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LE JOURNAL « LE MONDE » ET LA PRÉSIDENTIALISATION DE MÉLENCHON – RÉPONSE DE JOFFRIN – PARTIE 4

PARTIE 4 : LAURENT JOFFRIN RÉPOND AU MONDE QUI PRÉSIDENTIALISE MELENCHON

« À méditer par ceux qui estiment que LFI est le seul vote efficace à gauche… »

Laurent Joffrin

« Il y a un lobby sioniste énorme en France. La France est le pays où il y a le plus grand lobby sioniste après les États-Unis (…) Beaucoup des riches ici, qui font partie du lobby sioniste, du CRIF, ont de l’influence sur les médias français : on ne parle pas de la Palestine dans les médias français. » 

Salah Hamouri


« Oui, il faut abroger le délit d’apologie du terrorisme (applaudissements), (…) tout ce qui a un lien avec le terrorisme, en fait…

Lucy

« Les débats provoqueront-ils l’intérêt des Français pour les sujets qui engagent leur avenir ? Et seront-ils dupes du revirement factice qu’adopte Jean-Luc Mélenchon en arrondissant son discours à chaque présidentielle ? »

Valérie Lecasble


« Fini le Mélenchon identitaire, concentré sur une diatribe pro-Gaza aux relents d’antisémitisme. Voici le Mélenchon nouveau qui se rapproche des préoccupations des Français en décrétant une « conscription écologique »

Valérie Lecasble


« Le candidat de La France insoumise exclut à peu près tout le monde, et compte sur les seuls électeurs pour remporter la mise « .

Valérie Lecasble

VOIR LES DEUX ARTICLES DU LIBRE JOURNAL

1. LFI : derrière la façade

par Laurent Joffrin LIBRE JOURNAL

Aux Amfis 2026, université d’été de La France insoumise, le leader de LFI a prononcé un discours classique, dépouillé des sorties provocantes dont il émaille habituellement ses envolées. Mais il n’était pas le seul à s’exprimer : florilège de la vraie pensée insoumise.

Changement de ton pour Jean-Luc Mélenchon : nulle invective, nulle provocation, nul dérapage. Un discours axé sur l’écologie, lié à l’actualité, destiné à rallier à LFI les électeurs verts et, si possible, certains responsables d’EELV tentés par l’aventure. Sourires aux photographes (événement cosmique…) et disparition des drapeaux palestiniens. Un discours « carré » qui arrondit les angles : l’élection présidentielle se rapproche, le tigre Mélenchon devient Raminagrobis le bon apôtre.

Changement de ton pour Jean-Luc Mélenchon : nulle invective, nulle provocation, nul dérapage. Un discours axé sur l’écologie, lié à l’actualité, destiné à rallier à LFI les électeurs verts et, si possible, certains responsables d’EELV tentés par l’aventure. Sourires aux photographes (événement cosmique…) et disparition des drapeaux palestiniens. Un discours « carré » qui arrondit les angles : l’élection présidentielle se rapproche, le tigre Mélenchon devient Raminagrobis le bon apôtre.

Pour les candides qui s’y laisseraient prendre, voici quelques perles glanées au cours des débats des Amfis, l’université d’été de La France insoumise.

Des prises de position radicales

Raphaël Arnault, député LFI, cofondateur de la Jeune Garde antifasciste : « Qu’est-ce que tu penses de l’ordre social, de l’exploitation capitaliste, du racisme, du patriarcat ? Si tu n’es pas capable de répondre de façon radicale alors tu n’es pas de gauche, camarade ». La gauche non radicale, donc, n’est pas de gauche. Un très net signe d’ouverture…

Salah Hamouri, avocat franco-palestinien, militant pour les droits des Palestiniens et porte-parole d’Urgence Palestine, sous l’œil approbateur de Rima Hassan, députée européenne LFI : « Il y a un lobby sioniste énorme en France. La France est le pays où il y a le plus grand lobby sioniste après les États-Unis (…) Beaucoup des riches ici, qui font partie du lobby sioniste, du CRIF, ont de l’influence sur les médias français : on ne parle pas de la Palestine dans les médias français. » Lobby sioniste ou lobby juif ? Voilà une rhétorique très années quarante…

Terrorisme et liberté d’expression

Lucy, juriste franco-palestinienne et membre de la Legal Team Antiraciste, répondant à une question, également présentée par Rima Hassan : « Oui, il faut abroger le délit d’apologie du terrorisme (applaudissements), (…) tout ce qui a un lien avec le terrorisme, en fait… ». L’apologie du terrorisme devient donc légale. Pas grave puisque le terrorisme lui-même n’est qu’un concept sans contenu.

