
Périscolaire à Paris : Jugé pour agression sexuelle sur neuf fillettes de 6 à 10 ans, l’animateur reconnait les faits
Publié le 01/09/2026 ACTUJURIDIQUE. Julien Mucchielli
Un homme de 39 ans, animateur périscolaire à l’école Vigée-Lebrun (15e arrondissement de Paris), était jugé lundi 31 août par la 15e chambre du tribunal de Paris pour avoir agressé sexuellement neuf fillettes de 6 à 10 ans. Il reconnaît les faits. Le parquet a requis cinq ans de prison, dont quatre ans ferme, et cinq ans de suivi sociojudiciaire. Délibéré le 15 septembre.Tribunal judiciaire de Paris. (Photo : ©P. Cluzeau)
En sortant de l’école élémentaire Vigée-Lebrun, le 12 janvier 2024, une petite fille dit à sa mère : « Tu vois l’animateur qui a touché la zézette de ma copine ? Il m’a touché les fesses. » La mère interroge sa fille, qui lui explique : « j’étais accroupie, je dessinais, il passe et me dit ‘c’est joli, ma belle’ », lui passe la main dans le dos et descend sur les fesses.
La mère fulminante interpelle l’animateur ; Michael M. s’explique et lui montre le geste qu’il a fait en lui touchant le bas du dos, et immédiatement la mère le gifle. La situation dégénère, puisque plusieurs hommes de la famille de la petite fille et de la mère pénètrent dans l’école, « recherchant activement » l’animateur, exfiltré par une sortie de secours.
Le jour même, l’école signale l’animateur au parquet. Le lendemain, la mère porte plainte pour agression sexuelle sur sa fille, âgée de six ans à l’époque. Le jour d’après, Michael porte plainte pour violence et, peu après, pour dénonciation calomnieuse (pour se donner une contenance auprès de ses proches).
C’est le début d’une enquête menée par la brigade des mineurs, et qui mettra au jour l’existence de faits similaires sur un total de neuf fillettes, dont la plus âgée n’avait pas dix ans à l’époque des faits. Aucune n’est présente à l’audience. « Je m’excuse d’avance, ça va être long », annonce le président avant d’entamer une synthèse des dossiers, un long tunnel un peu confus composé d’une suite de témoignages d’enfants et de collègues qui vont tresser un dossier à charge contre Michael M.
« J’ai senti une boule gluante. J’ai enlevé ma main, il la remise »
Une collègue l’a aperçu, lors d’une « sortie bowling », une petite fille sur un genou, et lui, la tête plongée dans son cou, un geste « qui m’a paru sordide », a dit une animatrice. Ce geste a duré un temps très court. L’homme fermait les yeux.
Un autre animateur a eu le réflexe de prendre une photo de Michael M. enlaçant une enfant par la taille, il était dans son dos et a alors parlé très fort pour annoncer sa présence et faire cesser la scène.
Ces deux-là et d’autres collègues ont remarqué une chose : il était autoritaire avec les enfants, souvent, sauf avec les filles brunes de moins de 8 ans et aux cheveux longs. Le profil de ses victimes.
Une petite fille dit qu’il lui a touché les fesses trois fois, les deux premières fois elle pensait qu’il n’avait pas fait exprès. La troisième fois, elle n’était toujours pas sûre, mais elle en a parlé à sa mère.
Une autre raconte comment il a baissé ses collants pour lui toucher le sexe, une autre, à qui il a caressé les fesses, le qualifie carrément de pervers. À deux autres enfants, enfin, il a mis la main dans sa propre poche. « J’ai senti une boule gluante. J’ai enlevé ma main, il la remise », dit l’une d’entre elles.
« Je résume à gros traits, les auditions de mineurs sont très longues, on revient de nombreuses fois sur les mêmes questions, selon un protocole propre à la brigade des mineurs », indique le président (le protocole NICHD). Puis : « Monsieur M., venez à la barre s’il vous plaît. »
« Pourquoi vous voulez faire tomber des pédophiles ? »
Il s’avance en traînant sa misère, maigre et souffrant, costume bleu, queue-de-cheval et masque sur le visage, à cause d’une maladie pulmonaire et de la honte. Il reconnaît tout, dit-il, même s’il n’a pas le souvenir de certains faits. « Une enfant ne peut pas mentir sur ce sujet. » Il déclare : « Tout d’abord, je souhaiterais dire que je suis désolé de tout ce que j’ai fait, je m’en excuse, et je demande pardon à toutes les victimes et à leur famille. La mission d’un animateur est d’assurer la sécurité physique, affective et morale d’un enfant. Je ne l’ai pas respectée.
— En quoi, selon vous ?
— En touchant de façon inappropriée.
— Nous, on parle d’agression sexuelle. Avez-vous une attirance sexuelle pour les mineures ?
— Je n’en ai jamais eu, et c’est ce sur quoi je travaille avec le psychologue pour expliquer le passage à l’acte.
— Pourquoi vous tapez le mot « pédophile » sur votre téléphone portable en mars 2025, alors que vous savez qu’une enquête est en cours ?
— Comme c’est un mot qu’on m’avait lancé à la figure …
— Qui ?
