qui compte, c’est la majorité à l’Assemblée. Donc si le Président dissout, tout le monde va comprendre que les élections importantes à gagner, ce sont les législatives », explique le constitutionnaliste. Le mode de scrutin est jugé moins favorable au Rassemblement national. Le précédent de 2024 est dans toutes les têtes : plombé par des candidats ouvertement racistes, antisémites ou complotistes, le parti de Marine le Pen et Jordan Bardella avait nettement manqué la majorité qui lui semblait promise, quelques jours seulement après son écrasante victoire aux européennes.
Controverse constitutionnelle
La dissolution, une parade toute trouvée aux ambitions de l’extrême droite ? « On mettrait tout le monde sous pression, en tentant un dernier coup tactique pour empêcher le RN d’arriver au pouvoir », détaille au Figaro un conseiller ministériel informé de ces bruits de couloir.
La possible déconnexion entre les résultats des deux élections pourrait aussi affaiblir les écuries taillées principalement pour la présidentielle. A gauche comme à droite, il serait moins naturel de rallier Jean-Luc Mélenchon et Jordan Bardella ou Marine le Pen si leur score aux législatives s’avère moins flamboyant.
Une dissolution avant la présidentielle entraverait surtout les possibilités du futur chef d’État. Celui-ci devrait composer avec une Assemblée nationale pas nécessairement à sa main, qu’il ne pourrait pas dissoudre pendant sa première année de mandat. Du moins il y aurait un doute sur cette possibilité : « Il pourrait y avoir une controverse : est-ce que l’élection d‘un nouveau président ouvre un nouveau droit de dissolution et l’exonère d’attendre un an ? Mon interprétation est que « non », au vu de la rédaction de l’article 12, mais il y aurait débat », analyse Émilien Quinart.
« Une dissolution pour embêter le successeur »
Dans tous les cas, dissoudre à cet instant relèverait d’une utilisation inédite de cette possibilité. « Il y avait deux buts possibles jusque-là : résoudre une crise politique ou profiter d’une supposée opportunité politique », indique Denis Baranger, professeur de droit public à l’université Paris-Panthéon-Assas. Charles de Gaulle, par deux fois, en 1962 et 1968, y a eu recours pour répondre à l’opposition respective du Parlement et de la rue. Jacques Chirac en 1997 a voulu avancer l’échéance législative pour limiter les dégâts et Emmanuel Macron en 2024 a tenté de rebondir au lendemain d’une gifle électorale, en vain à chaque fois.
Là, « ce serait une dissolution pour embêter le successeur. C’est agir contre un autre et pas pour son parti. C’est un degré supplémentaire, qui ne serait sans doute pas très légitime politiquement », avance Emilien Quinart. « Ce serait préempter une décision qui appartient à son successeur », abonde Denis Baranger. En 1981 et 1988, François Mitterrand avait à chaque fois dissous l’Assemblée dans la foulée d’une victoire présidentielle qui lui en conférait la légitimité.
Les deux juristes voient ici une potentielle « instrumentalisation », voire un « dévoiement » de la Constitution, rendu possible par la rédaction de l’article 12. « Il est rédigé a minima pour étendre le pouvoir discrétionnaire du président, pour en faire une arme répressive vis-à-vis du parlement », affirme Denis Baranger. Contrairement à beaucoup d’autres constitutions, aucune condition n’est requise et la consultation du Premier ministre et des présidents de chambre relève de la pure formalité. Possible donc, mais là encore politiquement explosif : « Ça donnerait le sentiment d’un président qui cherche à profiter des derniers pouvoirs discrétionnaires dont il dispose », conclut le constitutionnaliste.