Louis Boyard, député insoumis : « On commencera, semaine une, par l’interdiction de CNews ». On ne pleurera pas CNews, mais tout de même… La chaîne est placée sous la surveillance de l’Arcom et non sous celle du gouvernement, qui ne peut interdire un média d’autorité, sans procédure ni argumentation. Vive la liberté d’expression sous LFI !

À méditer par ceux qui estiment que LFI est le seul vote efficace à gauche…

2. Glucksmann défie Mélenchon

par Valérie Lecasble | LIBRE JOURNAL

Le novice qui se lance à l’assaut de l’Élysée peut-il détrôner le vieux briscard qui se présente pour la quatrième fois ? À quelque 10 % dans les sondages, Raphaël Glucksmann espère rattraper Jean-Luc Mélenchon, en tête à 14 %. La primaire de la gauche peut-elle créer la dynamique ?

En 2017 puis en 2022, les deux dernières primaires de la gauche se sont soldées par une bérézina. Avec un score calamiteux de 6,36 % pour Benoît Hamon puis de 1,74 % pour Anne Hidalgo au premier tour de la présidentielle, le Parti socialiste était menacé de disparition. Échaudés par ces deux tristes expériences, les socialistes ne devaient pas la réitérer en 2027. Mais c’était sans compter avec l’obstination d’Olivier Faure à défendre l’union de la gauche via une primaire qui devait initialement aller de « Ruffin à Glucksmann ». Après des mois de tergiversations, elle débouche in fine sur une primaire… entre socialistes….

…/…

(VOIR NOS PARTIES 1 ET 2)

PARTIE 3 :

L’article récent du Monde procède essentiellement à une « présidentialisation » de Melenchon

Il cherche à expliquer comment il devient présidentiable.

Sous titre valorisant : « Sans rien céder sur son programme, il tente d’apparaître rassurant et fédérateur ». 

L’article constitue une véritable infrastructure narrative de présidentialisation

Les éléments radicaux du candidat sont immédiatement recontextualisés.

Exemple sur la dette : Le Monde expose d’abord la formulation extrêmement brutale de Mélenchon, puis donne sa clarification : il s’agirait d’une « écriture comptable interne » et rappelle même la résolution de 2020 et son caractère symbolique.

Les experts choisis ne servent pas principalement à certifier une dangerosité ; ils servent à expliquer une stratégie et sa faisabilité électorale.

Le journal présente un candidat dangereux pour certains électeurs mais électoralement crédible.

Le Monde présente une dangerosité électorale indirecte, ( affaiblir la gauche ) et non dans une dangerosité institutionnelle directe.

Une mécanique assez sophistiquée : un candidat crédible qui progresse

Mélenchon est radical → mais il est crédible.
Mélenchon est repoussoir → mais il progresse.
Mélenchon polarise → mais il cherche à rassembler.
Mélenchon veut le duel avec Le Pen → mais il doit rassurer pour pouvoir le gagner.

Le Monde construit très explicitement la présidentielle autour du duel LFI/RN.

Le journal peut produire une représentation assez différente :

pour le RN : normalisation électorale + mise en avant de la dangerosité démocratique ;

pour Mélenchon : radicalité reconnue + mise en scène de la présidentialisation + interrogation sur sa capacité à rassurer. Mais il y a un élément encore plus intéressant :

Le Monde construit désormais très explicitement la présidentielle autour du duel LFI/RN.

Présidentielle 2027 : Jean-Luc Mélenchon, entre radicalité et besoin de rassembler, rêve d’un duel avec l’extrême droite

TOTRE LE MONDE QUI POURSUIT :Le leader de La France insoumise interviendra dans la Drôme, lors des journées d’été du mouvement, qui ont lieu du jeudi 20 au dimanche 23 août. Sans rien céder sur son programme, il tente d’apparaître rassurant et fédérateur en vue d’un possible second tour contre Marine Le Pen….