— À la suite d’un article, dans le commentaire Google de l’école, y’avait mon nom et le terme pédophile. »
Il va également sur un site de tchat en ligne, car il n’a aucun ami et c’est son seul moyen de discuter. « Là, je me rends compte que certains sont pédophiles », et alors il décide de les traquer. La démarche étonne le président, le prévenu s’en explique : « Comme je m’en voulais énormément de ce que j’avais fait, je voulais les faire tomber devant la justice. » Il télécharge l’application de messagerie cryptée Teleguard, où il converse avec des pédophiles. « Je voulais les signaler aux modérateurs. J’ai discuté, fait des captures d’écran et transmis aux modérateurs.
— Pourquoi on ne les retrouve pas ?
— Je ne sais pas, je les ai faites directement sur le site.
— Il ne vous est pas venu à l’idée de les signaler aux enquêteurs ?
— Je ne savais pas comment on faisait. »
Le juge semble sceptique. « Vous avez des conversations extrêmement malsaines avec visiblement des échanges de contenu pédopornographique, on n’a aucune trace de signalement, et vous dites que c’est pour vous racheter ? Pourquoi vous voulez faire tomber des pédophiles ?
— Parce que j’avais déjà énormément de remords. »
Michael M. se souvient précisément des faits commis sur la fillette dont la mère l’a giflé, mais c’est à peu près tout. À chaque fois, le président demande : « Est-ce que c’est de l’ordre du possible ?
— Si elle le dit, je veux bien la croire, et je lui présente toutes mes excuses. »
Chacune de ses réponses, laconiques, vient plusieurs secondes après la fin de la question. Une voix souffreteuse, un ton geignard. « Comment vous expliquez que vous ayez posé vos mains sur les parties sexuelles des enfants ? », demande une avocate en partie civile. « Je ne me l’explique pas.
— Donc aujourd’hui vous ne vous expliquez pas ce passage à l’acte ?
— C’est là-dessus que je travaille avec mon psy.
— Est-ce que c’est trop difficile pour vous de nommer précisément les actes, et de prendre conscience du caractère sexuel de ces actes ?
— Je n’en ai surtout aucun souvenir. »
Ne pas se souvenir des faits le dispense de devoir s’expliquer dessus, et de figer dans l’esprit de ses juges le récit détaillé d’actes odieux. Cela évite à Michael M., 39 ans, de devoir raconter au tribunal, devant une salle pleine de journalistes et de parents de victimes, comment il a sexuellement agressé 9 petites filles de 6 à 10 ans. Mais cela appelle la critique des avocates de partie civile, habituées de ces amnésies. L’une dit : « Vous vous présentez devant le tribunal en disant ‘je reconnais les faits’, et en réalité vous ne vous en souvenez pas. Je trouve que votre position manque de travail sur vous-même », et prive les parties civiles d’une vérité qui les soulagerait.
Et pourquoi a-t-il passé son BAFA à 30 ans ? Et pourquoi n’a-t-il pas quitté ce travail de lui-même, sachant ce qu’il faisait ? Le procureur sait : il avait besoin d’une intervention extérieure. Il a été arrêté, Michael M., « ce n’est pas une bonne chose ? » lui demande le procureur, et le prévenu en convient. « Pourquoi ?
— J’aurais pu faire pire.
— Vous en aviez conscience ?
— Oui,
— Ça vous faisait peur ? »
La réponse ne franchit pas le masque qui couvre sa bouche.
Six animateurs pour 185 enfants
Michael n’a pas d’ami, il n’en a jamais eu, mais il a une fille. Elle a 13 ans aujourd’hui et a été à l’école Vigée-Lebrun quand il y était animateur, pendant la période de prévention. Elle connaissait même l’une des victimes. Interrogée en procédure, elle ne le « croyait pas du tout capable de faire cela, tout en précisant qu’elle ne remettrait jamais en question la parole des enfants », cite le président. Le juge aimerait en savoir plus sur leur relation, qui semble beaucoup compter pour lui : « Après ce qui lui est arrivé avec ma mère, elle était très en colère contre moi.
— Qu’est-ce qui est arrivé avec votre mère ?
— Elle lui a mis la main sur les fesses à plusieurs reprises.
— Ces faits ont été jugés ?
— Il y a eu un classement sans suite. »
Le procureur confirme : « pour infraction suffisamment caractérisée », brandissant une petite feuille qu’il vient de faire imprimer.
Michael M. a également une femme, handicapée, dont il s’occupe nuit et jour – un élément avancé par sa défense pour s’opposer à l’incarcération qui le guette.
Une avocate de partie civile dénonce un mode opératoire, un homme qui calculait ce qu’il faisait, et qui a pu le faire car le système le permet. Six animateurs pour 185 enfants, ça laisse les coudées franches pour « choisir ses petites proies ». Une animatrice a dénoncé à la hiérarchie des actes dont elle avait été témoin : va le voir et débrouille-toi avec lui, lui a-t-il été répondu. Cette affaire, la 4e du « scandale du périscolaire » jugée depuis le mois de mai (la 5eest audiencé le mardi 1er septembre), est le produit d’un système.
Pour le procureur « ce qui est fait, ça vaut cinq ans de prison, ce n’est pas plus que la moitié de ce que la loi prévoit. » Dont quatre années de sursis simple, avec un suivi sociojudiciaire de cinq ans sanctionné par deux ans d’incarcération en cas de non-respect.
« Il est prêt à se soumettre à toutes les obligations que vous lui imposerez », assure l’avocate de la défense. La décision sera rendue le 15 septembre.