…/…

1. ANALYSE DE L’ARTICLE : un biais plutôt bienveillant et valorisant

Le Monde ne cherche pas seulement à qualifier Mélenchon ; il cherche ici à expliquer comment il tente de devenir présidentiable.

L’article de Sandrine Cassini est clairement un article rédactionnel d’analyse, et non une tribune.

Il devrait donc être plutôt impartial et documenté tant sur Melenchon qu’en comparaison avec Le Pen.

Son angle – son biais plutôt bienveillant et valorisant – est pourtant posé dès le titre :

« entre radicalité et besoin de rassembler », puis dans le sous-titre :

« Sans rien céder sur son programme, il tente d’apparaître rassurant et fédérateur ». 

La radicalité de Mélenchon est présentée principalement comme un problème électoral et stratégique, pas comme une menace institutionnelle.

2. Le point le plus important : le traitement est à l’opposé de celui du RN

Le terme de « rêve » donne au personnage une dimension stratégique, presque romanesque.

Cet article vient compléter notre précédente publication ( Partie 2 )

Le nouvel article est très différent du Mélenchon « fortement alarmisé » que nous avions repéré antérieurement.

Il y a même un mouvement inverse assez net :

Le Monde ne cherche pas seulement à qualifier Mélenchon ; il cherche ici à expliquer comment il tente de devenir présidentiable.

C’est une différence fondamentale.

3. Le vocabulaire n’est pas institutionnellement alarmiste

C’est probablement le fait le plus intéressant.

Pour le RN, notre matrice avait fait apparaître une chaîne du type :

radicalité → illibéralisme → autoritarisme → menace sur l’État de droit → institutions → Europe.

Ici, cette chaîne n’est pratiquement pas construite.

Le vocabulaire dominant est plutôt :

radicalité → polarisation → rassemblement → rassurer → second tour → front républicain.

Autrement dit, la radicalité de Mélenchon est présentée principalement comme un problème électoral et stratégique, pas comme une menace institutionnelle.

C’est une différence évidente et mesurable .

4. Le titre lui-même est révélateur : une possibilité de transformation

Le titre juxtapose deux caractéristiques :

« radicalité »
« besoin de rassembler »

La première caractérise le problème ; la seconde ouvre immédiatement une possibilité de transformation.

Et surtout :

« rêve d’un duel avec l’extrême droite »

Le mot « rêve » est particulièrement intéressant dans notre analyse lexicale.

Il personnalise et psychologise la stratégie de Mélenchon. On n’écrit pas simplement :

« Mélenchon veut affronter Le Pen ».

On écrit qu’il « rêve » de cet affrontement.

Mais le terme n’est pas nécessairement stigmatisant. Il donne même au personnage une dimension stratégique, presque romanesque.

5. L’article procède surtout à une « présidentialisation »

C’est, certainement, le phénomène central de cet article.

Plusieurs éléments sont successivement apportés :

« candidature prise très au sérieux » ;

possibilité de dépasser 20 % ;

travail sur l’entre-deux-tours ;

comparaison flatteuse d’Alain Minc avec Pierre Joxe et Jean-Pierre Chevènement ;

réseau de hauts fonctionnaires, les « Phrygiens » ;

séduction du monde économique ;

tentative d’accord avec les écologistes et les communistes.

Tout cela constitue une véritable infrastructure narrative de présidentialisation

C’est très différent d’un article qui se contenterait de rappeler les controverses de Mélenchon.

6. Le Monde conserve une « clause de rappel » de la radicalitéqu’il atténue aussitôt

C’est là que l’article est habile.

Après avoir installé Mélenchon comme candidat potentiellement présidentiable, l’article introduit :

« Sorties de route ».

Puis viennent :

– les propos relatifs au Hamas du 7 octobre ;
– les plaintes de victimes franco-israéliennes ;
– l’effacement d’une partie de la dette ;
– l’accusation de « banqueroute totale » portée par Gabriel Attal. 

Mais ces éléments sont immédiatement recontextualisés.

Exemple particulièrement révélateur : la dette.

Le Monde expose d’abord la formulation extrêmement brutale de Mélenchon, puis donne sa clarification : il s’agirait d’une « écriture comptable interne » et rappelle même la résolution de 2020 et son caractère symbolique.

Donc :

citation problématique → accusation adverse → explication de Mélenchon → contexte historique.

C’est beaucoup plus équilibré que le simple empilement de formulations alarmantes.

7. Le traitement des experts est également très révélateur : ils servent à expliquer une stratégie et sa faisabilité électorale.

Nous avions justement décidé de regarder les experts dans l’étude précédente.

Ici, on trouve notamment :

Jean-Yves Dormagen, politologue / Cluster17 ;
Rémi Lefebvre, politiste ;
Alain Minc, essayiste ;
mais également Gérald Darmanin, Bally Bagayoko, Julia Mignacca, etc. 

Et surtout, leurs fonctions narratives sont différentes.

Dormagen explique la stratégie électorale.

Lefebvre explique le dilemme stratégique.

Minc apporte une forme de reconnaissance intellectuelle.

Les responsables politiques apportent les réactions partisanes.

Donc les experts ne servent pas principalement à certifier une dangerosité ; ils servent à expliquer une stratégie et sa faisabilité électorale.

C’est exactement le type de distinction que notre matrice précédente devait permettre de mesurer.

8. Et il existe une asymétrie particulièrement intéressante entre LFI et RN

Le Monde écrit :

« figure repoussoir pour une partie de l’électorat »

mais écrit aussi que sa candidature est « prise très au sérieux ».

Les deux propositions coexistent.

Cela produit une représentation de Mélenchon en :

candidat dangereux pour certains électeurs mais électoralement crédible.

Pour le RN, dans plusieurs articles de notre corpus, nous avions davantage observé une logique :

candidat électoralement puissant mais démocratiquement problématique.

Ce n’est pas du tout la même construction.

9. Le passage le plus important pour notre thèse relative à la mobilisation du Monde pour la présidentielle contre la droite

À mon sens, c’est celui-ci :

« S’il est perçu comme le candidat utile à Marine Le Pen, cela peut décourager l’électorat social-démocrate. »

C’est extrêmement important.

Le risque attribué à Mélenchon n’est pas ici :

« Mélenchon pourrait devenir un danger pour les institutions ».

C’est :

« Mélenchon pourrait empêcher la gauche modérée de gagner et donc favoriser Marine Le Pen ».

Nous sommes donc dans une dangerosité électorale indirecte, et non dans une dangerosité institutionnelle directe.

C’est une catégorie qu’il faudrait ajouter explicitement à notre matrice.

10. Le paradoxe de l’article au service d’un très fort biais – « crédible, progresse, rassembler, rassurer … gagner »

Il existe finalement une mécanique assez sophistiquée :

Mélenchon est radical → mais il est crédible.
Mélenchon est repoussoir → mais il progresse.
Mélenchon polarise → mais il cherche à rassembler.
Mélenchon veut le duel avec Le Pen → mais il doit rassurer pour pouvoir le gagner.

C’est une représentation beaucoup plus dialectique que celle que nous avions rencontrée dans certains traitements du RN.

11. Le Monde construit désormais très explicitement la présidentielle autour du duel LFI/RN.

Le journal peut produire une représentation assez différente :

pour le RN : normalisation électorale + mise en avant de la dangerosité démocratique ;

pour Mélenchon : radicalité reconnue + mise en scène de la présidentialisation + interrogation sur sa capacité à rassurer.

Mais il y a un élément encore plus intéressant :

Le Monde construit désormais très explicitement la présidentielle autour du duel LFI/RN.

Ce n’est pas seulement Mélenchon qui rêve de ce duel. Le journal lui-même en fait un axe structurant de plusieurs articles : dès février, il décrivait son « face-à-face avec l’extrême droite » ; en juin, il parlait du « duel avec le RN » ; le 12 juin, son éditorial évoquait une « tenaille politique entre LFI et RN » ; et aujourd’hui le titre reprend explicitement le « duel avec l’extrême droite ». 

12. Capacité du journal à transformer deux adversaires en « pôles structurants » du scrutin de 2027 ?

Il faudra à l’avenir distinguer le traitement de chaque candidat du traitement du système de polarisation que Le Monde semble lui-même être en train de construire.

On pourra mesurer non seulement de la charge négative, mais aussi la capacité du journal à transformer deux adversaires en « pôles structurants » du scrutin de 2027.

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